• A quoi servent les listes de genres ?

     

    Ce que je vais dire sera aussi en grande partie valable pour les listes d’orientations.

     

    On me reproche souvent qu’il y a trop de genres sur ce blog, que ce sont des listes sans fins. Selon certain-e-s, cela serait inutile d’un point de vue politique mais aussi nuisible à la cause puisqu’enfermerait les gens dans plein de nouvelles cases. Je vais donc tenter de répondre aux « interrogations » de ces personnes par rapport aux longues listes de genres.

      

    1.    Nos identités sont politisées mais n’existent pas dans le but d’être politiques

     

    La première chose c’est que les personnes concernées existent, leurs genres existent, elles n'ont pas choisi et ne sont pas à la base censées être des instruments politiques. Notre existence est politisée par la force des choses vu que nous sommes opprimé-e-s et que nous devons lutter pour nos droits. Mais on a aussi le droit d’exister tel-les que l’on est, avec nos genres et toutes leur complexité et nuances ; on a le droit d’exprimer cela sans que tout soit dans un but intrinsèquement politique. On peut avoir un espace de construction libre que l’on se crée et qui nous est destiné lorsque partout ailleurs dans la société on n’est pas les bienvenu-e-s et rien n’est fait pour nous inclure.

     

    Ce qui n’empêche pas que, d’un point de vue politique, toutes les personnes non-binaires vont souvent se réunir sous une même bannière. Personne ne demande à ce qu’il existe un changement d’état civil pour tous les genres évidemment ! Nous voulons deux choses à ce sujet :

    -       dans l’idéal, que la mention de sexe/genre sur l’état civil disparaisse ;

    -    en attendant d’en arriver là, la possibilité d’un changement d’état civil libre et gratuit avec la possibilité d’un X ou un N pour ceuxe qui en ont besoin.

     

      

    2.    La diversité du genre ne peut être décrite en 10 mots

     

    Le genre est une notion complexe. On ne peut pas en décrire la diversité et toutes les nuances avec seulement 10 mots. C’est juste impossible. Dès qu’on entre en profondeur dans un sujet, on aura de toute manière besoin d’un vocabulaire riche et varié, et d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une notion aussi compliquée et diverse que le genre.

     

    Et je comprends qu’on ne soit pas toustes en mesure d’entrer dans ces détails ou tout simplement que l’envie manque. On ne s’attend pas à ce que les gens connaissent toutes ces identités par cœur ou les comprennent toutes, c’est évident (même moi je ne les connais pas toutes par cœur !) Les listes sont là pour ceuxe qui veulent les consulter et en ont besoin. On peut s’en servir pour chercher une définition, vérifier le sens d’un mot, ouvrir ses horizons sur la diversité du genre et se familiariser avec le fait de sortir de la binarité, etc. Mais on peut aussi tout à fait s’arrêter aux bases : cet article par exemple fait un tour d’horizon des principales catégories de genres non-binaires. On a le droit de dire « moi, je ne me sens pas concerné-e par définir mon genre plus précisément que non-binaire et je ne suis pas intéressé-e par ces listes » et passer son chemin. Notez que c’est différent dans l’approche de dire qu’on n’est pas concerné-e soi-même et de dire que « ça sert à rien ». De toute évidence, si ces termes existent c’est que les personnes qui les ont définit en avait besoin.

      

     

    3.    Le langage est aussi source de pouvoir

     

    Certain-e-s diront que vouloir décrire toutes les nuances du genre est vain. Au contraire, je pense que ça a une utilité, ancré dans le réel et le politique. Quand il y a une norme, comme la binarité de genre homme/femme, le langage pour décrire les expériences en dehors de la norme n’existe pas et doit être construit. Ainsi, notre langage pré-existant se rapportant au genre était très binaire et restreint.

     

    Sans mots pour se décrire, on n’existe pas dans la société. Ces mots ont une utilité. Le langage est un vecteur de pensée très puissant. La pensée influe sur le langage mais aussi l’inverse. Changer le langage permettra aussi de dépasser notre pensée binaire. Diversifier et complexifier notre langage autour du genre permet d’appréhender mieux cette notion et de structurer notre réflexion en dehors des carcans binaires. 

     

      

    4.    Ces mots ne sont pas des cases mais des outils

     

    Un des reproches souvent formulé à propos des « listes de genres » c’est aussi le fait que ça enferme des gens dans de nouvelles cases. Plus il y a de mots pour explorer son genre, plus on gagne en liberté au contraire. De plus, on ne met personne dans des cases car on est dans le principe d’auto-détermination.

     

    Je crois qu’il y a en fait un profond malentendu sur le but de ces listes et étiquettes. Personne ne doit choisir une étiquette et s’y tenir toute sa vie. On peut en choisir plusieurs, on peut changer alors que notre compréhension de notre genre évolue. On n’est même pas obligé d’en choisir une du tout, on peut juste se servir des notions développées pour augmenter sa compréhension de son propre genre mais du genre aussi en général (ou ne pas s’en servir si on en ressent pas le besoin). Les étiquettes et les notions abordées dans ces listes sont des OUTILS pour mieux comprendre, pour se décrire etc. Les outils sont censés nous aider à trouver plus de liberté, pas à la restreindre.

     

    Il faut les voir comme un équipement d’escalade pour aider à gravir la paroi rocheuse plutôt que comme une case dans laquelle on te met. Et ce n’est pas forcément l’arrivée qui compte (si arrivée il existe car je crois qu’on peut évoluer constamment dans la compréhension de soi-même) mais ça peut aussi être le chemin parcouru qui importe.

      

     

    Conclusion :

    Tout ce que l’on fait n’a pas à être intrinsèquement politique. Néanmoins, même nos listes de genres qui paraissent vaines à certain-e-s ont leur utilité politique car elles permettent de complexifier le langage autour du genre et ainsi de l’appréhender avec plus de nuances et d’en augmenter notre compréhension ; cela permet ainsi d’aider à modifier notre pensée pour dépasser la binarité du genre. De plus, ces mots sont des outils d’exploration, pas des cases.

    Par ailleurs, ce n'est pas parce qu'on s'intéresse au langage autour du genre qu'on ne peut s'intéresser au côté "pratique" des implications d'être trans. Les deux ne sont absolument pas incompatible et on est aussi trans, donc on sait ce que ça implique au quotidien (même si évidemment toutes les personnes trans ont des vécus différents).

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  • Commentaires

    1
    bariton
    Lundi 3 Octobre 2016 à 23:37

    "Il faut les voir comme un équipement d’escalade pour aider à gravir la paroi rocheuse plutôt que comme une case dans laquelle on te met."

    mais si l'équipement d'escalade est défectueux, est-ce que ça ne rend pas l'ascension extrêmement dangereuse ?

      • Mardi 4 Octobre 2016 à 09:28

        Vu que les définitions des divers genres sont des descriptions de choses vécues réellement par des personnes (et non inventées ou spéculées), je ne pense pas que l'équipement puisse être vraiment "défectueux" dans le sens dans lequel tu l'entends. Les étiquettes sont des outils descripteurs. 

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