• Les micro-étiquettes

    Note : ce que je dis pour le genre est valable pour les orientations

     

    Quand on parle de genre (et même d'orientation d'ailleurs), on se retrouve vite face à beaucoup d'étiquettes. Ceci est souvent vivement critiqué. J'ai déjà parlé de l'intérêt des étiquettes et notamment du fait qu'elles sont avant tout des outils descripteurs et non des cases, des moyens de s'auto-déterminer et non de s'enfermer. Vous pouvez utiliser autant d'étiquettes que vous trouvez utile pour identifier votre vécu - ou bien aucune étiquette.
    Ce qu'il est important de comprendre aussi je crois, c'est que toutes les étiquettes n'ont pas la même vocation. On a par exemple des termes comme trans et non-binaire qui décrivent une communauté entière et ont des définitions très générales. J'ai envie de qualifier ces termes de super parapluies. Beaucoup de gens s'identifient aux super parapluies. On a ensuite des termes moins généraux mais encore plutôt vastes dans ce qu'ils décrivent comme genre-fluide ou polygenre (avoir plusieurs genres). Il y a de multiples possibilités d'être de genre fluide ou polygenre et ces termes contiennent d'autres étiquettes plus précises comme cyclogenre (un genre fluide qui suit le cycle menstruel). C'est pourquoi on peut qualifier ce type d'étiquettes de termes parapluies. Il y a généralement pas mal de gens qui utilisent ces termes. 
    On a ensuite des termes plus précis comme demi-fille. Ce type d'étiquettes est utilisé par un certain nombre de gens mais leur sens est plus restreint que les termes parapluies et ils ne contiennent en général pas d'autres termes. Je qualifierais ces étiquettes là d'étiquettes tout court. Viennent ensuite les micro-etiquettes ou micro-labels en anglais, terme que je lis de plus en plus sur certains blogs militants. Les micro-étiquettes sont des termes décrivant une réalité très précise et sont utilisés par un petit nombre de gens. Par exemple, cengenre* ou proxvir** seraient qualifiables de micro-etiquettes. 

    * Cengenre : Un genre non indentifiable mais qui se manifeste à travers des centaines de genres différents en même temps ou séparément. Fluide et toujours changeant.

    ** Proxvir : un genre masculin similaire à garçon mais sur un plan séparé et indépendant.

    Les micro-étiquettes

    Drapeau proxvir


    Bien sûr les limites entre super parapluie, parapluie, étiquette et micro-etiquette ne sont pas toujours nettes et discontinues et cela dépendra parfois de la façon dont la personne concernée utilise son étiquette.

    Les super parapluies et les parapluies (et parfois des étiquettes mais moins) ont pour vocation de rassembler un certain nombre de gens et de porter des revandications politiques. Par exemple, on trouvera souvent les mots trans ou non-binaires sur des bannières dans une marche. Ou on utilisera ces termes généraux dans des brochures de sensibilisation ou des noms d'associations, etc. 
    Ce n'est pas le cas des micro-etiquettes, qui ne sont pas censées être nécessairement connues par les gens extérieurs au milieu. Cela ne veut pas dire pour autant qu'elles sont inutiles. Déjà elles élargissent notre vocabulaire pour parler du genre et nous permettent de décrire nos identités avec plus de nuances si c'est quelque chose dont on a besoin. On peut communiquer et comprendre plus de choses grâce à ces micro-étiquettes. Certaines personnes ont envie ou besoin d'explorer les nuances de leur genre, et elles devraient en avoir le droit. Il n'y a rien qui decridibilise le mouvement trans dans l'utilisation des micro-etiquettes par certaines personnes. Au contraire, empêcher les gens d'explorer leur genre et d'utiliser les outils de vocabulaire avec lesquels iels se sentent bien est transphobe. 

    Il y a aussi beaucoup de psychophobie dans la critique virulente que reçoivent les gens qui utilisent les micro-etiquettes. N'oublions pas que certaines personnes neuroatypiques ont besoin d'aller dans la nuance et dans la précision. On peut penser notamment aux autistes et aux zèbres qui ont souvent besoin de connaître tous les détails de quelque chose. On peut aussi penser aux personnes anxieuses pour qui ne pas savoir exactement ou avoir une étiquette pas assez précise peut être très angoissant. Ou bien encore aux personnes neuroatypiques qui de part leur neuroatypie perçoivent et vivent le genre différemment et n'ont d'autre choix que de se décrire avec des étiquettes moins conventionnelles (par exemple, les xénogenres et les neurogenres).

    Les micro-étiquettes

    Drapeau neurogenre



    En conclusion : il est important de comprendre que la vocation des micro-etiquettes n'est pas la même que celle des termes parapluies mais ça ne les rend pas inutiles ni risibles. Il est aussi essentiel de se rendre compte que certaines personnes neuroatypiques utilisent des étiquettes de genre atypiques et qu'elles sont légitimes à le faire.

     

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  • Commentaires

    1
    Nyxiera
    Mercredi 26 Avril à 19:17

    Merci pour cet article instructif, que pas mal de gens devraient lire...

      • Mercredi 26 Avril à 20:54

        Merci, ravi que tu l'aie trouvé utile :)

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