• J’ai vu les Gardiens de la Galaxie 2 (sexisme et binarité)

     

    Les spoilers seront annoncés entre crochets : [spoiler] blabla [fin spoiler].

     

    Binarité : l’idée qu’il existe dans l’espèce humaine deux sexes distincts sur lesquels se basent deux genres (homme et femme) auxquels sont associés un ensemble de comportements présentés comme naturels (stéréotypes et rôles de genre). Ainsi, dans la binarité, une personne née avec une vulve sera assignée au sexe féminin, élevée en tant que femme, et sera censée remplir le rôle social d’une femme, avec ses stéréotypes associés (« les femmes sont maternelles, douces, etc. »)

    Le sexe est en réalité plus un spectre de variations et de combinaisons de divers caractères sexuels qu’une stricte séparation en deux catégories. Les catégories de genres sont donc sociales.  

     

    Cette après-midi, j’ai été au cinéma voir les Gardiens de la Galaxie 2. Croyez le ou non, il m’arrive de faire des trucs qui n’ont a priori aucun rapport avec le militantisme. Et pourtant me voilà, à écrire un article sur ce film sur un blog queer. Parce qu’on le veuille ou non, les médias grands publics reproduisent les oppressions et en sont le reflet. En fait, ce n’est pas tant un article sur les Gardiens de la Galaxie, car on pourrait en dire tout autant de n’importe quel film de science fiction grand public. Mais c’est l’exemple que je vais choisir étant donné que je viens de le voir et ça m’a amené sur cette réflexion.

    J’ai vu les Gardiens de la Galaxie 2 (sexisme et binarité)

    source

     

    Dans les Gardiens de la Galaxie, le héros central est évidemment un homme cis hétéro blanc [spoiler] demi-dieu et muni de pouvoirs exceptionnels. C’est d’ailleurs un thème récurrent dans la fiction que le héros cishet blanc aie des talents innés ou des pouvoirs qui lui permettent de surpasser tous les autres héro-ïnes quelque soit leurs compétences [fin spoiler]. Il est entouré de ces acolytes du premier film, qui forment les héro-ïnes centraux de la saga : Groot (l’arbre qui parle), Drax, Rocket (le raton laveur qui parle) et Gamora, seul personnage principal féminin dans la troupe des Gardiens. C’est une extraterrestre à la peau verte (jouée par une actrice américano-dominicaine, Zoe Saldana – au passage, je me demande si c’est problématique justement qu’elle soit peinte en vert alors que le film semble manquer par ailleurs d’acteurices racisé-e-s ?) Bon, on le voit venir à des kilomètres depuis le premier film, mais Gamora est évidemment l’intérêt amoureux du héros. Ca aussi c’est récurent comme situation. C’est assez problématique que la seule femme parmi les héro-ïnes ne puisse jamais exister indépendamment de cette romance, comme si les femmes ne méritaient d’être là que pour leur intérêt romantico-sexuel. [spoiler] J’accorde cependant au récit le fait que Gamora a une autre storyline qu’être seulement aux côtés de notre héros demi-dieu puisque sa sœur veut la tuer [fin spoiler].

    J’ai vu les Gardiens de la Galaxie 2 (sexisme et binarité)J’ai vu les Gardiens de la Galaxie 2 (sexisme et binarité)

    Zoe Saldana (Gamora) et Chris Pratt (Peter, le héro)

     

    Le film est quand même pas trop trop mauvais en terme de représentation féminine par rapport à d’autres films que j’ai pu voir sachant qu’il y a 2 autres personnages féminins qu’on pourrait qualifier de principaux. Mais sur ces deux autres personnages féminins principaux, une seule est écrite indépendamment d’un lien amoureux avec un personnage masculin principal. [spoiler] En effet, un début de romance est clairement initiée entre Mantis (une extraterrestre avec des antennes) et Drax et qui sera probablement développée dans le 3e volume, malgré qu’il tente de faire croire à tout le monde en boucle qu’il la trouve moche… sympa le type #ironie. Même si c’est faux qu’il la trouve hideuse, y’a quand même l’idée sexiste qu’on juge la valeur d’une femme à sa beauté physique. Mantis est réduite à son apparence et dénigrée – même faussement - en fonction de celle-ci de façon récurrente durant le film [fin spoiler]. Donc il y a déjà beaucoup à dire sur le sexisme et l’amatonormativité (système qui place les relations romantiques comme supérieures aux autres et comme la norme pour l’ensemble des êtres humains).

     

    Bon et je voulais surtout en venir au fait que dans la Galaxie où on trouve des extraterrestres de toutes sortes, même certain-e-s qui sont entièrement doré-e-s et une avec des antennes, iels semblent toustes cis dyadiques (ni trans ni intersexes) au sens de la binarité occidentale et toustes hétéro. C’est à dire que non seulement chez les humains (pour le peu qu’il y en a) aucun personnage n’est queer, mais en plus chez les non-humains, iels fonctionnent avec la même binarité que nous. Et c’est ça finalement qui m’a le plus sauté au visage. Quelque part, les sujets queer ou s’écarter de notre binarité occidentale paraît moins réaliste aux scénaristes qu’une meuf avec des antennes. Pourtant, la binarité n’est même pas une chose partagée par toutes les sociétés terrestres puisqu’il existe des cultures qui avaient ou ont d’autres systèmes de genre, donc comment voulez-vous qu’elles soit présente chez des extraterrestres bleu-e-s ou doré-e-s ? Sans compter que même biologiquement, les extraterrestres pourraient être très différents des humains en terme de reproduction et de caractéristiques sexuelles, mais encore une fois cela ne semble pas être le cas.

    J’ai vu les Gardiens de la Galaxie 2 (sexisme et binarité)

    J'ai pas menti, elle a des antennes et les deux autres sont bleu-e-s ! (Source)

     

    La reproduction de la binarité occidentale dans ce genre de film n’est absolument pas un hasard. C’est là qu’on voit toute la puissance d’un film en tant que reflet d’une société. On ne peut jamais dire « ce n’est qu’un film, relax ». Si ce film est entièrement cishet, c’est pour de bonnes raisons.

    Déjà, les médias sont créés par et pour les cishet dans leur grande majorité. Les personnes queer n’existent pas dans ces médias produits par et pour le groupe dominant qui entend effacer toustes ceuxe qui n’en font pas partie.  

    Deuxième chose, c’est que la binarité est toujours présentée comme naturelle et essentialisée le plus possible. C’est une idée qu’on nous fait gober depuis la naissance, avec laquelle on nous gave dans tous les aspects possibles de la société, à telle point qu’elle en devient une seconde nature et que s’en écarter paraît souvent impossible, irréaliste, inimaginable. Car oui, on peut dire que les scénaristes semblent cruellement manquer de créativité pour penser que les extraterrestres sont comme nous dans une binarité de genre. Finalement, on assiste à la naturalisation de la binarité à son paroxysme. La binarité n’est pas non seulement présentée comme une donnée universelle chez l’être humain mais l’est aussi chez les extraterrestres. La binarité est tellement essentialisée qu’elle transcende même les espèces et les planètes. Et finalement ça n’est pas anodin, car les spectateurices qui ont déjà la binarité bien ancrée l’intègrent encore plus et c’est ainsi que les médias participent à perpétuer et renforcer cette binarité.        

     

    Alors attention, je ne dis pas qu’il faut boycotter le film (sinon il faudrait tout boycotter en fait !) ou que j’ai pas apprécié ces 2h15 au cinéma – j’ai même bien aimé au contraire ! Je dis juste qu’on peut garder un esprit critique même envers un film qu’on a apprécié justement et qu’il est important de réaliser à quel point la binarité (ainsi que les autres oppressions) est présente partout dans les médias et renforcée par ceux-ci, et que c’est d’autant plus vrai pour les films de science-fiction où une société extraterrestre n’a pourtant aucune raison d’être binaire.

     

    Ceci étant dit, j’espère bien qu’on verra aussi des humains queer au cinéma. Pourquoi ? Parce que si les seuls personnages queer sont extraterrestres, ça renforce l’idée que des humains queer c’est irréaliste et ça perpétue notre déshumanisation – puisque le message qui passe est l’association d’idée queer = pas humain mais extraterrestre. Donc ça serait cool un film avec des extraterrestres qui ont un autre système de genre que binaire occidental et des humains LGBTQIAP+. Si de manière générale on pouvait avoir autre chose au casting qu’un groupe de mec cishet (souvent blancs) et une nana isolée qui est l’intérêt amoureux au héro, on aurait déjà fait un grand pas.

     

     

    A lire aussi sur le sujet du sexisme dans les œuvres de fiction :

    http://www.lecinemaestpolitique.fr/10-films-pour-comprendre-le-syndrome-trinity/ 

    http://www.eveprogramme.com/9053/mais-cest-quoi-au-fait-le-syndrome-de-la-schtroumpfette/

    https://egouvernaire.wordpress.com/2016/07/17/le-principe-de-la-schtroumpfette/

     

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  • Commentaires

    1
    Sailor Venus
    Mardi 2 Mai à 04:03

    Le propos de ce billet est problématique en ce qui concerne la négation de la science de la biologie humaine qui est naturellement binaire. Et que dire de la confusion entre genre et sexe ici...

      • Mardi 2 Mai à 09:32

        La biologie humaine n'est pas binaire, c'est un spectre. Le sexe et le genre c'est la même chose. https://furiegelatine.wordpress.com/2016/03/08/le-sexe-et-le-genre-sont-en-fait-la-meme-chose-mais-ne-partez-pas-si-vite/ 

        http://www.nature.com/news/sex-redefined-1.16943

        https://www.youtube.com/watch?v=88YOO1BNA1w  

         

      • Sailor Venus
        Mardi 2 Mai à 23:09

        Heu non. Parce que, si on pousse la logique non-binaire, il y a 7 milliards de genres et de sexes sur la Terre.

        https://cafaitgenre.org/2014/11/17/quels-sont-les-rapports-entre-sexe-et-genre/

        https://aeon.co/essays/the-idea-that-gender-is-a-spectrum-is-a-new-gender-prison

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Dimorphisme_sexuel

      • Mercredi 3 Mai à 20:03

        Pour le côté biologique, le sexe est un spectre =/= "y'a 7 milliards de sexe" parce que si y'a un spectre y'a plus de catégories.

        Pour le côté social : et alors ? Si on laissait les gens être ce qu'iels sont ? L'idée est d'arrêter de classer les gens selon leur genre, donc là encore on ferait plus en fonction de ça, y'aurait plus de catégories.

         Se référer à wikipédia n'est pas toujours une bonne idée, il n'y a pas deux sexes distincts dans l'espèce humaine, les nouvelles recherches s'accordent là dessus. L'article en anglais je l'ai lu déjà y'a quelques temps, je me souviens que j'avais beaucoup d'objections, mais je vais m'épargner une relecture. 

    2
    Sailor Venus
    Mercredi 3 Mai à 20:41

    D'où sortent ces recherches? Et à ce que je sache, les femelles de l'espèce humaine ont encore un vagin et les mâles, un pénis. Donc 1+1 font 2. Bref, I rest my case.

    3
    Jeudi 4 Mai à 13:51

    Si tu lisais l'article "sex redifined" ("The idea of two sexes is simplistic. Biologists now think there is a wider spectrum than that") et consultait les sources de cet article au lieu de rester borné-e... 

    4
    Sailor Venus
    Samedi 6 Mai à 03:22

    Bitch, je ne suis pas venu ici pour me faire endoctriner à ton idéologie qui confond sexe et genre. Je suis venu ici pour te confronter sur tes croyances. Anyway, je ne reviendrai pas parler à quelqu'un qui acknowledge qu'y a pas de différences entre un vagin et un pénis pis qu'y a toute une variété de fées et de licornes entre les deux. Bien sûr, ta croyance tellement ancrée qu'elle serait appuyée par la "science". 

      • Lundi 8 Mai à 15:38

        MDR où est-ce que j'ai dit que y'avait pas de différence entre un vagin et un pénis ? NULLE PART. Lis le reste du blog, lis l'article que je t'ai donné en lien, c'est écrit noir sur blanc. "Maintenant, votre première réaction est peut-être : « Attends, attends. Les pénis et les vagins existent ! Les parties génitales ne peuvent être des construits sociaux ! » (...) C’est au moins en partie vrai. Les tissus physiques et les organes, auxquels le sexe a été assigné, ne sont pas construits socialement ; ils existent dans la nature plutôt qu’à travers une conception humaine.

        Cependant, des mots comme « pénis » et « vagin » sont socialement construit. L’étude de la médecine est socialement construite. Le critère qui définit arbitrairement ce qui est « normal » ou « anormal » en termes de caractéristiques sexuelles et qui crée une dichotomie entre ce qui est biologiquement « masculin » ou « féminin » est socialement construit. Les attentes, les fonctions et les genres qu’on assigne à ces organes et à ces tissus? Définitivement un construit social." https://furiegelatine.wordpress.com/2016/03/08/le-sexe-et-le-genre-sont-en-fait-la-meme-chose-mais-ne-partez-pas-si-vite/ 

        C'est clairement toi qui refuses de confronter ton idéologie. 

        Au passage, tu n'es pas autorisé-e à m'insulter de "bitch".

    5
    Metherland
    Dimanche 28 Mai à 23:18

    Bonsoir,

    J'approuve complètement cet article et le ferait tourner, mais pas avant que vous ayez rectifié une chose.

    *Se racle la gorge et inspire*

    Héros ! Héros ! Héros ! Héros ! Héros ! Héros ! Héros ! Héros ! Pas 'Héro' ! 

    *Reprend son souffle*

    Certes, le mots 'héro' existe, et se trouve intégré dans la plupart des dictionnaires, raison pour laquelle il n'est pas automatiquement corrigé.

    Cet homonyme est en effet le diminutif de l'héroïne (oui, oui, la drogue).

    Vous comprendrez que l'utilisation de cet orthographe peut donner un tout autre sens à un papier, quel qu'il soit.

    Donc au singulier comme au pluriel, ne pas oublier le 's' !

    C'est tout pour moi, je pars avant de divaguer ~ vaguer.

    #J'aimeLarousse

    P.S.: Très bon blog, je découvre et redécouvre plein de choses.

      • Mardi 30 Mai à 09:48

        Merci ! Je ne savais pas qu'héro était le diminutif d'héroïne, c'est en effet embêtant, merci pour la correction xD

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