• Comment être un.e allié.e pour la communauté trans et non-binaire?

    [Avertissement : dysphorie, cissexisme, traitements hormonaux/chirurgie évoqués, questions qui fâchent]

    [Note : iel est un pronom neutre]

     

    Bonjour, bonsoir à toi allié.e venu.e de la planète cisgenre ! :) 

    Aujourd’hui, je vais te donner des conseils pour être un.e allié.e efficace pour la communauté trans et non binaire. 

    Petit sommaire :

    1. Respecter nos identités
    2. Accepter qu'il n'est pas possible de comprendre pleinement l’expérience de la transidentité lorsqu'on ne la vit pas
    3. Apprendre à déconstruire les construits sociaux hétérocisnormatifs
    4. S'éduquer activement
    5. Ne pas essayer de comparer son expérience à la nôtre
    6. Ecouter et si on dit que quelque chose est blessant, arrêter
    7. Ne pas dire aux personnes trans qui elles sont censées être ou ce qu’elles devraient ressentir
    8. Ne pas donner son avis lors d’une conversation concernant uniquement les personnes trans
    9. Ne pas faire de généralités : toutes les personnes trans sont différentes
    10. Ecouter les personnes trans avant les prétendus "experts" cisgenres
    11. Ne pas déplacarder une personne trans
    12. Combattre la transphobie et le cissexisme dans la société

     

    Entrons donc dans le vif du sujet !

     

    1. Respecter nos identités

     

    Je pense que la première chose fondamentale pour être un.e allié.e, c’est le respect. C’est même quelque chose qui devrait être naturel pour tout le monde, mais j’ai peur que ce soit une utopie pour aujourd’hui… Bref, il est évident en tout cas que nous attentons qu’un.e allié.e respecte nos identités et n'invalide pas nos expériences, et ce même s’il ne les comprend pas. Il faut aussi penser à utiliser les pronoms et accords des personnes trans. 

     

     2. Accepter qu'il n'est pas possible de comprendre pleinement l’expérience de la transidentité lorsqu'on ne la vit pas

     

    A moins de le vivre, il y a certaines choses qu'il n'est pas possible de comprendre pleinement. Cela peut être frustrant, je le conçois. Mais accepter cela permet d'aller plus loin de le processus d’alliance (allyship).

     

    Laisse-moi utiliser une image. Imagine que notre cerveau soit comme un programme avec des lignes de code informatique. Si une ligne bug, l’ordinateur ne peut pas exécuter les lignes suivantes et le programme plante. Heureusement, le cerveau fonctionne différemment. On peut admettre cette ligne qu'on ne comprend pas et essayer de comprendre la suite. Et peut-être qu’en étant allé.es plus loin dans le processus, on sera en mesure de revenir à cette ligne qu'on ne comprenait pas et la comprendre mieux ! Le processus n’a pas à être linéaire, il peut être fait d’allers retours entre les concepts.

     

    Et s’il y a quelque chose que tu ne comprends jamais, ce n’est pas grave et c’est même normal car tu ne vis pas nos vies. Il suffit que de reconnaitre et accepter nos expériences.

     

    3. Apprendre à déconstruire les construits sociaux hétérocisnormatifs

     

    Une des raisons pour lesquelles il peut être extrêmement difficile de comprendre certaines de nos expériences est le fait que nous avons tous.tes été élevé.es dans une société très normative à tout points de vue (hétérocisnormative pour le cas qui nous intéresse dans cet article). Les nouveaux concepts que tu vas assimiler en tant qu’allié.e ne vont pas te paraître naturels voire aller à l’encontre de ce que tu as toujours cru naturel, normal et acquis. Il faut donc apprendre à déconstruire petit à petit les principes hétérocisnormatifs pour permettre à ton esprit d’envisager toutes les possibilités du genre (et même des orientations sexuelles et romantique).

     

    Cela ne va pas se faire en un jour. Moi même, j’apprends tous les jours à démanteler le cissexime que la société m’a inculqué. Il y a des formes de cissexisme ordinaire dont on ne se rend même pas compte et qu’il faut activement combattre, comme par exemple le fait de demander aux futurs parents si le bébé est une fille ou un garçon. Ca semble totalement innocent à première vue, n’est-ce pas ? Mais comment pourrait-on savoir le genre du bébé à l’avance ?

    Pas facile d’aller à l’encontre du cissexisme dans lequel nous avons tous.tes baigné.es depuis que nous sommes bébés… Mais pas impossible !

     

     4. S'éduquer activement

     

    Donc pour être un.e allié.e efficace, s'éduquer activement est essentiel car être correctement sensibilisé.e te permettra de mieux comprendre les problématiques et de savoir comment agir. Des ressources sont disponibles sur internet. Il vrai qu’elles sont moins disponibles en français qu’en anglais, à ta décharge. Mais tu peux demander à tes ami.es transgenres et non-binaires s’iels ont des liens de blog à te donner, iels en connaissent sûrement quelques uns qui te seront utiles et je suis sûr qu’iels seront heureuxes de pouvoir les partager avec toi ! Mais n’oublie pas que tu peux chercher aussi par toi-même. Les personnes trans n’ont pas toujours le temps ou l’énergie de répondre à des questions et de plus, il y a parfois des questions trop personnelles que l'on ne peut pas poser. (Mais Google est ton ami ;) )

     

    PS : peut-être qu’une personne transgenre sera d’accord pour répondre à des questions personnelles, mais pas tout.es ! Dans le doute, abstient-toi !

    Petit listing non exhautif de questions déplacées que l'on ne devrait PAS poser :

    • ne pas demander ce qu’on a entre les jambes : nos organes génitaux ne regardent personne et ça n’a pas d’importance pour tes interactions sociales avec nous ; on ne poserait jamais cette question à une personne cis, signe que ceci est totalement déplacé.
    • ne pas poser de questions à propos de « la chirurgie » : déjà, il y a beaucoup de type de chirurgies possibles, et pas une seule ; ensuite, cela ne regarde personne pour les mêmes raisons que précédemment.
    • ne pas demander le prénom de naissance : c’est irrespectueux, cela peut faire ressurgir de mauvais souvenirs et puis ce prénom n’a plus d’importance car si nous avons changé de prénom, c’est que le précédent ne convenait pas.
    • ne pas demander à quoi « on ressemblait avant » ou à voir de photos d’ « avant » : cela peut-être très blessant.

     

    5. Ne pas essayer de comparer ton expérience à la nôtre

     

    Le point 5 est à mon sens très important. D'après mon expérience, les allié.es que je connais ont tendance à comparer leurs propres expériences avec les nôtres. D’une part, ce n’est pas pertinent car ce sont deux expériences différentes incomparables et d’autre part, c’est très blessant car cela minimise l’expérience de la personne trans, voire l’invalide.

     

    Un exemple concret : alors que je raconte la souffrance que j’ai traversée durant l’adolescence à cause de ma dysphorie sociale, mon interlocuteur me répond « Moi aussi quand j’étais ado, j’étais timide. Je crois que tout les ados ont leurs galères ». Cette personne ne pensait pas à mal, je crois même qu’il essayait de me rassurer dans une certaine mesure, mais son propos était très blessant et je l’ai mal pris. D’une part, cela impliquait qu’il savait ce que j’avais vécu car « lui aussi » était timide. D’autre part, cela minimise mon expérience puisque la dysphorie sociale ne serait que de la timidité. De plus, mon expérience en tant que personne transgenre est totalement invalidée par la deuxième phrase. Sans oublier que le ton qui se veut rassurant semble signifier que cette personne sait mieux que moi ce que j’ai traversé. Merci mais je n’ai pas besoin que tu me « rassures », je te donne des faits dont je connais très bien les tenants et les aboutissants.

    Je donne cet exemple précis car j’ai dû faire face à cette erreur de la part d’un.e allié.e plus d’une fois. En général, iels ne comprennent pas ma réaction. Une fois, il y a en a même un qui s’est franchement vexé « Ah bon, alors je ne peux pas parler de mes sentiments ? La conversation va dans les deux sens hein » a-t-il dit avec un ton énervé. Euh… Bon, là, j'avoue, j'ai perdu mon sang froid (ça arrive) : « Non. Quand je parle de MA dysphorie, sachant que je ne peux en parler à presque personne d’autre et que je la subi à peu près dans tout les aspects de ma vie à cause de l’oppression sociale, non il n’y a pas de place pour que tu ramènes la conversation à TES sentiments. Genre, merci de me laisser dix minutes dans ma journée pour exprimer ce que je ressens avec une personne de confiance sans avoir besoin de me jeter à la face tes sentiments venant d’une sphère de privilèges cis et hétéro qui en plus invalide totalement mon expérience. »

     

    6. Ecouter et si on dit que quelque chose est blessant, arrêter

     

    Alors bon, c'est vrai que j'ai perdu mon sang froid sur le moment mais c’était hyper blessant pour moi, d’autant plus que la personne ne reconnaissait pas son erreur et se plaçait finalement en victime (« ah bon, alors je ne peux pas parler de mes sentiments ? »).

    Quand une personne trans dit que quelque chose est blessant, ne pas argumenter, juste arrêter, et prendre note pour ne plus faire cette erreur. Iel sait mieux si c’est blessant ou non... Il ne faut pas que se vexer, ce n’est pas parce que tu viens de dire quelque chose de blessant sans t’en rendre compte que tu es quelqu’un de mauvais ! :)

    Nous savons que les allié.es sont amené.es à faire des erreurs. Nous attendons juste qu’iels les reconnaissent et n’invalident pas le fait que ce soit blessant.

     

    7. Ne pas dire aux personnes trans qui elles sont censées être ou ce qu’elles devraient ressentir

     

    Dans le même genre d’idée, ne pas dire aux personnes trans ce qu’elles doivent ressentir, ou comment elles devraient se battre pour leurs identités, ou quoique ce soit dans le même style. Iels savent qui iels sont mieux que quiconque.

     

    8. Ne pas donner son avis lors d’une conversation concernant uniquement les personnes trans

     

    Il est important de ne pas parler à la place des personnes trans et ne pas se positionner comme si ton avis était plus important que le leur. De manière général, si une discussion a lieu au sein de la communauté, à moins que cette discussion ne concerne directement les allié.es, iels n'ont pas à y prendre part.

     

    Exemple à ne pas suivre :

    Admettons que le débat au sein de la communauté trans concerne l’accessibilité des traitements hormonaux et qu’un.e allié.e, qui n’a pas très bien compris son rôle d’allié.e, dise ceci :

    « Je pense que les traitements hormonaux ne devraient pas être présentés comme la solution miracle ». C’est une intervention assez irrespectueuse de la part d’un.e allié.e car il ne peut pas vraiment avoir d’avis sur la question n’étant pas à la place des personnes transgenres. Les personnes transgenres sont à même de décider sur cette question.

     

    9. Ne pas faire de généralités : toutes les personnes trans sont différentes

     

    De même, ce n’est pas parce qu’une personne trans à cet avis sur la question, que toutes les personnes transgenres ont le même avis. Donc ne l’utilise pas comme une généralité.

    « Mon ami.e trans pense que les traitements hormonaux ne devraient pas être présentés comme la solution miracle » : Ce n’est pas parce que ton ami.e le pense que tous.tes le pensent et que c’est une vérité au sein de la communauté trans.

    De même, les parcours des personnes trans sont tous différents et chacun.e vit sa transidentité comme iel l’entend donc n’invalide pas les expériences de quelqu’un en te basant sur l’experience de quelqu’un d’autre.

     

    10. Ecouter les personnes trans avant les prétendus « experts » cis

     

    Les personnes transgenres savent qui elles sont et ce dont elles ont besoin. Les « experts » cis peuvent lire tout ce qu’ils veulent sur la question, rencontrer autant de personnes trans qu’ils veulent, ils ne sauront jamais ce que nous vivons complètement. De même, nous ne sommes pas des bébés qui ont besoin qu’un expert cis nous dise quoi faire. Nous pensons par nous-mêmes et savons très bien ce qu’il nous faut.

     

    11. Ne pas déplacarder pas une personne trans

     

    Cela me paraît être du bon sens car premièrement « outer » quelqu’un est extrêmement irrespectueux et deuxième cela pourrait mettre sa vie en danger ! S’iel ne s’oute pas, c’est pour une raison. Il faut respecter cela.

     

    12. Combattre la transphobie et le cissexisme dans la société

     

    Là est ton véritable rôle d’allié.e ! :)

    • si une personne fait preuve de transphobie, le lui dire, car les personnes trans ne peuvent pas toujours s’outer ou se sentir en sécurité pour lui expliquer
    • changer ses comportements cisnormatifs pour être plus inclusif (ne pas dire : « on y va les filles », si une personne non binaire est là, mais dire plutôt « on y va les gens » est un exemple parmi tant d’autres).
    • faire remarquer aux autres leurs comportements cissexistes
    • sensibiliser les autres personnes cigenres dès que tu en as l’occasion (mais attention, ne parle que des sujets que tu connais bien, sinon tu pourrais véhiculer de fausses idées) : une bonne idée peut-être de rediriger les personnes qui veulent en savoir plus vers des blogs ou vidéos de personnes transgenres, il n’y a rien de mieux que de désinvisibiliser les personnes trans et amplifier leurs voix (et en plus, tu ne pourras pas véhiculer de fausses idées). De façon générale, ne parle pas à la place des personnes trans en véhiculant tes idées à toi, relaye simplement leurs paroles. Informe les personnes cisgenres non sensibilisées et donne leur les clés et les ressources nécessaires pour s’intéresser au sujet. Les personnes sont si peu informées qu’il en faudra peu pour faire un grand pas en avant (rien que les définitions de sexe vs genre, trans, cis et non-binaire devraient être une révolution pour la plupart).

     

    Conclusion : Nous ne sommes pas confus, ni perdus ; nous savons qui nous sommes et ce qu'il nous faut donc tu peux faire confiance aux personnes trans pour connaître leurs besoins, pas aux prétendus experts cisgenres en la matière. ;) Nos identités valent autant que celles des personnes cis.

     

    Merci pour ton soutien en tant qu’allié.e, paix, amour et licornes :)

    UESG

     

    Documentation sur le sujet :

    How to be a trans ally (Ashley Mardell & Jackson Bird) : Voyez comme Ashley ne fait que permettre à Jackson de s’exprimer en posant des questions mais ne parle pas à sa place, elle est un bon exemple d’alliée 

    How to be a trans ally (Lane for OutOfThisBinary) : Une personne non-binaire qui parle sur le sujet

    How to NOT be an ally (Kat blaque) : Un exemple de mauvaise alliée (la vidéo commence vraiment à 1min15)

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  • Commentaires

    1
    Rolax
    Samedi 1er Avril à 10:04
    Merci pour ce petit rappel salutaire :)
    C'est vrai que des fois, en tant qu'allié.e on veut aider mais on ne sait pas forcément comment ne pas être maladroit.e
    C'est marrant les comportements "reprochés"dans cet article sont très similaires au paternalisme. On entend régulièrement le même genre de choses à des débats autour du féminisme.
    Bravo encore pour ce message de tolérance et continuons tous ensemble (mais chacun. e à sa place) à déconstruire les stéréotypes :)
      • Dimanche 2 Avril à 15:12

        :)

    2
    Question
    Mercredi 11 Octobre à 00:44
    Juste une question relative a votre exemple sur la question posée à de jeunes parents "c'est un garçon ou une fille?"

    Pour vous c'est une violence mais dans les faits en attendant que l'enfant en question soit en âge de parler ou de réfléchir à ce genre de questions on déclare quoi à la mairie garçon ou fille?

    On lui donne quoi comme prénom, un féminin ou un masculin ?

    Quand on parle de lui on dit quoi il ou elle ?
      • Mercredi 11 Octobre à 06:46

        Je suis contre l'assignation d'un genre à la naissance donc dans l'idéal on ne déclarerait rien à la mairie. En attendant on est obligé de déclarer le genre assigné.

        On peut donner un prénom mixte et l'appeler iel par exemple au lieu de il / elle. (Ensuite on peut aussi utiliser un prénom et un pronom qui sont habituellement genrés mais sans leur attacher cette connotation à titre personnel).

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