• Parlons règles !

    [Avertissement : règles/cycle menstruel, mention des parties génitales, mention de dysphorie de genre, mention de cissexisme]

     

    Bonjour à toustes,

     

    on trouve rarement du contenu qui aborde les règles de façon inclusive. Et bien, je suis là pour y remédier ! Je vais commencer par une petite introduction avec des rappels de base si jamais c’est le premier article que vous lisez sur mon blog ;) Ensuite, je ferai un petit topo sur le manque d’inclusivité, puis je vais raconter mon parcours par rapport à mes règles. J’imagine que je ferai d’autres articles à ce sujet car c’est vaste !

     

    1.    Petite introduction si c’est le premier article que vous lisez sur mon blog

     

    ·      Le genre est une identité sociale, il n’est pas physique, c’est un ressenti.

    ·      A la naissance, on assigne un genre aux bébés en fonction de leurs organes génitaux. En France, on assigne les genres « fille » et « garçon ». On dit que notre système de genre est binaire.

    ·     Une personne cisgenre (ou cis) est une personne dont le genre correspond à celui qui lui a été assigné à la naissance (emploi : « fille cis », « garçon cis »).

    ·      Une personne transgenre (ou trans) est une personne qui n’est pas du genre qui lui a été assigné à la naissance.

    ·      Il existe des femmes trans (des femmes qui ont été assignées hommes à la naissance), des hommes trans (des hommes qui ont été assignés femmes à la naissance), et des personnes non-binaires (des personnes qui ont été assignées femme ou homme à la naissance mais dont le genre n’est ni l’un ni l’autre).

    ·    Il existe beaucoup de genres non-binaires. Quelques exemples : certaines personnes ont un genre neutre (neutrois), ont deux genres (bigenres), ont un genre présentant à la fois des caractéristiques masculines et féminines (androgynes), n’ont pas de genre (agenres), etc.

    ·    Le cissexisme, c’est le système social oppressif qui établit le fait d’être cis comme la normalité. Ainsi, les personnes trans sont souvent invisibilisées et invalidées dans leurs identités de genres, et subissent des violences (transphobie).

    ·     La dysphorie de genre est un sentiment d’inconfort, d’anxiété voire de dépression lié au fait de ne pas être perçu par la société comme son vrai genre.

    ·     Transitionner, c’est le parcours que fait une personne trans pour vivre dans son vrai genre. Cela peut impliquer des changements sociaux (prénom, pronoms, garde-robe) et/ou physiques. Chaque personne trans a des besoins différents et un parcours propre.

    ·    L’inclusivité, dans le contexte de cet article, c’est le fait de prendre en compte la diversité des genres et l’existence des personnes trans.

     

    Si vous souhaitez aller plus loin dans ces notions, je vous conseille évidemment de lire le reste du blog qui explique tout cela beaucoup plus en détail ;)

     

    Si vous avez bien tout suivi jusque là, le genre n’étant pas physique, le fait d’avoir ses règles ou non n’a pas de rapport avec le fait d’être une fille ou non. Il existe des hommes et des personnes non-binaires qui ont leurs règles, tout comme il existe des filles qui ne les ont pas !

     

    2.    Le manque d’inclusivité

     

    ü  Les personnes trans ne sont pas représentées

     

    Il suffit de regarder un peu du côté des protections hygiéniques pour se rendre compte que tout est ciblé pour les filles cis. Du nom de la marque « Nana » aux pubs où les seules concernées semblent être les femmes cis.

     

    La société fait déjà passer des messages négatifs en entourant les règles d’un tabou social et en plus, les personnes trans n’ont aucune représentation, ce qui est très problématique. Les règles, c’est rarement une partie de bonheur, mais il faut dire que le climat social qui les entoure ne contribue pas à se sentir à l’aise avec. Lorsqu’on est trans, ça se complique encore plus étant donné que la société nous envoie le message que les règles « c’est un truc de fille » ce qui peut contribuer à créer un mal être lié aux règles (dysphorie de genre).

     

    ü  Que peut-on faire pour remédier à ces problèmes ?

     

    Il faut impérativement lever le tabou social autour des règles et créer une représentation pour les personnes trans. Là où l’enjeu se complique c’est qu’il faut faire passer un message qui normalise les règles mais sans injonction à le vivre bien. J’ai déjà vu des féministes cis essayer de lever le tabou autour des règles mais elles faisaient ça très mal parce que ça se transformait en injonction à "kiffer" son cycle menstruel, ce qui est très problématique notamment pour les personnes trans qui souffrent de dysphorie par rapport à ça. Et reconnaître la souffrance qu’entraîne chez certaines personnes trans la façon dont la société cissexiste genre les fonctions corporelles est déjà un premier pas vers l’inclusivité. De plus, l’injonction à aimer ses règles est aussi problématique dans le cadre du trouble dysphorique prémenstruel qui peut être assez violent (je vous laisse aller lire l’article que mon ami-e à écrit à ce sujet).

      

    ü  En pratique, que faire pour les personnes trans ?

     

    - Inclure des personnes trans dans les campagnes de pub pour les protections hygiéniques (un exemple ici chez Thinx).

    -  Prendre en compte leurs besoins spécifiques : par exemple, les personnes trans ne peuvent pas toujours se changer aussi souvent qu’une personne cis car les toilettes genrées peuvent être un endroit où elles ne sont pas en sécurité. De plus, dans les toilettes hommes, il n’y a pas de poubelles pour jeter ses protections hygiéniques, rajoutez-en !

    -  Utiliser un langage inclusif : « personnes réglées ».

     

    Parlons règles !

     

    3.    Mes règles et moi

     

    ü  Dysphorie ?

     

    Parlons un peu de moi à présent. Je suis donc une personne transgenre non-binaire. J’utilise le terme fim pour parler de moi, qui est formé à partir de la racine « fi » de fille/fils et l’ajout d’un « m » neutre. Je suis un fim et comme vous l’aurez sûrement compris, j’ai un cycle menstruel. Je n’éprouve pas de dysphorie de genre liée à mes règles, et je m’estime chanceuxe. Je l’ai toujours vécu comme une fonction corporelle, sans plus.

     

    En revanche, j’ai eu pendant de longues années, un « syndrome prémenstruel » très fort, que je pense avoir été un trouble dysphorique prémenstruel. C’est à dire que j’étais très déprimé, fatigué, émotionnellement chamboulé, incapable de fonctionner correctement durant quelques jours… Etrangement, tout ceci a fortement diminué, voire disparu (mais je ne veux pas crier victoire trop vite), depuis que j’ai commencé à transitionner ! Je n’y vois pas qu’une simple coïncidence…

     

    ü  Mon histoire avec les protections hygiéniques

     

    J’ai eu mes règles un peu avant 11 ans, durant l’été avant mon entrée en 6e (J'ai maintenant 22 ans). J’ai commencé par porter des serviettes hygiéniques. Vers 14 ans, j’ai essayé les tampons parce que j’étais en colonie de vacances et je devais aller faire des sports d’eau. C’était une assez mauvaise expérience (j’ai trouvé ça très inconfortable !) et je n’ai jamais retenté les tampons, jusqu’à mes 18 ans. A 18 ans, j’ai commencé à ne plus supporter les serviettes hygiéniques. Ca pue, ça colle, ça gratte, excusez-moi des détails, mais c’est beurk beurk. Donc je me suis mis aux tampons, faute de connaître une meilleure alternative. Sauf que ça m’asséchait beaucoup les parois du vagin (dû au coton - plein de produits chimiques - qui absorbe les sécrétions vaginales). Le dernier jour, je mettais un protège slip pour éviter de porter des tampons trop longtemps. Mais je supportais plus non plus les protèges slip. Ca m’irritait énormément les muqueuses. Bref, tout ça c’était beurk beurk (« beurk beurk » est ma nouvelle expression préférée ouais, c’est très littéraire je sais ahah).

     

    Bref, durant le printemps 2014, une amie m’a parlé de la coupe menstruelle (« cup » en anglais). C’est une petite coupe en silicone qui s’insère dans le vagin et recueille le sang des menstruations. Elle se stérilise dans l’eau bouillante pendant 5 minutes au début des règles, puis doit être vidée toutes les 12 heures au maximum et nettoyée à l’eau claire (tiède/froide) du robinet avant d’être réinsérée. A la fin des règles, elle se stérilise de nouveau pour être stockée propre et se range dans une petite pochette en tissu. Elle coute entre 15 et 40 euros selon les marques et dure 10 ans. Les avantages qui m’ont séduit pour passer à la cup :

     

    -   c’est hygiénique car on tue les microorganismes dans l’eau bouillante et les seuls microbes qui seront ensuite présents sur la coupe seront ceux naturellement présents dans le vagin (= flore vaginale). Ce sont des « bons microbes » qui aident à garder le vagin en bonne santé. La cup n’absorbe pas les sécrétions qui protègent le vagin et évite son assèchement. Elle ne contient pas de produits chimiques. Bref, la cup est très hygiénique et évite tout risque de développer des mycoses à répétition (ou pire), d’avoir le vagin irrité après ses règles, et autres désagréments dus aux tampons et serviettes jetables.

    -   c’est économique : 15 euros pour 10 ans, c’est une sacré économie ! Puis ça vous évite d’avoir des stocks immenses de serviettes ou de retourner en acheter tous les mois.

    -   c’est écologique : on ne jette plus rien dans la poubelle !

    -   c’est confortable : on ne la sent pas du tout, on peut se changer uniquement chez soi le matin et le soir (on évite la corvée des toilettes de la fac dégueulasses…), il n’y pas de fuites si elle est bien mise.

     

    Bref, j’ai craqué direct pour la cup ! (J'ai pris la marque Fleurcup). Je ferais un article plus détaillé à ce sujet. ;) Donc voilà, ça fait 1 an et demi que je l’utilise et je suis ravi. J’aimerai tout de même tester les sous-vêtements absorbants de chez Thinx, je me dis que ça peut être cool pour la fin des règles quand on a la flemme de mettre la cup. Et puis pour une fois que y’a quelque chose d’inclusif, j’ai envie d’essayer !

     

    Il existe aussi des serviettes lavables en tissu comme alternative aux protections hygiéniques en coton chimique, ou alors carrément le flux instinctif libre (que j’ai aussi envie d’essayer, oui je veux TOUT essayer XD). Je vous laisse lire cet article au sujet du flux instinctif libre (en gros, il s’agit d’aller aux toilettes laisser s’écouler le flux plutôt que d’utiliser une protection, étant donné que le sang ne coule pas en continu). Donc en fait, il existe pleins d’alternatives possibles si les tampons et les serviettes en coton chimique ne vous conviennent pas ; malheureusement on en n’entend pas assez parler.

     

    Bon, cet article étant déjà assez long, je vais éviter de le prolonger sur un roman entier bien qu’il y aurait tant à dire sur le sujet ! ;)

     

    Bisous pailletés !

     

    - UESG

     

    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    Fay
    Mercredi 11 Mai 2016 à 19:53
    Bonjour ! J'ai trouvé ton article très intéressant j'avoue être tombée sur ton blog plus ou moins par hasard je me pensais bi je ne suis plus trop sûre du coup :) je n'avais jamais pris conscience qu'il y avait autant de possibilités aux niveaux du genre je ne m'étais d'ailleurs jamais posée la question de la manière dans les transsexuels aimeraient ou devraient se faire appeler. Bref merci :) je vais continuer de me renseigner en plus ça m'a rendue l'inspiration :)
      • Mercredi 11 Mai 2016 à 20:08

        Merci beaucoup ! Je suis heureux de t'avoir ouverts des portes et bonne lecture pour la suite alors ;)

        PS : comme tu pourras sûrement le lire d'autres de mes articles, "transsexuels" est un terme à éviter, il vaut mieux dire "trans" ou "transgenre" :)

    2
    Fay
    Mercredi 11 Mai 2016 à 21:01
    Ah d'accord je ne le savais pas je ferais attention en tour cas cest vraiment passionnant je trouve autant de terme de nouvelles manières de voir les choses...
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :