• L’aromantisme est-il queer ?

    Rappel de définitions :

    Aromantisme : absence totale ou partielle d’attirance romantique.

    Asexualité : absence totale ou partielle d’attirance sexuelle.

    Relation queer-platonique : une relation qui ne rentre pas dans la dichotomie amitié/romance. C’est une relation non-romantique tout en étant hors du cadre amical traditionnel. Article complet sur le sujet.

     

    Abréviations employées dans cet article :

    Aro : personne sur le spectre aromantique

    Ace : personne sur le spectre asexuel

    Aro/ace : personne sur le spectre aromantique et/ou asexuel

    Aroace : personne asexuelle et aromantique

    Het : hétérosexuel et hétéroromantique, au sens de « straight », c’est à dire dans la norme hétéro. [En gros, j’utiliserai « het » comme une traduction de « straight » car « straight » est galère à lire et écrire en français quand même.]

    Dy : dyadique (non-intersexe)

    LGBT+ : Lesbienne, Gay, Bi, Trans, + tout les autres.

    LGBTQIAP+ : Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexe, Asexuel-le/Aromantique, Pansexuel-le, + tous les autres

     

    Si l'article vous paraît compliqué à comprendre, je vous conseille de reprendre les bases dans la rubrique "orientations" qui contient normalement toutes les ressources nécessaires à la compréhension de cet article.

     

    Il y a des débats sans fin sur le fait de savoir si oui ou non l’asexualité et l’aromantisme sont des identités LGBT+ en elles-mêmes, des identités queer en elles-mêmes, si les ace heteroromantiques et les aro hétérosexuel-les sont het (« straight ») ou pas, si les aro/ace sont opprimé-e-s ou pas… Débats qui la plupart du temps silencient les ace/aro euxe-mêmes et effacent leur vécu, débats qui sont en grande partie menés par des gens qui ne comprennent pas ce qu’est l’asexualité ou l’aromantisme et effacent aussi l’histoire de la communauté LGBT+ en voulant à tout prix éjecter les aro/ace des espaces queer.

    Il y a tellement d’arguments dans tous les sens et d’idées reçues que c’est dur de traiter ça synthétiquement et de manière exhaustive. J’ai donc décidé de me concentrer uniquement sur la question de l’aromantisme dans cet article, car j’avais peur que le message devienne confus si je traitais l’asexualité en même temps. Donc même si je ne développerais pas la question de l’asexualité pour le moment, je pense que les personnes du spectre asexuel peuvent sans souci utiliser le mot queer. Mon article sur l’histoire des communautés asexuelles et aromantiques devrait quand même être suffisant pour vous en convaincre. D’ailleurs, j’en recommande la lecture en plus de cet article-ci si vous voulez une vision plus complète. Et si vous parlez anglais, le post « the aphobia masterpost » est une liste complète de ressources sur l’aphobie (oppression contre les aro/ace).

    Bon, ceci étant dit, commençons !

     

    1.    L’aromantisme est historiquement queer et l’arophobie existe

     

    La première chose, c’est que l’aromantisme a toujours existé, même s’il ne portait pas le nom moderne qu’on lui connaît aujourd’hui. Les personnes aromantiques ont toujours été dans la communauté LGBT+ mais n’étaient pas connues comme telles ni ne formaient une communauté aromantique. Elles étaient principalement groupées avec la communauté bi pendant un temps, car le terme bi s’opposait à la dichotomie gay/hétéro – de laquelle ne font pas partie les aro/ace ! Dire que les aro ne font pas partie de la communauté LGBT+ est historiquement faux.

    Il faut aussi comprendre et accepter que notre communauté évolue dans sa structure, dans sa compréhension d’elle-même et dans les termes qu’elle emploie. Nous sommes une communauté dynamique, qui se construit en permanence, pas une entité fixe. Ce n’est pas parce que le mot aromantique n’était pas utilisé dans la communauté LGBT+ qu’il ne peut pas l’être aujourd’hui et qu’on ne peut pas rajouter un « A » à LGBTQIAP+. On ne peut pas demander à la société hétéro-cis-dy-normative d’évoluer si on est nous-mêmes incapables de le faire et qu’on continue de s’exclure les un-e-s les autres…

     

    La deuxième chose, c’est qu’historiquement, l’aromantisme a été particulièrement considéré comme quelque chose de queer et de non-hétéro par les hétéro euxe-mêmes. En effet, les hétéros voyaient les relations queer comme étant non-romantiques par nature. Les personnes queer étaient hypersexualisées et la société considérait que leurs relations n’étaient que à propos du sexe. Elle dépossédait les personnes LGBT+ de leur attirance romantique, et s’en servait pour les aliéner. L’attirance romantique était considérée comme une composante intrinsèquement hétéro. Au contraire, l’absence d’attirance romantique était considéré comme hors de la norme hétéro – et l’est toujours.

    Ainsi, il y a eu – et encore aujourd’hui – toute une stratégie du mouvement LGBT+ qui s’est concentrée sur le fait de reprendre possession [reclaim] de l’attirance romantique. « Love is love » est un slogan bien connu et persistant. Il fallait montrer aux hétéros que les queer étaient comme euxe. Ce n’est pas important qui ont aime romantiquement, tant qu’on aime romantiquement est le message. Pendant ce temps là, les aro continuent d’être invisibilisé-e-s au sein même des espaces LGBT+.

    Et c’est bien là la différence entre les queer alloromantique et les aro : alors que vous pouvez récupérer votre humanité en montrant aux hétéros que vous êtes comme euxe, alloromantiques, nous les aro, on ne peut pas. On reste déshumanisé-e-s. Parce que oui, l’amour romantique est vu comme ce sentiment supérieur que devraient partager tous les êtres humains. L’amour romantique est d’ailleurs couramment utilisé comme un outil pour rendre un personnage non-humain plus humain dans la fiction : les robots, les extraterrestres, les créatures fantastiques… C’est dire le niveau de déshumanisation auquel font face les aro. Ne vous y trompez pas, si les aro sont « moins opprimé-e-s » que les gays (pourquoi est-ce que vous cherchez à faire un concours d’oppression en premier lieu d’ailleurs ?), c’est surtout parce qu’on est tellement invisibles que les gens ne savent même pas qu’on existe (à noter que l’invisibilisation n’étant pas un privilège) ; mais il y a des preuves que lorsque les gens prennent conscience de l’existence des orientations ace/aro, la discrimination est bien là.

    Il n’existe pas de thérapie de conversion ni de pathologisation « officielle » de l’aromantisme en tant que tel, encore une fois parce qu’on est beaucoup trop invisibles. Cependant, les aro sont psychiatrisé-e-s et abusé-e-s pour leur aromantisme. Combien d’aro se sont fait dire qu’iels ont un problème psy lorsqu’iels ont fait un coming out ? Question rhétorique, la réponse est beaucoup trop.

     

    Le témoignage d’une personne aroace :

    « Ces gens projettent sur moi une foule de problèmes psychologiques, physiques et émotionnel dont je suis censée souffrir, même si parfois ce n’est pas clair s’iels pensent que ma souffrance est causé par mon orientation ou mon orientation causée par ma souffrance. (…) Les gens avec des objections sont sincèrement inquiets de savoir si je souffre d’une maladie. (…) Le trouble de désir sexuel hypoactif, une production atypique d’hormones, l’autisme, une histoire d’abus sexuel, un trouble de l’anxiété, les troubles schizoïdes et la schizophrénie, une tumeur au cerveau et une dépendance psychologique sur le fait d’être différente sont des « problèmes » pour lesquels on m’a tous suggéré de me faire dépister. (…) La vérité c’est que le plus grand empêchement à mon bonheur durant ces années a été l’obsession des autres personnes à vouloir me changer. Certains ont essayé par la force. »

    http://everydayfeminism.com/2015/04/asexual-aromantic-happy/  

     

    Un autre témoignage d’une personne aro :

    « On me traitait généralement d’égoïste, de pute et de froide. Alors je m’excusais et je partais, en me demandant pourquoi l’ « amour » me noyait alors que tout le monde semblait voler. Un moment donné, j’ai même commencé à prendre des antidépresseurs dans l’espoir que ces sentiments disparaîtraient. Ils n’ont pas disparus. »

    http://everydayfeminism.com/2015/10/aromantic-romance-relationship/

     

    Cette personne à avoir pris des antidépresseurs pour « guérir » sont manque d’attirance romantique n’est très certainement pas la seule malheureusement… Les aro sont isolé-e-s, manquent de ressources et de visibilité, et sont laissé-e-s dans la merde avec souvent un entourage qui leur dit qu’iels ont des problèmes psychologiques voire les encourage à chercher un traitement. Une des difficultés de décrire l’arophobie est justement qu’elle est peu documentée à cause de l’invisibilisation massive donc nous sommes victimes, mais ce genre de vécu doit être fréquent même si je n’ai pas de chiffres.

     

    Bref, je n’entends pas faire une description exhaustive et développée de l’arophobie sinon on est encore là demain… Il y a encore beaucoup de choses à dire, mais vous voyez l’esprit. L’aromantisme est intrinsèquement et historiquement non-het et queer. Les aro sont concerné-e-s par l’hétérosexisme aussi.

     

    2.    Les relations des aro sont queer

     

    L’amatonormativité est la norme selon laquelle les relations romantiques sont intrinsèquement supérieures aux autres relations et sont naturelles et universelles chez l’être humain. Il en résulte que la romance est au centre de notre culture et hyper valorisée socialement. On nous rabâche les oreilles avec depuis la naissance. Il y a le mythe de l’âme sœur, trouver la bonne personne, etc. Elle est présente dans tous les médias. Il est en fait incroyablement rare de trouver une histoire sans romance. Parallèlement, tous les autres types de relations sont vus et traités comme inférieurs. Ce qui fait que les relations des personne aro ne sont pas prises au sérieux et sont considérées comme ayant moins de valeur.

    Les relations romantiques sont hyper valorisées socialement. Même si rien ne t’empêche légalement de te marier entre ami-e-s, ce que décident de faire un certain nombre d’aro, c’est mal vu. Probablement qu’un tas de gens vont te dire que tu fais une erreur et essayer de t’en empêcher. Le mariage est devenu un rituel incroyablement chargé de romantisme dans notre culture, c’est un idéal que beaucoup d’alloromantiques poursuivent. Le mariage est une façon de contrôler la structure familiale en donnant des avantages économiques et sociaux aux personnes qui se conforment à une structure normée. Le mariage était donc fermé aux personnes de même sexe. A présent, la structure familiale acceptable s’est élargie et comprend les couples alloromantiques monogames de même sexe – même si on a encore plein d’homophobie et de biphobie en France… en tout cas, légalement et pour une partie de la société ça s’est élargit. Le mariage est toujours inaccessible aux polyfamilles. En ce qui concerne les aro, j’ai généralement vu des aro qui ne veulent pas se marier car le mariage n’est clairement pas une structure qui est pensée pour nous, mais s’y résolvent avec un-e ami-e/un-e partenaire platonique pour les bénéfices économiques et sociaux qui nous sont inaccessibles autrement. Notez qu’un certain nombre d’aro sont concerné-e-s par les questions du mariage gay car on peut très bien avoir un-e partenaire du même sexe légal que nous !

     

    Par ailleurs, les aro sont très susceptibles de s’installer avec un-e amie/un-e partnaire platonique (ou des), d’élever des enfants avec cette(ces) personne(s), etc. ou alors de vivre seul-e-s, et aucune de ces deux situations n’est l’idéal de vie de la plupart des hétéros et n’est traitée tendrement par l’hétéronormativité et l’amatonormativité. Les relations dans lesquelles s’engagent les aro sont très souvent fondamentalement différentes des relations hétéro. Les relations queer-platoniques (QP), ou quasi-platoniques, sont même intrinsèquement queer. C’est dans le nom. Les QP sont des relations complètement différentes des attentes de la norme hétéro – oui, même quand c’est entre un homme cis et une femme cis.

     

    [petits spoilers de The Big Bang Theory]

    Si vous prenez Sheldon et Amy, qui est la seule représentation de relation QP-qui-ne-porte-pas-son-nom grand public que je connais, on a une bonne idée de comment ce genre de situation est traitée socialement parce que les autres personnages dans la série sont acephobes et arophobes. Sheldon est clairement un aroace repoussé par le sexe et pas à l’aise du tout avec la romance non plus. Amy serait quant à elle plutôt demi-aroace parce qu’elle semble développer des sentiments romantico-sexuels pour Sheldon au cours de la série. Sheldon et Amy sont une femme et un homme cis. Leur relation serait donc « au fond juste hétéro » si on écoute les aphobes. Mais il faut vraiment être de mauvaise foi pour rater le fait qu’iels sont traité-e-s tout sauf comme un « couple normal ». Sheldon explique plusieurs fois à ses ami-e-s qu’Amy n’est pas sa petite amie, et ils font pression sur lui, « évidemment qu’elle est ta petite amie, les gens normaux font comme ça », comme s’ils savaient mieux que lui. Leur relation QP est une source de moquerie récurrente. Et Sheldon cède plus ou moins en finissant par concéder d’appeler Amy sa petite amie. Ils sont clairement victimes d’hétérosexisme. Ils vivent une pression sociale énorme. Alors oui, ils peuvent se tenir la main dans la rue sans se faire agresser, mais un certain nombre de personnes queer le peuvent aussi (les bi selon avec qui iels sortent, les personnes trans selon leur apparence et celle de leur partenaire, etc.), l’oppression ne se résume pas à se faire agresser dans la rue (même si c’est un vrai problème à traiter hein).

    L’aromantisme est-il queer ?

    "C'est une fille. C'est une amie. Elle n'est pas ma... s'il te plait pardonne moi de faire ça... "petite amie"." (source)

     

    Sans compter que bon nombre d’aro sont aussi poly ou anarchistes relationnels. Pour certain-e-s aro, la structure d’anarchie relationnelle est même intrinsèquement liée à leur aromantisme, parce qu’une fois qu’on « retire de l’équation » le type de relation considérée comme supérieure par la société (qui maintient donc une hiérarchie), c’est à dire les relations romantiques, on se retrouve facilement naturellement en situation d’anarchie relationnelle en fait. Mais cette question mérite un article à part, honnêtement, car j’ai envie de prendre le temps de la développer.  

     

    Bref, que les aro ne veulent pas de relations du tout ou aient des relations platoniques/QP, qu’iels soient mono ou anarchistes relationnels, etc., on ne peut clairement pas dire que leurs structures relationnelles soient franchement dans la norme hétéro.

     

    3.    La mauvaise compréhension délibérée de ce qu’est l’aromantisme

     

    Au delà de la méconnaissance pure de l’aromantisme qui amène à tout un tas d’idées fausses, on a un certain nombre de gens qui font exprès de ne pas comprendre ce qu’est l’aromantisme – stratégie similaire à celle qui est utilisée contre les bi qui sont vu-e-s comme « gay » ou « hétéro » selon leur relation du moment alors qu’iels sont toujours bi.

     

    Au delà de la simple définition, il y a un vécu aromantique, qui diffère de celui des alloromantiques – et des het tout court ! Ce n’est pas un vécu homogène, évidemment, la communauté aro est diverse. Il y a cependant des choses en commun, et c’est principalement par le biais des témoignages que les aro comprennent qu’iels sont aro.

    Les gens qui font exprès de pas comprendre ce qu’est l’aromantisme le dépeignent comme s’il s’agit d’un simple « modificateur » d’une orientation plus globale et pas une orientation en tant que tel. Et finalement pour euxe, les aro sont « au fond leur orientation sexuelle ». Ce qui est faux.

    Par exemple, beaucoup de gens sont absolument contre que les aro hétérosexuel-les cis dyadiques utilisent le mot queer ou se considèrent LGBT+, parce qu’iels serait « basiquement het » ou auraient le privilège hétéro. Le vécu d’un-e aro hétérosexuel-le n’est juste pas celui d’une personne het ! Les aro hétérosexuel-le ne sont pas « au fond juste het avec la particularité d’être aro ». En plus, quand vous dites cela, ça traite l’hétérosexualité (au sens straight) comme le défaut, ce qui est hétérosexiste.  

     

    Si vous ne comprenez sincèrement pas pourquoi, considérez cette analogie :

    -       l’attirance sexuelle est bleue ;

    -       l’attirance romantique est rouge.

    La plupart des gens sont pariorientés, c’est à dire qu’ils ressentent leur attirance sexuelle en alignement avec leur attirance romantique (i.e. attirance sexuelle et romantique pour le même groupe de genre(s)). Ce qui fait que pour euxe, l’attirance sexuelle et romantique sont une seule et même entité, issue du mélange des deux : iels ressentent ni du bleu, ni du rouge, mais du violet ! Alors qu’une personne aromantique hétérosexuelle ressent uniquement du bleu.

    Si vous ressentez du violet, vous ne pouvez tout simplement pas comparer votre violet à son bleu en disant qu’au fond c’est la même chose moins le rouge parce que c’est carrément une couleur différente – i.e. une forme d’attirance différente qui va avec un vécu différent.

    Et on peut faire la même analogie avec les asexuel-le hétéroromantique : iels ressentent le rouge mais pas le violet.

     

    Autre analogie : imaginez que l’attirance romantique, c’est le dossier de la chaise. S’il n’y a pas d’attirance romantique, il ne s’agit pas d’une « chaise sans dossier » parce qu’une chaise a un dossier par définition. Il s’agit d’un tabouret. Et un tabouret, c’est pas la même chose qu’une chaise et un-e aro hétérosexuel-le, c’est pas la même chose qu’un-e het !

    C’est un peu la même idée que la comparaison de la bisexualité et du clic clac : si ton clic clac est déplié (relation avec une personne du même genre), c’est quand même un clic clac et pas un lit. De la même manière, si ton clic clac est replié (relation avec une personne d’un autre genre), c’est toujours un clic clac et pas un canapé !

     

    Souvent, quand les gens disent que les aro hétérosexuel-le ont le privilège hétéro, iels sortent l’argument selon lequel les hommes cis sont valorisés socialement pour leurs conquêtes sexuelles féminines sans romance. Cet argument est incroyablement… WTF. J’ai franchement l’impression que ces gens pensent que les hommes cis aro sont des Barney Stinson (How I met your mother – oui, moi aro, j’ai vu les 9 saisons de la série la plus amatonormative du monde, y’a de quoi écrire un article dessus, je vous jure). Bref, WTF. Premièrement, les Barney Stinson sont pas valorisés socialement pour le manque de romance dans leurs relations sexuelles à répétition mais parce qu’ils traitent les femmes comme des objets sexuels à leur disposition. Ils sont valorisés à cause de leur misogynie, pas à cause de l’absence de romance !! De plus, Barney Stinson joue sur la romance, en draguant des femmes pour qu’elles tombent amoureuse de lui et leur brise le cœur. Je vois très difficilement un aro faire ça, car la plupart d’entre nous sommes à côté de la plaque quand il s’agit de se mettre dans des situations romantiques, voire sommes repoussés par la romance. Les aro, pour ce que j’en connais, ne prennent pas de plaisir à jouer avec la romance comme ça, d’autant plus quand iels sont dans une position où iels se font déjà accuser de jouer avec les gens, de tromper les gens (même quand iels ont explicitement dit être aro), d’être égoïstes, froid-e-s et j’en passe juste parce qu’iels ne sont pas intéressé-e-s par une relation romantique.

    L’aromantisme est-il queer ?

    Barney Stinson et son livre des rôles dans lequel il consigne tous les stratagème misogynes dont il use pour séduire les filles à grand renfort de mensonges et manipulation (source)

     

    Les hommes aro hétérosexuel se retrouvent en fait dans une position plutôt difficile. Ici, un homme ayant envie de sexe mais pas de romance témoigne en disant qu’il ne veut surtout pas être pris pour un Barney Stinson justement, et il demande conseil à d’autres aro sur comment approcher la situation. Une femme aro heterosexuelle répond dans ce fil de discussion en expliquant que quand elle dit explicitement de pas vouloir de relation romantique mais juste sexuelle, les mecs alloromantiques le prennent comme un défi, et finissent par l’insulter quand ils se rendent compte que non, elle ne ressentira pas d’attirance romantique pour eux. D’autres aro hétérosexuel-les témoignent en disant que leur désir sexuel semble être surtout un fardeau vu la configuration sociale actuelle et l’un d’eux dit même « J’ai juste attendu d’être plus vieux que ma libido disparaisse. Maintenant, j’évite toute relation et je n’ai pas à m’inquiéter du sexe – être seul est vraiment libérateur. » D’autre aro hétérosexuel-le dans cette même discussion donne le conseil de trouver une autre personne aro pour une relation.

    Globalement les aro allosexuel-le sont souvent diabolisé-e-s parce que le sexe sans romance c’est très mal vu – en particulier chez les personnes qui ne sont pas des hommes. Aussi, l’idée qu’une personne aro hétérosexuelle a forcément des relations sexuelles avec les personnes du « sexe opposéTM » est fausse. Certains n’ont aucune relation, comme dans ce témoignage. D’autres ont une ou des relations platoniques/QP et pas forcément avec une ou des personnes du « sexe opposéTM » !

    Je signale aussi que quand certain-e-s refusent les aro hétérosexuel-le en faisant semblant qu’iels sont du côté des aro non-hétérosexuel-le, iels invalident toustes les aro aussi. Car iels disent qu’en gros l’aromantisme n’est pas queer en lui-même.

     

    Au passage, un truc que je ne comprendrais jamais, c’est comme les gens peuvent penser sérieusement que les aroace ont le privilège hétéro. Iels ne sont attiré-e-s par personne, ni sexuellement, ni romantiquement. La personne ne ressent ni bleu, ni rouge, ni violet. Y’a rien d’het à aucun niveau là dedans… J’ai quand même lu un argument incroyable : « si les aroace ressentaient de l’attirance, iels seraient hétéro ». WTF ?? Déjà, bonjour l’hétérosexisme de faire comme si être hétéro était le défaut. Et c’est quoi qu’iels comprennent pas dans « absence d’attirance » ?? « Si iels ressentaient » : mais iels ne ressentent pas justement ! Facepaaaaalm.  

     

    Il y a aussi les gens qui acceptent ceuxe qui sont « complètement aro » mais refusent le spectre. Par exemple, iels disent que l’aromantisme gris (gray-aro) n’est pas sujet à l’arophobie. Sauf que là encore, c’est une incompréhension délibérée de ce que c’est. Les personnes du spectre aromantique - qui porte ce nom pas que pour faire joli - sont par définition bien plus proche des gens « complètement aro » que des alloromantiques. Quand une personne ressent de l’attirance romantique une ou deux fois dans sa vie, son vécu est globalement similaire à celui de la communauté aro.

    Prenons l’exemple d’une personne gray-hétéroromantique (i.e. gray-aromantique qui ressent de l'attirance romantique rare pour un genre différent) et hétérosexuelle. Elle ressent uniquement du bleu 99% du temps. Et puis une fois ou deux fois dans sa vie, pouf le bleu devient un peu violet et peu redevenir bleu. Qu’une personne gray-aro ait ressenti de l’attirance romantique une fois dans sa vie ne veut pas non plus dire qu’elle va agir dessus – même si elle pourrait. Ca pourrait être le « grand amour », comme ça pourrait ne mener à rien. Voire elle pourrait être repoussée par cela – en effet, les personnes du spectre aro n’ont pas forcément envie d’agir sur leur attirance romantique rare et certaines sont repoussées par la romance aussi ! Et quand bien même cette personne gray-aro trouverait l’amour de sa vie et terminerait dans une relation romantique, elle est toujours gray-aro ! Ca n’efface pas son vécu précédent, ni sa relation au romantisme en général – de la même manière qu’une femme bi finissant avec un mec est toujours bi.

    L’aromantisme, c’est l’absence d’attirance romantique totale ou partielle.     

     

    Bon, j’entame ma 6e page word – devenue 7e après mes ajouts lors de ma relecture - et j’ai l’impression d’avoir dit tellement de choses en vrac et en même temps de n’avoir pas abordé la moitié de ce qu’il faudrait dire. Je pense que je vais néanmoins m’arrêter là avant d’assommer mon lectorat XD Veuillez me pardonner si je n’ai pas été aussi exhaustif que je l’aurais voulu. Bon, fraudait quand même que j’écrive une conclusion qui répond à la questioooon.

     

    Conclusion :

    (60% des lecteurices se disent ouf arrivé-e-s là – oui c’est un chiffre statistiquement prouvé par un sondage sur un échantillon de 0 personnes, nan mais ! Laissez un commentaire contenant le mot « cacahuète » si vous êtes encore avec moi – je ne suis pas sûr d’être encore avec moi-même honnêtement.)

     

    Dooonc, je pense que l’aromantisme est queer en lui-même, à la fois de part son histoire et le vécu aro et les relations développées par les aro qui sont différentes de la norme hétéro. Les aro sont concerné-e-s par l’hétérosexisme et l’arophobie est une réalité. 

     

    Lectures supplémentaires :

    http://anagnori.tumblr.com/post/73328427600/you-probably-already-answered-this-somewherebut 

    http://anagnori.tumblr.com/post/73252994700/stigma-against-aromantic-allosexual-people

    http://thephanerozoiceon.tumblr.com/post/100353875935/being-an-allosexual-aromantic-isdifficult-not

    http://everydayfeminism.com/?s=aromantic

     

     

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  • Commentaires

    1
    Pandanas
    Lundi 3 Avril à 02:04

    Cacahuète

     

    (Mais en vrai j'ai lu que le début et la fin parce que je sais grosso merdo ce qui peut se dire dans les discours anti-ace et anti-aro dans la commu queer, et qu'il y a de fortes probabilités qu'on soit d'accord de toute façon, j'te fais confiance. La conclusion me conforte d'ailleurs dans cette idée.)

      • Lundi 3 Avril à 09:25

        C'est de la triche :p Je pense que tu as quand même raté ma superbe histoire de chaise. XD

    2
    Kris
    Lundi 3 Avril à 14:06

    Ce que tu dis vaut son pesant de cacahouète... mais (y-a toujours un mais avec moi) par rapport à la question de départ, je trouve ce long texte déplacé. Ce qui est dit a sa place bien sûr, mais pas pour répondre à la question, qui devrait (selon moi) être courte et généralisée. Il faudrait faire taire une bonne fois pour toutes ces histoires de faire partie ou pas des LGBTTIQFANMAXPDN2A2GPP ou autre sigle. A mon sens, il faudrait insister sur le principe : catégorisation (et assignation) binaire --> invisibilisation, stigmatisation... de tout ce qui est perçu comme non conforme à cette normativité sexiste. Que ce soit dans l'apparence, le genre, les orientations... Tout ce qui sort de la norme binaire. Donc évidemment que Aro et Ace font partie de ça, c'est à dire des MOGAI. De même que ça devrait être évident aux sujets des intersexes, du travestissement, du polyamour...

     

     

    "Sans compter que bon nombre d’aro sont aussi poly ou anarchistes relationnels. (…) Mais cette question mérite un article à part, honnêtement, car j’ai envie de prendre le temps de la développer."

     

    C'est justement ce que je cherchais, et que j'attends avec impatience. Enfin, je me disais que je devrais peut-être le faire, ne le trouvant nulle part. On risque d'en avoir 2 prochainement, du coup.

     

      • Lundi 3 Avril à 14:17

        Je n'ai pas super bien compris pourquoi tu trouves ce long texte déplacé ? Parce que tu estimes que je ne devrais pas perdre tout ce temps à répondre aux gens qui nous excluent ? Je vois un peu où tu veux en venir. Le truc c'est que pour beaucoup, l'appartenance à la communauté LGBT+ doit se baser sur des faits historiques et une oppression. Ce qui en soi n'est pas incohérent, mais je pense qu'historiquement toutes les personnes hors de la norme hétérosexiste étaient déjà incluses d'une manière ou d'une autre.

    3
    cahu
    Lundi 3 Avril à 19:16

    cacahuète je pense qu'il serait intéressant de citer des sources pour appuyer ton propos, notamment sur la question historique

      • Lundi 3 Avril à 20:09

        Il y a des sources, dans l'article qui s'appelle "histoire des communauté asexuelles et aromantiques" + tout les reste est sourcé (cf. les mots en vert).

    4
    Phtalo
    Mercredi 5 Avril à 12:36

    Je trouve que ce texte (et bien d'autres sur ce blog) veut absolument prouver qu'il existe une oppression spécifique pour chaque identité : les personnes qui ne baisent pas sont victimes d'acephobie, celles qui ne rêvent pas de trouver l'âme sœur d'arophobie, les queers de queerphobie, etc. Or cette focalisation sur ces identités (dont je ne nie pas l'existence) me semble passer à côté du point principal : tout part du patriarcat.

    Autrement dit, les aros ne sont pas opprimé·e·s parce que la société exige que tout le monde se mette en couple « romantique », mais plutôt : le mariage est une structure sociale indispensable pour asseoir la domination des hommes sur les femmes, en mettant ces dernières sous la coupe des premiers. Pas de salut en dehors du couple pour une femme, qui doit être baisée par un homme, le servir et aimer cela par dessus le marché. Tout le discours sur l'amour est surtout une fable pour faire adhérer ces dernières à leur domination.

    À partir de là, toute personne dérogeant à cette règle, que ce soit qu'elle ne baise pas, n'est pas attirée par l'amour tel que nécessaire pour reproduire la domination masculine, ou tout simplement a des relations non-hétéro (donc LGB) va subir une répression, car son existence remet en cause la naturalité de l'ordre patriarcal. 

    Il me semble d'ailleurs intéressant que les témoignages mis en avant dans l'article de personnes aros ayant subi un répression sur ce point sont ceux de femmes : ces dernières vont être bien plus pénalisées de leur transgression du modèle patriarcal d'attirance, car elles sortent de leur rôle de femme en patriarcat. Mine de rien, que des hommes aient des relations sans sentiments est en fait relativement accepté socialement : ces derniers sont censés avoir des pulsions sexuelles à remplir coûte que coûte. De la même façon, une femme asexuelle en couple avec un homme vivra beaucoup plus de pression sexuelle de la part de son partenaire qu'un homme ace avec sa compagne, parce qu'une femme est censée subvenir aux besoins sexuels de son mec.

    Tout ça pour dire que l'acephobie et l'arophobie décriées ici me semblent surtout affecter les femmes, parce que le fait d'être ace ou aro les rend indisponibles aux hommes, chose inacceptable pour le bon ordre des chose. De là à dire que ces deux phobies sont entièrement solubles dans la misogynie, il n'y a qu'un pas, que je franchis allègrement.

     

    Et oui, cacahouète.

      • Mercredi 5 Avril à 13:57

        L'hétérosexisme et donc toute forme de queerphobie (i.e. contre les personnes non-hétéro) est évidemment liée au patriarcat, comme l'est l'intersexophobie ou la transphobie. Les mots qui décrivent comment les différents groupes non-hétéros vivent spécifiquement l'hétérosexisme (homophobie, biphobie, acephobie, arophobie) sont des outils utiles pour parler du vécu de ces différentes personnes en contexte hétérosexiste. Une personne aro vivra l'hétérosexisme de manière différente qu'une personne gay. Je ne vois pas pourquoi tu t'acharnes à vouloir spécifiquement retirer ces outils d'analyse aux communautés ace et aro. 

        Ce que tu décris là c'est l'intersection avec le sexisme. Une femme lesbienne vit également une forme d'homophobie bien particulière différente des hommes gay et sont soumises à plus d'oppression à cause de l'intersection entre sexisme et homophobie.

        Un homme cis dyadique hétérosexuel blanc neurotypique valide aura évidemment beaucoup moins de problème lié à son aromantisme qu'une femme trans bisexuelle autiste par exemple. C'est évident, c'est lié au fait qu'il faut prendre en compte les intersections.

        Par contre dire qu'un homme cis aro ne subit aucune arophobie, c'est faux. On attend effectivement des hommes cis qu'ils soient plus sexuels mais la composante romantique rentre aussi en ligne de compte. Dans les témoignages il y avait justement des hommes aro allosexuels aussi, et que tu nies leur vécu est vraiment pas top. 

        Aussi, n'oublie pas les aro non-binaires.

        Pour finir, si tu penses qu'être aro se résume à "ne pas rêver de trouver l'âme soeur" t'as juste rien compris à ce qu'était l'aromantisme donc à partir de là tout ton commentaire se base sur des postulats faux. Idem, être ace ne se résume pas à "ne pas baiser". 

         

    5
    AlexandreCM
    Lundi 22 Mai à 16:20

    Merci pour cet article, qui montre bien la pointe fine des débats sur les identifications que se peuvent trouver les gens. Pour ma part, je trouve que le couple est la structure de base qui génère le capitalisme, c'est quand les gens se possèdent les uns les autres et leurs progénitures avec. C'est effectivement un modèle tellement incarné par la civilisation qu'il serait difficile à quiconque de ne pas en subir le conditionnement ou de refuser la compromission sous les pressions.
    Le romantisme est un modèle qui nous coupe de tous les autres sous prétexte d'être obsédé par l'image qu'on se fait de quelqu'un. ça se transforme quasi inéluctablement en un état de fait accepté, scellé par toutes sortes de contrats et gelé par la présence d'enfants pour qui il n'existe pas d'autre modèles que l'idéal de la famille hétéro biparentale...
    Que des personnes se vivent adolescente comme aromantiques et puissent le revendiquer est un progrès indéniable.
    Je pense aussi qu'une sexualité aromantique est queer, par définition, car la norme, qui viens toujours mettre son nez dans le cul des gens de façons rarement très consensuelle, veut tellement qu'on associe sexe et romance.
    La romance serait-elle le fruit des impératifs hormonaux conjugués à la réponse aux pressions sociales...
    Quelqu'un qu'on cite souvent a dit "aime ton prochain" et pas "ton conjoint" !

      • Lundi 22 Mai à 19:28

        Merci pour ton apport sur la question, très intéressant le point de vue sur le capitalisme !

    6
    LuLutine
    Vendredi 27 Octobre à 20:34
    Je kiffe les cacahuètes ; en plus c'est végane.

    Merci, article très intéressant bien qu'en effet un peu long peut-être ^_^
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