• Approche matérialiste de la transidentité et enbyphobie

     

    Tout d’abord, je tiens à dire que je ne vais pas critiquer le matérialisme en tant que tel, mais les applications que j’en ai vu à la transidentité et la non-binarité en particulier. Ca ne veut pas dire que toute approche matérialiste n’est pas inclusive à mon sens, mais juste cette approche-là. D’ailleurs, je connais mal le matérialisme d’un point de vue théorique. Je critique donc uniquement les arguments de certaines personnes qui se réclament du matérialisme dans le contexte transidentitaire.

    De plus, je ne cite aucun nom et ne vise personne en particulier, je veux juste argumenter mon désaccord avec certaines idées.

     

    Je vais quand même mettre une définition de matérialisme ici avant de me lancer. Le matérialisme est un courant philosophique définit comme suit : « Doctrine qui, rejetant l'existence d'un principe spirituel, ramène toute réalité à la matière et à ses modifications. »

    (source : http://www.cnrtl.fr/definition/matérialisme)

     

    Ok, si vous n’avez rien compris au matérialisme, vous pouvez quand même lire cet article, je n’y discute pas de philosophie en tant que tel.

     

    Le féminisme matérialiste est quant à lui un courant du féminisme apparu après mai 1968 dont la thèse principale est « que la domination patriarcale des femmes s'opère par des pratiques matérielles, notamment par l’extorsion du travail domestique au sein des foyers. Il existe ainsi un mode de production patriarcal imbriqué avec le mode de production capitaliste. (…) Pour les féministes matérialistes, les rapports entre sexes sont une construction sociale. » 

    (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Féminisme_matérialiste)

     

     

    1) Pourquoi définir la transitude par la dysphorie et/ou la transition est excluant

     

    Un argument qui revient évidemment très souvent parmi les personnes trans que j’ai entendu se réclamant du matérialisme, c’est la nécessité d’avoir de la dysphorie et/ou de vouloir/faire/avoir fait une transition pour être trans. Si j’ai bien suivi leur raisonnement, c’est que comme uniquement ce qui est matériel existe, les identités ne comptent pas, mais uniquement les « faits ». Ca ignore beaucoup de choses sur la transphobie en tant que système d’oppression à mon sens et comment se construit l’identité de genre en fait...

     

    Pour euxe, définir le genre comme un ressenti est essentialiste. J’ai déjà répondu ici que ça n’était pas essentialiste comme définition, car ce ressenti est la conséquence d’une construction identitaire dépendant de divers facteurs sociaux (donc pas un genre qu’on serait par essence, par nature, avec lequel on naîtrait). Donc l’identité de genre résulte bien de faits sociaux, donc à mon sens ça peut parfaitement s’inclure dans un raisonnement matérialiste (mais bon, je suis pas expert en philosophie matérialiste donc je m’avance pas trop). Ce que j’essaye de dire, c’est que penser que l’identité en elle-même ne résulte pas du social ou n’a pas d’impact sur le social est faux puisque cette identité EST construite dans un cadre social.

    Je pense que le mythe de la socialisation masculine est assez éloquent pour illustrer ce que je dis là (Cf. Socialization arguments are transmisogyny). C’est un mythe selon lequel les personnes trans assignées garçon à la naissance auraient eu une socialisation de garçon cis dyadique (pas trans et pas intersexe) et que donc ont eu des privilèges masculins un jour, et ont été du côté dominant. Dans les faits, ce n’est pas vérifiable, ces personnes subissent bien souvent des brimades et autres agressions avant même une quelconque transition et avoir réalisé être trans. Pourquoi ? Parce que le fait de ne pas être un mec cis dyadique s’ancre dans le social. Les codes sociaux autour du genre sont très complexes et ne sont pas uniquement constitué par ce qui est immédiatement « visible en surface ».

     

    Pour ce qui est de définir la transitude sur la base de la dysphorie, un très bon article en anglais, Not all transgender people folks have dysphoria (Sam Dylan Finch pour Everyday feminism), y a déjà répondu. Si vous ne lisez pas l’anglais, le premier commentaire ci-dessous sera une traduction partielle de cet article (suffisante pour comprendre le raisonnement). J’en récapitule tout de même les arguments pour toi qui n’a pas le temps ou plus assez de cuillères* pour lire ça dans l’immédiat : [*théorie des cuillères : nombre de « cuillères » = quantité d’énergie restante, théorique applicable dans le cas des handicaps et neuroatypies] 

    1 – Cela suggère que l’identité de genre peut être décidée par une personne extérieure : on nie le droit des personnes à s’auto-identifier en faisant des règles pour décider qui est « assez trans » ou pas.

    2 – Cela médicalise l’expérience de la transidentité : la dysphorie émerge du modèle médical.

    3 – C’est une définition euro-centrée de la transidentité : beaucoup de personnes insistent sur le fait qu’être trans c’est avoir de la dysphorie mais c’est une compréhension très occidentale de ce qu’est la transidentité et efface les expériences trans en dehors de ce modèle culturel.

    4 – Cela rend la transidentité synonyme de détresse et dysfonctionnement

    5 – On privilégie certaines histoires sur d’autres, en rendant la parole de certaines personnes trans illégitime.

    6 – Cela nourrit la transphobie : si on s’autorise entre personnes trans à nier l’auto-détermination d’une autre personne trans, qu’est-ce qui empêche les personnes cis de le faire ?

     

    Pour ce qui est de définir la transitude sur la transition, j’avais déjà écrit un article ici. Je te récapitule les arguments :

    1 – Définir la transitude sur la transition est un moyen de décider qui est trans ou pas

    2 – La transition n’est pas un fait objectif observable par un tiers (ce n’est pas le fait de changer de look par exemple, mais le rapport que la personne entretient avec ce fait, ce que ça signifie pour elle).

    3 – Il y a des personnes trans qui ne transitionnent pas

    4 – Ce n’est pas parce qu’on ne transitionne pas qu’on ne vit pas la transphobie : messages cissexistes que la société envoie, invisibilisation/effacement/pas de représentation, négation de l’identité, mythe de la socialisation masculine, etc. Tout ça sont des formes de transphobie, même si pas d’agression « directe » - et encore, ça dépend ! – car la transphobie est un système et prend différentes formes.

    5 – Définir la transitude sur la transition rend l’expérience de la transitude fixe : les besoins par rapport à la transition peuvent évoluer avec le temps, on peut avoir une expression de genre et/ou un genre fluide.

    6 – Définir la transitude sur la transition impose une expression de genre en fonction du genre (le contraire de ce pourquoi on lutte quand même…)

    7 – Définir la transitude sur la transition nie l’auto-détermination (le contraire de ce pourquoi on lutte bis).

     

    2) Pourquoi supposer qu’une personne qui ne transitionne pas n’est pas opprimée est excluant

     

    Je l’ai déjà expliqué dans mon article sur « pourquoi ne peut-on pas définir la transitude par la transition » mais j’ai envie d’en remettre une couche.

     

    Oui, une personne qui ne transitionne pas n’a pas les mêmes expériences qu’une personne qui transitionne, mais deux personnes qui transitionnent non plus, car les parcours sont divers et variés. Une personne qui n’a pas changé de pronom ne parlera pas des difficultés de le faire appliquer à son entourage par exemple. Une personne qui ne prend pas d’hormones ne parlera pas des difficultés à les obtenir. Etc. Ca paraît logique. Quand on dit qu’une personne qui ne transitionne pas subit quand même une forme de transphobie, on est pas en train de dire que ça lui donne un passe-droit pour parler à la place des autres sur des expériences qu’elle n’a pas eu. C’est EVIDENT. Et ça marche dans les deux sens en fait : si on a transitionné, on évite de supposer qu’on sait mieux que la personne en face (qui elle n’a pas transitionné) ce qu’elle vit. On évite de supposer qu’on connaît la vie des gens !

     

    J’ai des tas de trucs qui me viennent à la tête quand je pense à ce que peut potentiellement vivre une personne qui ne transitionne pas :

    -       messages cissexistes envoyés par la société

    -       invisibilisation de son identité/pas de représentation dans la société

    -       négation de son identité (qui peut être encore plus fort vu qu’elle ne transitionne pas… ça vous rappelle rien comme processus ?)

    -       on peut être afab, à l’aise avec « elle » et une expression de genre relativement conforme à l’attendu, mais ne pas être à l’aise avec « madame », « fille », « femme », cocher « femme » sur les formulaires…

    -     difficultés de comprendre son identité car elle sort de la norme, difficulté de s’accepter et de trouver des personnes semblables (+ potentielles répercussions sur sa santé mentale)

    -      doit faire un coming-out sinon sera supposé son genre assigné par défaut, comme toute personne trans en fait (et avoir besoin de faire un coming-out, c’est déjà mauvais signe, ça indique qu’on vit une oppression)

    -       micro-agressions, stress minoritaire

    -       subir le fait de ne pas avoir de toilettes, de vestiaires, d’équipe de sport…

    -       la mixité en prison avec des personnes cis de son genre assigné, dans les gardes à vues aussi...

    -       harcèlement, agression, viols correctifs possibles si pas jugé-e assez dans la norme cis

    -       violence de l’exclusion des espaces MOGAI et trans parce que jugé-e-s « invisibles », jugé-e-s « cis socialement » alors que par ailleurs, les personnes cis savent très bien les exclure aussi (cf. mythe de la socialisation masculine, entre autres)

    -      

     (note : y'aurait sûrement beaucoup à développer mais cet article est déjà très long, je vais essayer de rester synthétique)

     

    Je vous vois déjà venir : « la plupart de ces choses sont du cissexisme, pas de la transphobie ». Je ne suis pas d’accord que le cissexisme et la transphobie sont deux choses séparées. C’est un système global. Ca fonctionne comme une pyramide : le bas alimente le haut. Séparer la transphobie du cissexisme est artificiel et fait plus de mal que de bien, à mon sens :

    -       d’une part, ça minimise la gravité des actes qui relèveraient « seulement » du cissexisme. Etre mégenré selon son apparence, c’est du cissexisme vous me direz, mais tout les purins de jours de ta vie, ça peut avoir des impacts énormes. De plus, ça a des répercussions systémiques : le fait d’associer une apparence à un genre, c’est quand même la base de la transphobie. Pareil, devoir cocher homme ou femme sur un formulaire, ce n’est pas ce que vous appellerez de la « transphobie directe » pourtant ça a des impacts au niveau individuel déjà, mais aussi et surtout au niveau systémique car on perpétue l’idée qu’il n’existe que deux genres donc ça alimente directement l’enbyphobie [forme de transphobie spécifique à la non-binarité]. Etc. On ne peut clairement pas démanteler le système transphobe si on considère que « bof, le cissexisme c’est pas trop grave ».

    -       d’autre part, considérer que la transphobie ce n’est que des actes/paroles violentes volontaires, ça efface complètement l’aspect systémique de la transphobie et fait passer ça pour des actes isolés de quelques individus transphobes. Donc ça la minimise aussi et empêche de voir comment elle fonctionne réellement et donc de la déconstruire correctement.

     

    Bref, la transphobie et le cissexisme sont indissociables pour moi, c’est la même chose. Donc ouais, je vois bien comment des personnes qui ne transitionnent pas peuvent être victimes de plein de façon différentes de la transphobie.

     

    Approche matérialiste de la transidentité et enbyphobie

     

     

    3) Pourquoi définir la non-binarité sur l’expression de genre est foireux

     

    Alors là, j’ai lu des choses un peu… surprenantes (euphémisme) : les personnes non-conformes dans leurs expressions de genre mais ayant une identité de genre femme ou homme peuvent se dire non-binaire (et par ailleurs, les personnes non-binaires n’ayant pas de dysphorie ou ne transitionnant pas ne sont pas légitimes à s’exprimer).

     

    Je redonne la définition de « non-conforme dans le genre » :

    Non conforme dans le genre (gender non-conforming) : implique la non-conformité aux normes de genres d’une culture donnée (expression de genre, rôles de genre, genre lui-même). Ce terme inclut donc des personnes cis et est souvent utilisé pour parler de jeunes enfants non-conformes sans présupposer de leur genre ou leur orientation.

     

    En revanche, « non-binaire » veut dire avoir un genre qui n’est ni exclusivement homme, ni exclusivement femme et ne se rapporte pas à l’expression de genre. Ainsi, une personne qui est exclusivement une femme ou exclusivement un homme, même si son expression de genre est non-normative, n’est pas non-binaire. La non-binarité n’est pas une expression de genre, c’est un genre (enfin des (non-)genres).

     

    Ainsi, dire qu’une femme ayant une expression de genre masculine ou androgyne peut être considérée non-binaire alors qu’elle s’identifie en tant que femme, ça nie l’auto-détermination de cette personne en tant que femme. Ca dit aussi qu’une femme à l’expression de genre masculine /androgyne n’est pas vraiment une femme et qu’un homme à l’expression de genre féminine/androgyne n’est pas vraiment un homme…

    Par ailleurs, ça renforce le cliché selon lequel « femme trans = homme en robe » parce que si on suit cette logique, un homme cis travesti est trans dans cette histoire, vu que c’est l’expression de genre qui semble « compter ».

    Ca renforce aussi l’idée qu’un homme trans ayant une expression de genre pas conforme au cliché masculin n’est pas vraiment un homme (puisque du coup, il rentrerait dans « non-binaire ») et qu’une femme trans ayant une expression de genre pas conforme au cliché féminin n’est pas vraiment une femme. Ca va être super au tribunal pour le changement d’état civil si on continue de renforcer ces idées : « nous avons de sérieux doutes quand à votre identité de genre, revenez dans 1 an. » Ah oui vraiment génial… #sarcasme.

    Ca renforce aussi l’idée que les hommes cis gay efféminés ne sont pas vraiment des hommes et les femmes cis lesbiennes butch ne sont pas vraiment des femmes. De là à mélanger expression de genre, orientation sexuelle et romantique, et genre, y’a qu’un pas. C’est une pente très très glissante. (Ca alimente l'homophobie aussi d'ailleurs). 

     

    Bah, j’ai beau chercher à comprendre, mais j’ai l’impression de lire le 20 min « les stars hollywodiennes comme Kristen Stewart peuvent apparaître un jour en look de garçon manqué, le lendemain en look très féminin » dans un article sur les genres-fluides

     

    En résumé :

    -       Dans tous les cas ça nie l’auto-détermination des personnes s’identifiant comme homme ou femme (cis comme trans).

    -       Ca fait passer la non-binarité pour une expression de genre, ce que ça n’est pas. Va falloir comprendre un moment donné qu’être non-binaire c’est une vraie identité de genre à part entière.

    -       Ca silencie toute une partie de la communauté non-binaire en décidant qui est légitime ou pas à la place des concerné-e-s.

    -       Ca sape tout le travail où on essaye de faire comprendre que genre ≠ expression de genre.

     

    Attention : dans ce que je dis au dessus, je ne nie pas que les personnes cis non-conformes dans le genre puissent vivre une certaine forme d’oppression liée à leur expression de genre, qui a probablement des points communs avec l’enbyphobie/la transphobie (mais est différente). D’ailleurs, ça peut être intéressant d’échanger sur ce sujet.

     

    4) Pourquoi on ne peut pas dire que l’enbyphobie n’a pas d’existence propre

     

    Pour certaines personnes matérialistes, l’enbyphobie n’existe pas d’un point de vue matériel. En gros, les personnes trans non-binaires subiraient exactement la même chose que la transphobie classique (quand elles transitionnent ou ont de la dysphorie) mais il n’y aurait rien de spécifique à la non-binarité qui mériterait de nommer une oppression spécifique.

     

    Allez, on se fait une petite liste (sûrement non-exhaustive) ? Allez !

    -       la négation constante de l’existence de plus de deux genres, l’effacement perpétuel de l’existence des genres en dehors de la binarité

    -       les formulaires où on ne peut cocher que homme ou femme

    -       les toilettes et autres lieux binaires, le sport aussi (équipes et catégories binaires)

    -       l’absence de changement d’état civil X (à défaut de n’avoir plus aucune mention de sexe)

    -    toute la langue construite de manière binaire sans existence d’une forme grammaticale que peuvent utiliser les personnes non-binaires : c’est cool quand t’existe tellement pas que tu peux même pas parler de toi dans une langue ! #sarcasme

    -    l’accès à des transitions hormonales ou chirurgicales sans avoir à cacher sa non-binarité est compliqué

    -      

     

    Plus de détails ici.

     

    On ne peut sérieusement pas dire qu’il n’y a aucune spécificité à la transphobie vécue par les personnes non-binaires, c’est à dire l’enbyphobie, qui mérite donc bien son nom. Nommer l’enbyphobie ne veut pas dire « c’est pire que les autres, on est plus opprimé-e-s », non absolument pas : ça veut juste dire qu’il y a des particularités à prendre en compte, c’est tout.

     

    En conclusion :

    Ca serait bien de prendre en compte l’auto-détermination des gens. Si ce sont des femmes ou des hommes, peu importe leur expression de genre non-conforme, ce sont des femmes ou des hommes. Si ce sont des personnes trans non-binaires, indépendamment de leur parcours ou non de transition ou leur expression de genre, ce sont des personnes non-binaires, qui vivent l’enbyphobie et sont légitimes à s’exprimer sur leur vécu.

    De plus, exclure des gens « par erreur » est bien plus dommageable qu’inclure des gens « par erreur ». Pourquoi ? Parce que :

    1. Les personnes non-binaires ont déjà du mal à se sentir légitime en temps normal, alors renforcer ce sentiment et les priver d’espace d’expression c’est ultra merdique

    2. Cela ne laisse pas la place aux personnes en questionnement

    3. Personne ou très peu de gens prétendent subir une oppression pour l’attention, ou prétendent être trans pour l’attention, en général c’est plutôt le contraire (on prétend être cis pour éviter de trop morfler).

     

    Note : par ailleurs, ces personnes ont tendance à faire comme si les personnes xénogenres n'étaient pas non-binaires ou que ces genres n'étaient pas sociaux, j'ai beaucoup de choses à en dire mais ça mérite un article entier (puis celui-ci est déjà très long). Je dirais juste que les xénogenres SONT des genres non-binaires (donc sociaux aussi). => ça y est, vous pouvez lire l'article en question ici ! 

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 19 Octobre 2016 à 16:42

    TOUTES LES PERSONNES TRANS N’ONT PAS DE DYSPHORIE ET VOICI POURQUOI C’EST IMPORTANT

    Traduction presqu’entière de l’article : http://everydayfeminism.com/2015/08...
    Par Sam Dylan Finch pour Everyday Feminism
     
    L’auteurice de l’article explique qu’iel parlait avec san ami Kai et que cellui-ci lui a dit ne pas avoir dysphorie et qu’iel avait peur d’être jugé-e pour cela. L’auteurice dit « mon 1er instinct a été de protéger ma transidentité. L’idée que la dysphorie n’était pas requise, et que n’importe qui pouvait s’identifier trans s’iel voulait semblait minimiser l’importance de mon identité et des difficultés de ma communauté. Non – SA communauté. NOTRE communauté. Je devenais possessife, essayant de nier l’identité de Kai. (…)
    Pourquoi essayerais-je de dire à quelqu’un ce que son genre est ou n’est pas, alors que l’on m’a dit la même chose toute ma vie ? (…)
    J’ai eu la chance d’apprendre d’euxe [les personnes trans ne vivant pas de dysphorie] et de comprendre que ma réaction instinctive – de les exclure – était si problématique.
    Donc, pourquoi ne devrions-nous pas définir la transidentité sur la base de la dysphorie ?
    1 – Cela suggère que l’identité de genre peut être décidée par une personne extérieure
    C’est bizarre que certaines personnes trans soient si promptes à faire un livre de règles de la transidentité au lieu d’encourager l’auto-identification et que les gens déclarent leur genre pour eux-mêmes.
    Lorsqu’on autorise d’autres personnes à faire des règles, on nie les droits des personnes trans à s’auto-identifier. Si on dit on personnes trans que leurs identités ne leur appartiennent pas, on maintient une culture où nommer l’identité de genre appartient aux personnes extérieures plutôt que nous-mêmes. (…)
    Les personnes trans doivent constamment résister au fait qu’on leur impose un genre assigné. Est-ce qu’on veut vraiment assigner et imposer un genre aux autres personnes trans ?
     
    2 – Cela médicalise l’expérience de la transidentité
    (…)
    Quand vous suggérez que la dysphorie de genre est le seul moyen de déterminer si quelqu’un est trans ou pas, vous vous appuyez sur un modèle médical qui n’a pas été créé par les personnes trans mais plutôt par la profession « médicale » Occidentale qui voyait la transidentité comme un trouble et non une identité. (…)
    3 – C’est une définition euro-centrée de la transidentité
    Beaucoup de personnes trans insistent sur le fait qu’être transgenre c’est être dysphorique sans reconnaître que c’est une compréhension très occidentale de ce qu’est être trans. Cela ne reconnaît pas le fait que la transidentité peut exister en dehors de l’occident et a existé en dehors de l’occident bien avant qu’on arrive – avec ses propres définitions, langage, idées et vécus. (…)
    C’est casse-gueule (et parfois très problématique) d’appliquer la compréhension individuelle du genre à TOUTES les personnes.
    « Transgenre » est un terme parapluie si divers et complexe qu’il est mieux d’éviter les généralisations et permettre aux personnes de nommer leurs propres expériences.
    4 – Cela rend la transidentité synonyme de détresse et dysfonctionnement
    (…)
    En tant que personne trans qui VIT la dysphorie, je peux vous dire que la dysphorie n’est pas la seule chose qui me rend trans. Ce n’est même pas l’essentiel de mon expérience en tant que trans.
    C’est à propos du voyage qu’il a fallu pour écarter les attentes que l’on avait de moi et me trouver. C’est à propos des couches que j’ai dû éplucher pour réaliser qui je suis. C’est à propos de la fierté et l’euphorie que j’ai ressenties quand j’ai trouvé les mots pour décrire mon identité. C’est à propos du sentiment de communauté dans laquelle j’ai trouvé d’autres personnes comme moi. C’est la façon dont je comprends le genre et dont je navigue à travers le monde.
    Le genre est complexe. La transidentité encore plus.
    La chose que Kai et moi avons en commun c’est que nous avons vécu un processus pour nous comprendre nous-mêmes et nos genres, nous détachant de ce que la société voulait de nous, et ce que nous voulions pour nous-mêmes. On a toustes les deux découvert grâce à ce processus que nous ne nous identifions pas à notre genre assigné à la naissance. La différence dans cette réalisation c’est qu’elle ne cause pas de détresse à Kai de la même manière qu’à moi.
    Et si c’est la seule différence, alors quoi ? Si la détresse est la caractéristique déterminante, qu’est-ce que nous disons à propos du fait d’être trans ? (…)
    Je veux vivre dans un monde où être transgenre n’est pas synonyme de douleur et de souffrance. Parce qu’enfin de compte, ce n’est pas notre peine qui nous uni. C’est l’identité que l’on réclame et le voyage unique que nous avons toustes suivi pour la trouver.
    Je ne veux qu’aucune personne trans pense qu’être trans veut dire être blessé-e. Cela ne revient qu’à dire au monde : « si tu veux souffrir, soit trans. Si tu veux être heureuxe, soit cis ».
    Nous sommes bien plus que ça, nos vies et nos expériences sont, bien bien plus que ça.
    5 – On privilégie certaines histoires sur d’autres
    (…) Quand allons-nous arrêter de nous déchirer et commencer à nous tirer les un-e-s les autres vers le haut ? (…)
    Je ne suis pas intéressé-e pour créer une dynamique dans laquelle certaines personnes trans sont meilleures, plus méritantes, plus trans, ou plus importantes que d’autres personnes trans. Ca pour moi, ce n’est pas ce à quoi ressemble la justice sociale.
    Utiliser la dysphorie comme la mesure suprême de la transidentité signifie que pour toute personne trans qui n’éprouve pas de dysphorie, qui n’aime pas utiliser ce langage, ou pour qui la dysphorie n’est pas prédominante, leur expérience est soudainement illégitime. Cela dit : « Ces personnes trans sont les vraies personnes trans, et toutes les autres devraient se taire ».
    Notre communauté à une histoire dans laquelle elle fait ça. Par exemple, la résistance initiale de la communauté trans à inclure les personnes non-binaires.
    Oh attendez, ce n’est pas de l’histoire, ça arrive encore.
    J’en ai ras-le-bol de la dynamique de pouvoir dans notre communauté et je ne vois absolument aucun besoin d’en créer plus ; on galère encore jours après jours pour démanteler les hiérarchies qui existent déjà. (…)
    On devrait proclamer que la communauté trans est diverse, complexe et unique – pas monolithique et homogène.
    6 – Cela nourrit la transphobie
    Il y a cette idée envahissante que si on laisse les personnes s’auto-identifier trans, le terme perdra de son sens à cause des gens qui s’y identifient pour les mauvaises raisons. Mais cela est bizarrement un miroir de beaucoup d’attitudes oppressives utilisées contre TOUTES les personnes trans. Par exemple, prenez le débat sur les toilettes. Il y a cette idée répandue que des personnes cis vont prétendre être trans juste pour aller dans les autres toilettes et violer des gens. Hum, quand vous êtes du côté de Fox News, il est peut-être temps de réévaluer vos positions.
    Si des personnes trans interrogent d’autres personnes trans de manière suspicieuse, nous donnons la permission au reste du monde de le faire. Si on harcèle d’autres personnes trans et on dit qu’elles trompent les autres ou suivent une mode, on dit aux personnes cis qu’elles peuvent nous accuser nous aussi d’être des imposteurices.
    On nie le droit à l’auto-identification et on donne au reste du monde la permission de nous mégenrer s’iels aussi décident qu’on est « pas assez trans ». On dit au reste du monde qu’ils n’ont pas à nous croire parce que nous ne croyions pas en les un-e-s les autres. Si vous ne croyiez pas une personne trans qui vous dit qu’elle est trans, pourquoi une personne cis devrait vous croire ? (…)
    Je crois qu’il y a des conséquences plus graves lorsqu’on exclut des personnes trans en se basant sur le fait qu’elles aient des vécus différents des nôtres. On devient la « police du genre » qu’on a passé des décennies à critiquer. On devient la chose même qui nous a oppressé-e-s pendant tellement d’années.
    Si le genre est quelque chose que personne ne peut décider pour vous alors sa réalité revient aux individus, il n’y a pas de mauvaise réponse. Ce n’est pas un débat que des personnes extérieures peuvent avoir – c’est personnel et ça l’a toujours été.
    Laisser tomber le besoin de contrôler qui fait partie ou non de la communauté et au lieu de ça, se concentrer notre énergie pour nous affirmer et tirer vers le haut les autres dans notre communauté semble être un effort qui en vaut bien plus la peine.
    Donc qui est transgenre ? Gardons cela simple : n’importe qui qui s’identifie différemment du genre qui lui a été assigné à la naissance. Point barre.

     

    2
    Morue Moderne
    Jeudi 20 Octobre 2016 à 18:01

    MERCI pour cet article ! Je l'attendais avec impatience, et sa lecture m'a fait un bien fou.

    La Morue

      • Jeudi 20 Octobre 2016 à 18:19

        Je t'en prie, merci :D

    3
    Kris
    Jeudi 20 Octobre 2016 à 19:33

    Très long en effet, mais malheureusement nécessaire.

    Ce qui me paraît étonnant c'est cette façon de reproduire des oppressions qu'on vit soi-même. Je veux dire que beaucoup de monde va critiquer le "manif pour tous", sur le fait que ces gens veulent détruire ce qui n'est pas comme eux, où réduire les droits des personnes différentes d'eux. Et c'est un peu la même mécanique en oeuvre quand des personnes trans s'en prennent à d'autres différentes d'elles-mêmes, et en voulant les empêcher d'avoir les mêmes droits dans des circonstances différentes. Même logique de s'en prendre à des personnes par soucis de conformismes alors que ces personnes ne leur font aucun mal.

    Et puis, plus proche encore, ça ressemble particulièrement aux féminismes transphobes. Même exclusion des personnes qui vont plus loin dans la remise en cause du système (cis-tème) par leur existence même. Et ce, paradoxalement en les accusant de ne pas être assez politique, de brouiller le message, etc.

      • Jeudi 20 Octobre 2016 à 19:53

        Et oui c'est bien vrai... toujours à s'exclure les un-e-s les autres :(

    4
    Eglantine
    Samedi 22 Octobre 2016 à 09:46

    En même temps, définir la transitude par la dysphorie ça n'a pas vraiment de rapport avec le matérialisme, attendu que cela consiste à définir le fait trans par un sentiment ou une idée ; c'est au contraire une attitude idéaliste qui est sensiblement la même que celle qui consiste à le définir par une identité.

      • Samedi 22 Octobre 2016 à 10:44

        Oui... mais va savoir ce que ces personnes ont dans la tête ? xD Je pense surtout qu'iels se cherchent des excuses pour exclure des gens honnêtement.

      • Eglantine
        Samedi 22 Octobre 2016 à 13:59

        Ah mais je pense que personne ne sait ce que qui que ce soit a dans la tête (et c'est d'ailleurs pour ça que la définition de ce qui est à partir de ce que les gens pensent, ressentent ou que sais-je encore n'a pas vraiment de sens : exit l'approche par la dysphorie ou l'identité). Reste que sans avoir à se référer à ce que les gens ont dans la tête, les ressources sur ce en quoi consiste l'approche matérialiste sont nombreuses et qu'en s'appuyant dessus, et sur des formes assez simples de raisonnement, on peut quand même de ne pas prétendre l'exact contraire de ce en quoi cela consiste.

      • Samedi 22 Octobre 2016 à 19:43

        Tu ne peux pas exclure la définition de la transitude basée sur l'identité car seule la personne concernée sait qui elle est, et on ne peut pas décider à sa place sur des facteurs extérieurs puisque genre ≠ expression de genre et genre ≠ apparence physique et biologie.  

      • Eglantine
        Lundi 24 Octobre 2016 à 19:12

        Toujours cette idée de la transparence de soi à soi, et de la validité incontestable de l'auto-définition... Je reconnais que c'est éminemment sympathique, mais cela ne va pas sans poser de problème, attendu que les réacs ne nous attendent pas pour s'auto-définir, et souvent ne s'auto-définissent pas comme réacs ; comment faire alors s'il vient un gonze désireux de s'auto-définir comme appartenant au sexe fort ? Doit-on trouver que c'est une auto-identification incontestable et merveilleuse ? Ou est-il encore permis de lever les sourcils ? Que faire aussi du sexisme gender-blind de ceux qui se définissent comme humains ?

        Cela pose aussi de sérieux problèmes dans la construction de la théorie, attendu que si seule une personne est capable de savoir ce qu'elle est, et que cette identité est indépendante de tout facteur extérieur, alors il est impossible que cette identité se construise dans le rapport à autrui, qui est nécessairement extérieur à moi-même. Il est tout aussi impossible que cette identité reflète une expérience commune avec autrui, attendu que toute expérience commune avec autrui est extérieure à la fois à moi-même et à autrui. Il faut donc que cette identité se construise de façon purement subjective et intérieure, sur la base d'une notion de genre indépendante de toute expérience. Par conséquence, cela suppose que chacunE connaisse de façon innée les catégories de genre sans se référer à quoi que ce soit qui lui soit extérieur : exit le social (toujours extérieur malgré tout) alors, et chacunE dans sa citadelle intérieure...

        Cela implique logiquement d'autre part que les personnes trans ou non-binaires avant de se considérer comme telles, ne sont ni trans ni non-binaires (sans quoi c'est aller à l'encontre de leur identité).

      • Eglantine
        Mardi 25 Octobre 2016 à 11:28

        Oui j'avais déjà lu cet article, et je ne vois pas bien en quoi il change quoi que ce soit à la question. Se pourrait-il que ce soit toi qui ne perçoive pas les conséquences logiques de tes affirmations ?

      • Mardi 25 Octobre 2016 à 20:30

        Je vois dans ton commentaire précédent que tu n'as juste pas du tout compris mon propos comme le prouvent les passages suivant qui ne sont absolument pas ce que je dis (cf. lien de l'article ci-dessus) : " sur la base d'une notion de genre indépendante de toute expérience" "chacunE connaisse de façon innée les catégories de genre " "exit le social"

        Je te laisse y réfléchir et peut être d'autres de mes articles te permettront de mieux comprendre ce que je veux dire. Bonne continuation.

      • Eglantine
        Mercredi 26 Octobre 2016 à 15:25

        Mais du coup, si chacunE ne connaît pas de façon innéE les catégories de genre, alors cela signifie que l'on peut se tromper sur son genre et que donc l'autodéfinition n'est pas suffisante non ?

    5
    bariton
    Samedi 22 Octobre 2016 à 13:30

    je pense qu'il serait intéressant que tu donnes une définition claire et complète de ce qu'est un "genre" pour toi, parce que je dois t'avouer qu'à la lecture de cet article je n'en ai pas la moindre idée. à part que c'est apparemment une propriété intrinsèque des personnes, comme une variable qu'on aurait remplie à la création d'un personnage dans un RPG.
    plus précisément, d'où provient le genre ? et surtout quel est son usage ?

      • Samedi 22 Octobre 2016 à 19:46

        Le genre d'une personne, c'est sa construction identitaire qui résulte de divers facteurs sociaux et son vécu (le genre est très codé socialement) en contexte patriarcal. 

        Ces articles pourraient t'éclairer sur ce que j'essaye de dire ici : 

        http://uniqueensongenre.eklablog.fr/analyse-du-systeme-d-oppression-base-sur-la-notion-de-sexe-a126821752 

        http://uniqueensongenre.eklablog.fr/definir-le-genre-par-un-ressenti-est-il-essentialiste-a127070352 

        http://uniqueensongenre.eklablog.fr/patriarcat-et-genre-en-dehors-de-la-feminite-et-masculinite-xenogenres-a127244954

      • bariton
        Samedi 22 Octobre 2016 à 21:21

        je connais tes articles, mais j'ai encore un peu de mal à comprendre. dans ta vision, qu'est-ce qui distingue exactement le genre de ce qu'on appelle la personnalité (qui résulte de divers facteurs sociaux elle aussi) ? 
        ou peut-être, est-ce que tu dirais que le genre, c'est cette facette de notre personnalité qui a été façonnée par le vécu en contexte patriarcal ? 

      • Samedi 22 Octobre 2016 à 22:13

        C'est une bonne question. Je pense que la personnalité est différente du genre. Deux personnes du même genre peuvent avoir une personnalité différente et inversement. 

        Le genre ça serait "où tu es"/"où tu te positionne socialement en contexte patriarcal" (je réfléchis en terme spatiaux en raison de ma synesthésie, difficile de le communiquer autrement, peut être que ça pourrait se traduire par "qui tu es?" en termes non-synesthésiques).

        La personnalité ça serait en revanche "comment tu es?"

        Mon genre est non-binaire mais un trait de personnalité serait par exemple d'être perfectionniste.

        Les tests de la personnalité par exemple n'ont rien à voir avec les questions de genre (https://www.16personalities.com/fr/types-de-personnalite)

    6
    Honesty
    Samedi 24 Juin à 17:32

    Tu ne peux pas comprendre l'idéologie matérialiste en la voyant à travers ta propre idéologie. Tu es dans l'immatériel et le ressenti, contrairement aux matérialistes qui sont dans le concret et l'objectivable.

    Par exemple quand tu dis : "C’est un mythe selon lequel les personnes trans assignées garçon à la naissance auraient eu une socialisation de garçon cis dyadique (pas trans et pas intersexe) et que donc ont eu des privilèges masculins un jour, et ont été du côté dominant. Dans les faits, ce n’est pas vérifiable"

    C'est soit de la malhonnêteté intellectuelle, soit une profonde méconnaissance des mots que tu emploie. Parce qu'au contraire, c'est bel et bien vérifiable dans les faits :
    - Ces personnes ONT une socialisation de garçon, c'est indépendant de leur volonté, la sociabilisation c'est comment les parents et la société t'élèvent, c'est à dire que tout enfant mâle (oui je sais intersexes etc mais là on parle de l'écrasante majorité des cas) est sociabilisé comme tel. Peu importe que ça convient à l'enfant ou pas, il s'agit ici du comportement des autres, pas de l'enfant.
    - Ces personnes ONT eu des privilèges masculins : meilleur emploi, pas de violences gynécos, pas de harcèlement destiné aux femmes, pas d'exclusion vis à vis des menstruations, pas d'excision, pas de sociabilisation féminine et le sexisme qui va avec (que la personne se soit identifiée ou non à cette sociabilisation, elle ne s'adressait pas à elle, ce n'est pas le même impact), une proportion à la violence égale à celle des hommes cis, pas de point du mari... Tous ces privilèges ne sont pas choisis, mais ils sont vécus par toutes les personnes mâles ou perçues comme mâles. Peu importe le ressenti de cette personne. Un individu mâle n'a pas la même enfance, adolescence, et vie adulte qu'un individu femelle. Peu importe son ressenti, parce que son vécu dépend de son corps et de ce que la société en fait. Un individu mâle ne risque pas d'excision ou de violence gynéco, peu importe que son genre soi féminin. Ne pas l'admettre c'est malhonnête, et heureusement que de nombreuses personnes trans ne ferment pas les yeux là dessus, nous avons des vécus différents (les personnes cis n'ont pas le même vécu que les personnes trans et les personnes trans n'ont pas le même vécu que les personnes cis).

    Pour le matérialisme, le genre est social, et donc (ce que tu n'admets pas) est décidé par la société, pas par soi. C'est le principe d'une caractéristique sociale. La race est décidée par la société, la neuroatypicitée est décidée par la société, et le genre *est* décidé par la société. Parce que c'est la manière dont la société te traite selon des caractéristiques observables (ex : elle décide que tu es blanc parce que tu as un phénotype européen et te traite comme tel. Peu importe ton ressenti. Le genre, c'est pareil et c'est comme ça qu'il a toujours été défini par les scientifiques qui ont inventé ce terme dans un contexte social). Le genre est bien la seule caractéristique sociale qui depuis quelques années devient un ressenti et non pas une conséquence sociale d'un trait observable, et c'est totalement arbitraire.

      • Jeudi 29 Juin à 12:41

        Tout ce que tu dis trouve réponse dans cet article ou d'autres articles du blog, notamment celui sur la socialisation, que je t'invite à consulter pour ne pas me répéter.

    7
    Lou
    Vendredi 6 Octobre à 16:43

    Alors ce commentaire risque de ne pas être organisé, je m'en excuse. 
    Pour le matérialisme : je suis pas spécialiste mais je crois que c'est dans le sens marxiste du terme. Je suis communiste (sans avoir lu Marx, Lénine et les autres autant que je voudrais malheureusement...)  donc je vais tenter de répondre de manière productive. 

    En fait perso j'ai plusieurs problèmes avec le discours NB à l'heure actuelle (mais pas avec les personnes NB!) :
    -Il est trop centré sur le "sentiment" ou "ressenti" de genre. En soit, ça ne me dérange pas que les gens (NB ou pas) parlent de comment iels ressentent leur genre, ce qui les a poussé à transitionner etc... mais plutôt la proportion dans laquelle c'est fait! à me yeux on devrait parler du "ressenti" à peine 10% du temps, et surtout on devrait parler du genre en tant que système d'oppression des hommes sur les femmes (et par ricochet, de toutes personne qui ne rentrent pas dans la petite case "homme cis hétéro conforme à son genre").
    dans le discours NB, on parle sans cesse de ce fichu ressenti sans le définir de manière bien claire. On reconnaît qu'il est social, mais on le psychologise à mort (à coup de "je peux pas l'expliquer, c'est très personnel") ce qui est aussi du mysticisme, en fait. 

    - le discours NB est obsédé par la "binarité" du genre et pas assez par sa hiérarchie! à la base, le genre est un système qui permet la domination masculine. Il se trouve que dans la société occidentale, cela découle sur une binarité stricte visant à punir toutes personne ou groupe sortant du cadre. 
    Parler de binarité en n' évoquant pas assez la domination masculine dépolitise le problème : il suffit alors qu'une myriade d'identité apparaisse pour déstabiliser le patriarcat. (spoiler : ça ne marche pas) 

    -le nombre d'identité, au passage : ça n'aide personne! ni les gens en questionnement, ni les personne trans binaires. (cfr très bon article par ici : https://raymondreviens.wordpress.com/2016/07/01/c-est-mon-ressenti/ ) à force de créer 15 000 identités, on se retrouve à créer artificiellement des différences entre individus qui ont des problèmes similaires, et on les enferme dans une subjectivité isolante. je veux dire, ya t il une différence personnel et sociale ENORME entre une personne genderqueer et une personne agenre? non. elles subiront toute les deux une forme de transphobie plus ou moins marquée selon leur degré de transition sociale, elles refusent toutes deux les cases H ou F. 

    -je suis un femme cis mais je pense que le militantisme NB gagnerait à se centrer moins sur l'auto identification et le ressenti. Au lieu de dire "je me *sens* non binaire" ( qui est purement personnel et psychologisant) ne serait-il pas plus fructueux de proclamer "Nous, personnes non binaires, refusons le patriarcat, la domination masculine et la binarité aliénante qui en découle". à la manière du slogan "ni hommes, ni femmes, transpédégouine!" je crois que cela aurait plus d'impact 

     

     

      • Samedi 7 Octobre à 14:47

        Le blog Raymond revient est nullement recommandable pour tout un tas de raisons.

        T'es une femme cis, t'as tout dit, tu n'as nullement a donner ton "avis" de non concernée sur nos luttes non-binaires et nos genres. Range ton cisplaining.

      • Lou
        Samedi 7 Octobre à 16:07

        Lol, argument typique de personne qui a peur de se remettre en question.

        désolée, le splaining n'est pas un concept qu'on peut sortir à tout bout de champs dès que quelqu'un fait une critique qui se veut constructive d'une idéologie ou pratique militante. avec ce genre d'approche, on n'a jamais de débat sérieux puisque :

        -tu n'es pas d'accord avec moi et tu n'es pas concerné-e? splaining!

        tu n'es pas d'accord avec moi et concerné-e? oppression internalisée! (car oui je connais des personnes trans qui ne sont pas du tout d'accord avec ton discours)

        d'ailleurs tu n'expliques pas pourquoi le blog de Raymond est mauvais. Moi je suis pas d'accord avec tout ce qui y  est dit mais elle apporte des pistes, en tout cas.

        Bref, ça m'apprendra à croire qu'on peut parler sérieusement avec des personnes qui se cachent au moindre débat. Désolée, mais par exemple en tant que bisexuelle je trouve que le discours actuelle sur la bisexualité est très insuffisant (soit nunuche soit biphobe) est-ce que je vais envoyer bouler chaque personne non-bi qui discute du sujet avec moi à coup de "mono splaining?" Non! parce que justement, le discours bi a sérieusement besoin d'avancer. à bon entendeur.

         

      • Mercredi 11 Octobre à 06:55

        re-lol. Tu arrives avec tes gros sabots sans maîtriser ce dont tu parles et tu penses que ton avis est pertinent. Les personnes non-binaires mènent la lutte non-binaire, on ne vous demande pas votre avis à vous personnes cis. Si on a des débats intra-communautaires parce qu'on est pas toustes d'accord, ce n'est pas ta place de t'y insérer.

        J'ai une vie et pas le temps de t'écrire des tartines à propos de raymond reviens, si tu connais bien mes positions en me lisant, tu comprendras toute seule sur quels critères je juge ce blog ainsi. Son discours est entre autres transmédicaliste, enbyphobe, acephobe, etc. 

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