• Le spectre bisexuel

     

    Note : bien que le terme « genre opposé » ne soit pas approprié, je vais l’utiliser dans cet article faute de mieux pour aider à la fluidité de la lecture ; en effet, la seule autre expression satisfaisante est « l’autre genre binaire » et je trouve que ça alourdit beaucoup le texte.

     

    La bisexualité est définie comme l’attirance envers plusieurs genres ; elle est aussi parfois définie comme le fait d’être attiré-e par son genre et d’autre(s) genre(s) mais toutes les personnes bisexuelles ne sont pas attiré-e par le même genre qu’elles donc je vais utiliser la première définition que j’ai donnée comme définition générale de la bisexualité (si à ce stade vous vous dites « mais bi = 2 ! », je vous renvoie à cet article). Etre attiré-e par deux genres ou plus est donc le critère qui réunit toutes les personnes concernées sur le spectre bisexuel, car au delà de ce seul critère, il existe une multitude de possibilités et c’est bien pour cela qu’on parle de spectre bisexuel. Autrement dit, il n’existe pas une seule bisexualité mais des bisexualités. Cet article entend passer en revue différents types de bisexualités pour que vous ayez une meilleure compréhension de ce qu’est ce fameux spectre bisexuel, sans pour autant prétendre être exhaustif. Allez, c’est parti !

    Le spectre bisexuel

    Drapeau bisexuel

    Notons que toutes les personnes concernées par les identités qui seront présentés ici ne s’identifient pas forcément au terme bi à un niveau individuel, mais les identités en question font partie de ma liste car elles sont bien sur le spectre bi d’un point de vue des définitions générales.

    Notez également que tous les termes qui sont définis ici avec le suffixe –sexuel ont leur équivalent avec le suffixe –romantique mais je ne vais pas à chaque fois en expliciter les définitions sinon cet article serait vraiment long.

     

    1 – Qualifier la bisexualité en fonction des préférences

     

    La bisexualité est souvent qualifiée en fonction des préférences ou non envers certain(s) genre(s)/groupes de genres. En effet, toutes les personnes bi ne sont pas également attirées par tous les genres et il apparaît même qu’une majorité de bi auraient une préférence pour le genre « opposé ».

    Vous connaissez sûrement la fameuse échelle de Kinsey, qui va de 0 à 6 où 0 est « exclusivement hétérosexuel » et 6 est « exclusivement homosexuel » ; il y a ensuite des « gradations » entre les deux, le 3 étant « bisexuel sans préférence ». Cette échelle ne me plait pas car elle laisse croire qu’il y a des gens « plus bisexuels que d’autres » et des gens « presque homo/hétéro au fond » alors qu’en réalité toutes les personnes bisexuelles sont autant bisexuelles dès lors qu’elles sont bisexuelles (vous me suivez ?) Ce qui va être plus intéressant comme outil, c’est de faire un spectre bisexuel en fonction des préférences mais qui ne va pas de hétérosexuel à homosexuel, car les personnes bi ne sont ni l’un ni l’autre et la bisexualité est une entité propre.  

    On peut donc distinguer grosso modo :

    -       les gens ayant une forte préférence pour un genre/groupe de genres ;

    -       les gens ayant une préférence moyenne à légère pour un genre/groupe de genres ;

    -       les gens n’ayant pas de préférence. 

     

    Les personnes n’ayant pas de préférence s’identifient parfois au terme pansexuel, puisqu’il peut signifier « être attiré-e indépendamment du genre. » (Néanmoins le terme pansexuel peut aussi signifier « être attiré-e par tous les genres » et il peut donc y avoir des personnes pansexuelles ayant des préférences).

    Le spectre bisexuel

    Drapeau pansexuel

     

     

    Les personnes ayant une forte préférence pour un genre binaire emploient parfois le terme hétéro ou homo accolé du suffixe –flexible :

    -  hétéroflexible : une personne majoritairement attirée par le genre « opposé » mais occasionnellement attirée par le même genre qu’elle et/ou des genres non-binaires. Ce terme est parfois définit de manière un peu différente mais c’est la définition qui me semble la plus pertinente quand on discute du spectre bisexuel.

    -  homoflexible : une personne majoritairement attirée par le même genre qu’elle mais occasionnellement attirée par d’autre(s) genre(s) (le genre « opposé » et/ou des genres non-binaires).

     

    Les personnes hétéroflexibles et homoflexibles ne s’identifient pas toujours au terme bi, et cela soulève des controverses dans lesquelles on les accuse souvent de biphobie intériorisée et de vouloir contourner à tout prix le terme bi. C’est vrai et pas vrai à la fois, ça dépend des gens en fait, tout le monde ne définit pas l’hétéroflexibilité/l’homoflexibilité de la même façon et ne s’y identifie pas pour les mêmes raisons. Je pense d’ailleurs que certaines personnes concernées reconnaissent que l’hétéroflexibilité et l’homoflexibilité sont techniquement sur le spectre bisexuel sans pour autant utiliser le mot bi pour elles-mêmes. Beaucoup d’hétérofexibles ont aussi peur d’être illégitimes dans une identité bi.

     

    2 – Qualifier la bisexualité en fonction du nombre de genres qui nous attire

     

    Les personnes bisexuelles sont attirées par plusieurs genres, c’est à dire deux ou plus.

     

    On aura donc des personnes bi attirées juste par deux genres, souvent les hommes et les femmes (en effet, il me semble plus difficile de dire qu’on est attiré-e pile par deux genres lorsque les genres non-binaires sont impliqués car les limites entre plusieurs genres non-binaires sont parfois nuancées/floues, plusieurs genres non-binaires se recoupent, etc.) On peut aussi voir bi comme étant attiré-e par deux groupes de genres : le même genre que soi et d’autre(s) genre(s) en général mais ça pourrait aussi être par exemple les femmes et les personnes non-binaires au genre partiellement féminin.  

     

    On aura ensuite des personnes bi attirées par plus que deux genres mais pas tous. Le terme polysexuel est parfois employé pour désigner cela, bien que sa définition soit malléable et que ce mot ne soit pas toujours utilisé dans le sens « trois ou plus mais pas tous ». En général, le terme polysexuel est permet de signifier aux autres qu’on est attiré-e par des genres non-binaires.

    Note : ne confondez pas polysexuel-le et polyamoureuxe.

    Le spectre bisexuel

    Drapeau polysexuel

     

    Enfin, on aura des personnes attirées par tous les genres ou indépendamment du genre. Elles s’identifient parfois pansexuelle. Il existe de nombreux débats sur les différences entre les termes bi et pan, auxquels j’ai répondu dans cet article. Aussi, je considère personnellement que la pansexualité est une forme précise de bisexualité et qu’elle fait donc partie du spectre bisexuel. Autrement dit, toutes les personnes pansexuelles sont techniquement sur le spectre de la bisexualité (même si elles ne s’identifient pas toutes au terme bi) alors que toutes les personnes bisexuelles ne sont pas pansexuelles.  

     

    3 – Qualifier la bisexualité selon les genres qui nous attirent

     

    Il existe en théorie des combinaisons infinies vu les multitudes de genres qu’il existe. Je suis quand même sceptique quant à la capacité à identifier être attiré-e précisément par tel(s) genre(s) non-binaire(s) et de pouvoir dire exactement le nombre de genres non-binaires qui nous attirent. En effet, deux demi-filles peuvent avoir des genres différents (puisque la définition est d’être partiellement une fille mais l’autre partie peut être variable) alors qu’une personne transféminine, une femme non-binaire et une demi-fille peuvent avoir le même genre dans la pratique mais simplement utiliser des étiquettes différentes. Autre exemple, pour certaines personnes genre neutre et agenre sont la même chose alors que pour d’autres c’est différent. Donc en pratique il y a des personnes agenres et des personnes neutres qui ont le même genre. Du coup, je ne vois pas comment on pourrait dire précisément « je suis uniquement attiré-e par les demi-filles » ou « je suis attiré-e par 6 genres non-binaires ». J’imagine qu’on va surtout pouvoir parler de groupes de genres (les personnes ayant un genre partiellement féminin, les personnes ayant un genre neutre ou pas de genre, etc.) Peut-être que je me trompe, je ne demande qu’à savoir si c’est le cas !

     

    Revenons à nos moutons : on va donc pouvoir qualifier la bisexualité en fonction des genres/groupes de genres qui nous attirent. Encore une fois on peut citer la pansexualité, qui est l’attirance envers tous les genres. On peut citer aussi les identités suivantes :

     

    -  Penultisexualité : être attiré-e par tous les genres sauf le sien (exemple : un homme attiré-e par les femmes et les personnes non-binaires).

    -   Nofemsexualité (nowomasexuality) : être attiré-e par tous les genres sauf les femmes.

    -   Nohomsexualité (nomasexuality) : être attiré-e par tous les genres sauf les hommes.

    - Minsexualité : être attiré-e par les genres masculins (inclut donc des genres non-binaires).

    -   Finsexualité : être attiré-e par les genres féminins (inclut donc des genres non-binaires).

    -   Nominsexualité : être attiré-e par les genres qui ne sont pas masculins (inclut donc des genres non-binaires).

    -   Nofinsexualité : être attiré-e par les genres qui ne sont pas féminins (inclut donc des genres non-binaires).

     

    Il est aussi indispensable de citer les personnes variorientées. Ce sont des personnes dont les attirances sexuelles et romantiques ne correspondent pas. Par exemple, une personne homoromantique et hétérosexuelle (attirée romantiquement par le même genre qu’elle mais sexuellement par le genre « opposé »). Techniquement, une personne homoromantique et hétérosexuelle ou hétéroromantique et homosexuelle est bien attirée par plusieurs genres, même si pas de la même façon, et est donc légitime à aussi s’identifier bi. On peut avoir d’autres combinaisons comme biromantique et homosexuel-le par exemple (être attiré-e par plusieurs genres romantiquement mais seulement par le même genre sexuellement).

     

     

    Notons que les 3 façons de classer la bisexualité que l’on vient de voir ne sont qu’une aide pour y voir plus clair sur les différentes possibilité du spectre bisexuel et en aucun cas une façon de vouloir nécessairement disséquer toutes les attirances des bi ! Il est légitime de s’identifier bi sans plus de précisions et ce n’est pas parce que quelqu’un vous dit être bi que ça vous donne le droit de lui demander de préciser exactement quelles sont ses attirances. Evitez aussi la fameuse question : « mais alors tu préfères les hommes ou les femmes ? » Cette question est souvent une façon de demander « mais au fond t’es plus hétéro ou homo ? » même si vous n’en avez pas conscience et cela invalide la bisexualité en tant qu’orientation propre. Bref, n’essayez pas de réduire la bisexualité à une simple histoire de préférence homme/femme pour nous assimiler à « plutôt gay »/ « plutôt hétéro ».

    Le spectre bisexuel

    "Ah t'es bi. Du coup tu préfères les hommes ou les femmes ?" 

    "Je préfère les personnes non-binaires."

     

    D’ailleurs, je n’ai pas encore parlé des personnes dont la bisexualité est fluide. Leurs préférences peuvent être fluides (ex : préférer les femmes à un moment donné de sa vie puis les hommes tout en étant toujours attiré-e par les deux à tout moment de sa vie même si la proportion change) ou bien ce sont les groupes de genres qui les attirent qui peuvent être fluides (ex : être attiré-e par les femmes à un moment de sa vie puis être attiré-e par les hommes et les personnes non-binaires à un autre moment de sa vie). Ainsi, la bisexualité c’est être attiré-e par plusieurs genres mais pas nécessairement de la même façon ni au même moment. Je n’ai pas encore vu de terme général pour parler de la bisexualité fluide, mais on pourrait tout simplement appeler ça bifluide ou biflux. La fréquence de la fluidité varie selon les personnes, ça peut être sur quelques jours comme sur plusieurs années.

     

    4 – Les étiquettes spécifiques aux personnes non-binaires qui peuvent faire partie du spectre bi

     

    Sachez aussi qu’il existe des orientations spécifiques aux personnes non-binaires qui peuvent faire partie du spectre bisexuel :

     

    - Diamorique : n’être ni gay ni hétéro du fait d’être non-binaire. Les personnes diamoriques ne sont pas nécessairement attirées par plusieurs genres mais elles peuvent l’être et dans ce cas cela est sur le spectre bisexuel.

    Le spectre bisexuel

    Drapeau diamorique

     

     

    -   Novosexuel-le : lorsque les attirances d’une personne de genre fluide changent avec son genre. Cela fait partie du spectre bisexuel car une telle personne est amenée à être attirée par plusieurs genres au cours de sa vie étant donnée qu’elle passe par plusieurs genres.

    -   Omnigay : lorsqu’une personne de genre fluide est toujours attirée par le genre qu’elle est elle-même à un instant T.

    -  Cétérosexuel-le : une personne non-binaire exclusivement attirée par les personnes non-binaires.

    -  Enbian : une personne non-binaire attirée par les personnes non-binaires (pas forcément exclusivement). Notez qu'un couple enbien en un couple entre deux personnes non-binaires.

    - Venusian : une personne non-binaire attirée par les femmes et les personnes partiellement femmes (par exemple demi-filles, bigenres, de genre fluide, etc.)

    - Marsian : une personne non-binaire attirée par les hommes et les personnes partiellement hommes (par exemple demi-garçons, bigenres, de genre fluide, etc.)

     

    5 – Le cas particulier des spectres asexuel et aromantique

     

    Historiquement, les personnes asexuelles et aromantiques faisaient partie de la communauté bi avant d’avoir leurs propres communautés indépendantes. En effet, le terme bi signifiait « n’être ni gay ni hétéro » et peut être encore compris ainsi aujourd’hui.

    Le spectre bisexuel     Le spectre bisexuel

    Drapeaux asexuel et aromantique

     

    De plus, quand on est aroace on ressent pareil pour tous les genres (à savoir pas d’attirance), et quand on est bi sans préférence aussi. Et parfois, il peut être difficile de faire la différence entre être attiré-e par tous les genres et n’être attiré-e par aucun genre. Pour quelqu’un de non concerné ça peut sembler complètement WTF ce que je suis en train de dire là, mais en lisant mon article sur le quoiromantisme vous comprendrez sûrement mieux en quoi la limite aroace/bi peut être très imperceptible pour certaines personnes voire inexistante. Il est donc possible d’exister dans ce qu’on pourrait appeler le « paradoxe aroace/bi ».

    Ajoutons pour terminer que l’asexualité et l’aromantisme sont des spectres. On peut donc être par exemple gray-aro/gray-ace, c’est-à-dire être très rarement attiré-e. Ce qui fait que les étiquettes des spectres aro et ace peuvent tout à fait se combiner avec d’autres étiquettes d’orientation. Si on a des attirances très rares mais qu’elles peuvent concerner plusieurs genres quand elles arrivent, on peut combiner son étiquette aro/ace avec une étiquette bi par exemple.

    Ne soyez donc pas étonné-e-s si quelqu’un s’identifie aro, ace et bi. Ce n’est pas incompatible pour toutes les raisons que j’ai citées précédemment.

     

    Bon, je crois que j’en ai enfin fini avec ce spectre bisexuel même s’il y a sûrement encore plein de choses à en dire !

     

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  • Commentaires

    1
    Hélène
    Dimanche 17 Décembre 2017 à 18:41
    Je crois que la pire définition de bisexuel.le que j'ai vu c'était "attiré.e par les hommes et les femmes cisgenres"
      • Mardi 19 Décembre 2017 à 19:01

        En effet...

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