• Les non-binaires et hommes trans peuvent vouloir être enceint-e-s

    Lecture recommandée sur le même sujet : "Des personnes enceintes qui ne sont pas des femmes ?"

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    Je vais mentionner des personnes que je connais irl et qui vont forcément se reconnaître si elles tombent par hasard sur ce blog, donc si c’est le cas sans rancune et des bisous :p

     

    Je voulais vous raconter une anecdote qui m’est arrivée aujourd’hui. Je discutais avec une amie cis que je connais depuis quelques mois. Elle sait que je suis trans non-binaire et apprend encore à bien utiliser mes pronoms ; elle s’en sort pas trop mal. Bref, aujourd’hui j’étais pas au top de ma forme, et je plaignais en décrivant mes « symptômes ». Et là, elle me fait cette ‘blague’ bien connue « ahah, t’es sûr que t’es pas enceint ?! » Je lui réponds que non, je ne suis pas enceint. J’ai pas vraiment ri parce que j’étais pas bien, je ne sais pas si c’est ma tête de zombie qui a fait qu’elle s’est excusée en croyant m’avoir blessé mais elle a enchaîné « pardon, j’aurais pas dû dire ça. » Ce qui en soi est une bonne chose car ce genre de blague peut vraiment déclencher de la dysphorie chez certaines personnes trans (ce qui n’est pas le cas pour moi). Puis elle me dit « de toute façon, je suppose que tu ne veux pas être enceint ». Pour le coup, c’est là que j’étais plutôt froissé à cause de la supposition selon laquelle être trans implique ne pas vouloir porter d’enfant. Supposition évidemment fausse car on est toustes différent-e-s. Il y a des personnes non-binaires et des hommes trans qui ne veulent absolument pas être enceint-e-s, et d’autres qui au contraire le veulent – moi par exemple, j’aimerais bien à l’avenir. Plein de personnes trans ont déjà été enceintes, sont enceintes actuellement ou veulent être enceintes dans le futur ! Il est donc important que les professionnel-les de santé prennent en compte ces personnes et que les ressources liées à la grossesse ne soient pas cissexistes. 

     

    Pour tout vous avouer, ce n’est pas la première fois que ce sujet vient sur la table. Un ami cis, qui sait que je suis trans non-binaire et utilise bien mes pronoms, m’avait déjà posé la question quelques mois auparavant, très curieux de savoir si je voulais des enfants et si oui, si je voulais les porter. Rassurez-vous, il ne s’est pas permis de me poser la question sans savoir si j’étais ok pour en discuter (ce qui aurait été hyper intrusif, ne faites pas ça !) et on se connaît bien.

     

    Ca à l’air de souvent surprendre les gens, ou en tout cas de les intriguer, le concept qu’une personne trans puisse être enceinte – quand ça ne déclenche pas carrément de l’hostilité et des propos ultra transphobe niant le genre de la personne ou « s’inquiétant » du sort des enfants (parce que les personnes trans seraient soi-disant incapables d’élever des enfants ou les « perturberaient » parce qu’elles sont trans). Les personnes trans en général, quelque soit leur genre ou leur anatomie, sont censées ne pas avoir d’enfant selon la société transphobe. Ce n’est pas pour rien qu’on les stérilise dans beaucoup de pays et jusqu’à très récemment en France pour changer d’état civil – ce qui viole les droits humains des personnes trans en ne respectant pas leur intégrité physique. C’est finalement une bonne vieille tactique eugénique d’empêcher une partie de la population de se reproduire.

    En ce qui concerne précisément les personnes trans ayant un utérus et étant sous testostérone, il est souvent « recommandé » qu’au bout de 2 à 5 ans de testostérone elles fassent une hystérectomie (ablation de l’utérus) parce que sinon « elles pourraient développer un cancer ». Il se trouve qu’il n’y a pas d’étude à ce sujet, et que le but de ce mythe est en fait surtout de stériliser subtilement les personnes trans sous testostérone.

     

    Extrait du site ftm-transsexuel :

    "6.2 La testostérone agissant sur les ovaires (polykystiques) et sur l'utérus (atrophie), y a-t-il un temps maximal à ne pas dépasser pour subir l'hystérectomie afin d'éviter des risques de type cancer ?

    La réponse est non, il n'y a pas vraiment de date "limite". Il n'y a pas d'étude pour l'heure affirmant ou démentant une augmentation majeure des risques de cancer du col de l'utérus, de l'utérus (cancer de l'endomètre) ou des ovaires. Chaque individu est différent face aux risques cancéreux. Le suivi d'un traitement hormonal n'est pas un facteur majeur d'augmentation des risques à notre connaissance. Toutefois, comme je l'ai déjà dit, aucune étude n'est là pour confirmer quoique ce soit. L'hystérectomie est très fortement conseillée à tous les FTM sous traitement hormonal masculinisant afin de prévenir tous risques.

    Pour résumer, vous n'avez pas d'échéance fixe. Cela vous laisse le temps de rassembler les fonds nécessaires à l'opération mais il est fortement conseillé de ne pas attendre 15 ans quand même ou alors de s'assurer d'un suivi gynécologique régulier. " 

    Sur le site ftm-transsexuel où on trouve beaucoup d’informations sur la transition médicale, il est précisé qu’il n’y a effectivement pas d’études sur le sujet, le traitement hormonal n’est pas un facteur majeur d’augmentation des risques et il n’y pas d’échéance fixe pour l’opération. Et pourtant l’hystérectomie est « très fortement conseillée »…

    http://ftm-transsexuel.info/medical/chirurgie/hysterectomie.html

     

    Dans cette vidéo, Chase Ross en parle d’ailleurs, justement parce qu’il ne veut pas d’hystérectomie (il ne veut a priori par porter un enfant mais veut garder son utérus afin de ne pas dépendre de la testostérone à vie). Il demande aux gens de ne pas lui mettre la pression pour qu'il ait une hystérectomie pour les raisons sus-nommées. [Dans le reste de la vidéo, il explique que son médecin l’a mis sous Lupron - qui est aussi le bloqueur de puberté que prennent les adolescent-e-s trans - car il semble produire trop d’estrogènes et ses niveaux de testostérone sont donc trop bas. Le but de la manœuvre est d’éviter qu’il ait des saignements. Nota Bene : la testostérone est censée stopper les règles si les taux sanguins sont dans les bonnes valeurs.]

    Les non-binaires et hommes trans peuvent vouloir être enceint-e-sLes non-binaires et hommes trans peuvent vouloir être enceint-e-sLes non-binaires et hommes trans peuvent vouloir être enceint-e-s 

    Traduction des sous-titres : "Je pense que c'est juste un mythe que les gens ont commencé à dire." / "On doit stériliser les personnes trans." / "Et on a besoin que les gens n'aient pas cette anatomie."

    Description des images : Il s'agit de 3 captures d'écran issues de la vidéo de Chase Ross où il parle avec les sous-titres en anglais activés.

     

    Les pressions à se faire stériliser ou à ne pas porter d’enfant viennent parfois de l’intérieur même de la communauté trans. Certaines personnes trans qui ne veulent pas porter d’enfant ou l’ont mal vécu à cause de la dysphorie essayent de dissuader les autres, souvent en invalidant leur genre à coup de « un vrai homme ne porte pas d’enfant, si tu veux être enceint alors t’es pas un mec, t’es non-binaire à la limite », ce qui est extrêmement transphobe.

     

    Parallèlement à ça, toutes les personnes ayant un utérus et un cycle menstruel sont soumises à l’injonction misogyne de porter des enfants, parce qu’apparemment nous sommes censés être des incubateurs sur pattes. Le sexisme et le cissexisme visent à me contraindre par mon anatomie et me réduire à celle-ci – je reçois donc bien sûr aussi les injonctions faites aux personnes ayant un utérus et un cycle menstruel, même si elle vise ‘officiellement’ les femmes, puisqu’on 1. me force aussi par ailleurs à être une femme et 2. j’ai un utérus et un cycle menstruel.

    Ce qui fait qu’en tant que personne trans non-binaire ayant un utérus et un cycle menstruel, je me retrouve dans les feux croisés de deux injonctions contradictoires liées au patriarcat : « fait des enfants mais n’en fait pas ».

    [Note : Le propre des oppressions est justement d’être pleines d’injonctions contradictoires. Par exemple, les femmes pas maquillées « ne prennent pas soin d’elles » mais celles qui aiment se maquiller « sont pas naturelles et superficielles ». Ou encore, les femmes trans qui sont masculines « ne sont pas de vraies femmes » mais celles qui sont féminines « sont des usurpatrices de la féminité ». Bref, dans le cadre d’une oppression, ça ne va jamais quoique tu fasses, il n’y a aucune configuration où tu peux « gagner », tu y perds dans tous les cas.]

     

    En conclusion, je voulais dire à toutes les personnes trans qui ont été enceintes, sont enceintes ou veulent être enceintes que ça n’invalide pas du tout votre genre et que vous êtes parfaitement légitimes ! <3

      

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