• Mégenrer c'est violent

    [Avertissement : transphobie, mégenrage]

     

     

    v Qu’est-ce que « mégenrer » ?

    v Pourquoi c’est violent de mégenrer une personne trans ?

    v Pourquoi c’est transphobe de mégenrer une personne trans volontairement ?

    v Pourquoi c’est violent de mégenrer une personne trans involontairement ?

    v Que faire si votre ami-e est mégenré-e ?

     

    v Qu’est-ce que « mégenrer » ?

     

    Mégenrer signifie littéralement « mal genrer ». On dit que l’on mégenre quelqu’un dans les cas suivants :

    -       lorsque l’on emploie les mauvais pronoms (exemple : il à la place de elle, lui à la place de elle, elle à la place de iel, etc.)

    -       lorsque l’on emploie les mauvais accords (exemple : heureuse à la place de heureux…)

    -       lorsque l’on emploie les mauvais titres de civilité (exemple : madame/mademoiselle à la place de monsieur, etc.)

    -       lorsque l’on emploie toute sorte de mots genrés inadéquats : fille/femme, garçon/homme, frère, sœur, fille, fils, mari…

    -       lorsque l’on groupe une personne avec des personnes qui ne sont pas de son genre ; je m’explique : si par exemple on dit « vous les filles » alors qu’il y a une personne non-binaire dans le lot, la personne non-binaire vient de se faire violemment mégenrer en étant groupé-e avec les filles alors qu’iel n’est pas une fille. 

    -       Peut parfois impliquer le fait d’employer le prénom de naissance (on peut aussi appeler ça « deadnamer » ou employer le morinom)

     

    Dans la pratique, n’importe qui peut être mégenré-e, que ce soit une personne cis ou trans. Il m’est arrivé de dire « les filles » par inadvertance en oubliant qu’il y avait un mec cis dans le lot, par exemple (je me suis excusé). Seulement, mégenrer une personne cis ou une personne trans n’a pas du tout les mêmes implications.

     

    v Pourquoi c’est violent de mégenrer une personne trans ?

     

    Mégenrer une personne cis peut être désagréable pour cette personne, elle pourra être vexée, offusquée, énervée, etc. On ne nie pas cela.

    La différence se situe dans le fait que les personnes trans ont été mégenrées en permanence depuis leur naissance, parfois pendant 15, 20, 40 ans ou plus avant de pouvoir commencer à changer la façon dont les gens parlent d’elle. Les personnes trans ont dû vivre à temps plein dans un genre qui n’est pas le leur. Le fait d’être mégenrées les renvoie à un genre qui leur a été assigné à la naissance qui ne leur correspond pas ; elles doivent se battre tous les jours pour que leur genre soit respecté.

    La personne cis qui se fait mégenrer n’est pas renvoyée à un genre auquel elle a été assignée, à un genre dans lequel elle a dû vivre pendant des années et qui n’est pas le sien.

     

    Mégenrer une personne trans c’est donc violent. Cela peut avoir des conséquences néfastes comme déclencher des crises d’angoisses, de la dysphorie, etc.    

     

    v Pourquoi c’est transphobe de mégenrer une personne trans volontairement ?

     

    Mégenrer une personne trans volontairement est d’autant plus violent que c’est très transphobe. En effet, vous décidez de ne pas respecter le genre de cette personne de manière consciente et assumée. Vous savez que vous lui faites du mal mais vous vous en carrez.

     

    Si vous appelez une personne non-binaire « madame » et qu’elle vous dit qu’il ne faut pas employer ce terme et que vous lui répondez « oh mais t’as pas d’humour… madame » c’est super violent. Y’a pas d’humour là-dedans, c’est juste oppressif et transphobe. Vous avez continué à blesser cette personne de manière volontaire et en plus vous trouvez ça drôle. C’est carrément indécent. L’argument de l’humour sert juste à vous déresponsabiliser de votre acte. Vous n’en comprenez peut-être pas toutes les implications mais quand une personne trans vous dit de ne pas utiliser tel terme, il n’y a pas à discuter.  

     

    v Pourquoi c’est violent de mégenrer une personne trans involontairement ?

     

    Souvent, une personne trans est mégenrée par son entourage par inadvertance. En effet, changer sa façon de parler est un processus qui peut prendre un peu de temps car c’est une question d’habitude. Mais cela ne vous dispense pas de faire de véritables efforts pour essayer. Dire « c’est trop dur, je vais pas y arriver » est une façon de vous déresponsabiliser et de ne pas vraiment essayer. Nous savons que notre entourage est amené à nous mégenrer par manque d’habitude sans mauvaises intentions et nous ne vous en voulons pas pour ça. Ce qui nous fâche, c’est si vous n’essayez pas vraiment.  

     

    Si vous vous trompez, il y a deux étapes à suivre :

    1.           Excusez-vous rapidement (pas la peine de nous faire une tirade) : un simple « pardon » est amplement suffisant.

    2.           Corrigez-vous : reprenez votre phrase en la tournant bien

     

    Exemple : Parlant d’une personne non-binaire dont le pronom est iel.

    Vous : « Elle aime le gâteau au chocolat. »

    Iel : « C’est iel. »

    Vous : « Pardon. Iel aime le gâteau au chocolat. »

     

    Easy n'est-ce pas ?

     

    Ce qu’il ne faut pas faire si vous vous trompez :

    -       Vous offusquer d’être corrigé-e-s

    -       Vous offusquer qu’on vous demande de vous excuser

    -       Vous défendre en disant que c’est vraiment trop dur… alors que ce qui est vraiment trop dur c’est se faire mégenrer

    -       Commencer à argumenter de quelque forme que ce soit

     

    Sachez que même si vous nous mégenrez involontairement, l’impact est présent. L’équation est simple : un mégenrage = une micro-agression.

    Imaginons deux secondes que nous sommes à un repas de famille ou entre ami-e-s. Bidule mégenre Truc une première fois. Voilà ce qu’il va se passer : Truc sait que ce n’est pas volontaire alors iel encaisse la micro-agression, puise dans son énergie et corrige Bidule. Personne ne se rend compte que la crise d’angoisse est proche car ça commence par une petite micro-agression. Ca arrive une deuxième fois. Puis une troisième fois. Et une petite micro-agression + une petite micro-agression + une petite micro-agression ça fait ? - Trois petites micro-agressions. - Non ! La dysphorie. (Référence au Visiteur du futur). Bref, ça y est, la crise d’angoisse est déclenchée.

    Ce qu’il faut en retenir c’est que mégenrer même non-volontairement a un impact néfaste sur la personne trans. Au bout de la quatrième fois que vous me mégenrez en une heure et que je puise dans mes forces pour vous corriger, les bonnes intentions ne comptent plus tellement car l’impact est bien présent. Et le fait est que je me sens très mal.

     

    v Que faire si votre ami-e est mégenré-e ?

     

    Si vous êtes une personne cis et que votre ami-e (copin-e, froeur, …) se fait mégenrer, premièrement, montrez l’exemple. Cela rappellera aux autres comment il faut parler de votre ami-e désormais et leur montrera également que c’est possible d’y arriver puisque vous-même y parvenez.

    Il peut également être très soulageant pour iel que vous corrigiez les gens à sa place. Cependant, il faut qu’iel ait donné son accord au préalable ! Vous pouvez aller lae trouver et lui demander « est-ce que ça te soulagerait que je corrige les gens à ta place lorsqu’ils te mégenrent ? » par exemple.

     

    Conclusion :

    -       mégenrer une personne trans est violent et peut déclencher des crises d’angoisses

    -       on vous demande de faire des véritables efforts pour ne pas vous tromper

    -       n’argumentez pas si vous vous êtes trompé-e-s, excusez-vous et corrigez-vous tout simplement

     

    Et souvenez vous :

    Employer iel n’est pas si difficile. Faites des efforts au début et ça deviendra rapidement naturel.

    Mégenrer est violent

    Vous pouvez aussi consulter ces planches de BD : iciici, ici, ici.

    UESG

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  • Commentaires

    1
    Matt
    Dimanche 28 Août 2016 à 10:13

    Je ne suis pas forcément d'accord, je suis cisgenre et ça fait depuis que je suis petit qu'on me prend pour une fille, et je comprends bien à quelle point c'est énervant parce que du coup j'ai l'impression de n'être jamais assez masculin quoi qu'il arrive.

      • Dimanche 28 Août 2016 à 11:47

        Je ne nie aucunement le fait qu'être mégenré'e en étant cisgenre peut être très blessant mais c'est encore différent de la violence d'être mégenré'e lorsqu'on est trans. Lorsque je suis mégenré, cela ravive un traumatisme : celui d'avoir été assigné le mauvais genre à la naissance et que mon vrai genre est invalidé en permanence, que je n'ai pas de papiers conformes à mon identité, que je risque ma vie en étant trans et que je me prends chaque jour de la transphobie dans la tronche.

        Voici une planche qui peut t'aider à comprendre : https://www.facebook.com/assigneegarcon/photos/a.1441344799487909.1073741827.1441336769488712/1635832803372440/?type=3&theater

    2
    Matt
    Mardi 30 Août 2016 à 13:12

    Je comprends tout à fait les difficultés que ça peut être pour toi, je nie pas, je dis pas que le mégenrage n'est pas un difficile, violent, et traumatisant pour les personnes trans. Je dis juste que même une personne cisgenre à qui on dit madame ou jeune fille depuis qu'il est enfant c'est fatiguant et parfois triste car ça me donne l'impression que je suis pas assez masculin, j'ai l'impression qu'un truc cloche chez moi alors que je ne cherche pas à être féminine. La lutte pour les papiers faut continuer se battre et espérer que la société change, je connaissais déjà cette planche d'assignée garçon

    3
    MadameWilliam
    Vendredi 11 Août à 03:26

    Je suis bigenre et personne ne m'a déjà bien gendré. L'excuse principale? "Iel n'existe pas!" ou "C'est trop compliqué!". Le truc qui m'énerve aussi c'est que je suis obligé(e) de parler de moi au masculin à l'oral car il n'existe pas de langage neutre.

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