• Orientations

    Une rubrique sur les orientations sexuelles, romantiques et relationnelles ! 

     

    En vrac :

    1. Les différences entre orientation sexuelle et orientation romantique
    2. La diversité des orientations sexuelles et romantiques
    3. Diamorique ou comment définir ses relations/attirances en étant non-binaire
    4. Album sur les multi-orientations pour la journée multi - 23/09/2016 (Facebook)
    5. Controverses autour du modèle d'attirances séparées (sexuelle/romantique)
    6. Mon orientation : comment j'utilise les étiquettes
    7. La perception de mon orientation par les personnes cis
    8. Termes d'orientations ou de groupements d'orientations utiles

     

    Bisexualité / Pansexualité :

    1. Est-ce qu'on est toustes pansexuel'les ?

    2. Bi, pan, poly, multi : similarité ou différences ?

    3. L'affaire Hanouna : la biphobie tout le monde s'en fout

    4. Est-ce qu'une personne bigenre peut être à la fois lesbienne et gay ?

    5. Je croyais que j'étais hétéro : mon chemin vers la bisexualité

    6. La bisexualité des hommes avec qui je relationne compte

    7. Les privilèges allo et monosexuels existent-ils ?

     

    Spectre Aromantique :

    1. Petit tour d'horizon sur le spectre aromantique
    2. Comment j'ai su que j'étais aromantique ?
    3. Relations et aromantisme
    4. Histoire des communautés asexuelle et aromantique
    5. L'aromantisme est-il queer ?
    6. C'est quoi le quoiromantisme ?
    7. Est-ce qu'on peut être aromantique mais aimer les histoires romantiques ?
    8. Ace, aro et poly : qu'avons-nous en commun ?

     

    Orientations relationnelles (polyamour, non-exclusivité...) :

    1. Les polyamoureuxes font-iels partie de la communauté LGBTQIAP+/MOGAI ?
    2. Confusion entre mononorme et monoamour
    3. Relations et aromantisme
    4. Ace, aro et poly : qu'avons-nous en commun ?

      

  •          Bonjour tout le monde ! (… ou bonsoir ! XD)

         Allons directement au cœur du sujet en commençant par poser les bases avec les définitions : l’orientation sexuelle ou romantique se définit par l’attirance que l’on a envers les personnes s’identifiant à tel ou tel genre(s). L’orientation sexuelle se définit donc comme l’attirance sexuelle que l’on éprouve pour les personnes d’un ou de plusieurs genre(s) et l’orientation romantique comme l’attirance romantique que l’on éprouve pour les personnes d’un ou de plusieurs genre(s). On distingue donc ici deux types d’attirances : sexuelle et romantique.

         Lorsque l’on parle d’une orientation, on a donc la possibilité d’accoler au préfixe décrivant cette orientation, le suffixe « -sexuel.le » si l’on parle d’une orientation sexuelle ou le suffixe « -romantique » si l’on parle d’une orientation romantique. Si l’on parle à la fois d’une orientation sexuelle et romantique, on peut ne pas mettre de suffixe du tout [attention toutefois aux confusions car certains préfixes seuls peuvent correspondre également à des genres, dans ce cas, il vaut mieux détailler].

         Voici des exemples très courants : être hétérosexuel.le (être attiré.e sexuellement par les personnes d’un autre genre) ; être hétéroromantique (être attiré.e romantiquement par les personnes d’un autre genre) ; être hétéro (être attiré.e par les personnes d’un autre genre, sous entendu sexuellement et romantiquement). Lorsque l’on emploie des termes comme lesbienne ou gay, on fait également référence à une orientation sexuelle et romantique à la fois. D’autres part, on remarque avec ces premiers exemples que la définition des orientations indique le genre des personnes vers lesquelles nous sommes attiré.es par rapport à notre propre genre (attirance vers les personnes du même genre / d’un autre genre / d’autres genres).

    Les différences entre orientation sexuelle et romantique

         Vous vous demandez peut-être l’intérêt ou la légitimité de séparer conceptuellement ces deux types d’attirances et d’utiliser deux orientations indépendantes en terme de vocabulaire. Il est vrai que dans notre monde hétéronormatif (cf. glossaire), il est difficile dans un premier temps de saisir l’utilité d’une telle séparation. En effet, une grande majorité des gens sont hétéro, sous entendu hétérosexuel.les ET hétéroromantiques. Le terme hétérosexuel.le seul, utilisé dans un contexte courant, sous-entend d’ailleurs bien souvent une orientation hétéroromantique.

          Cependant, la « concordance » de l’orientation sexuelle et romantique n’est pas universelle. En effet, on peut avoir n’importe quelle orientation sexuelle accompagnée de n’importe quelle orientation romantique. Par exemple, il est possible d’être hétérosexuel.le mais homoromantique, c’est-à-dire d’être attiré.e sexuellement par les personnes d’un autre genre mais romantiquement par les personnes du même genre. C’est une fausse idée que de penser que l’on tombe toujours amoureux.se des personnes par lesquelles on est sexuellement attiré.e. D’ailleurs on peut être sexuellement attiré.e par quelqu’un sans pour autant éprouver d’attirance romantique et cet exemple peut être une bonne façon de comprendre la séparation des deux types d’attirances et que la romance n’est pas forcément sexuelle.

           Lorsque l’orientation sexuelle et romantique correspondent, on dit que la personne est pariorienté.e. Lorsque ce n’est pas le cas, on dit que la personne est variorienté.e. Ces personnes ont une orientation valide et ne sont pas confuses ! C’est l’hétéronormativité qui apporte de la confusion en nous faisant croire que tout le monde est forcément pariorienté alors que ce n’est pas le cas. Voici quelques exemples de combinaisons possibles dans le cas d’une personne variorienté.e pour rendre l’idée plus concrète (cette liste n’est pas exhaustive) :

     

    • homosexuel.le et hétéroromantique
    • hétérosexuel.le et homoromantique
    • asexuel.le et hétéroromantique
    • asexuel.le et homoromantique
    • asexuel.le et biromantique
    • homosexuel.le et aromantique
    • bisexuel.le et aromantique
    • hétérosexuel.le et biromantique
    • homosexuel.le et panromantique
    • bisexuel.le et panromantique

     

         Pour finir, je souhaitais tout de même clarifier le fait que l’on parle bien ici d’attirance sexuelle envers les personnes de certain(s) genre(s) et non de libido ; ce sont deux choses différentes. De même, l’attirance sexuelle et/ou romantique ne définit pas les actes d’une personne, mais seulement ses attirances. Si certaines orientations vous paraissent floues (je pense notamment à asexuel.le, aromantique, pan), sachez qu’on y reviendra en détail. En effet, cet article ne fait qu’esquisser le vaste sujet des orientations mais nous aurons largement de quoi explorer ce thème en profondeur !

     

         N’hésitez pas à partager et à commenter :) Vous pouvez également vous abonnez à la newsletter (menu latéral).

         Bonne journée/soirée :)

         UESG

     

    Documentation sur le sujet :

    "Orientation sexuelle et Orientation romantique - Keskessé #03" (Princ(ess)e - LGBT)

    "Cross orientation sexuality" (The thinking asexual)

    "Am I gay??" (Gavin Gender)

    "Coming out as a Panromantic Asexual" (Queer as cat)

    "Romantic orientations & Other types of attraction" (Queer as cat)

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  • Bonjour, bonsoir,

    voici un article qui synthétise les orientations sexuelles et romantiques existant. Je donne simplement les définitions de bases, nous aurons l’occasion de détailler les choses dans d’autres articles. Ce n’est qu’une vue globale pour le moment.

     

    Commençons d’abord par deux petites définitions sans lesquelles il va être difficile de comprendre le premier tableau :

    Attraction primaire : attraction immédiate vers la personne concernée (basée sur l’apparence, l’odeur, etc.)

    Attraction secondaire : attraction qui se développe avec le temps à mesure que la personne développe une connexion émotionnelle avec l’autre personne concernée

     

    Je vais maintenant présenter deux tableaux grâce auxquelles vous pourrez trouver l’étiquette qui vous correspond :

    Méthode : se situer dans le tableau 1, puis dans le tableau 2 et combiner les deux résultats.

    Exemple :

    • tableau 1 : demisexuel.le, alloromantique
    • tableau 2 : pansexuel.le, multiromantique
    • résultat final : demi-pansexuel.le, allo-multiromantique

     

    Exemple 2 :

    • tableau 1 : asexuel.le, gray-romantique
    • tableau 2 : - , biromantique
    • résultat final : asexuel.le, gray-biromantique

     

    Voici donc les fameux tableaux, avec en prime un schéma du spectre a-allo pour essayer de rendre le tout plus clair :

    La diversité des orientations sexuelles et romantiques

     

    La diversité des orientations sexuelles et romantiques

    La diversité des orientations sexuelles et romantiques

     

    Dans la réalité, pas besoin de raconter tout ça aux gens, on peut s’en tenir aux étiquettes basiques si on préfère (ou pas d’étiquette du tout, vous n’avez pas à parler de votre orientation si vous ne le souhaitez pas), mais c’est bien pour apprendre à se connaître soi-même. :)

    De plus, dans la réalité, ce peut-être bien plus compliqué que ce petit modèle :

    • - flexible : être flexible, c’est se définir par une orientation donnée mais garder la porte ouverte à d’autres possibilités. Par exemple, être hétéroflexible signifie que l’orientation est majoritairement hétéro mais que la personne n’est pas fermée à l’idée de sortir éventuellement avec une personne du même genre que le sien, par exemple.
    • queer : terme parapluie que toute personne de la communauté LGBTQ+ peut utiliser (donc une personne soit non-hétéro soit non-cis)
    • orientation fluide : type d’attirance qui dépend de la personne considérée
    • orientation qui change au cours du temps, durant la vie
    • orientation en questionnement

     

    De plus, il existe des tonnes de nuances possibles dans les définitions et celles que j’ai données plus haut ne sont pas forcément celles employées par tout le monde ! On se rend compte assez rapidement que l’orientation sexuelle et romantique est loin d’être aussi binaire, cadrée et claire que ce que nous fait croire le modèle hétéronormatif !

    Alors, tout cela semble encore un peu confus mais comme je le disais nous reviendrons sur chaque orientation plus en détail. Voilà, si j’ai oublié des orientations, je suis désolé, signale-le moi :)

     

    Bonne soirée/journée

    UESG

     

    Note : il semblerait que le terme skolio ne fasse pas l'unanimité mais on en discutera une autre fois.

     

    Documentation sur le sujet :

    The ABC’s of LGBT (Ashley Mardell) 

    Modèle de l’attirance sexuelle primaire vs secondaire (asexuality.org/ wiki)

    Alloromantic (Urban dictionary) 

    Sexuality is fluid (Nibbles official) 

    Como saber si eres gay (SpanishQueens) 

    Romantic Orientations & Other Types of Attraction (Queer as Cat) 

     

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    9 commentaires
  •  

    Je rappelle que l’attirance sexuelle n’est pas forcément couplée à l’attirance romantique (cf. cet article).

     

    1.    Qu’est-ce que l’orientation romantique ?

     

    Amour romantique : sentiment amoureux tel que défini dans le cadre traditionnel social. 

      

    Attirance romantique : sur AVEN, elle est définit comme suit « réponse émotionnelle dont le résultat est le désir d’avoir une relation romantique avec la personne qui est l’objet de l’attirance. » Ce n’est donc pas la même chose que « tomber amoureuxe » mais bien l’attraction au préalable qui y mène.

     

    Attraction romantique primaire : le désir d’avoir une relation romantique avec quelqu’un sur l’instant, en se basant sur quelques informations, l’apparence, l’odeur, etc. (c’est ce qu’on peut ressentir par exemple lorsque l’on drague quelqu’un).

     

    Attraction romantique secondaire : attraction qui se développe avec le temps à mesure qu’une connexion émotionnelle se tisse avec l’autre personne.

     

    Orientation romantique : attirance romantique que l’on ressent pour les personnes d’un, plusieurs, ou aucun genre(s). Par exemple, on peut être homoromantique et être donc romantiquement attiré-e par les personnes du même genre que soi.  Référez-vous à cet article pour connaître la diversité des orientations romantiques.

     

    Amour platonique : sentiment non-romantique qui caractérise par exemple une forte amitié, mais pour certain-e-s cela va même au delà de l’amitié, tout en étant non-romantique ; le lien entre les deux personnes peut être aussi fort que celui d’une relation romantique.

      

     

    2.    Qu’est-ce que le spectre aromantique ?

     

    Certaines personnes ne ressentent pas d’attirance romantique et ne tombent donc pas amoureuxes au sens traditionnel du terme. Ces personnes sont dites aromantiques. Au contraire, les personnes qui ressentent une attirance romantique sont dites alloromantiques ou zedromantiques. Evidemment, comme tout n’est pas blanc ou noir, il existe un spectre de variation avec des zones de gris. En effet, certaines personnes ressentent de l’attirance romantique très rarement ou dans certaines conditions précises par exemple. Elles sont dites grises-aromantiques (« gray-aromantic/gray-romantic » en anglais donc il est plus probable que vous croisiez la francisation de ce terme « gray-aromantique/gray-romantique », mais j’aime bien aussi avoir un terme tout en français).

    Toutes les personnes qui ne sont pas pleinement zedromantiques sont dites sur le spectre aromantique. On voit aussi souvent l’abréviation « aro », utilisé comme un terme parapluie pour les personnes sur le spectre.  

     

    Petit tour d’horizon sur le spectre aromantique

     

     

     

    3.    La diversité du spectre aromantique

    Petit tour d’horizon sur le spectre aromantique     Petit tour d’horizon sur le spectre aromantique

    Drapeaux aromantique et gris-romantique

       

    Sur le spectre aromantique, il existe une diversité d’identités différentes. Voici une liste de définitions traduites de http://shades-of-grayro.tumblr.com/orientations (avec son autorisation). Notez que la liste n’est pas exhaustive et qu’il s’agit uniquement d’une première approche :

     

    ü  Demiromantique : ne ressentir de l’attirance romantique qu’après avoir formé un lien émotionnel fort avec l’autre personne. Autrement dit, les personnes demiromantiques ne ressentent que l’attraction romantique secondaire. A ne pas confondre avec le fait de faire le choix de ne sortir qu’avec quelqu’un qu’on connaît bien (ce que beaucoup de personnes font).

    Petit tour d’horizon sur le spectre aromantique

    Drapeau demiromantique

      

    ü  Frayromantique : l’attirance romantique s’efface lorsqu’un lien est formé (« contraire » de demiromantique). [Fray = s’effilocher en anglais].

     

    ü  Cupioromantique : n’éprouve pas d’attirance romantique mais désire quand même une relation romantique.

    ü  Lithromantique / Akoiromantique : éprouve de l’attirance romantique mais ne souhaite pas qu’elle soit réciproque.

    ü  Recipromantique : n’éprouve pas d’attirance romantique à moins qu’iel sache que quelqu’un est intéressé d’abord.

     

    ü  Aroflux/Arofluide : quelqu’un dont l’orientation romantique fluctue mais reste toujours sur le spectre aro (par exemple, un jour iel est demiro, puis lithro, puis aro, etc.) ou quelqu’un dont l’orientation romantique fluctue entre alloromantique, gris•e-romantique et aromantique (pas seulement dans cet ordre).  

     

    ü  Quoiromantique (aussi WTFromantique aussi Platoniromantique) : l’attirance romantique lae rend confus-e ou iel ne peut pas dire la différence entre l’attirance platonique et l’attirance romantique. Pour certaines personnes, cela équivaut même à être en dehors du spectre allo-aro.

    ü  Idemromantique : expérimente l’attirance romantique et platonique de manière similaire ou identique mais la catégorise comme romantique ou platonique selon des facteurs autres que ce qu’iel ressent.

      

    Orientations romantiques pour les personnes neuroatypiques :

    ü  Requiesromantique : expérimente peu ou pas d’attirance romantique dû à un épuisement mental. Lié à la théorie des cuillères. (Pour les personnes handicapées ou neuroatypiques ou ayant des troubles psychiques.)

    ü  Arovague : expérimente peu ou pas d’attirance romantique dû à son neurotype.

    ü  Nebularomantique : a des difficultés à dire si ce qu’iels ressent est de l’attirance romantique ou n’est pas sûr•e de ce qu’est l’attirance romantique et par conséquent ne sait pas s’iel la ressent, dû au fait d’être neuroatypique.

     

     

     

    4.    Amatonormativité et hétéronormativité

     

    L’amatonormativité est le fait de traiter les relations romantiques comme étant supérieures aux autres types de relations et comme étant la norme pour l’ensemble des êtres humains. Cette norme oppresse tout particulièrement les personnes se trouvant sur le spectre aromantique.

     

    Les personnes aro sont également victimes de l’hétéronormativité, c’est à dire le fait de considérer que la norme est d’être hétéro (= hétérosexuel-le ET hétéroromantique). Evidemment, l’hétéronormativité et l’amatonormativité sont fortement interconnectées.

     

    L’oppression spécifique subies par les personnes du spectre aromantique et découlant de l’amatonormativité et l’hétéronormativité s’appelle l’arophobie. Des exemples d’arophobie :

     

    -       l’invisibilisation des personnes aro et des relations non-romantiques dans les médias

    -       la pression sociale pour avoir une relation romantique 

    -       supposer que tout le monde veut une relation amoureuse 

    -       supposer que les personnes qui ne sont pas en couple sont malheureuses 

    -       penser que les aro ne savent pas s’engager 

    -       penser que les aro sont des personnes froides et sans cœur 

    -       penser que les aro sont des personnes faciles si elles couchent sans sentiments romantiques  

    -       penser que les aro ont un problème psychologique 

    -       insister en disant que les personnes aro doivent juste trouver la « bonne personne » 

    -      

     

    La place des personnes aro dans la communauté LGBTIAPQ+ est souvent débattue. Pour ma part, je pense qu’aussi bien les personnes asexuelles qu’aromantiques y ont leur place, étant donnée qu’elles ne sont PAS hétéro (même les asexuelles hétéroromantique et les hétérosexuelles aromantiques) et qu’elles subissent l’hétérosexisme. Le fait que les communautés asexuelles et aromantiques soient considérées systématiquement comme la 5e roue du carrosse en dit long sur l’hétérosexisme qui règne au sein même de la communauté LGBTIAPQ+… Dire que les personnes asexuelles hétéroromantiques et aromantiques hétérosexuelles n’ont pas leur place dans la communauté LGBTIAPQ+ nie l’asexualité et l’aromantisme en tant qu’orientations à part entière. Cela perpétue l’invisibilisation de ces orientations (ce qui est déjà de l’acephobie et de l’arophobie), ignore la façon dont agit l’hétéronormativité en plaçant les relations hétérosexuelles ET hétéroromantiques comme la norme, et échoue donc à reconnaître les oppressions spécifiques vécues par ces personnes et à leur venir en aide. Les personnes asexuelles et aromantiques peuvent très bien être en détresse psychologique à cause des oppressions qu’elles subissent. Par ailleurs, on n’est pas là pour faire des concours d’oppressions. Evidemment, il y a des priorités urgentes sur lesquelles on doit se concentrer (les papiers des personnes trans par exemple) mais ça n’empêche pas de visibiliser et aider d’autres minorités par ailleurs. On peut faire plusieurs choses en même temps, ce n’est pas incompatible.  

     

    Petit tour d’horizon sur le spectre aromantique

     

    5.    Quelles relations pour les personnes aro ?

     

    Tout d’abord, on pas toustes besoin des relations au sens conventionnel du terme.

     

    Ensuite, voici des relations que peuvent avoir les personnes du spectre aro :

     

    ü  Amitiés : qui ne sont pas moins importantes que des relations amoureuses même si elles sont hiérarchisées par l’amatonormativité.

     

    ü  Relations quasi-platoniques (ou queerplatoniques) : une définition possible de ce type de relations est : « Décrit une relation qui est plus intense et intime que ce qui est considéré comme une amitié typique mais ne rentre pas dans le modèle traditionnel sexuel-romantique de couple. Elle se caractérise par un lien fort, de l'amour et un engagement émotionnel, et pourtant n'est pas perçu comme romantique par ceuxe qui sont impliqué-e-s. La relation peut ou pas avoir des éléments sexuels ou des degrés de sexualité/érotisme à différents moments, ou pas du tout - ça n'importe pas, parce que la sexualité/exclusivité sexuelle n'est pas ce autour de quoi s'organise la relation. Elle est définie par l'intensité et la signification de la connexion émotionnelle ». Source : http://fr.urbandictionary.com/define.php?term=queerplatonic

     

    Voici un article en français qui explique bien ce que sont les relations quasi-platoniques.

      

    ü  Relations romantiques : une personne gray-aromantique peut par exemple avoir une ou des relations romantiques si les conditions nécessaires sont réunies. Une personne aromantique peut aussi choisir de s’engager dans une relation codée romantique même si elle n’éprouve pas ce type d’attirance (elle pourra par ailleurs éprouver pour la personne d’autres types d’attirances : platonique et/ou esthétique* et/ou sensuelle** et/ou sexuelle.)

     

    * Attirance esthétique : attirance basée sur le fait de trouver une personne belle

    ** Attirance sensuelle : attirance basée sur le désir d’avoir envie d’avoir un contact sensuel avec la personne (câlins, baisers…)

     

    Conclusion :

     

    Le spectre aromantique et les relations au delà de l’amatonormativé présentent une grande diversité. Ce n’était qu’une introduction, et j’espère qu’elle vous aura donné un bon aperçu sur la communauté aromantique J

     

    -----

    Sources :

     

    Glossaires et définitions :

    AVENwiki

    https://www.asexuality.org/wiki/index.php?title=Romantic_attraction

    http://anagnori.tumblr.com/post/67669933207/words-and-concepts-used-in-asexual-communities

    http://arospecawarenessweek.tumblr.com/glossary_s

    http://shades-of-grayro.tumblr.com/orientations

    http://fr.urbandictionary.com/define.php?term=queerplatonic

    http://angrrygirl.blogspot.fr/2015/07/cest-quoi-le-queerplatonique.html

     

     

    Amatonormativité et arophobie :

    http://everydayfeminism.com/2016/04/amatonormativity-expectations/ 

    https://thethinkingasexual.wordpress.com/2015/05/22/take-off-those-romance-colored-glasses/

    https://thethinkingasexual.wordpress.com/tag/amatonormativity/ 

     

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    14 commentaires
  • On définit en général la polyamorie ou le polyamour comme étant la possibilité de relations non-exclusives éthiques et consensuelles i.e. relationner avec plusieurs personnes à la fois, c’est à dire que toustes les partenaires doivent être au courant et consentant-e-s. Tromper un-e partenaire n’est donc pas de la polyamorie car ça n’est pas éthique ni consensuel. Au contraire, le monoamour est un terme décrit une relation exclusive (relationner avec une seule personne à la fois).

     

    Le terme polyamorie est un terme parapluie rassemblant une multitude de relations différentes. Les relations concernées peuvent être sexuelles et/ou romantiques et/ou quasi-platoniques et/ou platoniques etc. On peut donc être asexuel-le, aromantique et polyamoureuxe. Il y a autant de formes de polyamour que de personnes polyamoureuses. Quelques exemples de polyamour :

     

    -       Les relations polyfidèles : un groupe de personnes entretien des relations les unes avec les autres mais pas en dehors du groupe. Par exemple un trouple (comme un couple mais avec trois personnes).

    -       Une personne entretien des relations avec plusieurs personnes qui n’entretiennent pas elles-mêmes des relations entre elles (par exemple, un V : A entretien une relation avec B qui entretien une relation avec C).

    -       L’anarchie relationnelle : rejette la hiérarchisation entre les partenaires et les types de relations

    -       ...

     

    J’ai lu des débats houleux au sujet des polyamoureuxes. Font-iels partie de la communauté ITOo ? Sont-iels oppressé-e-s ? Est-ce que la « polyphobie » ça existe vraiment ?

     

     

    1.    Mononormativité, invisibilisation de la polyamorie et polyphobie

     

    Ce n’est pas un scoop que LE modèle de relation dans notre société est une relation hétéro romantico-sexuelle et monoamoureuse. Le mariage lui-même est une institution absolument monogame. Cette norme mono est profondément enracinée dans nos crânes, on nous la fait bouffer dès le berceau. Dès notre plus jeune âge, on nous fait rêver avec l’histoire du prince charmant et de sa princesse en détresse, on nous vend le coup de foudre, on nous rebat les oreilles de l’âme sœur… On nous fait croire qu’un jour on trouvera LA bonne personne. On nous demande si on a UN-E copaine (pas des, UN-E). Bref, on nous rabâche la mononorme sans arrêt. Histoires pour enfant : mono. Romans d’amour : mono ! Comédie romantique : mono !! Film dont les personnages sont non-humains : mono !!! Mono, mono, mono partout !!!! Et la cerise sur le gâteau, c’est l’arc narratif bien trop célèbre du triangle amoureux. Aaaah, le triangle amoureux. L’âme torturée de l’héro-ïne fera vibrer les spectateurices pendant 8 saisons jusqu’à l’happy end où iel fera le BON choix. On aura même des communautés de fan qui « ship » un couple plutôt que l’autre. Les Delena face aux Stelena (comprendra qui comprendra). Si le triangle amoureux a autant de succès, ce n’est pas un hasard. Le triangle amoureux consacre la mononormativité. « Regardez, vous devez en choisir un-e, il n’y a pas d’autres issues possibles. Sinon, vous êtes une mauvaise personne, vous faites souffrir les autres. » D’ailleurs, voyez comme la mononormativité est entremêlée avec l’amatonormativité (norme dans laquelle les relations romantiques sont considérées comme supérieures aux autres et qui mène à l’arophobie i.e. l’oppression contre les personnes aromantiques).

     

    Les polyamoureuxes font-iels partie de la communauté LGBTQIAP+/ITOo ?

     

    Une série/film : *a un triangle amoureux*

    Moi : *en chantant* POLYAMORIE POLYAMORIE POLYAMORIE POLYAMORIE

     

    On nous vend l’idée que l’amour romantique est une ressource limitée, que si on aime une autre personne alors forcément on aime plus la première ou la première n’était pas « assez », etc. Bref, l’instauration de cette mononorme s’accompagne de l’oppression des personnes ne s’y conformant pas :

     

    ð Les relations polyamoureuses sont totalement invisibilisées et effacées de manière systémique au profit d’une mononorme. Ce type de mécanisme est toujours synonyme d’oppression.

     

    ð Les personnes polyamoureuses sont rendues anormales, leurs identités sont niées et on essaye de les forcer à se conformer à la mononorme : « tu dois choisir, tu fais souffrir les gens, tu profites des autres, t’as un problème, tu trouveras la bonne personne un jour tu verras, tu peux pas aimer plusieurs personnes à la fois, si tu couches avec plusieurs personnes t’es une pute », et j’en passe. Les personnes poly en viennent parfois à croire que c’est vrai et s’en veulent à elles-mêmes d’être qui elles sont, ce qui est synonyme d’oppression interiorisée ; c’est un phénomène qui s’observe dans le cas de toutes les oppressions. A tel point qu’elles essayent parfois pendant des années de se conformer à des relations mono dans lesquelles elles sont malheureuses (tout comme on peut être homo et essayer de se conformer à une relation hétéro dans laquelle on est malheureuxe).

     

    ð Quand on est poly, on doit faire un coming-out et même expliquer ce que ça veut dire, sinon les autres te collent l’étiquette mono par défaut puisque c’est la norme. Quand on doit faire un coming-out, c’est déjà mauvais signe, ça indique qu’on vit une oppression. Ne pas avoir à faire de coming-out, est en effet un privilège.

     

     

    ð Les coming-out poly ne se passent pas toujours bien, certaines personnes ont de mauvaises réactions. Il est difficile ou impossible d’arriver à une réunion familiale ou entre ami-e-s en leur présentant plusieurs personnes. Certain-e-s poly ne peuvent même pas en parler à leurs parents et doivent cacher leurs relations. Etre forcé•e de rester dans le placard, ça aussi c’est mauvais signe et indique qu’il y a une oppression en jeu.

     

    ð 

     

    On a déjà BEAUCOUP d’éléments indiquant que les personnes poly vivent une oppression systémique, qu’on appellera la polyphobie. Pour ne rien arranger, les poly n’ont pas les mêmes droits que les autres, ce qui ne fait que confirmer ce qu’on savait déjà : la polyphobie existe et est une vraie oppression systémique.

     

     

    2.    Les polyfamilles n’ont pas accès aux mêmes droits

     

    a)    L’accès au mariage

     

    Les poly n’ont pas le même accès au mariage. En effet, on ne peut légalement être marié•e qu’à une seule personne. A cela, certaines personnes ont objecté que les poly peuvent se marier à une personne donc ne subissent pas d’oppression par rapport à ça. Seulement, les homos aussi pouvaient se marier à une personne du « sexe opposé », pourtant la loi les discriminait tout de même vis-à-vis du mariage étant donné qu’un mariage hétéro ne convenait pas à leur orientation. C’est là toute la nuance entre équité et égalité. L’égalité c’est tout le monde à la même enseigne même si cela discrimine certain-e-s, alors que l’équité c’est permettre à tout le monde d’être dans une situation qui lui convienne et donc ne discriminer personne. C’est la même chose pour les poly. Si un mariage mono conviendra à une personne mono, ce n’est pas nécessairement le cas quand on est poly. Si on a deux conjoint-e-s par exemple, le fait que seul-e l’un-e des deux puisse être reconnu légalement est inéquitable.

    Dans le même style, seul-e les salaires de deux personnes sont pris en compte dans le dossier pour avoir un appartement, ce qui discrimine les poly qui vivent à plus de deux et dont l’ensemble des salaires aurait été suffisant pour avoir l’appartement (cf. image ci-dessous).

    Sans compter qu’on ne peut même pas inscrire sur Facebook qu’on a plusieurs relations…

     

     

    Les polyamoureuxes font-iels partie de la communauté LGBTQIAP+/ITOo ?

    Dans la 1ère image, on suppose que tout le monde va bénéficier du même support. Iels sont traité-e-s également.

    Dans la 2e image, on donne aux individus des supports différents pour qu’iels aient un accès égal au match. Iels sont traité-e-s équitablement.

    Dans la 3e image, toustes les 3 peuvent voir le match sans support ni aménagement car la cause de l’inéquité a été traitée. La barrière systémique a été enlevée.

    Traduction depuis l'anglais, source où j'ai trouvé l'image : ici

     

     

    b)   La polyparentalité

     

    Légalement, on ne peut pas avoir plus de deux parents ce qui discrimine largement les polyfamilles. Si l’enfant est élevé•e par trois parents par exemple, légalement iel n’a que deux parents. En conséquence de quoi, li troisième parent ne peut pas être responsable de san enfant. Iel ne pourra même pas signer le carnet de correspondance ou l’autorisation de sortie au musée avec l’école. Et encore, ce n’est qu’un exemple mais il y en a des milliards d’autres.

     

    Les polyamoureuxes font-iels partie de la communauté LGBTQIAP+/ITOo ?

    La bannière polyamoureuse à la Marche des Fiertés 2016 :

    "Ma famille c'est tous mes parents. Polyfamilles.fr, l'asso des familles composées"

     

    On accuse aussi les polyfamilles d’être un mauvais exemple pour les enfants, que ça va les déséquilibrer parce que ça dénature la cellule familiale… ça a des relents de la manif pour tous sur l’homoparentalité tiens.

    Vous pouvez lire ici le témoignage d’une personne qui a grandit dans une polyfamille et qui a un jour reçu les services sociaux car a été dénoncée pour maltraitance : Elevé par des parents polyamoureux

     

    Les polyamoureuxes font-iels partie de la communauté LGBTQIAP+/ITOo ?

    Traduction depuis l'anglais, source : http://everydayfeminism.com/2015/09/non-monogamy-options/

      

     

    3.    Etre polyamoureuxe n’est pas un choix, c’est une orientation relationnelle

     

    J’entends souvent qu’être poly est un choix.

     

    Premièrement, je crois qu’il y a une constante confusion entre la « mise en pratique » du polyamour (c’est à dire le fait de s’engager effectivement dans des relations non-exclusives éthiques et consensuelles) et le fait d’être polyamoureuxe. Si les poly ont eu besoin de s’engager dans ce type de relations alors même qu’elles ne sont pas la norme (cf. point 1), ce n’était pas pour s’amuser ou se donner un style, vous pensez bien. Personne ne choisi d’être oppressé-e, en général c’est pas une « activité » trop « sympathique » voyez... Ce sont des personnes qui ne sont pas adaptées à des relations monoamoureuses. Elles n’ont pas choisi d’être polyamoureuses. C’est en tout cas ce qu’expliquent la grande majorité des polyamoureuxes. S’il y a effectivement le choix de s’engager dans les faits dans des relations polyamoureuses, le besoin sous-jacent lui n’a pas été choisi. On peut être poly et choisir d’être dans une relation monoamoureuse.

     

    Finalement, c’est comme avec toute orientation. On peut être lesbienne et relationner avec des hommes. On peut être lesbienne et ne relationner avec personne. On peut être lesbienne et relationner avec des femmes. L’orientation décrit nos attirances, pas nos actes ni nos pratiques. C’est pour cela que dans le cas du polyamour, on parle d’orientation relationnelle. Il y a les orientations sexuelles qui décrivent nos attirances sexuelles, les orientations romantiques qui décrivent nos attirances romantiques et les orientations relationnelles qui décrivent si on est exclusifves ou non. Il y a des personnes adaptées aux relations monoamoureuses, des personnes adaptées aux relations polyamoureuses et probablement des personnes adaptées aussi bien aux unes qu’aux autres.

     

    Dans cette vidéo (non sous-titrée en français malheureusement), Jenna fait son coming-out poly.

    "Ma plus grosse peur est de ne pas être prise au sérieux. C'est pour moi 10 fois plus dur que de sortir du placard en tant que gay. (...) Je ne suis pas encore fière de qui je suis et je voudrais y arriver. (...) J'ai juste peur mais ça me fait vraiment du bien de le dire et d'en parler."

    Elle explique qu’elle a eu beaucoup de mal à accepter qu'elle est poly et elle finit même par pleurer. Elle explique comment sa façon naturelle de fonctionner et de penser ses relations ne se conforme pas à la norme mono. Ce n’est clairement pas un choix pour elle, mais une orientation relationnelle !

      

    Certaines personnes pensent qu’en déconstruisant la mononormativité, tout le monde deviendrait poly. S’il est vrai que beaucoup de normes sur l’amour et la jalousie sont internalisées depuis l’enfance et sont une barrière au polyamour, je ne pense pas que TOUT le monde soit « au fond polyamoureuxe », même après avoir déconstruit ces normes. L’humain est un être complexe et l’humanité comporte une grande diversité des profils. Il me paraît naturel que tout le monde ne relationne pas de la même façon. C’est exactement pareil que pour l’hétéronormativité : ce n’est pas en la déconstruisant que tout le monde va devenir pan d’un coup de baguette magique (c’te blague !) D’ailleurs, ça n’a pas d’intérêt en soi, tout le monde est différent et ce n’est pas la différence le problème, mais la façon dont la société la traite ; la différence est au contraire une source de richesse.

     

    Etre poly n’est donc pas un choix pour la plupart des gens ! Il y a quand même des personnes poly qui décrivent cela comme un choix, mais peut être qu’elles sont en fait autant adaptées aux relations mono qu’aux relations poly. Et encore, elles n’ont pas choisi d’être adaptées aux deux. Est-ce qu’une personne bi ou pan choisi son orientation ? Non. Sincèrement, je ne pense pas qu’une personne fondamentalement mono puisse faire le choix d’être poly dans la pratique ou alors elle ne tiendra pas très longtemps dans ce type de relations.* Puis il y a quand même quelques  "faux poly" - car ont des pratiques non éthiques et non consensuelles.

     

     

    * Note : je parle de personnes mono qui tenteraient d'avoir plusieurs relations et non pas de personnes mono dites polyacceptantes c'est à dire qui ont une relation avec un-e partenaire poly ayant ellui-même plusieurs relations (ce 2e cas peut très bien fonctionner).  

     

    Conclusion

     

    Il est évident que l’on observe la présence d’une mononorme et que la communauté poly fait face à une oppression systémique : la polyphobie. De plus, être poly est une orientation relationnelle donc on a une orientation opprimée. Les polyamoureuxes font donc partie de la communauté MOGAI (ou LGBTQIAP+, peu importe quel nom vous lui donnez). Arrêtez de les exclure !

       

     

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    Orientation relationnelle : par analogie avec les orientations sexuelles et romantiques, l’orientation relationnelle décrit le fait d’être adapté’e aux relations exclusives/mono, aux relations non-exclusives/poly ou les deux.

     

    J’ai entendu plusieurs poly dire des choses comme « l’exclusivité c’est toxique » et imputer la jalousie, la possession et l’interdit aux relations exlusives/mono. Ce discours récurrent résulte en fait, selon moi, d’une confusion regrettable entre mononorme et monoamour. Et c’est ce dont je veux parler dans cet article.

    Alors, je vais tout de suite commencer par mettre les choses au clair : je ne dis pas monogamie mais monoamour/monoamorie. Si on dit polyamour (ou polyamorie), on devrait dire monoamour (ou monoamorie), question de logique. De plus, le terme monogamie ne fait, je crois, qu’accentuer la confusion dont je vais parler.

     

    1.    Quelle est la différence entre mononorme et monoamorie ?

     

    La mononorme, c’est un système d’oppression qui instaure le fait d’être mono comme la norme de laquelle on ne doit pas s’écarter. Alors que la monoamorie, c’est juste le fait d’être mono. La mononorme, elle, vient avec tout un « package » de stéréotypes et comportements toxiques : l’interdit et la possession par exemple.

    Prenons un exemple pour comparer : le cissexisme, c’est un système d’oppression qui instaure le fait d’être cis (= non trans) comme la norme de laquelle on ne doit pas s’écarter et ce cissexisme instaure tout un tas de stéréotypes relatifs au genre. De la même manière que quand on est un mec cis on n’est pas par essence la masculinité toxique, la monoamorie n’est pas par essence non-éthique et non-consensuelle !

    D’ailleurs, être poly ne vaccine pas contre la jalousie. S’il y a bien un truc que j’ai appris dernièrement, c’est que la « personne poly parfaite » n’existe pas (question sous-jacente : aspirer à cet idéal est-il souhaitable de toute façon, ou vaut-il mieux accepter que la perfection est inateignable et apprendre à gérer ses émotions ?)

     

    2.    Pourquoi parle-t-on de polyamorie éthique et consensuelle ?

     

    On souligne souvent le fait que la polyamorie doit être éthique et consensuelle (parce que vaut mieux être très explicites et préciser, sait-on jamais). On croit souvent que ça sous-entend que la monoamorie ne l’est pas… erreur ! C’est la mononorme qui ne l’est pas.

    Vous me direz que si on a besoin de préciser que la polyamorie doit être éthique et consensuelle, c’est qu’il y a bien un problème récurrent de non-éthique et non-consensualité dans la monoamorie. Oui c’est vrai. Souvent, les gens s’engagent dans une relation sans discuter ce qu’elle implique et reproduisent des schémas qui peuvent s’avérer toxiques.

    Mais ça c’est la faute de la mononorme que l’on applique aux relations, pas de la monoamorie par essence. Pourquoi ? Parce que dans un système oppressif, imposer des normes que l’on est conditionné-e-s pour appliquer permet de maintenir le système (sinon ça se casserait la gueule en deux secondes si les gens étaient en fait libres de se définir). Donc forcément, les poly, ceuxe qui sortent de la mononorme, on été amené-e-s à y réfléchir plus en détails et sont plus susceptibles d’appliquer l’éthique et la consensualité à leurs relations que les mono qui n’ont peut-être pas eu l’occassion d’être sensibilisé-e-s à ces questions.

    Mais par essence, la monoamorie n’est pas moins éthique et consensuelle que la polyamorie : si deux personnes qui entrent en relation discutent de ce que ça veut dire pour elles, se mettent d’accord sur le fonctionnement de cette relation et prennent la décision ensemble d’être exclusives, alors ce n’est pas moins éthique ni moins consensuel que dans le cadre de la polyamorie !

    Finalement, parler de polyamorie éthique et consensuelle, c’est presqu’un pléonasme, sachant que tout schéma de relation devrait être éthique et consensuel et que la monoamorie ne l’est pas moins que la polyamorie.

     

    3.    Quelques exemples concrets pour comprendre

     

    Situation A : Jeanne et Loïs sont en relation exclusive par défaut et n’ont jamais discuté du fonctionnement de la relation ni ce que le mot « copin’e » impliquait pour euxe. Leur relation fonctionne donc sur l’implicite mononormé, et ce indépendamment de leur orientation relationnelle respective (qu’iels soient monoamoureuxe ou polyamoureuxe dans le placard). On n’est pas en situation d’éthique consensuelle, mais dans une situation normative.

     

    Situation B : Sacha et Gwen sont en relation exclusive et ont discuté de ce que ça impliquait pour euxe. Chacun-e a consenti au fonctionnement de la relation. Leur relation monoamoureuse fonctionne donc de manière éthique et consensuelle.

    Au niveau de leurs orientations relationnelles, on peut avoir :      

           - un’e partenaire ou les deux strictement mono ;

    -      - un’e partenaire ou les deux poly-flexibles (c’est à dire autant adapté’e aux relations mono que poly).

     

    Situation C : Alexis et Jean sont en relation non-exclusive et ont discuté de ce que ça impliquait pour euxe. Chacun-e a consenti au fonctionnement de la relation. Leur relation polyamoureuse fonctionne donc de manière éthique et consensuelle.

    Au niveau de leurs orientations relationnelles, on peut avoir :

    -      - un’e partenaire ou les deux poly-flexibles ;

    -      - un’e partenaire ou les deux poly-stricts (c’est à dire uniquement adapté’e aux relations poly) ;

    -     - un’e partenaire sur les deux mono mais poly-acceptant’e (c’est à dire qui ne souhaite pas d’autres relations mais consent à ce que son partenaire en aie).

     

    4.    Donc la polyamorie est une orientation relationnelle ou un choix ?

     

    Sur cette confusion entre mononorme et monoamour s’est construit aussi une confusion par répercution entre « orientation relationnelle » et « choix » à mon humble avis. Pour les personnes qui m’ont parlé de choix, le terme «  philosophie de vie » a été employé. Pourtant, il leur était inenvisageable de se retrouver dans une relation mono. Peut-on vraiment parler de choix si rien que l’idée d’une relation mono vous donne de l’urticaire ? C’est une vraie question de ma part. Pour pouvoir y répondre, je pense qu’il est nécessaire d’arriver à faire la différence entre mononorme et monoamour. Car lorsqu’on me dit « je ne peux pas être en relation mono car ce sont des relations possessives et toxiques », ça revient à dire « je ne suis pas une fille car je n’aime pas l’injonction à me maquiller ». L’injonction à se maquiller n’est pas intrinsèquement liée au fait d’être une fille, pas plus que la toxicité n’est intrinsèquement liée aux relations mono. Je pense que si votre argumentaire sur votre philosphie de vie poly ou choix poly repose sur la mononorme plutôt que sur le monoamour, c’est un argumentaire dont le postulat est faux depuis le départ… Comprenez moi bien, je ne vous dis pas d’identifier votre polyamour comme une orientation relationnelle si pour vous c’est un choix, ça c’est à vous de voir ; j’essaye simplement d’offrir des pistes de réflexions parce qu’à mon sens, on part sur des confusions qui font qu’on obtient des discours erronés.

     

    Et puis il y a aussi la constante confusion entre la pratique de relations poly et l’orientation relationnelle poly, dont je parlais déjà dans cet article.

    Par ailleurs, on a évidemment une source de confusion possible avec le sens qu’on attribue aux mots « choix », « orientation relationnelle », « éthique » etc. Là, il y a de quoi faire une thèse de philo, c’est certain ^^

    Une remarque sur le terme « éthique » qui semble avoir une définition différente pour tout le monde. Une personne poly me disait s’interroger sur l’éthique du monoamour de manière générale car même un contrat est consensuel, il peut ne pas être éthique. Dans le cadre des questions sur la polyamorie, la réponse est souvent « ça dépend ». Ben oui, si une personne est fondamentalement mono, heureuse comme ça et ne serait pas poly même si la mononorme n’existait pas, un tel « contrat d’exclusivité » est alors éthique pour elle. Il y a d’ailleurs des structures polyfidèles sous formes de relations de groupe où on reste exclusifves au sein du groupe. Par exemple, un trouple est l’équivalent du couple mais à 3. En quoi le contrat à 3 est-il plus éthique que le contrat à 2 ? Si non, un contrat à 4 est-il plus éthique qu’un contrat à 3 ou à 2 ? Si non, un contrat à 5 est-il plus éthique qu’un contrat à 4, 3 ou 2 ? Etc. Il faudrait avoir une infinité de partenaires pour que ça soit éthique du coup ? Donc, la polyfidélité n’est pas éthique selon vous ? Il y a de toute façon une forme de contrat dans tout type de relation, sauf peut être dans certaines formes d’anarchies relationnelles (et encore…) De plus un contrat n’est pas figé et définitif mais peut être réévalué au cours du temps. Le monoamour c’est plus « on a envie d’être rien que toustes les deux, de se réserver ça » plutôt que « reste uniquement avec moi ». C’est plus « on a envie de faire un gâteau ensemble rien que nous deux » plutôt que « fait un gâteau rien qu’avec moi ». C’est toute la nuance entre l’injonction à la relation mono et l’envie mutuelle d’une relation mono, entre le contrôle de l’autre et l'envie consensuelle et partagée.

    De toute façon, la dichotomie mono/poly est articifielle et résulte de la mononorme. On est par contre obligé d’utiliser ces étiquettes pour déconstruire cette norme.

     

    5.    Conclusion : discuter de l’éthique et la consensualité appliquées à tout types de relations est essentiel

     

    Bon la conclusion de tout ça, c’est qu’il faut travailler à rendre nos relations éthiques et consensuelles qu’elles soient mono ou poly pour déconstruire cette mononorme. Ce qui implique de (non-exhaustif) :

     

    -       - obtenir le consentement de chacunes des personnes impliquées ;

    -      - discuter de comment on étiquette – ou pas – la/les relation(s) (partenaires ? couples ? copin-e-s ? etc.) et de ce que cette éthiquette signifie pour les personnes impliquées ;

    -       - discuter et se mettre d’accord sur la façon dont la relation fonctionne ;

    -     - réévaluer et redéfinir le fonctionnement de la relation en court de route si besoin est car une relation n’est pas quelque chose de figée et les envies et besoins peuvent être fluides ;

    -       - communiquer sur les besoins et attentes de chacun’e’s et éviter les non-dits ;

    -       - etc.

     

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