• La perception de mon orientation par les personnes cis

     

    Note de vocabulaire : j’emploie ici le terme de « non conformité de genre » dans le sens « ne pas être conforme aux attentes cis » donc cela peut concerner la non-binarité mais aussi plus largement la transidentité.

     

    Mon orientation en tant que personne non-binaire suscite de nombreuses confusions et incompréhensions de la part des personnes cis (majoritairement hétéro mais pas que !)

     

    1.     Quand je ne suis pas out en tant que non-binaire

     

    Scoop : il n’y a pas besoin que je sois out pour être perçu en tant que non conforme dans le genre. Evidemment, la plupart des gens ne connaissent pas le terme non-binaire ou les notions qui entourent la non conformité de genre mais ils perçoivent bien qu’il y a quelque chose, parce qu’il y a une réalité derrière !

     

    Quand j’étais ado, je ne savais même pas ce qu’était la non-binarité donc forcément, je n’étais pas out. J’ai pourtant très vite été victime de harcèlement homophobe. On m’appelait « la gouine ».  Pourtant, même si je suis bi, à l’époque je me persuadais que j’étais hétéro. J’ai été célibataire durant la plus grande partie du collège/lycée et si je montrais de l’intérêt pour quelqu’un, c’était toujours un garçon (vu que je refoulais le reste). Ce qui fait qu’il n’y avait aucune « raison » de me « lire » lesbienne, si ce n’est ma non conformité de genre. Le truc, c’est que les gens ne connaissent rien sur la transidentité et confondent souvent orientation et genre. L’homophobie apparente dont j’étais victime était en fait aussi et surtout de la transphobie.

     

    Vers 17/19 ans, j’ai eu une période où j’essayais vraiment d’être « une vraie meuf ». Je performais la féminité du mieux que je pouvais, j’essayais d’être comme les autres personnes assignées filles à la naissance qui étaient effectivement des filles. Je précise que je n’étais toujours pas out en tant que bi et ne montrait aucun intérêt visible envers les filles. Et ben, même là, beaucoup de gens continuaient à me penser lesbienne (jusqu’à ce que je mentionne mon copain, ce qui les surprenait). C’est bien que je devais dégager quelque chose. Les gens perçoivent la non conformité de genre et confondent ça avec l’orientation.

     

    Récemment, j’ai commencé à employer le terme « mon ami » pour parler de mon copain à l’oral, et j’évite de le genrer (pour diverses raisons, et lui fait la même chose quand il parle de moi). Avec l’hétéronormativité ambiante, j’aurais pensé que la plupart des gens l’auraient spontanément genré au masculin en pensant qu’on était un couple homme-femme. Pourtant, plus d’une fois, « mon ami » est devenu spontanément « elle » dans la bouche de man interlocuteurice.

     

    2.     Quand je suis out en tant que personne non-binaire

     

    Quand je suis out en tant que personne non-binaire, mon ami devient aussi automatiquement « elle » dans la bouche de man interlocteurice assez régulièrement. Il semble impossible dans la tête de certaines personnes que je sois non-binaire et attiré par les hommes. Quelque part, si je suis non-binaire et attiré par les filles, ça conforte une espèce de vision hétéronormative du lesbianisme avec l’une des deux femmes qui est « pas vraiment une meuf » ou « qui fait le mec ». A l’inverse, il serait plus « « logique » » (toujours du point de vue hétéronormatif) que je sois effectivement une fille si j’étais attiré par les garçons. (Vous avez suivi ? C’est un peu un mindfuck quand on essaye de comprendre ce qu’il se passe avec le point de vue hétéronormatif XD)

     

    J’ai aussi eu très souvent la fatidique question « du coup, ça veut dire que t’es bi ? » quand j’ai annoncé ma non-binarité. Ou alors « du coup, t’aimes les filles et les garçons ? » Petite précision au passage : ce n’est pas parce que j’annonce ma non-binarité que c’est une invitation à poser des questions sur mon orientation ! Bon, reprenons. La bisexualité, c’est aussi quelque chose de largement incompris voire que certaines personnes considèrent comme un mythe. Le problème des gens avec la bisexualité, c’est que ça sort de la dichotomie gay/hétéro. Mais soudainement, ça semble paraître être une notion plus logique et plus tangible d’être attiré à la fois par les filles et les garçons si je suis ni l’un ni l’autre. Parce que du coup, ça peut être vu comme « « hétéro » » avec les deux si on fait des raccourcis de raisonnement - en réalité, la non-binarité rentre difficilement dans cette dichotomie de relations gay/hétéro qui a été construite dans un cadre binaire, un mot pour remédier à cela est diamorique. Cela signifie une relation impliquant au moins une personne non-binaire (je vous invite à cliquer sur le lien pour plus de détails).

     

    Il est aussi toujours très étonnant pour moi de m’apercevoir qu’on me demande si je suis attiré « par les filles et les garçons » sans jamais envisager la possibilité que je sois attiré aussi par les personnes non-binaires. Je vois deux raisons possibles à cela : non-binaire + non-binaire ça serait vu comme « gay » donc pas envisageable par l’hétéronormativité (note : non-binaire + non-binaire peut être qualifiable de diamorique) ou bien, iels pensent que je suis la seule personne non-binaire à un milliard de kilomètres à la ronde et qu’il est techniquement impossible d’être avec une autre personne non-binaire.

     

    Bon et une fois que je suis out en tant que personne non-binaire ET que les gens savent que mon ami est un « il », là ça devient « rigolo » (pas vraiment…) Petit panel de ce à quoi j’ai eu le droit : 

     

    « Mais quand tu dis ‘ton copain’, c’est vraiment ton copain ? »

    Traduction : il est techniquement inenvisageable qu’un homme cis veuille de toi, et je suis très curieus-e de savoir si c’est un homme trans ou une personne non-binaire qui utilise le pronom il, et également de savoir de quels organes génitaux son entre-jambe est-elle pourvue. Dis-moi comment vous baisez aussi, c’est très important.

     

    « Mais du coup ton copain… il est cis ? »

    Traduction : il est techniquement inenvisageable qu’un homme cis veuille de toi.

     

    TW : harcèlement transphobe au bureau et questions très intrusives

    « Et ton copain, il a une chatte ? »

    Question posée par mon coloc à l’époque, qui se trouvait être gay. Comme quoi, il suffit pas d’être gay pour avoir compris que les questions intrusives sont à proscrire.

    J’ai eu la même question par deux supérieurs lorsque que j’étais en stage (j’avais aussi eu le droit à des questions sur mes propres organes génitaux d’ailleurs, mais ce n’est pas le sujet de cet article). J’ai évidemment catégoriquement refusé de répondre à cette question. Et pour eux, refus de réponse = confirmation de chatte apparemment. Ca a bien fait marrer tout le bureau. Moi j’ai surtout bien pleuré.

    Fin du TW

     

     

    Si jamais les gens savent que je suis non-binaire ET que mon copain est un homme cis, alors là, c’est le facepalm assuré. Tout d’un coup, les gens deviennent particulièrement intéressé de connaître son orientation à lui. Je répète que ce n’est pas parce que je suis non-binaire et ouvert là dessus que c’est la porte ouverte à poser des questions intrusives sur mon copain. Certains hommes cis hétéros veulent absolument que mon copain soit gay ou bi, parce qu’ils se sentent menacés dans leur masculinité s’il est envisageable qu’ils soient cishet et attiré par moi. Ca les « rassure » si mon copain n’est pas hétéro, voyez.

     

    J’ai aussi très souvent le droit à « et ton copain, il le vit pas trop mal [que tu sois non-binaire] ? » Traduction : tu es un fardeau et ta non-binarité doit lui faire honte, qui voudrait d’une personne non-binaire. J’ai très envie de leur faire avaler une fournée de piments ultra-piquant à ces gens-là.

     

    Conclusion :

    Bref, tout ça pour conclure que la perception de mon orientation par les personnes cis c’est un peu la loterie de l’hétéronormativité et souvent aussi de l’indécence.

    La non conformité de genre est confondue avec l’orientation et je suis souvent donc assimilé à une lesbienne. Mes attirances sont encore perçues dans un cadre de lecture hétéronormatif. L’annonce de ma non-binarité fait souvent que soudainement je ne suis plus un être humain face à euxe mais un monstre de foire envers qui on peut se permettre les questions les plus intrusives.

      

     

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  • Commentaires

    1
    Plouf
    Mardi 14 Mars à 11:14

    Salut !

    Je voudrais juste revenir sur un point qui me paraît important :

    "Parce que du coup, ça peut être vu comme « « hétéro » » avec les deux si on fait des raccourcis de raisonnement douteux et ignorants (ça ne l’est pas en réalité, c’est ni gay ni hétéro d’être non-binaire avec un homme ou une femme, c’est diamorique)."

    Hm, je te trouve un peu catégorique quand même. Toustes les NB sont très différent.es, leurs vécus et orientations aussi, non ? C'est super d'avoir inventé un mot pour définir les relations impliquant une personne NB mais comme pour toutes les autres orientations, ça serait bien de ne pas l'imposer a toustes non??

    "c'est diamorique" ben non, mes relations ne sont pas diamoriques, elles sont homo ou hétéro, et moi je suis bi, même si je suis non-binaire, et le dire ne fait pas partie de 'raccourcis de raisonnement douteux et ignorants' en fait, ça s'appelle de l'autodétermination — et ça on en pense ce qu'on veut bien sûr, mais dans ton cas par exemple tu le défends plutôt fort non ?

    Ce n'est pas contre toi seulement ça devient un peu fatiguant que dans nos milieux ou on assène toujours que tous les vécus sont valides, on impose son vocabulaire à tout le monde.

      • Mercredi 15 Mars à 09:45

        Je comprend ton commentaire et je suis d'accord avec toi ! La formulation que j'ai employé était probablement maladroite, j'ai tenté de corriger cela. En fait, je ne le disais pas dans le sens où tout le monde doit s'identifier diamorique. L'article était censé être court donc je n'ai pas pris ici le temps de développer, et le lien sur le mot diamorique renvoie à autre article qui reprend ces notions de façon plus détaillées. 

        En résumé :

        - L'identité diamorique n'est pas incompatible avec d'autres identités : je suis bi aussi par exemple. Et évidemment chacun-e utilise les termes qu'iel veut. 

        - Je pense qu'il n'y a aucun souci si une personne NB identifie ses relations comme gay ou het, ce que je voulais dire ici c'est que dans un cadre binaire gay = homme+homme/femme+femme et het = femme+homme (avec une notion de privilège que les NB n'ont évidemment pas) donc a fortiori les personnes NB ne rentrent pas vraiment dans la dichotomie binaire des relations gay/het. Les orientations ont été construites dans ce cadre binaire et la prise en compte de la non-binarité est toujours difficilement conforme à ces notions. Mais effectivement on peut élargir ou se réapproprier les mots gay/het/etc. 

      • Plouf
        Mercredi 15 Mars à 13:09

        Merci à toi d'avoir modifié le passage :) je suis tout à fait d'accord avec toi par ailleurs.

        Bonne continuation !

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