• Mégenrer et l’analogie des aiguilles…

     

     

    [Avertissement : aiguille et sang, transphobie ordinaire, mégenrage, larmes de cis, image avec seringues]

     

              1 .    L’analogie des aiguilles

     

         Quand j’entends un mot accordé au féminin, c’est comme si on me plantait une aiguille dans le corps…

         Quand j’entends elle, c’est comme si on me plantait une aiguille dans le crane…

         Quand j’entends fille ou femme, c’est comme si on me plantait une aiguille dans l’œil…

     

         Toutes ces aiguilles s’accumulent au cours de la journée sur mon corps. A l’heure d’aller dormir, j’en suis entièrement recouvert. Mes yeux pleurent rouge. Mon corps brûle. Mon cœur croule sous le poids de cette douleur irradiante.

     Mégenrer et l’analogie des aguilles…

    source de l'image : ici

     

                 2.    Les larmes de cis face au mégenrage

     

    Suite à cette courte introduction dans laquelle j’illustrais à quel point mégenrer c’est violent, je vais détailler quelques réactions très répandues qu’ont les cis lorsqu’il s’agit de bien genrer quelqu’un. En général, iels mégenrent une personne trans et lorsque celle-ci les corrige, au lieu de s’excuser humblement, se reprendre et passer à autre chose, iels s’indignent et se plaignent : « c’est difficile pour nous tu comprends. » J’ai même eu le droit à des injonctions au calme « Ne t’agace pas, c’est nouveau pour nous, c’est dur… »

    Premièrement, nous savons déjà que changer ses habitudes langagières nécessite une période transition où les cis seront amené-e-s à faire des erreurs, donc ce n’est pas la peine d’enfoncer le couteau dans la plaie en nous expliquant combien c’est « difficile. » D’autre part, mettre l’emphase sur le fait que ça soit « difficile » permet aux gens de se déresponsabiliser des erreurs qu’iels feront et leur permet ainsi de rester dans leur zone de confort et ne pas faire de véritables efforts. Sachez que les habitudes langagières changent plus vite qu’on ne le pense s’il y a une véritable volonté derrière (pour bien genrer une personne trans, cf. cet article).

    Deuxièmement, insister sur combien c’est « difficile » est complètement indécent face à la souffrance de la personne trans en face. J’ai déjà souligné un certain nombre de fois combien mégenrer était violent (ici et ici) et j’espère que l’analogie des aiguilles vous permet d’encore mieux vous imaginer les choses. Revenons-en donc à nos aiguilles… Quand vous mégenrez une personne trans et que vous lui demander d’être patient-e ou de comprendre combien c’est « difficile » pour vous, c’est comme si vous étiez littéralement en train de planter des aiguilles dans le corps de quelqu’un et que, se faisant, vous lui disiez « nan mais c’est difficile d’arrêter, j’ai toujours fait comme ça, faut que tu apprennes à être patient-e, pense à moi… » C’est une belle démonstration de ce que sont les larmes de cis.

    Mégenrer et l’analogie des aguilles…

    source de l'image : ici

     

                 3.   Que faire ?

     

    L’idée c’est d’arriver à planter un nombre d’aiguille minimal, l’idéal étant de réussir à n’en planter aucune bien évidemment. Mais nous savons que vous serez amené-e-s à commettre des erreurs au début. Il sera donc probablement impossible d’arriver au niveau zéro aiguilles dans un premier temps. Mais si vous êtes de bonne volonté et que vous vous corrigez humblement sur les quelques erreurs que vous ferez, ça aidera au moins à retirer l’aiguille juste après l’avoir planté et qu’elle ne reste pas en place toute la journée.

     

                 4.   Pourquoi les allié-e-s ne méritent pas de cookie ?

     

    On dit souvent que les allié-e-s qui veulent recevoir des cookies (c’est à dire qu’on les complimente sur leur attitude) ne sont pas de bon-ne-s allié-e-s. En effet, ces personnes réclament qu’on leur donne un cookie pour ne pas avoir planté des aiguilles dans le corps d’une personne trans. Autrement dit, elles voudraient qu’on les complimente d’avoir été des êtres humains décents… Or tout le monde devrait être un être humain décent. Il ne devrait pas y avoir de mérite à respecter les autres. Ce devrait être normal.

    Il se peut cependant qu’une personne trans vous complimentent naturellement sur votre attitude, et ce n’est pas cela que je critique. Ce que je veux dire, c’est qu’il ne faut pas attendre ou réclamer le cookie. Il faut que vous soyez dans l’état d’esprit où respecter les autres est normal.

     

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  • Commentaires

    1
    Spangle
    Jeudi 9 Juin 2016 à 15:06

    Merciiiiiii !

    Aujourd'hui et contrairement à la plupart des jours, je pourrais me sentir *pas tout' seul'* dans ma non-cissitude. Pour compléter l'analogie des aiguille, tu viens de mettre une bonne dose de pommade sur ma peau martyrisée. <3 transcookie <3 (le cookie spécial soutien communautaire)

      • Jeudi 9 Juin 2016 à 18:48

        Oh merci pour le partage de transcookie, je retiens l'expression :D 

    2
    Yann
    Samedi 21 Octobre à 20:48

    J'ai été voir un "pote" cet aprèm, je suis resté une heure et demie, je voulais partir, et là je pleure encore (ça fait bientôt quatre heures que je suis chez moi, tout seul , à me demander ce qui cloche chez moi) de m'être fait morinommer et mégenrer. C'est vraiment trop blessant de rectifier quelqu'un cinq fois de suite en dix minutes (#truestory) et qu'il te sorte "mais c'est difficile tu comprends" et là une foule de choses VRAIMENT difficiles te viennent en tête tellement vite que tu peux pas répondre... Merci d'avoir mis des mots sur cette souffrance, c'est difficile de trouver des analogies aussi pertinentes... Et puis comme la personne d'au-dessus, je me sens moins seul grâce à toi ^w^

    Prends ce camion de cookies, il est pour toi <3

      • Dimanche 22 Octobre à 10:27

        Aw je suis désolé pour toi :/ Plein de soutien !! <3

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