• Mon orientation : comment j’utilise les étiquettes

     

    1)   Trop d’étiquettes ?!

     

    « Il y a trop d’étiquettes ! Arrêtez de vouloir vous mettre dans des cases de plus en plus restrictives ! » Est-ce un discours familier ? Un peu trop. Que ce soit de la part de personnes non-LGBTQIAP+ ou LGBTQIAP+[1].

     

    Il y a les cis-dy-het[2] qui veulent nous silencier ou ont oublié de checker leurs privilèges et n’ont pas encore compris que oui, on est tous humains, mais que certains humains subissent des violences et discriminations à cause de leur orientation et que ces mots servent à parler d’un vécu non-normatif dans un monde hétérocentré.   

     

     Il y a les personnes LGBTQIAP+ qui elles ont peur que la communauté ait l’air trop queer pour les cis-dy-het avec toutes ces étiquettes. Ceuxe qui veulent être « li bon-ne queer » auprès des cis-dy-het et silencient les vécus qui ne ressemblent pas au leur. Il y a aussi ceuxe qui n’aiment pas les étiquettes pour euxe-mêmes (et c’est aussi légitime !) et ne comprennent pas que d’autres en aient besoin. Etc.

     

    Bref, il y a beaucoup de discours anti-étiquettes (enfin surtout anti-celles-qui-nous arrangent-pas, soyez honnêtes !) Je voulais donc vous montrer un peu comment moi j’utilise mes étiquettes pour mon orientation pour détruire un peu les idées préconçues et aller contre cette idée de la respectabilité (« queer mais pas trop ») qu’on essaye de nous imposer aussi bien depuis l’extérieur que depuis l’intérieur de la communauté.

     

    2)   Moi et mes étiquettes

     

    Je ne considère pas mes étiquettes comme des cases dans lesquelles je m’enferme. Au contraire. J’ai mes attirances – ou non-attirances – et mon vécu lié à cela dans un monde hétéronormatif. Ces étiquettes sont des descripteurs qui me permettent de l’exprimer, des outils de communication.

     

    Si je devais expliquer ce que je suis sans étiquettes, je dirais que je suis une personne non-binaire qui peut être attiré physiquement et émotionnellement par les personnes de tout genre ou indépendamment du genre, de façon non-romantique. Si je précise non-binaire, c’est parce que ça a son importance. Quand on est non-binaire, on est forcément en dehors des la norme hétéro qui est centrée autour de la relation homme-femme. Etre non-binaire a donc une influence sur la manière dont je vais naviguer ce monde hétéronormatif.

     

    Une seule étiquette ne parvient pas à englober la totalité de ce que je suis parce qu’étant hors normes à de multiples niveaux (non-hétéro, non-monosexuel[3], non-alloromantique[4], non-cis et non-binaire) le vécu est assez complexe et nuancé. C’est compliqué de tout englober dans un mot. Le langage est un outil merveilleux mais il a parfois ses limites. Utiliser une combinaison d’étiquettes est alors une bonne solution. De plus, la totalité des informations n’est pas non plus nécessairement utile à toutes les situations ! Une étiquette plutôt qu’une autre conviendra donc mieux au message qu’on veut faire passer à telle personne dans tel contexte, par exemple.

     

    Concrètement, je m’identifie : bi (ou bisexuel), pan (ou pansexuel), diamorique, aromantique et queer.

     

    ü  Mon identité bi

     

    Définitions de bi :

    1.     être attiré-e par le même genre que soi et d’autre(s) genre(s)

    2.     être attiré-e par deux genres ou plus (définition qui a été ajoutée avec les personnes non-binaires en tête car c’est parfois compliqué/impossible d’être attiré-e par le même genre que soi quand on est non-binaire - par exemple agenre, polygenre, fluide…)

    Ici, on ne précise pas la nature de l’attirance. Par « défaut », il est supposé qu’il s’agit à la fois d’une attirance romantique et sexuelle, mais pas forcément. Cela peut être seulement sexuelle, seulement romantique - et/ou impliquer d’autres types d’attirances (sensuelle, queerplatonique) qu’il est surtout significatif d’indiquer pour les personnes des spectres aromantiques et asexuels.

     

    Définitions de bisexuel :

    1.     Même définition que bi si on est hors du cadre du modèle d’attirances séparées sexuelle/romantique (c’est la définition la plus utilisée pour le grand public – quand on dit que quelqu’un est bisexuel-le, on sous-entend en général qu’il s’agit à la fois d’attirance sexuelle et romantique).

    2.     Même définition que bi mais précise qu’il s’agit d’attirance sexuelle si on est dans le cadre du modèle d’attirances séparées (cette définition est plus utilisée dans la communauté LGBTQIAP+ en particulier dans les communautés aromantique, asexuelle et variorientée[5]).

    Mon orientation : comment j’utilise les étiquettes

    Drapeau bi

     

    Je préfère utiliser le terme bi sans préciser le type d’attirance mais si j’utilise le terme bisexuel, ce sera principalement dans sa première signification (parce que j’ai dû mal à utiliser le modèle d’attirance séparées personnellement et que si j’utilise bisexuel c’est que je m’adresse à des gens peu sensibilisées et que j’ai pas prévu de leur faire un cours non plus). Dans mon orientation bi, j’inclus aussi des attirances platoniques, quasi-platoniques[6] et sensuelles car étant aromantique, ces formes attirances prennent une importance plus « élevée » que pour la majorité des alloromantiques.

     

    Mon identité bi est sûrement celle que j’utilise le plus au quotidien. Elle me permet de faire passer rapidement l’idée que je suis attiré par plusieurs genres sans avoir à m’expliquer. Si j’ai la foi, je rajouterai que pour moi cela signifie tous les genres ou que ce n’est pas vraiment un critère pour moi. J’ai parfois tout de même été un peu surpris de l’incompréhension de certaines personnes car même si beaucoup en sont encore au stade « bi = les hommes et les femmes », il me semble que c’est quand même un peu la base d’avoir une idée au moins vague de ce que c’est…   

    C’est aussi l’identité à laquelle je m’identifie le plus car c’est la seule identité ni gay ni hétéro que je connaissais dans mon adolescence et c’est avec ce mot que j’ai galéré à m’accepter (#biphobie intériorisée[7]). C’est pour moi politiquement fort que d’exprimer ma fierté d’être bi après ce vécu compliqué lié à cette identité. J’aime aussi que la communauté bi aie une histoire chargée et soit pas mal politisée et commence à être de plus en plus visibilisée. Je partage un certain nombre de vécus avec les autres personnes bi. Enfin, je trouve cette communauté globalement bien inclusive – à part certaines personnes bi qui en sont encore coincées à définir bi = « les hommes et les femmes » mais ce sont des personnes généralement mal renseignées et pas impliquées dans la communauté/le militantisme.

     

    ü  Mon identité pan

     

    Définitions de pan :

    1.     Attiré-e par tous les genres.

    2.     Attiré-e indépendamment du genre.

     

    Pour les différences pan/pansexuel, on retrouvera les mêmes nuances qu’entre bi et bisexuel. 

    Mon orientation : comment j’utilise les étiquettes

    Drapeau pan

     

    Ce que j’inclus dans mon identité pan est très similaire à bi mais met l’accent sur différentes choses et présente des nuances. J’utilise principalement ce mot quand j’ai envie de mettre l’accent sur le fait que je suis attiré indépendamment du genre.

     

    ü  Mon identité diamorique

     

    Définition de diamorique : ni gay ni hétéro du fait d’être non-binaire.

    Mon orientation : comment j’utilise les étiquettes

    Drapeau diamorique

     

    J’utilise moins cette identité mais elle est tout de même importante car elle traduit le fait de ne pas être conforme à la façon binaire dont ont été conçues les orientations dû fait d’être non-binaire. C’est vraiment un point à souligner pour moi.

    Je trouve que ce mot à tout particulièrement son utilité comme descripteur d’une relation : avec mon copain, on est ni en relation hétéro, ni en relation gay, mais en relation diamorique.

     

    ü  Mon identité aromantique

     

    Définition d’aromantique : une personne qui ne ressent pas d’attirance romantique.

    Mon orientation : comment j’utilise les étiquettes 

    Drapeau aromantique 

     

    C’est important pour moi d’utiliser ce mot car mon vécu diffère significativement du vécu des personnes alloromantiques (ressentent de l’attirance romantique) et influe sur le type de relations dans lesquelles je vais être le plus à l’aise pour m’impliquer (platonique/quasi-platonique/…)

     

    ü  Mon identité queer

     

    Queer est pour moi un terme parapluie qui désigne toute personne dont le vécu sort de la norme hétéro car son orientation sexuelle et/ou romantique n’est pas hétéro [note : queer peut aussi être utilisé pour les personnes sortant de la norme cis mais ce n’est bien sûr pas le sujet de l’article]. Ce mot a une connotation politique.

    Mon orientation : comment j’utilise les étiquettes

    Chevron queer (source

     

    Je l’utilise quand j’ai envie de mettre l’accent sur notre vécu commun en tant que personnes non-hétéro (ou LGBTQIAP+ si je parle plus généralement) dans un contexte politique de luttes pour nos droits et lié aux oppressions systémiques. Avec ce terme, j’entends vraiment souligner le fait d’être hors normes.  

     

    En résumé :

    -      Bi : met l’accent sur mon attirance pour plusieurs genres/tous les genres.

    -      Pan : met l’accent sur mon attirance indépendamment du genre.

    -      Diamorique : met l’accent sur le fait de ne pas être conforme à la binarité gay/hétéro du fait d’être non-binaire.

    -      Aromantique : met l’accent sur le fait de ne pas ressentir d’attirance romantique.

    -     Queer : met l’accent sur le fait d’être hors de la norme hétéro et a une connotation politique.

     

    On voit que ces 5 mots apportent des informations différentes et s’utilisent dans différents contextes. Ils permettent de faire passer des nuances différentes selon ce qui a besoin d’être exprimé. 5 mots, ce n’est pas tellement quand on y pense pour décrire un vécu qui est hors normes à de multiples niveaux. Je pourrais également utiliser d’autres mots issus des spectres multisexuel[8], aromantique et asexuel mais je n’en vois pas l’utilité immédiate – et ça ne veut pas dire que ça ne peut pas changer dans le futur ! On ne signe pas un contrat à vie avec les étiquettes. Elles servent à décrire un vécu, une identité. Si un jour on pense qu’elles ne nous décrivent plus assez bien, on peut ajouter de nouvelles étiquettes, en enlever ou en changer.

     

    En conclusion, je vois vraiment les étiquettes comme des outils de communication ou des descripteurs plutôt que des cases rigides dans lesquelles on s’enfermerait. Elles nous donnent un vocabulaire important pour exprimer des vécus non-normatifs.

     

    Note : je n'ai pas parlé ici d'orientation relationnelle (nombre de personnes avec qui on est capable de relationner ce qui implique des discussions autour du polyrmour, etc.)   



    [1] LGBTQIAP+ : Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexe, Asexuel-le/Aromantique, Pan, (+ pour plus d’inclusivité).
    [2] Cis-dy-het : cisgenre, dyadique (non intersexe), hétérosexuel-le et hétéroromantique.
    [3] Monosexuel-le/monoromantique : attiré-e par un seul genre (généralement gay ou hétéro)
    [4] Alloromantique (= zedromantique) : ressent de l’attirance romantique, n’est pas sur le spectre aromantique.
    [5] Variorientée : personne dont l’attirance romantique et sexuelle ne correspondent pas (biromantique et homosexuelle par exemple).
    [6] Quasi-platonique (= queerplatonique) : une relation platonique considérée comme plus intime qu’une amitié traditionnelle. Ne rentre pas dans la norme de la dichotomie amitié/romance.
    [7] Intériorisée : se dit d’une oppression que la propre personne victime de l’oppression a appris contre elle-même à cause de la société normative.
    [8] Multisexuel-le/multiromantique : terme parapluie pour toutes les orientations impliquant l’attirance envers plus d’un genre.
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    Nyxiera
    Mercredi 26 Avril à 11:24

    Je voulais simplement revenir sur ta sympathique ironie envers les personnes LGBT+ qui sont contre les étiquettes. En tant que membre des "bonnes petites questions", j'aimerais (juste un peu) donner ma perception de la question.

    Mon problème primaire avec les étiquettes... et bah c'est qu'elles peuvent varier au cours de la vie (dans l'absolu je parle). C'est presque un point de vue philosophique, mais selon moi on pourrait tous se définir (pour parer à toute potentialité) avec les étiquettes les plus générales (soit toutes les étiquettes). Donc un tel système normatif me paraît de ce fait quasi inutile et réducteur (par ex., j'ai toujours du mal à me définir comme homosexuelle car je n'ai pas envie de me fermer des possibilités... et pourtant je ne me ressens pas vraiment pansexuelle - dans le sens qu'on lui donne).

    Autre problème : ces étiquettes sont difficiles à connaître dans leur globalité, et ce y compris si l'on est soi-même queer. De plus il leur est accordé une grande importance, et leur méconnaissance sera donc régulièrement assimilée à de l'homo- ou transphobie (un comble quand on l'est soi-même !). Du coup, le terme transphobie est parfois employé abusivement (le meilleur exemple selon moi, étant cette remarque : une lesbienne refusant une relation romantico-sexuelle avec une personne MtoF est transphobe... Je suis lesbienne, donc je le dis direct : lesbienne ne signifie pas  forcément être attiré par une femme au sens large du terme, mais peut se réduire au sens sexuel du terme - plus clairement, je ne suis pas sexuellement attirée par une personne si elle a un pénis. Romantiquement ça se discute, mais sexe et romance sont clairement liés pour moi. Pour autant les personnes trans sont pour moi des personnes comme les autres qui doivent bénéficier des mêmes droits.)

    Pour finir j'aimerais juste faire remarquer ce paradoxe : la critique d'une société hétéronormée (pour plein de raisons culturelles, historiques avec tout un tas de bases pas forcément erronées d'ailleurs) revient souvent sur ton blog, alors que dans le même temps tu mets en place le même système d'étiquettes (en le complexifiant juste un peu). Crois-tu réellement qu'en multipliant les normes et les étiquettes on peut parvenir à une société libre, juste et véritablement tolérante ?

    Donc OUI, je suis contre la surabondance d'étiquettes, ne les utilisant pour moi-même que pour pouvoir m'intégrer à une société normée, sans chercher à ce qu'elles correspondent à mon ressenti réel. Je suis également contre tout ce qui est théorisation de l'identité personnelle (personnalité, goûts, genre, orientation romantique ou sexuelle...) car il existe autant de réponses que de personnes, et qu'une théorisation laissera toujours des exclus, tout en complexifiant des rapports humains pas toujours simples. (Ça ne m'empêche toutefois pas d'en avoir besoin, de ces étiquettes, simplement je pense qu'une surabondance d'étiquettes nuit, et que la simple existence d'étiquettes est un fardeau.)

    2
    Nyxiera
    Mercredi 26 Avril à 15:53

    Mon commentaire était assez à chaud, mais je pense que ça peut se comprendre (li petites bonnes queer est très mal passé, je l'avoue).

    J'ai lu les liens que tu avais envoyé... qui effectivement recoupent mon commentaire comme ton article ici je trouve. Je n'avais en revanche pas lu l'intégralité de ton blog avant de commenter.

    Je n'avais en aucun cas vocation à être ironique, j'ai juste beaucoup de mal avec la surabondance d'étiquettes. Plus un gros passif avec pas mal de gens qui utilisent l'ignorance de ces étiquettes pour crier à la trans- ou homophobie - ce que je trouve assez ridicule. La transphobie comme l'homophobie sont des réalités, mais il y a quand même une certaine limite (et on ne peut pas sauvegarder la sensibilité de tout le monde).

    Si mon commentaire t'as paru offensant je m'en excuse sincèrement, ce n'était pas mon but. Si il t'a paru froid en revanche je ne peux rien pour toi, c'est ma manière d'exprimer les choses avec le peu de sensibilité que j'ai.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :