• La bisexualité des hommes avec qui je relationne compte

     

    Trouver un titre explicite, pas trop long et pas trop tarabiscoté pour le sujet que je veux aborder a été un peu le casse-tête de l’après-midi et va juste falloir que je me résigne : il n’y a pas de titre parfait lol. Du coup, je vais essayer de préciser au mieux ce dont je veux parler.

     

    Déjà je préfère dire « relationner » que « sortir avec un quelqu’un » parce que c’est bizarre comme expression, non ? XD Puis relationner c’est un terme générique, ça n’implique pas nécessairement un schéma romantico-sexuel-monogame normatif donc ça me convient bien comme terme. J’aime bien le terme de partenaire pour les mêmes raisons, mais je digresse.

     

    Bon, ce dont je veux parler, c’est des hommes qui sont attirés par les femmes et par les personnes non-binaires mais pas par les hommes (donc pas par le même genre qu’eux) et de leur légitimité à s’identifier bisexuel – et idem pour les femmes attirées par les hommes et les personnes non-binaires (NB) mais pas par les femmes (donc pas par le même genre qu’elles), mais je vais plutôt développer mon argumentaire en prenant le cas des hommes, vu que c’est une situation que je connais mieux à titre personnel.

    Pour dissiper toute confusion que le titre pourrait créer, c’est pas parce que je relationne avec un mec qu’il est forcément bi (il peut être pan, ace, etc.) mais je me focalise juste sur ce cas-là. Et bien sûr, la bisexualité de toute personne bisexuelle compte, ça me paraît évident, mais pas pour tout le monde donc je veux prendre le temps de développer.

     

    Avant toute chose, il est nécessaire de se rappeler de la définition de bisexuel. En fait, il y en a deux qui sont souvent utilisées :

    1° Etre attiré-e par plusieurs genres (deux genres ou plus).

    2° Etre attiré-e par le même genre que soi et d’autre(s) genre(s).

    La bisexualité des hommes avec qui je relationne compte

     Le drapeau bi pour égayer ta journée :)

     

    D’après la définition n°1, un homme attiré par les femmes et les NB est attiré par plusieurs genres donc légitime à s’identifier bisexuel ; logique, pas de débat, n’est-ce pas ? Seulement voilà, si la définition n°1 est généralement acceptée pour les personnes non-binaires qui n’ont pas nécessairement de « même genre » envers lequel être attirée (c’est quoi le même genre quand t’es agenre ? fluide ? polygenre ?), cette définition est discutée quand il s’agit de personnes qui ne sont pas NB. Beaucoup de personnes dans la communauté LGBT+ affirment que pour être queer/LBGT+/bi, à moins d’être trans/NB, il faut nécessairement être attiré-e par le même genre que soi. Elles estiment que si on n’est pas attiré-e par le même genre que soi, on ne subit pas d’oppression systémique liée à son orientation. Elles estiment également que la communauté LGBT+ est faite pour lutter contre l’homophobie et la transphobie, et qu’on ne subit cela que si on est attiré-e par le même genre ou qu’on est trans. Donc ok pour inclure les bi attiré-e-s par le même genre mais pas pour les autres, toujours d’après ces mêmes personnes.

    Notons tout de suite que 1° la biphobie n’est tout à fait la même chose que l’homophobie 2° les personnes intersexes sont exclues d’office, de même que les personnes des spectres asexuel et aromantique. Le discours « il faut être attiré par le même genre que soi ou trans pour être queer » est en fait une façon d’exclure pas mal de gens. Je suis en total désaccord avec cette façon de penser, mais c’est pas le sujet de l’article en soi, j’ai déjà discuté sur ce blog sur le fait que l’aromantisme est queer par exemple. Donc passons pour cette fois-ci.

     

    Développons en revanche pour répondre à cette idée que les hommes bi attiré par les femmes et les NB seraient « pas opprimés » et donc illégitimes à s’identifier bi ou à faire partie de la communauté LGBT+.

    La première chose qui me pose un gros souci là-dedans, c’est que cela semble insinuer qu’au fond femme et NB c’est pareil du coup, au niveau des attirances, au niveau social, au niveau de la relation. Mais en fait ça va plus loin que ça, car les gens qui tiennent ce discours semblent supposer que :

    1° ces hommes-là sont nécessairement intéressés uniquement par des personnes NB assignées filles n’ayant pas transitionné physiquement – spoiler : déjà, ça c’est faux.

    2° et que donc y’a aucune différence entre un homme qui serait « 100% hétéro » et un homme qui serait attiré par les femmes et les NB.

    Ce raisonnement est totalement cissexiste. Il réduit ces personnes NB à leur assignation. Et vous pouvez argumenter tout ce que vous voulez qu’elles sont « perçues comme des femmes » et que donc ça change rien, vous connaissez que dalle à nos vies en fait. C’est bien plus complexe que ça, et je peux vous dire que mon vécu non-binaire à rien à voir avec celui d’une femme cis. Et mes relations avec des hommes ne sont juste pas hétéro. Donc arrêtez de vouloir simplifier mon vécu pour le ranger dans la case qui vous arrange.

     

    Le pire c’est que des fois ça va encore plus loin. J’ai entendu un argument comme quoi, si le mec sort avec une personne NB assignée fille il est hétéro, mais s’il sort avec une personne NB assignée garçon, c’est ok qu’il se dise bi.

    Déjà, c’est totalement transphobe de scinder en deux les personnes NB selon leur assignation et de supposer quelles personnes elles sont en fonction de cette assignation. L’assignation ne vous dit rien sur le physique actuel de la personne, comment elle est perçue, comment elle vit, etc.

    La bisexualité des hommes avec qui je relationne compte

     (Texte de l'image : "Les astuces trans-lucide : Diviser les personnes non-binaires par leur assignation est juste une manière déguisée d'être cisseixste. N'employez pas les termes afab et amab n'importe comment !")

     

    Ensuite, ce raisonnement est incroyablement biphobe. L’orientation n’est pas déterminée par la personne avec qui on relationne à un instant T mais par nos attirances (action ≠ attirance). Ca revient exactement au même que de dire qu’une fille bi qui sort avec un mec « est au fond hétéro » ou que quand elle sort avec une meuf « elle est devenue lesbienne ». On touche à de la biphobie de base sur ce type de raisonnement et c’est nocif pour l’ensemble de la communauté bi.

    La bisexualité des hommes avec qui je relationne compte

    (Texte de l'image : "Attirance ≠ action. Les bi en couple sont toujours bi. Les ace peuvent avoir des rapports sexuels. Les aro peuvent faire des choses codées romantiques. Etc.) 

     

    Sans aller aussi loin dans la biphobie et la transphobie, on a aussi des gens qui acceptent l’idée qu’être attiré par les NB et les femmes c’est pas pareil que d’être attiré uniquement par les femmes, mais qui insistent quand même pour dire que l’identité bi n’est pas légitime car la personne ne serait pas opprimée. Encore une fois c’est très simpliste et suppose beaucoup de choses sur le vécu de la personne. Malgré mon assignation et mon apparence, les gens ne me perçoivent pas étant dans comme un couple hétéro quand je suis avec un homme (parce qu’on l’est pas !) : au contraire dès que les gens savent que je suis NB, ils demandent si mon partenaire est gay. Parce qu’apparemment, dès qu’un homme relationne avec quelqu’un qui n’est pas une femme, il est automatiquement gay. Genre, même pas bi, gay. J’avais déjà parlé de ce sujet plus en détail ici. Alors que la communauté LGBT+ n’arrête pas de répéter que non, ces mecs-là sont « au fond hétéro », les cishet elleux ne semblent pas les mettre dans le même panier qu’elleux.

    Alors oui, passer dans certaines circonstances pour un couple cis-hétéro protège de pas mal de choses mais 1° c’est le cas de pas mal de personnes LGBT+ 2° c’est pas le concours de celui qui s’en prend le plus dans la gueule.

     

    Au final, je m’aperçois que dans beaucoup de discours, on considère que les relations et attirances envers un genre binaire sont plus importantes. Quand on dit qu’un mec attiré par les femmes et les NB c’est au fond pareil qu’un hétéro, en réalité on dit aussi que les personnes non-binaires ne comptent pas. C’est enbyphobe. Ca fait comme si nos genres n’avaient pas de réalité concrète.

    La bisexualité des hommes avec qui je relationne compte

     (Texte de l'image : "Ma non-binarité est une réalité")

     

    Bref, refuser aux personnes bi qui ne sont pas attirées par le même genre qu’elles de s’identifier bi est transphobe et biphobe.

     

     

    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    Floshuna
    Mardi 5 Décembre à 18:20

    Merci, en tant que personne nb c'est un article qui m'a fait du bien.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :