• Avoir des relations sexuelles quand on est trans

     

    Cet article n’est PAS pour les personnes cisgenres. Il est écrit spécifiquement pour les personnes transgenres/non-binaires (quelque soit l’état de leur transition).

     

    Note : quand je dirais trans, j’inclus les personnes non-binaires dedans.

    Note 2 : je vais utiliser du vocabulaire anatomique dans cet article (pénis, vagin, etc.), histoire de savoir précisément de quoi on parle.

     

    Avoir des relations sexuelles quand on est trans peut s’avérer délicat pour plusieurs raisons. Tout d’abord, nous avons souvent de la dysphorie qui peut rendre les choses plus compliquées. De plus, l’éducation sexuelle et la représentation du sexe dans les médias est totalement hétérociscentrée, ce qui fait qu’il faut se débrouiller sans ressources inclusives ni spécifiquement faites pour nous. Pour finir, si notre partenaire est cisgenre, cela peut encore compliquer la situation, car même s’iel accepte notre transidentité, il y a des choses que cette personne comprendra plus difficilement. 

    Dans cet article, j’aimerais donner quelques pistes pour aider les personnes trans, tirées de mon expérience personnelle et aussi de choses que j’ai entendu de la part d’autres personnes trans. Le sujet est bien sûr complexe et il ne s’agit donc pas d’être exhaustif. Ce qui marche pour quelqu’un peut ne pas fonctionner pour quelqu’un d’autre, car nous sommes très divers-e-s.

     

     

    1.    Gérer la dysphorie au lit (ça rime)

     

    L’une des choses qui doit être le plus difficile à gérer durant les relations sexuelles, c’est bien la dysphorie. Il y a quelques astuces pour la soulager.

     

    Tout d’abord, il n’y a aucune « règles » qui disent qu’il faut être totalement à poil pour baiser (mais quelle vulgarité !) Si garder certains vêtements vous met plus à l’aise, n’hésitez pas à le faire. Par exemple, si votre torse vous rend dysphorique, vous pouvez garder un tee-shirt. Je pense que cette technique peut fonctionner dans « les deux sens » (c’est à dire si on veut un torse plat ou si on veut des seins) puisqu’en fait le tee-shirt va juste cacher tout. 

    Alors évidemment, le tee-shirt ne va pas aplatir ce qui est déjà là, mais que ça soit caché juste visuellement peut aider, surtout si on est sur le dos puisque du coup y’aura un effet automatiquement aplati. Il est aussi possible de porter une brassière de sport ou carrément un binder – mais attention, celui-ci ne doit pas être trop serré, ne doit pas limiter vos mouvements ou vous empêcher de respirer, ne vous mettez pas en danger. Je n’aime pas trop porter un binder dans ces cas-là, justement parce que je n’aime pas être serré et avoir chaud, je préfère la technique du tee-shirt. On peut aussi tout simplement s’aider de la position : par exemple couché sur le ventre, même nu-e, on ne verra rien de votre torse.

     

    Il est également possible de s’aider de sex toys et prothèses, en particulier pour la dysphorie liée aux organes génitaux. Pour les gens qui veulent un pénis, il existe des packer (c’est à dire une prothèse comme on peut le voir sur l'image ci-dessous) qui permet de pénétrer, et certaines sont plutôt réalistes, avec notamment une partie qui frotte sur le clitoris ou le dickclit de la personne qui le porte. Chase Ross est un homme trans qui présente plein de packer différents (attention, tous ne sont pas faits pour le sexe) ; c’est malheureusement en anglais, mais pour celleux que ça intéressent sa playlist est ici :

     https://www.youtube.com/playlist?list=PL7SgbxvTR7N6y2x6g0YZOGRl88XKepxnx

     

    Avoir des relations sexuelles quand on est trans

    En plus Chase présente les packer avec beaucoup d'humour devant son "mur des pénis" lol

      

    Il y a aussi plein d’informations pratiques en français sur le sujet des packer sur le site ftm-transsexuel (quoiqu’avec un vocabulaire pas toujours approprié comme vous pourrez le remarquer, mais bon, faute d’autres ressources…) :

     http://ftm-transsexuel.info/pratique/protheses-peniennes-packing.html

     

    En ce qui concerne les personnes qui ont un pénis, Riley J. Dennis qui est une femme trans non-binaire lesbienne, a fait récemment quelques vidéos (en anglais) destinée aux femmes ayant un pénis qui ont des relations sexuelles avec d’autres femmes (mais j’imagine que certains de ses conseils sont valables pour les personnes trans ayant un pénis en général). Elle recommande notamment l’usage des strap-on, car cela permet de diminuer la dysphorie puisqu’on n’utilise pas directement son pénis, et en plus les strap-on ont souvent des couleurs « pas réalistes ». Elle recommande aussi l’utilisation de sex toys qui ont une connotation plus « féminine » - elle présente par exemple un vibromasseur qui s’utilise sur un clitoris mais on peut y rajouter au bout une espèce d’anneau dans lequel on peut mettre son pénis (l’image sera plus parlante que cette tentative foireuse de description je pense lol).

    Avoir des relations sexuelles quand on est transAvoir des relations sexuelles quand on est trans

     

    Voici sa playlist « trans lesbian sex advice » :

    https://www.youtube.com/watch?v=x3Ynt_Fm40U&list=PLTdBCgZGXdHKqzcJiLqY8tfDmYnPG91td

      

    2. S’affranchir du sexe hétérocisnormatif

     

    Le « vrai sexe » ce n’est pas juste du « pénis dans vagin », contrairement à un mythe assez tenace. Il n’y a pas toujours un partenaire qui a un vagin et l’autre partenaire qui a un pénis pour commencer et puis même si c’est le cas, on n’est pas obligé de s’en servir de cette façon. Ce n’est pas parce qu’on a un vagin qu’on doit l’utiliser par exemple. Si la pénétration vaginale est quelque chose que vous n’aimez pas, ou qui vous rend dysphorique, vous n’avez pas à consentir à cette pratique. Il y a beaucoup d’autres moyens d’avoir des relations sexuelles sans utiliser un vagin. De la même façon, on n’est pas obligé de se servir de son pénis.

     

    Quelques autres moyens pour avoir des relations sexuelles sans faire intervenir le « pénis dans vagin » : utiliser des sex toys, le sexe oral, le sexe anal, la masturbation – notez que la masturbation peut être faite par votre partenaire ou vous-même et n’implique donc pas forcément d’être touché par quelqu’un d’autre (ce qui peut à la fois éviter la dysphorie et la surcharge sensorielle si vous êtes neuroatypique, je le précise car je sais que certain-e-s d’entre vous qui me lisent sont dans ce cas).

     

    On peut aussi utiliser d’autres parties du corps que les organes génitaux et plus jouer sur le sensuel, les câlins, les caresses, les bisous, etc. Que l’acte soit moins centré sur les organes génitaux peut aider à soulager la dysphorie. A ce propos, Riley recommande aussi d’essayer des choses plus kinky, genre un fouet, des menottes, etc. puisqu’encore une fois, ça permettra de moins se concentrer sur les organes génitaux.

     

    A l’inverse, sachez que ce n’est pas parce que vous êtes trans que vous devez nécessairement être dysphorique par rapport à votre corps ou vos organes génitaux. On peut être un homme trans et adorer la pénétration vaginale par exemple, il n’y aucune honte à avoir. Cette personne est tout autant un homme car le genre n’est pas la même chose que les organes génitaux ni ce qu’on en fait au lit. La pénétration vaginale par un pénis n’est pas intrinsèquement hétérosexuelle. Elle est hétéro s’il s’agit d’un homme et d’une femme (qu’iels soient cis ou trans). Si un homme trans ou une personne non-binaire avec un vagin a une pénétration vaginale avec un homme cis par exemple, ça ne fait pas de cet acte une pratique hétéro. De même, si une femme trans ou une personne non-binaire avec un pénis fait une pénétration vaginale avec une femme cis par exemple, ça ne fait pas de cet acte une pratique hétéro.

     

    3.    Communiquer avec son/ses partenaire(s)

     

    Note : Je pars du principe que votre relation avec votre partenaire est saine, qu’iel vous respecte, respecte votre genre et ne vous fétichise pas pour votre transidentité. Si ce n’est pas le cas, le mieux est de fuir une telle relation mais c’est une autre histoire.

     

    La communication avec son (ou ses) partenaire(s) est importante car elle permettra de s’assurer que tout le monde consent et est à l’aise avec ce qu’il se passe. C’est évidemment important de le faire même pour le sexe hétéro-cis, mais je pense que ça l’est d’autant plus pour le sexe avec une personne trans parce qu’on sort du cadre établit.  

     

    D’abord, il va être important de communiquer à votre partenaire quelles sont les choses qu’iel peut ou pas faire ou dire. Par exemple, s’iel ne peut pas toucher votre torse car cela vous rend dysphorique, il faut qu’iel le sache. Si vous avez eu la possibilité d’en discuter avant c’est bien, mais sinon même dans « le feu de l’action », votre partenaire doit vous demander la permission avant de faire quelque chose. N’hésitez pas à dire non. Vous êtes absolument dans votre droit de refusez une pratique à tout moment, sans vous justifier. Vous pouvez même mettre complètement fin à l’acte. Ca peut notamment se passer si vous sentez que la dysphorie vous fait passer un mauvais moment, mais aussi pour d’autres raisons (exemple : une surcharge sensorielle imminente). Encore une fois, vous n’avez pas à vous justifier, un « non », un « stop », un « arrête », suffisent et votre partenaire se doit de le respecter et stopper immédiatement. 

     

    Quelque chose qui peut aussi grandement vous aider, c’est de préciser à votre partenaire le vocabulaire qu’iel doit employer pour désigner des parties de votre corps. Par exemple, utiliser le mot « torse » plutôt que « seins », ou « pénis » plutôt que « clitoris ». De toute façon, le pénis et le clitoris ont la même origine embryonnaire et présentent une structure similaire. Il existe en réalité un continuum d’organes génitaux du plus petit clitoris au plus grand pénis, donc on peut voir le pénis comme un grand clitoris et le clitoris comme un petit pénis. Et pour une personne qui a pris de la testostérone par exemple, le clitoris a peut être grandi de quelques centimètres pour devenir ce qu’on appelle « un dicklit ».

     

    Je pense aussi qu’il est important que votre partenaire vous rassure sur vos insécurités. La dysphorie n’est pas toujours rationnelle, et même si on sait que notre partenaire respecte notre genre, parfois on ne peut pas s’empêcher de « se faire des idées ». Notamment de se dire qu’après tout s’iel nous désire, c’est parce qu’on a « un corps de femme » ou « un corps d’homme ». Je pense que ça m’a fait beaucoup de bien que mon partenaire me répète que ce n’était pas le cas et qu’il ne voyait pas mon corps comme quelque chose de genré. N’hésitez pas à dire à votre partenaire que vous avez besoin d’être rassuré-e.

     

    Sachez aussi qu’il est normal si votre dysphorie fluctue, varie en intensité au cours du temps, et ne concerne pas toujours les mêmes pratiques/endroits du corps. Ces fluctuations peuvent être aléatoires mais aussi liée à d’autres facteurs, comme par exemple votre niveau de stress ou de fatigue, le jour du cycle menstruel pour les personnes qui en ont un, etc. Par exemple, il y a des périodes où on ne peut pas du tout toucher mon torse et d’autres périodes où ça ne me dérange pas. Il peut donc y avoir des moments où vous refuserez une pratique en particulier ou le sexe tout entier, et d’autres moments où ça ira. Ne culpabilisez pas s’il y a une période de temps où vous n’êtes pas en mesure de faire quelque chose, vous en avez le droit. Le sexe n’est pas un dû et doit être consensuel pour toutes les personnes impliquées. Vous pouvez tout à fait expliquer à votre partenaire que non, en ce moment ça ne va pas être possible. N’oubliez pas non plus que le sexe n’est pas une « performance ». On est pas obligé-e d’être tous les jours « opérationnel-les » ni que chaque acte sexuel vous envoie au septième ciel. Le tout c’est que ça soit consensuel et de passer un bon moment.

    Encore une fois, ça rejoint la question de l’hypersensibilité sensorielle, puisque le risque de surcharge sensorielle n’est pas tout le temps le même et ça dépend de pas mal de facteurs (stress, fatigue, activités effectuées dans la journée, etc.)

     

    Enfin, je pense que privilégier des partenaires trans peut aussi être une des solutions possibles, parce qu’il y aura une compréhension mutuelle plus naturelle. Ca n’empêche pas de communiquer, mais entre personnes trans on se comprend quand même vachement mieux sur pas mal de sujets forcément. Ca peut enlever pas mal de pressions imposées par le sexe hétérocisnormatif et ça peut aussi vous mettre plus en confiance et permettre de construire une relation plus équilibrée. Ca ne veut pas dire qu’on ne peut pas y arriver avec une personne cis bien sûr, mais c’est sûrement plus facile d’y arriver avec une personne qui vit des choses similaires.

    A ce sujet, j'avais lu cet article d'une femme trans sur sa relation avec une autre femme trans (en anglais) : https://transphilosopher.com/2017/03/21/trans-on-trans-love-and-why-cis-people-just-dont-get-it/ 

    Je cite : "Je suis convaincue qu'une partie de notre succès est dû au fait qu'on soit toutes les deux des filles trans. (...) C'est génial d'être avec quelqu'un qui sait exactement ce que ta propre dysphorie te fait ressentir. D'être avec quelqu'un qui ne trouve pas ça bizarre d'être super heureuse quand quelqu'un te genre bien au supermarché. Quelqu'un avec qui tu peux partager les petites joies de la transition et savoir qu'iel comprend parfaitement ce que tu veux dire. Quelqu'un qui comprend ton identité dans toute sa complexité parce qu'iel est passé par la même évolution. (...) Maintenant, je n'ai plus besoin d'être complexée par le fait d'avoir une voix qui n'est pas aussi féminine que celle d'une partenaire cis. Je n'ai pas besoin d'essayer constamment de parler plus aiguë. Je n'ai pas à me sentir complexée par la féminité de mon corps avec elle. Je n'ai pas besoin de "passer" mieux pour elle." 

     

    Voilà, ce sera tout pour cet article, j’espère que vous avez pu en retirer quelque chose d’utile. N’hésitez pas à donner dans les commentaires vos conseils et astuces à ce sujet, je suis sûr que cet article ne couvre pas tout ! Avant de vous quitter, je voudrais juste vous rappeler deux choses importantes:

    (1) on n’est pas forcément stérile quand on est sous hormones donc se protéger contre une éventuelle grossesse non-désirée est requis ;

        

    Avoir des relations sexuelles quand on est trans

    Une image réalisée par Sophie Labelle, autrice de la BD Assignée garçon. Source :

    https://www.facebook.com/assigneegarcon/photos/a.1441344799487909.1073741827.1441336769488712/1679199029035817/?type=3&theater

     

    (2) il est également nécessaire de se protéger contre les infections sexuellement transmissibles. Voici deux vidéos inclusives sur le sujet que je recommande fortement.

     

    Se protéger : 

     

    Va te faire dépister :

     

    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    Tori
    Mardi 29 Août à 15:39

    Merci pour cet article ! Il est bien cool. Pour faire de la prévention c'est génial !
    Juste une précision par rapport à ce passage : "Et pour une personne qui a pris de la testostérone par exemple, le clitoris a sûrement grandi de quelques centimètres pour devenir ce qu’on appelle « un dicklit »."
    Je changerais le "sûrement" par "probablement" ou "possiblement" (ou une toute autre phrase, pourquoi pas). Parce que toutes les personnes sous testo ne voient pas le dicklit pousser de beaucoup. Et ça peut être source d'un profond complexe. Pour certain-es ftm ou ftx, c'est une chose hyper importante. Alors si on lit "sûrement grandi de quelques centimètres" alors que ton clito en fait seulement 2, ça peut faire mal.

      • Mardi 29 Août à 17:26

        Merci j'ai modifié :)

    2
    Oz
    Mercredi 6 Septembre à 16:05
    Merci pour cet article! C'était très intéressant. Est-ce qu'il existe un article plus spécifique sur les relations entre trans et cis?
      • Jeudi 7 Septembre à 18:16

        Merci ! Non il ne me semble pas en connaître.

    3
    Yann
    Samedi 21 Octobre à 18:58

    Bonjour c:

    En fait je voulais te remercier pour l'article en général et pour la technique de garder certains vêtements pendant l'acte en particulier. Je n'avais jamais pensé à garder mon binder et mes seins me causant une dysphorie assez conséquente ça refroidit assez... Merci beaucoup *^*
    Je vais mettre ton article en favori et revenir le lire dès que j'aurai des problèmes de libido (tout le temps en fait...), parce que je suis vraiment plus rassuré quant à ma vie sexuelle maintenant que je l'ai lu et je ne te remercierai jamais assez de l'avoir écrit. Merci *^*

      • Dimanche 22 Octobre à 10:27

        Merci à toi pour ce commentaire, je suis heureux que cet article soit utile à des gens :)

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :