• Comment peut-on avoir un genre en dehors des concepts de féminité et masculinité ?

    Les passages en italiques représentent la voix d’une personne fictive qui commenterait. Ce sont des critiques que j’ai déjà véritablement reçues (même si j'ai synthétisé). Cependant, je ne souhaite viser personne en particulier.

    De plus, le "vous" que j'emploie dans le texte est dirigé vers ces commentaires, donc pas spécifiquement vers toi, lecteur.trice. ;)

     

    Bonjour, bonsoir,

    Aujourd’hui je souhaite expliquer comment il est possible d’être un genre qui se situe en dehors des concepts de masculinité et féminité. J’en entends encore certain.es s’exclamer : Mais le genre repose sur les concepts même de masculinité et de féminité ! Même les genres non-binaires reposent sur la binarité puisqu’il s’agit des combinaisons et dérivés de homme et femme !

     

    Essayons de démanteler ça, voulez-vous ? :)

    Je dois dire que je considère déjà agenre et neutrois comme étant des genres indépendant de la masculinité et la féminité mais je suppose que ça peut dépendre des points de vue si on les définit par opposition ou neutralité par rapport à la binarité.

    Donc, excepté agenre et neutrois, il existe bel et bien d'autres genres qui sont indépendants de toute masculinité et féminité, comme aporagenre, xénogenre, maverique…

     

    Prenons l’exemple le plus simple, à savoir maverique dont voici la définition :

    « Maverique est un genre caractérisé par une autonomie et une conviction intime se rapportant à une conscience de soi entièrement indépendante de l’homme/masculin, la femme/féminin ou quoique ce soit qui dérive de ces deux concepts, tout en n’étant ni sans genre ni de genre neutre. »

    [Définition traduite de : http://maveriques.tumblr.com/maverique]

     

    Si l’on reformule, maverique est donc un genre qui se définit en dehors du spectre féminin-masculin et les personnes ayant ce genre possèdent une forte conviction se rapportant à leur sentiment de genre.

     

    Mais ça c’est pas un genre ! C’est un sentiment qui se rapporte à autre chose que le genre. Une identité en dehors des concepts de masculinité et féminité ne fait pas partie de l’identité de genre, c’est autre chose. On peut pas mettre n’importe quoi dans la définition de genre !

     

    Hmm, merci mais je sais encore ce que je ressens et je sais très bien ce qui fait partie de mon genre ou non. Pour être quelqu’un de genderfluid et à qui il arrive de ressentir des genres dérivés de la binarité comme transmasculin, je sais très bien ce que c’est que de ressentir un genre, et fluctuer vers un autre genre, qui lui n’est bel et bien pas dérivé de la binarité.

     

    Je ne devrais pas avoir à me justifier. Me dire que ce je ressens n’a pas de rapport avec mon genre est un peu le même type d’énormité qu’une personne cis maladroite serait capable de vous sortir en vous disant ce que vous êtes censés ressentir. C’est fatiguant d’être décrédibilisé et de voir son genre invalidé tout le temps, spécialement de la part de personnes non-binaires qui devraient faire l’effort d’essayer de me comprendre au moins deux minutes et éviter de me regarder de haut en pensant avoir la science infuse. Non, non, ce n’est pas correct de me dire ce que je dois ressentir et que mon genre n’est pas un genre.

     

    Ensuite, je suis d’accord que le genre est une notion précise et qu’on n’y met pas n’importe quoi. Par contre, il faudrait peut-être penser à élargir la vision que vous en avez plutôt que de me forcer à la réduire et invalider par là-même l’existence de mon genre.

    Voici ma définition : le genre est une conscience de soi en tant qu’être social, une identité intrinsèque.

    Ce n’est pas une définition que j’impose car il existe probablement des variantes qui sont tout aussi inclusives.

     

    Vous pourriez alors me demander quelle distinction je fais entre identité de genre et identité tout court ? Cette définition du genre n’est pas un « fourre-tout » et je n’emploie pas le mot genre comme un synonyme d’identité. En effet, l’identité complète de quelqu’un est formée d’une diversité d’identités. Le genre me paraît juste être la plus fondamentale car repose sur la conscience que l’on a de soi-même en tant qu’être vivant dans un environnement social. D’autres facettes de l’identité qui ne sont pas le genre peuvent être :

    • mon humanité pour commencer (même si ça peut paraître évident)
    • l’orientation sexuelle
    • l’orientation romantique
    • une identité culturelle : attachement émotionnel à sa propre culture, identification à cette culture
    • une passion et/ou un métier : peut-être qu’être pianiste fait partie de votre identité

     

    Ces facettes de l’identité n’ont rien à voir avec le genre ! Cependant, cela n’empêche pas que tous ces concepts soient les rayons d’une même toile puisqu’ils se tissent et cohabitent au sein d’une seule et unique personne. Les séparer complètement serait probablement artificiel et peu représentatif de la réalité.

     

    Bref, pour en revenir à nos cacahuètes : le genre n’a pas à être contenu par les concepts de féminité et masculinité car la conscience de soi en tant qu’être social peut s’étendre bien au delà. Les genres qui se définissent indépendamment de toute binarité existent bel et bien et sont tout aussi valides que les genres binaires ou dérivés de la binarité !

     

    En espérant vous avoir éclairé.es,

    Si vous voulez aller plus loin sur ces sujets, voici trois articles susceptibles de vous éclairer également :

    Le genre existe dans un espace multidimensionnel 

    Comment expliquer les aporagenres et xénogenres de manière simple

    Xénogenres et synesthésie 

     

    Bonne soirée/journée,

    UESG

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  • Commentaires

    1
    Krissounette
    Mercredi 16 Mars 2016 à 19:41

    Un peu éclairée, mais ça reste très difficile à s'imaginer quand on n'est pas concerné.

    La page est bien écrite, ce n'est pas le problème. C'est juste le concept qui est bien peu accessible pour ciels qui ne le vivent pas en iels-mêmes.

      • Mercredi 16 Mars 2016 à 20:27

        Je conçois totalement qu'on ne comprenne pas ce que ça "fait", je veux juste qu'on le respecte, ce que certaines personnes ne font pas malheureusement :(

    2
    nausée
    Jeudi 21 Avril 2016 à 10:51

    J'ai vomis deux fois.

    Monde de merde.

      • Jeudi 21 Avril 2016 à 20:24

        Je n'ai pas compris si c'est mon article qui te fait vomir ou les commentaires transphobes que les gens me font :p

    3
    cali
    Lundi 20 Juin 2016 à 17:02

    hello!

    je lis ton blog depuis un moment et je te remercie pour ce que tu post, tes reflexions m'accompagnent dans l'exploration de mon propre genre.

    Je m'identifie actuellement comme non-binaire, fluide demi-girl-agenre. Mais j'ai encore du mal à définir mon spectre agenre. Je sens bien que c'est qqch en dehors du continuum/spectre f/m, mais ça m'échappe encore. (parfois je me sens extra-terrestre, dans le sens non-humaine et ça m'effraie).

    J'ai notamment des doutes à embrasser la définition de xéno-genre. Car -et je souhaite juste discuter de cela, et pas remettre en question ton/tes posts- comme je le comprends, la définition du genre est une construction historico-politique. L'idée de genre est pour moi liée, voire constitutive, des luttes pour l'émancipation, la critique du patriarcat et de l'exploitation des non-cis-mecs en général. Pour moi la définition du genre découle des critiques de la repartitions des rôles dans la société, la division du travail, la (re)produciton du pouvoir et l'inégalité de distribution des richesses/ressources.

    C'est pourquoi j'ai du mal à comprendre le genre et, mon genre en particulier, comme purement une auto-identification. D'une part cela dépolitise ma réflexion (ce serait comme une sorte de préférence? Comme un style vestimentire? Quel levier de lutte pour cela? Ou peut-être n'en y-a-t-il pas et il faut accepter que cette partie de l'identité est plutôt en lien avec une lutte psy-tolérante? comme une forme d'auto-diagnostic? comment le vivre au quotidien?) et, d'autre part, cela validerait certaines type d'identification que je trouve problématique (je pense à la trans-racialité reandiquée par rachel dolezal qui a fait scandal au US. Ce genre de revendication est pas ok du tout, car dans le contexte d'une société raciste, en tant que blanche s'approprier la culture et une partie de la lutte des noir.e.s aux US c'est une négation de ces privilèges et un accaparement de la parole. Bref, un comportement UBER oppressif).

    Merci encore pour tes articles, j'espère que tu auras envie de réfléchir avec moi sur ces quelques points ;)

     

    PS: dans ta définition de l'identité tu n'y a pas inclu les éléments de race, couleur, décolonialisme ni de la religion. est-ce un oubli?

      • Lundi 20 Juin 2016 à 20:17

        Hello,

        ce que tu évoques à propos de la transracialité n'a rien à voir avec les xénogenres. Si des gens s'approprie de manière oppressive les xénogenres pour justifier la transracialité alors ce ne sera pas de notre faute, mais de la leur. Tu ne peux pas nous empêcher de nous auto-déterminer sous prétexte qu'il y aura de personnes mal intentionnées qui détourneront la chose, ça arrive avec tout d'ailleurs. 

        Je pense que tu ne comprends pas trop ce qu'est un xénogenre et j'ai deux articles à te conseiller qui pourront t'aider :

        http://uniqueensongenre.eklablog.fr/comment-expliquer-les-aporagenres-et-xenogenres-de-maniere-simple-a126011542

        http://uniqueensongenre.eklablog.fr/xenogenres-et-synesthesie-a126037882

        Si tu as tout suivi à l'issu de ces deux articles, la synesthésie est la clé pour comprendre ce dont je parle. Les xénogenres sont bien des genres ! :)

      • Lundi 20 Juin 2016 à 20:29

        PS : je ne les ai pas inclus parce que j'ai mis "…" exprès, ce n'est pas spécialement un oubli, c'est juste que y'a beaucoup de choses qui peuvent entrer dans l'identité et que ma liste n'était pas exhaustive mais juste des exemples :)

    4
    Toinou
    Lundi 20 Juin 2016 à 18:15

    Je suis toujours gêné après avoir lu cet article. Je ne nie pas que tu puisses te sentir en toi de quelque manière que tu le veuilles, que ça fait partie de toi, que tu te connais mieux que quiconque et personne ne peut ni ne doit le nier et même si on le nie tu t'en fous parce que c'est toi.

    Mais pour moi ce que tu décris n'est pas le genre (je sais je fais partie de ces gens que tu n'aimes pas dans ton article). Le genre a une définition officielle, c'est un mot créé pour un usage bien précis: "Le genre est un concept utilisé en sciences sociales pour désigner les différences non biologiques entre les femmes et les hommes." Je ne comprend pas pourquoi s'accrocher à ce mot imparfait qui ne définit pas ce que tu es et dont la définition a été créée il y a longtemps avec une autre définition. Tu poses ta définition pour le genre, mais on ne peut pas juste poser une définition pour un mot qui existe en fonction de ce qu'on ressent. C'est pas parce que je vais dire "la liberté c'est le sentiment de tristesse quand on perd ses clés", que ça va être vrai.

    Pourquoi ne pas créer un mot qui signifierait exactement ce que tu ressent au delà de cette binarité qui que tu le veuilles ou non caractérise le terme "genre"? Un mot qui transcenderait tout ça.

    Je pense que je m'exprime mal et que tu ne seras pas d'accord avec moi, mais je sais pas c'est ce que je ressens.

    5
    Toinou
    Mardi 21 Juin 2016 à 10:25

    Encore une fois je comprend ce que les personnes qui s'identifient comme non-binaires ressentent, mais le terme genre me gène. Chacun y va de sa propre définition (rien que toi et moi d'ailleurs) et au final il ne veut plus rien dire.

    Comme pour moi le genre est lié exclusivement au masculin-féminin, je n'intègre pas les autres éléments de l'identité dans la catégorie "genre", mais à part, alors que toi tu mets tout dans la notion de genre.

    Enfin j'ai l'impression que c'est assez compliqué, je comprend peut être pas tout, mais comme ces notions n'ont plus grand chose de scientifique mais sont plus de l'ordre de la philosophie/psychologie, on peut discuter très longtemps et personne n'a complètement tord.

    Et je sais que tu n'aimes pas ça mais je ne suis pas fan de créer toutes ces cases. Je sais que j'existe au delà de la notion de féminin/masculin et de mon homosexualité (qui n'a rien à voir avec le genre je le concède), et que je suis un être infiniment complexe. Je ne veux donc pas me mettre dans une catégorie car je sais qu'aucune d'entre elle 'neutrois, homme, xénogenre, etc..." ne me représentera complètement.

      • Mardi 21 Juin 2016 à 13:16

        Je relève deux peurs chez toi : la peur que le genre perde son sens, et la peur d'avoir trop d'étiquettes. Ce sont des peurs assez communes en rapport avec de la transphobie internalisée plus qu'autre chose. C'est lié à la peur de la déconstruction de la binarité comme repère prétendument universel, immuable et naturel. Il faudra que j'écrive à ce sujet à l'occasion ;) En tous les cas, le terme genre ne perd pas de son sens comme je l'explique dans l'article "le genre existe dans un espace multidimensionnel". On ne fait que lui reconnaître une diversité qui existait DEJA. A propos des étiquettes, tu peux lire cet article qui pourra t'aider à comprendre en quoi elles sont importantes pour les concerné-e-s : http://uniqueensongenre.eklablog.fr/s-identifier-ou-ne-pas-s-identifier-telle-est-la-question-une-reflexio-a118997770

    6
    Kris
    Mardi 21 Juin 2016 à 12:47

    Toinou, c'est un peu comme si prenait une définition d'humanité qui disait que c'est les hommes et les femmes, et donc que les personnes non-binaires ne peuvent pas se dire humaines et doivent trouver un autre mot.

    Au fond, la notion de genre est assez claire. Le problème c'est l’interprétation de l'idée et l'idéologie qui y est souvent collée. Si on définit souvent le genre par femme et homme, ce n'est pas l'idée même de genre mais parce qu'on colle une vision binaire dessus. De même parler de ressenti, ce n'est pas changer la définition, mais interpréter la notion. Qu'est-ce qui fait le genre ? Pour Nouah entre autres, se sentir c'est être. Donc on en vient à déterminer le genre selon le ressenti. Et non en fonction de l'entre jambes comme d'autres. C'est pas la définition de genre, c'est pour le déterminer et le comprendre. Parce que dans le fond, quand on parle de genre, presque tout le monde comprend de quoi on parle, au niveau vocabulaire. par contre savoir ce que c'est concrètement, comprendre le genre, c'est tout autre chose !

     

      • Mardi 21 Juin 2016 à 13:11

        Merci Kris, ton commentaire est génial, je n'ai pas grand chose à y rajouter ;)

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