• Hayley Kiyoko : queer expectations (album)

     

    Aaaaaaah *crie en queer*

     

    J’attendais avec impatience la sortie de l’album d’Hayley Kiyoko, une artiste étasunienne lesbienne dont je suis le travail depuis un moment déjà et que j’aime beaucoup. Evidemment, je n’ai pas été déçu, l’album est à la hauteur de mes attentes – et plus encore ! Je suis là pour faire mon fanenby, mais aussi et surtout pour vous en parler plus en détail, car Hayley Kiyoko est absolument une artiste queer incontournable à mes yeux !

     

    1.    Qui est Hayley Kiyoko ?

     

    Elle a commencé à bien faire parler d’elle il y a environ deux ans lorsqu’elle a sorti son clip « Girls like girls », une chanson sur les relations saphiques (entres femmes), ce qui n’est pas très courant. Elle chante « girls like girls like boys do, nothing new » (les filles aiment les filles comme le font les garçons, rien de nouveau).

     

    Depuis, elle n’a cessé de marquer la musique avec des morceaux queer sans concession, de « Cliff Edge » à « Pretty Girl » en passant par « Gravel to tempo » (de l’EP Citrine - pas cyprine, citrine hein) où elle expose la difficulté de faire face au monde normé au lycée. Même si Hayley Kiyoko s’en tient surtout à des sujets saphiques, elle a aussi sorti l’année dernière un clip (One bad night) qui raconte l’histoire d’une femme trans – jouée par Erin Armstrong, elle même trans.

     

    Fait important : elle été surnommée « Lesbian Jesus » par ses fans.

     

    Et notons également qu’Hayley n’a pas qu’un seul talent puisqu’elle est également actrice et réalise ses propres clips musicaux !

     

     

    2.    Mon avis sur l’album « Expectations »

     

    Expectations, sorti le 30 mars 2018, est son premier album (avant elle n’avait sorti que des EP).

     

    La couverture de l’album représente Hayley assise sur un tabouret et se dénudant devant une femme nue allongée de dos au premier plan. Rien qu’avec cette couverture, Hayley donne le ton. L’album va être queer, très queer. Elle prend la place traditionnellement réservée à l’homme (cis) dans une culture hétéronormative. Hayley explique « nous avons décidé de jouer avec cette idée de vraiment idolâtrer et respecter les femmes dans leur forme la plus vraie – nues. (…) Il y a aussi une forme de pouvoir derrière cette photo, parce que les femmes sont puissantes et peuvent faire ce qu’elles veulent. »

    Hayley Kiyoko : queer expectations (album)

     

    Après nous avoir mis l’eau à la bouche (l’eau aux oreilles ?) avec cette magnifique couverture, l’album s’ouvre sur une jolie intro puis sur la chanson « Feelings » que l’on connaissait déjà. Elle chante :

     

    « I over-communicate and feel too much

    I just complicate it when I say too much 

    I laugh about it, dream about that casual touch

    Sex, fire, sick and tired of acting all tough »

    =

    « Je sur-communique et je ressens trop,

    je complique les choses quand j’en dis trop

    J’en ris, et je rêve de cette caresse désinvolte

    Sexe, feu, malade et fatiguée de faire comme si j’étais si résistante » (Mes talents de traduction – ou pas ! Vous avez compris le sens en gros, c’est le principal.)

     

    Dans le clip musical, elle suit une jeune femme dans la rue tout en la séduisant. Il y a de nombreux clips où un homme (cis) suit une femme dans la rue et Hayley a voulu se réapproprier les codes de ce genre en évitant le côté « prédateur » (harcèlement de rue). Ainsi, ce n’est plus un homme qui suit une femme, mais une femme qui suit une femme. Et l’échange entre les deux protagonistes qui se lancent dans une sorte de danse séductrice nous montre clairement que la fille qui est suivie y consent, se prend au jeu, y prend plaisir, voir que les deux femmes se connaissent déjà (cf. toute la symbolique autour des téléphones). Dans une interview pour le Huffingtonpost elle explique : « Mais je veux aussi faire ces choses d’une façon respectueuse, parce que le fait que je sois une femme me permet de comprendre qu’il y a des choses que les hommes font qui peuvent être offensantes. » Notons également que la seconde fille est jouée par Alexandra Rodriguez ce qui offre de la visibilité aux femmes queer latina.

     

    La troisième piste de cet album est un morceau pop très entraînant intitulé « What I need » et chanté en duo avec la chanteuse bisexuelle Kehlani. Il est question de deux femmes qui se cherchent dans leur relation. « Ce dont j’ai besoin, c’est que tu sois sure. (…) Je veux seulement une fille qui n’ait pas peur de m’aimer. » Il est très inédit d’entendre un tel duo entre une femme lesbienne et une femme bi – qui plus est, toutes deux racisées, or les femmes queer racisées ont encore moins de représentation. On peut même entendre des évocations de la biphobie/lesbophobie dans les paroles « quand nous sommes seules, tu veux cette relation / Mais quand nous sommes avec ta famille, tu ne veux pas la montrer / Oh tu essayes de nous garder secrètes. »

    Hayley Kiyoko : queer expectations (album)

    Kehlani

     

    La suite de l’album continue tout aussi fort avec le tranquille « Sleepover » où Hayley évoque des difficultés courantes que peuvent rencontrer les femmes queer dans un monde largement hétéronormatif (voire personnes queer tout court) : avoir un crush sur une fille (personne) hétéro et savoir que ça ne sera donc jamais réciproque. « Tu veux être amies pour toujours, mais je peux penser à quelque chose de mieux… » chante-t-elle. Hayley explique : « J’ai grandi en étant une rêveuse et j’ai trouvé du réconfort à travers un paradis safe dans ma tête. C’était là que j’étais capable de trouver l’amour-propre et me sentir validée. Le clip vidéo valide ces sentiments pour moi, même si à ce moment là la fille que j’aimais n’était pas disponible. J’ai fait cette vidéo pour aider à valider ces fantasmes. Pour créer un espace pour les amoureuxes, les rêveurses et les explorateurices. Tomber amoureuxe peut être un sentiment amer, surtout quand tu sais que cela ne sera jamais réciproque. » Ajoutons que la vidéo donne de nouveau de la représentation pour les relations entre femmes racisées, même s’il s’agit cette fois de quelque chose qui se passe dans espace imaginaire.

     

    Si vous n’êtes toujours pas convaincu-e-s d’aller écouter cet album, on continue avec une chanson en deux parties « Mercy/Gatekeeper » qui aborde la dépression, l’anxiété et la santé mentale en général. Les paroles m’ont beaucoup touché. C’est une chanson que j’ai trouvée vraiment très marquante sur l’album. « Quand la ville dort, je suis éveillée / Prise dans des rêves que je ne peux créer / Quand la ville dort, je suis éveillée / Enfermée dans mon esprit, je ne peux m’échapper / Il n’y rien que je puisse faire excepté attendre / Je t’appelle en pleurant parce que c’est trop de souffrance / Je peux voir que tu ne comprends pas / Car tu me dis que tout va s’arranger. »

     

    Mercy/Gatekeeper est suivi d’une chanson aussi en deux parties « Under the blue/take me in » - on  entend le début de la partie « take me in » au tout début du clip de « feelings » et justement j’attendais depuis octobre de voir si ces quelques notes feraient partie d’une chanson complète sur l’album – j’avais vu juste !

     

    On enchaîne avec Curious, une chanson très entraînante, illustrée par un clip génial, où Hayley danse dans un « boys band » (un de ses rêves). Dans cette chanson, Hayley pioche une fois de plus dans son expérience personnelle et nous parle des gens qui n’arrivent pas à s’assumer au détriment de leur (ex)partenaires/crushs. Hayley n’hésite pas à parler de sexe (« est-ce que tu le laisses te toucher / comme dont j’avais l’habitude de le faire ») et à inclure des scènes saphiques sensuelles/sexuelles dans le clip vidéo (surtout à la fin !)

     

    Le thème de cette chanson n’est pas sans rappeler la chanson « He’ll never love you (HNLY) » qui arrive un peu plus tard sur l’album (« Meuf, oui, tu sais que tu le veux [être avec moi], pourquoi n’es-tu juste pas honnête avec toi-même ? »). Ce fil conducteur nous rappelle sans aucun doute l’hétéronormativité qui peut amener les femmes queer à sortir avec des hommes et à être dans le déni avant de s’assumer.

     

    Après un court interlude (« xx »), « Wanna be missed » évoque une passion dévorante puis on retrouve la chanson dont je parlais juste au dessus (« He’ll never love you (HNLY) ») suivie de « Palm dreams ». Chanson sympathique mais dont les paroles m’ont moins marqué et sur laquelle je ne vais donc pas m’étendre outre mesure. C’est que juste après, l’envoutante « Molecules » nous achève – si nous n’étions pas déjà totalement conquis par Hayley Kiyoko. C’est une chanson qui parle de deuil, et ça change un peu des sujets romantiques (même si on pourrait interpréter cela simplement comme une rupture, je préfère m’en tenir à une vision plus large et qui reste cohérente avec les paroles).

     

    Puis, l’album se termine sur « Let it be », à la fois douce et triste, où Hayley évoque son amour pour quelqu’un qu’elle doit se résoudre à laisser partir car leur relation ne fonctionne pas.

     

    En conclusion, même si certaines chansons me marquent plus que d’autres, cet album est un sans faute pour moi, il n’y a pas de chansons que je n’aime pas écouter. J’aime beaucoup l’univers musical d’Hayley Kiyoko, et notamment ses intru’, elle rajoute souvent des sons qui rendent sa musique très visuelle et plaisante à l’oreille (bruit d’eau, etc.)

     

    3.    Pourquoi cet album est important

     

    Cet album (et le travail d’Hayley Kiyoko en général) est important car il est encore difficile d’évoquer des sujets queer dans la musique mainstream et elle le fait sans concession. Même la très connue Lady Gaga (bisexuelle) n’a pas parlé aussi ouvertement et longuement de ce genre de sujets en musique (fallait comprendre que « poker face » parlait de bisexualité !) Hayley n’avait pas forcément l’ambition d’être ce modèle queer et était hésitante au début – ce qui se comprend – mais l’assume maintenant totalement. Elle permet aux personnes queer de se sentir représentées dans la musique et c’est probablement le genre d’artiste qui peut aider beaucoup de gens à s’assumer car la représentation positive est super importante ! Son travail est aussi féministe car elle empouvoire les femmes en dehors de l’objectification du regard masculin. Et enfin, elle offre une représentation très nécessaire aux femmes queer racisées.

     

    Il n’y a qu’à voir les commentaires sous chacune de ses vidéos pour se rendre compte de l’importance de ce qu’elle fait. Petit montage sympa avant de vous laisser :

    Hayley Kiyoko : queer expectations (album)

     

     

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