• Ace, aro et poly : qu'avons-nous en commun?

    Définitions pour comprendre l'article :

    Aromantique/aro : qui ne ressent pas d'attirance romantique, au contraire des personnes alloromantiques.

    Aseuxel-le/ace : qui ne ressent pas d'attirance sexuelle, au contraire des personnes allosexuelles.

    Allo : personne qui ressent de l'attirance sexuelle et romantique.

    Polyamour : structure relationnelle dans laquelle on peut former plusieurs relations consensuelles simultanées, au contraire du monoamour (ou monogamie).

    Anarchie relationnelle : forme de polyamour dans laquelle il n'y a ni hiérarchie entre les différentes personnes avec qui on relationne ni entre les différents types de relations (platonique, romantique, sexuelle...)

    Amatonormativité : système social qui considère que les relations romantiques sont la norme et sont supérieures aux autres types de relations

    Orientation relationnelle : le polyamour, l'anarchie relationnelle et le monoamour sont des orientations relationnelles. C'est la(les) structure relationnelle qui convient le mieux à une personne.

    Mononorme : système social qui place le monoamour en tant que norme

    Rubrique à consulter pour plus d'informations sur ces sujet : http://uniqueensongenre.eklablog.fr/orientations-c27024256 

     

    "Asexuel'le, aromantique et polyamoureuxe? Mais c'est pas incompatible tout ça ?" Avez-vous déjà entendu cette question ? Moi oui, plusieurs fois. A première vue, cela peut paraître incompatible en effet. Mais en étudiant cela de plus près, vous vous rendrez compte que ces trois identités ont en réalité plus en commun que ce que vous pensez.



    1. La compatibilité entre asexualité, aromantisme et polyamour

    Certaines personnes pensent que le polyamour n'est qu'à propos du sexe. Ces personnes ont évidemment une mauvaise définition de ce qu'est le polyamour. Mais même chez celles qui ont une bonne définition, les normes allosexuelles et monogames rendent la compréhension souvent difficile. 
    Les allo-mono sont généralement attirés par d'autres personnes en dehors du couple mais n'ont pas le désir ou le besoin de s'investir réellement dans plusieurs relations consensuelles. Ces personnes ont donc parfois du mal à comprendre qu'on puisse réellement aimer plusieurs personnes à la fois. Pour elles il y aura toujours un "mais" : "mais il y a en un-e que tu aimes plus ? Mais il y en a un-e que tu n'aimes pas vraiment ? Mais c'est juste pour le sexe avec un-e tel-le ? Etc" 
    Dans le cadre du couple allo-mono, le sexe est également vu comme une prolongation naturelle des sentiments romantiques, une concrétisation de ceux-ci. Du coup l'idée de s'investir romantiquement avec plusieurs personnes sans la "récompense" à leurs désirs sexuels semble saugrenue, irréelle.
    Et autant comprendre une relation romantique sans sexe est encore quelque chose qui paraît faisable pour un certain nombre de personnes non concernées, autant comprendre une relation en dehors de la dichotomie amitié/romance est très compliqué.  
    S'il est déjà difficile pour une personne monoamoureuse d'envisager des relations en dehors du carde mono et pour une personne allo d'imaginer une relation en dehors du cadre romantico-sexuel, c'est encore plus compliqué pour une personne allo-mono de s'imaginer une relation en dehors du cadre mono-romantico-sexuel.

    Pourtant on retrouve beaucoup d'ace/aro dans le milieu poly.
    Il est en effet tout à fait possible d'être asexuel et poly : on peut par exemple avoir plusieurs relations romantiques sans être attiré sexuellement par ses partenaires. 
    Il est également tout à fait faisable d'être aromantique et poly, en ayant plusieurs relations queerplatoniques par exemple. Idem si on est asexuel et aromantique. Il faut aussi noter que l'asexualité, l'aromantisme et le polyamour sont des spectres, il existe probablement autant de façon de le vivre que de personnes qui le sont. Il y a donc d'autant plus de combinaisons possibles entre ces différentes identités. Je ne pourrais donc pas décrire chacune des possibilités mais je vais me concentrer sur certains motifs de polyamour qui semblent revenir chez les personnes ace et/ou aro. 



    2. Asexualité et polyamour

    Je ne me définis pas comme asexuel, j'ai cependant lu/entendu des informations venant de personnes concernées que je vous synthétise ici. 
    J'ai d'une part entendu que pour certaines personnes ace le polyamour enlevait la pression de la sexualité obligatoire car cela permet aux éventuels partenaires allosexuels d'avoir des relations sexuelles avec d'autres personnes.
    Il est également notable que pour la plupart des personnes allo, le sexe étant une concrétisation de la romance, la façon de vivre ses amours pour une personnes asexuelle alloromantique se trouve en dehors de ce cadre. Ce qui fait qu'aux yeux d'une personne allo, il n'y a pas de "preuves" concrètes de l'amour porté. Or chez les allo, la "preuve" d'avoir été trompé se traduit pas la concrétisation d'un acte sexuel. Ce qu'on ne retrouvera souvent pas chez une personne ace. Ce post intéressant sur la question nous dit : "Dans plusieurs cas j'ai vu personnellement des ami-e-s ou connaissances sur le spectre ace qui ont été isolé-e-s d'autres ami-e-s à cause de partenaire allo qui étaient effrayé-e-s que leurs relations émotionnelles avec les autres soient une menace, puisqu'ils ne peuvent pas définir la légitimité de leur loyauté basé sur le sexe." Cette situation va donc plus naturellement briser le cadre allo-mono. 
    Il faut également noter que la société impose une hiérarchie entre relation romantico-sexuelle et relation sans sexe. Si on enlève la composante sexuelle, on brise donc aussi le cadre monoamoureux qui est intrinsèquement hiérarchique. 
    L'asexualité a donc des liens forts avec le polyamour dans sa façon d'exister en dehors de l'ordre monogame établi. 



    3. Aromantisme et polyamour 

    La mononormativité est intrinsèquement liée à l'amatonormativité dans la façon dont elle impose une hiérarchie d'un partenaire romantique sur les autres personnes. L'amatonormativité peut se retrouver chez les poly alloromantiques bien sûr, mais il y a une composante amatonormative obligée dans la mononorme. La mononorme n'existe pas sans l'amatonormativité puisque la mononorme dit qu'il faut avoir un seul partenaire romantique.

    Ainsi, l'absence d'attirance romantique fait naturellement éclater cette mononorme. Pour les personnes aromantiques qui s'investissent dans l'amitié, l'amitié est socialement accepté comme étant non-monogame. Il y a aussi beaucoup de personnes aromantiques qui sont anarchistes relationnelles, justement parce que l'absence de romance brise la hiérarchie imposée par la mononorme. Quand les limites entre le platonique et le romantique sont floues (quoiromantique), ou qu'on ne sait pas très bien ce qu'est le romantique, ou que l'attirance romantique n'arrive que dans des circonstances particulières (demiromantique), le cadre de l'anarchie relationnelle peut s'avérer d'autant plus adapté, car les types de relations ne sont pas hiérarchisées, pas forcément étiquetées, ça peut évoluer naturellement ou rester dans le flou, l'entre deux, la zone grise. 

    Ce même post intéressant sur la question nous dit d'ailleurs :  "Comment tu définis la monogamie quand tu ne parles pas d'une relation romantique et/ou sexuelle ? Comment tu décides, en tant que quelqu'un qui a des difficultés à distinguer l'attirance romantique de l'attirance platonique, ce qui serait "tromper" et quelle sorte de relation je suis autorisé à avoir en dehors de celle que j'ai avec mon partenaire primaire ?" 

     


    4. Orientation relationnelle et orientation romantique/sexuelle

    En ce qui me concerne personnellement, j'irai même plus loin en disant que le fait d'être aro est intrinsèquement lié au fait que je sois anarchiste relationnel. Dire que je suis aro c'est presque donner la même information que dire que je suis anarchiste relationnel pour moi, mais sous un angle un peu différent. J'ai d'ailleurs entendu d'autres aro le dire aussi. Aro se focalise plus sur comment je vis mes attirances et anarchiste relationnel se focalise plus sur comment je vis les relations en lien avec ces attirances. C'est sans doute pour cela que le concept d'orientation relationnelle me parle autant.

    Toujours dans ce même post, une autre personne aromantique décrit le même genre de situation : "C'est en fait quasiment impossible pour moi de discuter de polyamour sans discuter d'aromantisme car c'est juste... genre, je n'ai PAS cette limite dans ma tête qui dit "non c'est la Chose Unique Spéciale" et la monogamie repose TELLEMENT sur ça. Genre, quand je suis dans une situation décontractée, je confond absolument les personnes monogames et alloromantiques tout le temps. Durant les 3 ou 4 dernières années, avant que j'ai le mot aromantique, iels étaient littéralement le même groupe pour moi. Je ne pouvais pas concevoir la monogamie spécifiquement parce que je ne peux pas concevoir la romance de la même manière que "la plupart des personnes" le font. Ces deux choses sont profondément, profondément liée pour moi."

     


    En conclusion et pour répondre à la question posée dans le titre de l'article, l'asexualité, l'aromantisme et le polyamour ont en commun la remise en question de la hiérarchie relationnelle allo-mono-centrée. La mononorme est très liée à la romance et au sexe obligatoire, ce qui fait que les ace et aro peuvent s'avérer plus susceptibles d'être poly. 

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  • Commentaires

    1
    Vitelotte
    Jeudi 29 Juin à 18:32

    Est-ce que tu ne penses pas que l'allo-mono-norme dont tu parles n'est pas tout simplement le patriarcat ? Sans oppression masculine, qui a besoin d'asservir les femmes, et qui le fait via l'institution du couple, on a du mal à comprendre d'où sortirait cette norme ni à qui elle servirait.

      • Vendredi 30 Juin à 11:20

        L'hétérosexisme en général (homophobie, biphobie, a-phobie) ainsi que la transphobie et l'intersexophobie sont basées sur le patriarcat mais cela est suffisamment spécifique pour qu'on en parle et qu'on les nomme.

    2
    Vitelotte
    Vendredi 30 Juin à 14:50

    Mais ta réponse n'explique pas comment tu te débrouilles pour écrire tout un article sans faire une seule référence au patriarcat ni d'où sort cette allo-mono-norme qui opprimerait tous les groupes dont tu parles.

    Par ailleurs, considères-tu sincèrement que les hommes et les femmes aces, aros ou polyA sont opprimés de façon identique ? En fait, quelle définition as-tu d'une oppression ? 

      • Vendredi 30 Juin à 16:21

        Parce que le but de mon article n'est pas de décortiquer ces oppressions mais du lien qu'il peut exister entre être aro, ace et poly.

        Quand je parle d'oppression, je parle en général d'oppression systémique.

        Les femmes cis et hommes cis sont opprimés différemment à cause de l'intersection avec le sexisme. 

    3
    Vitelotte
    Vendredi 30 Juin à 17:06

    Parce que le but de mon article n'est pas de décortiquer ces oppressions mais du lien qu'il peut exister entre être aro, ace et poly.

    Oui, certes. Mais concrètement, tu postules que ces trois groupes sont opprimés par le même système allo-mono-centré, qui semble sortir de nulle part. Je sais que tu as écrit d'autres articles sur ces sujets dans ce blog, mais aucun ne montre vraiment d'où sortirait ces oppressions. Du coup, tout l'article devient une discussion sur un sujet dont l'ancrage dans le réel n'est pas vraiment établi, ou en tout cas argumenté.

    Quand je parle d'oppression, je parle en général d'oppression systémique.

    C'est une tautologie… Concrètement, qu'entends-tu par oppression systémique ? Comment se manifeste-elle ? Quels conséquences pour les opprimés, quels avantages pour les oppresseurs ?

    Les femmes cis et hommes cis sont opprimés différemment à cause de l'intersection avec le sexisme.

    Admettons. Quel impact a cette intersection ? Pour être franche, j'ai du mal à voir en quoi les hommes ace, aro ou polyA sont opprimés à cause de ces particularités ; en revanche, les femmes qui rentrent dans ces catégories vont vivre une violence qui découle plutôt du sexisme, parce que ne rentrant pas dans les termes du couple, couple qui est initialement institué en patriarcat pour opprimer ces dernières. Toute l'affaire de la conjugalité obligatoire et ses termes de fidélité, de devoir sexuel, de dévouement sentimental, c'est l'outil des hommes pour mieux contrôler les femmes ; ces mêmes hommes n'étant pas tenus aux mêmes obligations. 

      • Kris
        Lundi 3 Juillet à 15:17

        Selon moi, le sexisme est bâti sur la catégorisation binaire et a 2 grandes manifestations. L'une d'elles c'est la domination d'une catégorie sur l'autre (et peut-être que la catégorisation sert en fait à instituer cette domination première). L'autre c'est la marginalisation, le rejet, l'oppression de tout ce qui est considéré comme non conforme à la normativité binaire, donc évidemment transphobie, homophobie, intersexphobie... mais aussi l'oppression des personnes aro, ace, poly... autrement dit qui sortent de l'amatonormativité (qui elle-même fait partie de la normativité sexiste). Et évidemment ces 2 manifestations se conjuguent, on oppresse les personnes perçues non conformes comme celles identifiées femmes ou filles.

         

      • Lundi 3 Juillet à 17:48

        Ce sont des questions intéressantes et dont j'ai prévu de discuter plus tard.

        En attendant, sans même parler d'oppression systémique on peut s'accorder sur l'existence de l'allonormativité et la mononormativité au moins en tant que normes (car tu conviendras qu'il n'est pas dans la norme d'être ace, aro ou poly) et le but de l'article est de discuter de l'intersection entre le fait de sortir des normes allo et mono, tout simplement. Je ne pense pas qu'il y ait besoin de faire toute une démonstration sur les oppressions pour le contenu précis de cet article. D'autant plus qu'il était avant tout destiné aux concerné-e-s ou personnes curieuses d'en savoir plus sur le fait d'être à la fois aro, ace et poly et n'a pas vocation à être une discussion politique en tant que telle :)

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