• Le coin des allié'e's

  • [Avertissement : dysphorie, cissexisme, traitements hormonaux/chirurgie évoqués, questions qui fâchent]

    [Note : iel est un pronom neutre]

     

    Bonjour, bonsoir à toi allié.e venu.e de la planète cisgenre ! :) 

    Aujourd’hui, je vais te donner des conseils pour être un.e allié.e efficace pour la communauté trans et non binaire. 

    Petit sommaire :

    1. Respecter nos identités
    2. Accepter qu'il n'est pas possible de comprendre pleinement l’expérience de la transidentité lorsqu'on ne la vit pas
    3. Apprendre à déconstruire les construits sociaux hétérocisnormatifs
    4. S'éduquer activement
    5. Ne pas essayer de comparer son expérience à la nôtre
    6. Ecouter et si on dit que quelque chose est blessant, arrêter
    7. Ne pas dire aux personnes trans qui elles sont censées être ou ce qu’elles devraient ressentir
    8. Ne pas donner son avis lors d’une conversation concernant uniquement les personnes trans
    9. Ne pas faire de généralités : toutes les personnes trans sont différentes
    10. Ecouter les personnes trans avant les prétendus "experts" cisgenres
    11. Ne pas déplacarder une personne trans
    12. Combattre la transphobie et le cissexisme dans la société

     

    Entrons donc dans le vif du sujet !

     

    1. Respecter nos identités

     

    Je pense que la première chose fondamentale pour être un.e allié.e, c’est le respect. C’est même quelque chose qui devrait être naturel pour tout le monde, mais j’ai peur que ce soit une utopie pour aujourd’hui… Bref, il est évident en tout cas que nous attentons qu’un.e allié.e respecte nos identités et n'invalide pas nos expériences, et ce même s’il ne les comprend pas. Il faut aussi penser à utiliser les pronoms et accords des personnes trans. 

     

     2. Accepter qu'il n'est pas possible de comprendre pleinement l’expérience de la transidentité lorsqu'on ne la vit pas

     

    A moins de le vivre, il y a certaines choses qu'il n'est pas possible de comprendre pleinement. Cela peut être frustrant, je le conçois. Mais accepter cela permet d'aller plus loin de le processus d’alliance (allyship).

     

    Laisse-moi utiliser une image. Imagine que notre cerveau soit comme un programme avec des lignes de code informatique. Si une ligne bug, l’ordinateur ne peut pas exécuter les lignes suivantes et le programme plante. Heureusement, le cerveau fonctionne différemment. On peut admettre cette ligne qu'on ne comprend pas et essayer de comprendre la suite. Et peut-être qu’en étant allé.es plus loin dans le processus, on sera en mesure de revenir à cette ligne qu'on ne comprenait pas et la comprendre mieux ! Le processus n’a pas à être linéaire, il peut être fait d’allers retours entre les concepts.

     

    Et s’il y a quelque chose que tu ne comprends jamais, ce n’est pas grave et c’est même normal car tu ne vis pas nos vies. Il suffit que de reconnaitre et accepter nos expériences.

     

    3. Apprendre à déconstruire les construits sociaux hétérocisnormatifs

     

    Une des raisons pour lesquelles il peut être extrêmement difficile de comprendre certaines de nos expériences est le fait que nous avons tous.tes été élevé.es dans une société très normative à tout points de vue (hétérocisnormative pour le cas qui nous intéresse dans cet article). Les nouveaux concepts que tu vas assimiler en tant qu’allié.e ne vont pas te paraître naturels voire aller à l’encontre de ce que tu as toujours cru naturel, normal et acquis. Il faut donc apprendre à déconstruire petit à petit les principes hétérocisnormatifs pour permettre à ton esprit d’envisager toutes les possibilités du genre (et même des orientations sexuelles et romantique).

     

    Cela ne va pas se faire en un jour. Moi même, j’apprends tous les jours à démanteler le cissexime que la société m’a inculqué. Il y a des formes de cissexisme ordinaire dont on ne se rend même pas compte et qu’il faut activement combattre, comme par exemple le fait de demander aux futurs parents si le bébé est une fille ou un garçon. Ca semble totalement innocent à première vue, n’est-ce pas ? Mais comment pourrait-on savoir le genre du bébé à l’avance ?

    Pas facile d’aller à l’encontre du cissexisme dans lequel nous avons tous.tes baigné.es depuis que nous sommes bébés… Mais pas impossible !

     

     4. S'éduquer activement

     

    Donc pour être un.e allié.e efficace, s'éduquer activement est essentiel car être correctement sensibilisé.e te permettra de mieux comprendre les problématiques et de savoir comment agir. Des ressources sont disponibles sur internet. Il vrai qu’elles sont moins disponibles en français qu’en anglais, à ta décharge. Mais tu peux demander à tes ami.es transgenres et non-binaires s’iels ont des liens de blog à te donner, iels en connaissent sûrement quelques uns qui te seront utiles et je suis sûr qu’iels seront heureuxes de pouvoir les partager avec toi ! Mais n’oublie pas que tu peux chercher aussi par toi-même. Les personnes trans n’ont pas toujours le temps ou l’énergie de répondre à des questions et de plus, il y a parfois des questions trop personnelles que l'on ne peut pas poser. (Mais Google est ton ami ;) )

     

    PS : peut-être qu’une personne transgenre sera d’accord pour répondre à des questions personnelles, mais pas tout.es ! Dans le doute, abstient-toi !

    Petit listing non exhautif de questions déplacées que l'on ne devrait PAS poser :

    • ne pas demander ce qu’on a entre les jambes : nos organes génitaux ne regardent personne et ça n’a pas d’importance pour tes interactions sociales avec nous ; on ne poserait jamais cette question à une personne cis, signe que ceci est totalement déplacé.
    • ne pas poser de questions à propos de « la chirurgie » : déjà, il y a beaucoup de type de chirurgies possibles, et pas une seule ; ensuite, cela ne regarde personne pour les mêmes raisons que précédemment.
    • ne pas demander le prénom de naissance : c’est irrespectueux, cela peut faire ressurgir de mauvais souvenirs et puis ce prénom n’a plus d’importance car si nous avons changé de prénom, c’est que le précédent ne convenait pas.
    • ne pas demander à quoi « on ressemblait avant » ou à voir de photos d’ « avant » : cela peut-être très blessant.

     

    5. Ne pas essayer de comparer ton expérience à la nôtre

     

    Le point 5 est à mon sens très important. D'après mon expérience, les allié.es que je connais ont tendance à comparer leurs propres expériences avec les nôtres. D’une part, ce n’est pas pertinent car ce sont deux expériences différentes incomparables et d’autre part, c’est très blessant car cela minimise l’expérience de la personne trans, voire l’invalide.

     

    Un exemple concret : alors que je raconte la souffrance que j’ai traversée durant l’adolescence à cause de ma dysphorie sociale, mon interlocuteur me répond « Moi aussi quand j’étais ado, j’étais timide. Je crois que tout les ados ont leurs galères ». Cette personne ne pensait pas à mal, je crois même qu’il essayait de me rassurer dans une certaine mesure, mais son propos était très blessant et je l’ai mal pris. D’une part, cela impliquait qu’il savait ce que j’avais vécu car « lui aussi » était timide. D’autre part, cela minimise mon expérience puisque la dysphorie sociale ne serait que de la timidité. De plus, mon expérience en tant que personne transgenre est totalement invalidée par la deuxième phrase. Sans oublier que le ton qui se veut rassurant semble signifier que cette personne sait mieux que moi ce que j’ai traversé. Merci mais je n’ai pas besoin que tu me « rassures », je te donne des faits dont je connais très bien les tenants et les aboutissants.

    Je donne cet exemple précis car j’ai dû faire face à cette erreur de la part d’un.e allié.e plus d’une fois. En général, iels ne comprennent pas ma réaction. Une fois, il y a en a même un qui s’est franchement vexé « Ah bon, alors je ne peux pas parler de mes sentiments ? La conversation va dans les deux sens hein » a-t-il dit avec un ton énervé. Euh… Bon, là, j'avoue, j'ai perdu mon sang froid (ça arrive) : « Non. Quand je parle de MA dysphorie, sachant que je ne peux en parler à presque personne d’autre et que je la subi à peu près dans tout les aspects de ma vie à cause de l’oppression sociale, non il n’y a pas de place pour que tu ramènes la conversation à TES sentiments. Genre, merci de me laisser dix minutes dans ma journée pour exprimer ce que je ressens avec une personne de confiance sans avoir besoin de me jeter à la face tes sentiments venant d’une sphère de privilèges cis et hétéro qui en plus invalide totalement mon expérience. »

     

    6. Ecouter et si on dit que quelque chose est blessant, arrêter

     

    Alors bon, c'est vrai que j'ai perdu mon sang froid sur le moment mais c’était hyper blessant pour moi, d’autant plus que la personne ne reconnaissait pas son erreur et se plaçait finalement en victime (« ah bon, alors je ne peux pas parler de mes sentiments ? »).

    Quand une personne trans dit que quelque chose est blessant, ne pas argumenter, juste arrêter, et prendre note pour ne plus faire cette erreur. Iel sait mieux si c’est blessant ou non... Il ne faut pas que se vexer, ce n’est pas parce que tu viens de dire quelque chose de blessant sans t’en rendre compte que tu es quelqu’un de mauvais ! :)

    Nous savons que les allié.es sont amené.es à faire des erreurs. Nous attendons juste qu’iels les reconnaissent et n’invalident pas le fait que ce soit blessant.

     

    7. Ne pas dire aux personnes trans qui elles sont censées être ou ce qu’elles devraient ressentir

     

    Dans le même genre d’idée, ne pas dire aux personnes trans ce qu’elles doivent ressentir, ou comment elles devraient se battre pour leurs identités, ou quoique ce soit dans le même style. Iels savent qui iels sont mieux que quiconque.

     

    8. Ne pas donner son avis lors d’une conversation concernant uniquement les personnes trans

     

    Il est important de ne pas parler à la place des personnes trans et ne pas se positionner comme si ton avis était plus important que le leur. De manière général, si une discussion a lieu au sein de la communauté, à moins que cette discussion ne concerne directement les allié.es, iels n'ont pas à y prendre part.

     

    Exemple à ne pas suivre :

    Admettons que le débat au sein de la communauté trans concerne l’accessibilité des traitements hormonaux et qu’un.e allié.e, qui n’a pas très bien compris son rôle d’allié.e, dise ceci :

    « Je pense que les traitements hormonaux ne devraient pas être présentés comme la solution miracle ». C’est une intervention assez irrespectueuse de la part d’un.e allié.e car il ne peut pas vraiment avoir d’avis sur la question n’étant pas à la place des personnes transgenres. Les personnes transgenres sont à même de décider sur cette question.

     

    9. Ne pas faire de généralités : toutes les personnes trans sont différentes

     

    De même, ce n’est pas parce qu’une personne trans à cet avis sur la question, que toutes les personnes transgenres ont le même avis. Donc ne l’utilise pas comme une généralité.

    « Mon ami.e trans pense que les traitements hormonaux ne devraient pas être présentés comme la solution miracle » : Ce n’est pas parce que ton ami.e le pense que tous.tes le pensent et que c’est une vérité au sein de la communauté trans.

    De même, les parcours des personnes trans sont tous différents et chacun.e vit sa transidentité comme iel l’entend donc n’invalide pas les expériences de quelqu’un en te basant sur l’experience de quelqu’un d’autre.

     

    10. Ecouter les personnes trans avant les prétendus « experts » cis

     

    Les personnes transgenres savent qui elles sont et ce dont elles ont besoin. Les « experts » cis peuvent lire tout ce qu’ils veulent sur la question, rencontrer autant de personnes trans qu’ils veulent, ils ne sauront jamais ce que nous vivons complètement. De même, nous ne sommes pas des bébés qui ont besoin qu’un expert cis nous dise quoi faire. Nous pensons par nous-mêmes et savons très bien ce qu’il nous faut.

     

    11. Ne pas déplacarder pas une personne trans

     

    Cela me paraît être du bon sens car premièrement « outer » quelqu’un est extrêmement irrespectueux et deuxième cela pourrait mettre sa vie en danger ! S’iel ne s’oute pas, c’est pour une raison. Il faut respecter cela.

     

    12. Combattre la transphobie et le cissexisme dans la société

     

    Là est ton véritable rôle d’allié.e ! :)

    • si une personne fait preuve de transphobie, le lui dire, car les personnes trans ne peuvent pas toujours s’outer ou se sentir en sécurité pour lui expliquer
    • changer ses comportements cisnormatifs pour être plus inclusif (ne pas dire : « on y va les filles », si une personne non binaire est là, mais dire plutôt « on y va les gens » est un exemple parmi tant d’autres).
    • faire remarquer aux autres leurs comportements cissexistes
    • sensibiliser les autres personnes cigenres dès que tu en as l’occasion (mais attention, ne parle que des sujets que tu connais bien, sinon tu pourrais véhiculer de fausses idées) : une bonne idée peut-être de rediriger les personnes qui veulent en savoir plus vers des blogs ou vidéos de personnes transgenres, il n’y a rien de mieux que de désinvisibiliser les personnes trans et amplifier leurs voix (et en plus, tu ne pourras pas véhiculer de fausses idées). De façon générale, ne parle pas à la place des personnes trans en véhiculant tes idées à toi, relaye simplement leurs paroles. Informe les personnes cisgenres non sensibilisées et donne leur les clés et les ressources nécessaires pour s’intéresser au sujet. Les personnes sont si peu informées qu’il en faudra peu pour faire un grand pas en avant (rien que les définitions de sexe vs genre, trans, cis et non-binaire devraient être une révolution pour la plupart).

     

    Conclusion : Nous ne sommes pas confus, ni perdus ; nous savons qui nous sommes et ce qu'il nous faut donc tu peux faire confiance aux personnes trans pour connaître leurs besoins, pas aux prétendus experts cisgenres en la matière. ;) Nos identités valent autant que celles des personnes cis.

     

    Merci pour ton soutien en tant qu’allié.e, paix, amour et licornes :)

    UESG

     

    Documentation sur le sujet :

    How to be a trans ally (Ashley Mardell & Jackson Bird) : Voyez comme Ashley ne fait que permettre à Jackson de s’exprimer en posant des questions mais ne parle pas à sa place, elle est un bon exemple d’alliée 

    How to be a trans ally (Lane for OutOfThisBinary) : Une personne non-binaire qui parle sur le sujet

    How to NOT be an ally (Kat blaque) : Un exemple de mauvaise alliée (la vidéo commence vraiment à 1min15)

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  • Bonjour/bonsoir !

    Mégenrer une personne trans est violent (cf. cet article). Voici donc quelques règles de base pour réussir à bien genrer une personne trans. C’est également valable pour le prénom.

     

    1.    1. Parlez de la personne en utilisant son vrai genre

     

    Une règle très très simple et même logique qu’il vous sera très facile d’appliquer est : il faut parler d’une personne trans en utilisant son vrai genre, pas celui qui lui a été assigné. Ainsi, si une personne est assignée femme à la naissance et que son genre est homme, il faudra se référer à lui comme à un homme. Un homme trans est un homme. Une femme trans est une femme. Une personne trans non-binaire est non-binaire. Easy n’est-ce pas ?

     

    2.   2. Bien genrer quelqu’un n’est pas optionnel

     

    Vous n’avez pas le droit de donner une opinion sur la façon dont quelqu’un souhaite être genré. De même vous n’avez pas de droits spéciaux qui vous autorisent à déroger à la règle (sauf si la personne concernée vous l'a dit explicitement). Vous devez faire des efforts, comme les autres, pour bien genrer la personne. Vous devez aussi penser à parler correctement de la personne à l’écrit comme à l’oral.

     

    3.    3. Utilisez le bon genre même en l’absence de la personne

     

    Ca me paraît plutôt évident. Personne ne change subitement les pronoms d’une personne cis lorsqu’elle a le dos tourné donc pourquoi le ferait-on avec une personne trans ? C’est une marque d’irrespect que de mégenrer une personne trans en son absence.

     

    4.    4. Utilisez le bon genre même quand vous parlez au passé

     

    Il n’est pas plus acceptable de mégenrer une personne lorsque vous parlez d’elle au passé (avant son coming-out).

    Une personne trans ne change pas de genre suite à son coming-out. Elle était déjà son genre avant.

     

    5.    5. Utilisez le bon genre même quand vous pensez à la personne

     

    Oui, même quand vous pensez à cette personne, vous devez bien la genrer. Il n’y aura pas de "police du mégenrage" pour vous corriger si vous vous trompez (si ce n’est vous-même) mais c’est une marque de respect que de s’efforcer à bien genrer la personne même sans sa tête. De plus, cela est un très bon exercice pour vous habituer aux nouveaux pronoms/accords/prénom.  

     

    Bref, utilisez le bon genre en toutes circonstances !

    (sauf exception : cf. point 6)

     

    6.    6. N’outez pas quelqu’un : ceci est une règle d’or !

     

    Ce point-ci est un peu plus compliqué. En effet, il se peut qu’une personne utilise des pronoms différents selon les personnes avec qui elle communique car elle n’est peut-être pas out pour tout le monde (par exemple, je ne suis pas out auprès de ma famille et j’y utilise encore le féminin bien que ça me fasse crisser les oreilles). Demandez-lui dans quels cas vous devez utiliser d’autres pronoms. Ce jonglage peut être assez compliqué mais vous règlerez les détails avec la personne concernée. Chacun fonctionne différemment et je ne peux aller plus dans les détails sur ce point-ci.

     

    J'espère que ce petit guide vous aura aidé à y voir clair !

    Bonne journée/soirée,

    UESG

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  •  

    Le numéro de janvier/février 2017 du National Geographic est dédié aux questions de genre. Je l’avais au préalable feuilleté chez quelqu’un et avait constaté avec bonheur qu’on y parlait de non-binarité, entre autre. Je trouve, pour ma part, que c’est plutôt historique qu’un tel sujet soit abordé dans un journal francophone qu’on peut acheter à peu près n’importe où. Je me devais donc de l’acheter et le lire. Voici ce que j’ai à en dire.

     

    1.    La couverture

     

    Alors que dans les versions anglophone, le dossier sur le genre fait la une avec en gros titre « gender revolution » (la révolution du genre) et des personnes trans et intersexes en photo, il n’en est rien dans la version française. La France réac’ aura préféré ne pas donner tant de visibilité aux personnes trans et intersexes et on se retrouve donc avec la Russie à la une, ce qui est fort déplaisant. Le titre « gender revolution » a été troqué pour un « transgenre, ce qu’en dit la science » en haut et en petit. Inutile de dire que ce titre est déshumanisant et sensationnaliste. Nous ne sommes pas des cobayes de laboratoire et avant de savoir « ce qu’en dit la science » encore faudrait-il savoir ce qu’en disent les personnes concernées ! Bref, c’est un 0 pointé pour cette couverture française !

     

    J’ai lu le National Geographic : critique d’une personne trans non-binaireJ’ai lu le National Geographic : critique d’une personne trans non-binaire

    Source de l'imageSource de l'image

     

    2.    La préface : « le genre et ses variations »

     

    La préface est somme toute honorable et introduit bien le sujet. La phrase « il faut écouter le ressenti de ces centaines de personnes de milliers de personnes dans le monde qui parfois souffrent terriblement » rattrape un peu la catastrophe du titre si je puis dire. Je n’ai pas grand chose de plus à ajouter sur cette préface.

     

    3.    Le glossaire

     

    Le dossier s’ouvre avec un glossaire qui m’a agréablement surpris. S’il y a quelques erreurs, il est malgré tout assez complet et bien rédigé. La plupart des définitions sont correctes.

     

    Je regrette que la définition de non-binarité inclue l’expression de genre ; le terme non-binaire est de nouveau défini un peu plus loin dans le dossier et rattrape cette erreur. Je regrette également que l’on parle de « rejet » de la binarité ce qui pourrait laisser entendre que les personnes non-binaires le sont par choix politique.  

     

    Gros point noir : la définition d’intersexué comme « trouble du développement sexuel ». Cette critique a été émise par Pidgeon Pagonis, activiste intersexe non-binaire, qui nous informe également que ceci a été corrigé dans la version numérique anglophone – pour la version française je ne sais pas. Autre question que je me pose : pourquoi avoir traduit par « intersexué » ? Il me semblait que le terme consensus était « intersexe » ?

     

    J’apprécie que le glossaire signale que le terme « transsexuel » est un terme ancien ayant été remplacé par « transgenre ».

     

    4.    Fille ou garçon, c’est quoi la différence ?

     

    Dans cette section, des enfants de 9 ans à travers le monde ont été interrogé-e-s sur ce qu’impliquait pour euxe d’être une fille ou un garçon. Gros hic : pas d’enfant non-binaire dans ce panel de jeunes. Cela aurait pourtant été intéressant voire nécessaire. Pourquoi ne pas demander à quelques enfants non-binaires ce que cela implique pour euxe et pourquoi cette section est-elle construite de façon exclusivement binaire ? Il n’y a également qu’une seule personne trans interrogée en tout et pour tout si je ne m'abuse : Avery, fille trans américaine.

     

    Pidgeon Pagonis a également critiqué le fait que le dossier est très americano-centré (ou centré sur l’occident de façon plus générale). En effet, dans cette partie la seule enfant blanche et cis interrogée (Canadienne) semble ne pas faire état du sexisme dans leur pays (« nous sommes tous égaux ») ce qui donne une impression globale de « regardez iels font tout mal ailleurs alors que chez nous ça va » et peut empêcher une remise en question.

     

    5.    Transgenres, ce qu’en dit la science

     

    A noter que tout au long de cette partie, les termes "transgenres" et "cisgenres" sont employés comme des noms ("les transgenres") alors que ce sont des adjectifs ("les personnes transgenres"). Il ne faut pourtant pas chercher bien loin pour savoir cela et c'est la moindre des choses quand on traduit un dossier...

     

    Cette partie commence par parler des opérations de normalisation non consenties subies par les personnes intersexes. Vincent Guillot s’y exprime, entre autres. Cette partie m’a semblée correcte. Qu’en pensent les concerné-e-s ?

     

    Ensuite, on a le droit à une double page de photo avec pour légende « le petit garçon qui se disait fille » : sensationnaliste et transphobe. Il aurait fallu dire « la petite fille qui avait été assignée garçon » ou bien simplement « Oti est une fille qui a été assignée garçon » pour éviter le côté sensationnaliste de « LA petite fille QUI blabla ».

    Pour rattraper ce faux-pas, on a tout de même le droit à un schéma qui illustre la notion de sexe, genre et expression de genre plutôt pas mal. Une sorte de licorne du genre améliorée. C’est à cet endroit que la définition de non-binaire est mieux : « s’identifie à la fois aux hommes et aux femmes ou à un genre qui n’est ni l’un ni l’autre ».

    Ensuite, on nous parle de la notion genre comme une addition de plusieurs éléments : chromosomes, anatomie, hormones, psychologie, culture. C’est une vision intéressante car cela rappelle que le sexe consiste aussi en des catégories construites socialement. Je ne suis néanmoins pas sûr que le message soit forcément très clair.

    Dans la foulée, on nous parle des différentes études sur la cause la transidentité tout en soulignant (heureusement !) que ces études sont biaisées et sur de très petits échantillons (donc on ne peut pas en conclure grand chose !) Mise à part ça, on se demande pourquoi une telle obsession pour trouver la « cause » de la transidentité, c’est un peu crispant.

    On nous parle ensuite de Miley Cyrus, on mentionne le genre dans d’autres cultures, etc. Chose curieuse : il est dit que le pronom neutre en anglais, « they », signifie « eux ». A ma connaissance, cela veut dire « ils » si on le traduit littéralement. Je ne m’explique pas d’où sort ce « eux » (qui serait « them »).  

    Il y a ensuite une carte qui montre la législation des différents pays en matière de changement d’état civil. Il y est fait mention de stérilisation obligatoire et de violation des droits humains, donc c’est bien car c’est important.

    Une double page nous montre ensuite des femmes trans travailleuses du sexe racisées victimes d’agressions et qui vivent dans la peur.  C’est bien car c’est aussi important, mais je regrette que l’essentiel du reste de ce dossier se focalise encore et toujours sur la transition plutôt que sur la transphobie (dont il ne me semble pas avoir lu le nom une seule fois au cours de ce dossier !!!? Je remarque que ce mot était également absent du glossaire : ne voudrait-on pas culpabiliser les « pauvres personnes cis » ???)

     

    « Beaucoup de jeunes qui ne se sentent pas pleinement fille ou garçon optent pour un pronom de genre neutre, souvent inventé, tels ‘ille’, ‘iel’ ou ‘ol’. » C’est super que des pronoms neutres soient mentionnés ! Je signale tout de même au National Geographic que tous les mots sont inventés… Dit comme ça, cela peut sembler péjoratif.

     

    Bon, là ça se gâte vraiment, un fameux « expert cisgenre » vient nous expliquer que laisser transitionner les enfants trop tôt c’est pas bien puis on nous parle de « choix irrévocables ». C’est vrai que des vêtements différents, un prénom et un pronom différents c’est teeeeeellement irréversible ! On aurait pu se passer d’interroger ce psychiatre à la noix. National Geographic nous fait quand même l’honneur de nous informer qu’il s’est mis à dos les militant-e-s trans mais on n’aura pas le plaisir de les écouter ! Par contre, on lira le plaidoyer de l’ « expert cisgenre » se défendre des reproches dont on n’a pas vu la couleur.

     

    La fin du dossier parle surtout de E, une personne utilisant le pronom « they », mais l’auteur-e de l’article continue d’utiliser « elle » alors même que l’on parlait des pronoms neutres deux pages avant. Le consensus est d’utiliser iel, mais si l’auteur-e ne le savait pas, même ille ou ol aurait été mieux que de mégenrer la personne. D’ailleurs, ce n’est pas la seule fois du dossier où une personne trans est mégenrée (lorsqu’on parle d’elle avant transition).

     

    Le dossier s’achève sur la photo d’un homme trans, torse nu, deux semaines après sa mammectomie. Etait-il bien nécessaire d’exposer cela à la vue des personnes cis à la curiosité malsaine déjà trop focalisées sur les opérations des personnes trans ? Ou au contraire était-il positif de montrer un corps trans pour le normaliser ?

     

     

    Conclusion :

     

    En résumé, ce dossier sur le genre est un inégal. Il y a de très bonnes choses, comme la visibilité donnée aux personnes non-binaires et intersexes, et des moins bonnes. Il me semble tout de même que le résultat final est plutôt correct, et que voir ces questions abordées dans ce type de journal en français aussi largement est sans précédent (ou presque sans ?)

     

    Je regrette surtout la focalisation excessive sur la transition et la question des enfants trans qui est une fois de plus mal gérée, au détriment d’approfondir sur les questions autour de l’oppression systémique qu’est la transphobie.   

     

     

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