• Les mauvaises réactions après avoir mégenré quelqu'un

     

    [Avertissement : transphobie]

     

    Chères personnes cis,

     

    bien genrer une personne trans peut demander des efforts car il faut changer ses habitudes langagières et son schéma de pensée cisnormatif. Mais c’est un effort nécessaire que vous devez fournir pour participer au bien être d’une autre personne et respecter son identité.

    Nous savons que vous serez amené-e-s à faire des erreurs. Mais il est primordial de fournir un véritable effort. Il en va même de votre responsabilité de créer un environnement safe et trans-friendly. Car, oui, la transphobie tue. Je souhaite souligner que la transphobie n’a pas toujours la forme qu’on pense : elle peut passer inaperçu à vos yeux ou n’être qu’une « « blague » » toxique mais tout cela participe au maintien des idées nocives qui causent l’exclusion des personnes trans et la violence à leur encontre.

    De plus, j’insiste de nouveau sur le fait que mégenrer, c’est violent. Si vous vous trompez, la meilleure réaction à avoir est la suivante : s’excuser rapidement et se corriger. Exemple : « Elle… pardon : iel veut du pain. »

    Les réactions à ne pas avoir en revanche sont les suivantes :

     

    1.    1. Essayer de nous faire croire qu’on a mal entendu

     

    Ca peut arriver de mal entendre mais c’est plutôt le contraire : en tant que personnes trans qui sommes très souvent mégenrées, je crois qu’on est obligé-e-s de faire plus attention que les autres à la manière dont les mots sont accordés/employés. Nous n’avons pas le privilège de ne pas avoir besoin d’y prêter attention. A force j’ai une sorte de super-radar à mégenrage. Alors faudrait pas nous prendre pour des billes non plus. Admettre son erreur, dire pardon et se corriger est une bien meilleure solution que de fuir sa responsabilité.

     

    2.    2. S’inventer des excuses fumeuses

     

    Si vous avez mégenré quelqu’un, c’est juste un fait. Inventer des excuses n’est vraiment pas la bonne solution, c’est encore une fois un moyen de fuir sa responsabilité. Vous vous enfoncez si je puis dire.

    Encore une fois, si vous vous corrigez avec un rapide « pardon/désolé-e », on en fera pas une affaire d’Etat. Nous savons que changer ses habitudes langagières peut prendre du temps, surtout si vous êtes proches de la personne.

     

    3.    3. « C’est trop dur pour moi. »

     

    Les moyens de fuir ses responsabilités semblent infinis lorsqu’il s’agit de mégenrage… Ceci n’est qu’une excuse de plus pour ne pas vraiment essayer. En plus, la phrase tend à renverser le rapport de force et la personne qui mégenre se met en position de victime, parce que c’est « trop dur pour elle ». Oui, ça peut demander des efforts pour changer ses habitudes, c’est vrai. Mais ce qui est vraiment dur, c’est d’être mégenré-e.

     

    1.    4. « Tu es trop sensible. » / « Prend sur toi. » / « N’en fais pas tout un plat. »

            

             Cf. l'article : mégenrer c'est violent. Et il est encore plus violent de minimiser la peine d'une personne qui se fait mégenrer.

    cf

    4.    5. « Tu ne peux pas m’obliger. »

     

    C’est sûr que je ne peux obliger personne à me respecter, par contre je peux virer les gens toxiques de ma vie ! Je ne peux pas me permettre de garder dans ma vie des personnes dont les propos sont violents à mon encontre et me déclenchent des crises de panique.

     

    5.    6. Avoir l’air offensé d’être corrigé-e

     

    Je crois qu’à ce stade, je devrais citer la BD Assignée Garçon qui nous dit : « Quand le privilège est une habitude, l’égalité ressemble à de l’oppression. » (cf. ici pour voir la planche).

    Quand le privilège est une habitude, cela signifie que :

    -       - votre genre est reconnu par la société, évident pour tout le monde, jamais remis en question

    -       - les autres personnes respectent vos pronoms et nom d’usages car cela leur paraît naturel

    -       - la façon dont vous genrez les autres va de soi car vous vous appuyez sur un schéma cisnormatif

    -      - le fonctionnement cisnormatif de la société n’est jamais, ou très peu, remis en question dans votre vie quotidienne (puisque la majorité des personnes est cis)

     

    Bref lorsque le privilège est une habitude, on a l’impression que le monde tourne autour de soi. Changer son mode de fonctionnement cisnormatif pour respecter l’identité d’une personne trans c’est sortir de votre zone de confort privilégié.

    Alors, si vous vous sentez offensé-e-s d’être corrigé-e-s, c’est que vous n’êtes pas encore assez déconstruit-e-s : vérifiez vos privilèges, prenez en conscience.

     

    6.    7. Avoir l’air exaspéré d’être corrigé-e

     

    Les mêmes remarques que pour le point 6. s’appliquent ici. A cela je rajouterai qu’avoir l’air exaspéré-e transmet à la personne que vous venez de mégenrer le message suivant : « tu es un poids pour moi ». Les personnes trans doivent déjà fournir des efforts phénoménaux en permanence pour s’adapter à un monde cisnormatif. Lorsque nous vous demandons de faire l’effort de bien nous genrer et que vous êtes exaspéré-e-s de devoir vous adapter un peu à nous et pas l’inverse, c’est incroyablement violent comme réaction. Le groupe privilégié a les moyens de se rendre plus inclusif ; au lieu de ça, il demande au groupe opprimé de se conformer aux standards dominants.

     

    7.    8. « T’as pas d’humour ! »

     

    C’est l’argument ultime : c’est la phrase type qui permet de se déresponsabiliser de tout. En effet, quelque soit la réaction de la personne trans, la personne qui dit « t’as pas d’humour » aura toujours l’air d’avoir raison :

    -       - soit la personne trans approuve (en silence ou verbalement car cela peut être vraiment épuisant de se battre contre des moulins à vent)

    -       - soit la personne trans proteste et ce sera donc la preuve qu’elle n’a pas d’humour puisqu’elle est fâchée (logique non ? # sarcasme)

     

    « On peut rire de tout. » : non, on ne peut pas rire de tout. Si cela blesse quelqu’un, on ne peut pas en rire. Sachez que ce type d’humour n’est qu'une forme d’oppression de plus.

     

    Je ne pourrais jamais insister assez sur le fait que mégenrer, c’est violent. A présent, vous pouvez aller lire l'article qui vous donnera quelques conseils pour réussir à bien genrer une personne trans.

    Sur ce, j’espère que cela aura éclaircit certains points.  

    - UESG

     

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