• PMA pour toustes : témoignages de personnes trans/non-binaires

     

    Je suis une personne trans non-binaire bi et un jour je souhaite porter un enfant. Pour l'instant je n'ai pas besoin directement de la PMA (Procréation Médicalement Assistée) sachant que je sors avec un homme cis et que nous pouvons donc a priori nous reproduire. Mais nous pourrions rencontrer des problèmes de fertilité ou je pourrais un jour sortir avec une personne avec laquelle je ne peux pas me reproduire. Dans ce cas, je souhaite que la PMA me soit ouverte sans conditions ni restrictions. C'est à dire que je sois seul, en couple ou en structure polyamoureuse. Quelque soit l'état de ma transition (si j'ai eu une mammectomie ou si j'ai pris de la testostérone). Quelque soit mon état civil, que j'aimerais changer pour X si ça existe un jour ou peut-être pour M faute de mieux. Quelque soit le genre de mon/mes partenaire(s). Je veux y avoir accès sans avoir à mentir sur mon genre, mon orientation ou ma situation relationnelle. Je veux y avoir accès sans subir de propos ou de comportements transphobes, biphobes, polyphobes...

    Si la PMA est ouverte pour une partie de la population alors elle doit l'être pour tout le monde. Je devrais avoir le droit de disposer de mon corps. Mes droits reproductifs sont importants. D'autant plus que la cisnormativité et le patriarcat contrôlent nos corps et nous en dépossèdent constamment. Jusqu'à très récemment on devait encore être stérilisé pour changer d'état civil en France et c'est toujours le cas dans plein de pays. Même sans obligation d'être stérilisé, on nous y pousse. On pousse en particulier les personnes trans sous testostérone à se faire retirer l'utérus (hysterectomie). Les personnes trans concernées par la grossesse sont également encore fortement stigmatisées.

     

    Pour toutes ces raisons, le sujet de la PMA pour toustes est important pour moi et je souhaitais recueillir les témoignages d'autres personnes trans/non-binaires pour qui c'est le cas. Le sujet est vaste, aussi l'article ne représentera très certainement pas toutes les situations possibles. J'ai personnellement trouvé les témoignages très intéressants et ils ont mit pour moi en lumière des situations que je connaissais mal moi-même. D’ailleurs, au delà des questions de transidentité et de genre, certains témoignages ont également permis de souligner des questions d’orientation – en particulier le cas des personnes des spectres asexuel (ace) et aromantique.

    Après cette longue introduction, je vous laisse donc avec les témoignages sans plus attendre.

     

    Alex, 31 ans, non-binaire et pan :

    « Je suis non binaire, en couple avec une femme trans.

    Nous ne pouvons pas avoir d'enfant naturellement, mais nous passons pour un couple cis hétéro aux yeux des inconnu'es, alors on nous a permis d'aller en PMA. Nous n'avions jusqu'à alors jamais été autant ramené'es à nos assignations de naissance.

     

    PMA rime avec examens à tout va, j'ai donc vu trouze-mille blouses blanches et vertes qui m'ont servi du Madame à toutes les sauces, avec en accompagnement une cis-hétéro-mono normativité à toute épreuve puisque la PMA était strictement réservée aux couples hétéros. (et cisgenre, cela va sans dire : on n'a d'ailleurs jamais parlé d'une autre possibilité).

    Les fâââmes font presque tout le boulot et doivent suivre leur "cycle féminin" pour y faire coller le traitement et les divers contrôles. Mais attention, ça sera difficile pour "Monsieur" également, car "il" va devoir patienter sans vous toucher ni se (faire) masturber X jours avant la date fatidique où "il" devra réaliser un spermogramme, et idem pour le jour de la ponction ovarienne.

    Le tout avec diverses explications encore sur la "fertilité féminine" et "masculine".

    Mais ça vaut le coup, hein, après vous serez enceinte, Madame, et vous verrez, l'accouchement est le plus beau jour de la vie d'une Femme !

     

    Résultat : j'ai dû, tout du long de la PMA puis de la grossesse (et encore après) me taire et sourire aux gens qui me prenaient pour une femme, hétéro qui plus est. Ne pas les contredire de peur de se faire éjecter (dossier déjà menacé par notre "jeune âge", 19 ans à l’époque) ou insulter, rejeter. Comme si la PMA n'était pas déjà assez éprouvante par elle-même. Et en prime je devais sourire car je vivais là "l'apothéose de la féminité"... »

     

     

    Ney, 22 ans, non-binaire, ace et demiromantique :

    « La PMA pour tous-tes est un droit important selon moi car dire le contraire c’est un peu comme dire que "liberté, égalité, fraternité" c’est des prunes. Même si je préférerais "adelphité" [terme neutre pour fraternité/sororité], mais bref. C'est une question de liberté (qui à ma connaissance n'empiète pas sur celle d'autrui) et d'égalité (les couples vus comme hétéros peuvent bien y accéder, eux). J’envisage également de donner mes ovocytes pour des gens ayant recours à la PMA, et j'aime pas trop l'idée que y'ait que certaines personnes qui puissent en profiter et pas d'autres.

     

    Je suis concerné-e par la PMA car comme je le disais, j'aimerais donner mes ovocytes – pour d'autres personnes, et éventuellement en garder pour moi. Si je prends de la testostérone cela pourrait peut-être me rendre stérile et si je veux des enfants je pourrais donc en avoir besoin. J'ai peur qu'on ne me laisse pas utiliser mes ovocytes si j'en ai mis de côté puis transitionné. Peut-être que même si je suis fertile j'en aurais besoin selon lea partenaire avec laequel-le je serai. Je suis aussi ace et demiro, ce qui risque de ne pas aider si je veux avoir un enfant par la méthode """naturelle""".

     

    Ce sujet me touche également par rapport à la cisnormativité et la transphobie car j’ai peur de ne pas avoir accès à la PMA en cas de transition, ou d'y avoir accès parce qu'on me prend pour une femme ou qu'on me pense dans une relation hétéro. »

     

     

    Cet enfant aurait pu naître par PMA si elle était ouverte aux hommes trans seuls. 

    PMA pour toustes : témoignages de personnes trans/non-binaires

    Page de l'artiste : Mikachu

     

    Texte de l'image :

    Le slogan dit : "Le nombre de parents, leur genre ou leur orientation n'a pas d'importance. / Il y a tant de parentalité ; célébrons-les."

    L'adolescent-e dit "Mon papa est trans et il m'a élevé tout seul."

     

    Description de l'image :

    Le fond est bleu clair.

    Le dessin représente 2 personnages.

    Un homme trans se tient debout les mains dans les poches de son pantalon noir. Il a le crâne rasé, une barbe, un gilet sans manche de costume et un noeud papillon rouge.

    Un-e adolescent-e se tient debout les mains dans les poches de sa veste noire ouverte sur un tee-shirt blanc sur lequel il y a écrit "VGN PWR" (pour vegan power). Iel a un petit bandana noir avec des têtes de morts autour du coup, des lunettes rondes et un bonnet rouge qui laisse ressortir quelques mèches châtains courtes. Son pantalon a des trous sur les genoux.

     

     

    Clara, 29 ans, non-binaire (MtF) et pansexuelle :

    « Je suis en couple avec ma compagne depuis 8 ans, dont 2 post-transition.

    Il est vraiment temps que ça change [les lois sur la PMA], c'est absurde. D'ailleurs c'est une des raisons pour lesquelles je n'ai jamais fait mon changement d'état civil (sexe). J'ai pu préserver ma fertilité en Belgique (en France on me l'a refusé...), mais je préfère éviter de changer le petit "M" parce que ça rendra la PMA très compliquée.

    Sans parler de la reconnaissance de mon propre enfant... Si je change le petit "M", va-t-on me laisser reconnaître mon enfant ? Pas sûr... Bref, en gardant le petit "M", je suis protégée...

    Malheureusement les femmes cis n'ont pas cette option. »

     

    Cet enfant aurait aussi pu naître par PMA si elle était ouverte aux couples polyamoureux de femmes – cis comme trans. Peut-être que le sperme vient d’un-e donneureuse ou de cette femme trans concernée.

    PMA pour toustes : témoignages de personnes trans/non-binaires

    Page de l'artiste : Mikachu

     

    Texte de l'image :

    Le slogan dit : "Le nombre de parents, leur genre ou leur orientation n'a pas d'importance. / Il y a tant de parentalité ; célébrons-les."

    L'enfant dit "J'ai trois mamans et l'une d'elles est transgenre."

     

    Description de l'image :

    Le fond est vert.

    Le dessin représente 4 personnages. Trois femmes adultes entourent un enfant d'une dizaine d'années. Les deux femmes sur les côtés ont une main posé sur l'épaule de l'enfant et la femme qui se tient derrière à ses deux mains posées sur les épaules de ses compagnes.

    La femme située à gauche est noire et porte des tresses de différentes couleurs (violettes, bleues et noires) relevé en queue de cheval. Elle porte une salopette-short bleue avec un tee-shirt rayé en dessous.

    La femme située au milieu a les cheveux noir, lisses et longs, porte un débardeur noir et un pantalon rouge.

    La femme a gauche est rousse aux yeux bleus, a les cheveux lâchés et mi-longs, elle est blanche, porte un pull beige et un pantalon large bleu foncé.

    L'enfant a les cheveux courts, est probablement métis, et porte un tee-shirt blanc avec un smiley dessiné dessus.

     

     

    Le témoignage suivant m’a été adressé par Pinky Boy sous forme de dessin dénonçant la transphobie, accompagné de ce texte :

    «"Sensationnel ! Regardez les photos de cet homme enceint !" comme quoi la visibilité a ses travers, et pourtant, il ne s'agit que d'un parent comme un autre. – Pinky Boy, 19 ans, garçon trans, content de l'être, et qui sait parent un jour. »

    PMA pour toustes : témoignages de personnes trans/non-binaires

     

    Description de l’image :

    Au centre du dessin se tient un homme châtain au cheveux court et qui a une petite moustache. Il porte un débardeur gris et semble avoir de la poitrine en dessous. Son ventre rond est découvert et il a ses mains posées dessus. Il semble baisser le regard sur son ventre avec amour. Il porte un pantacourt vert et pas de chaussures. Autour de lui il y a comme une auréole jaune. Il y a aussi des sortes de guillemets tout autour de sa tête (<) comme si les commentaires transphobes ricochaient sur lui et lui faisaient mal psychologiquement/physiquement. Autour de lui et sur l’extérieur du dessin on peut voir une sorte de gros nuage gris avec plein de commentaires transphobes dans des bulles :

    -       Quelle image…

    -       Un homme ne fait pas ça

    -       Le féminisme aujourd’hui

    -       Violons cette gouinasse

    -       Avorte !

    -       Lol !

    -       Dans quel monde on vit

    -       Moche

    -       Pauvre enfant

    -       Faut les brûler

    -       C’est une femme

    -       C’est pas possible

    -       Femme à barbe

    -       On ne peut pas vous recevoir monsieur, vous vous fichez de nous?

    -       C’est juste une femme dopée à la testostérone

    -       Tu n’es pas trans

    -       Quel intérêt ?

    -       Quel exemple !

    -       C’est un monstre !

    -       Pas les enfants !

    -       Merci Taubira !

    -       Ca va trop loin

    -       Erreur de la nature

    -       Indigne

     

    Pinky Boy a également témoigné pour le projet From the top down ici :

    https://fromthetopdown.tumblr.com/post/158186089605/pinky-boy-je-suis-un-garçon-et-mon-corps-est

     

     

    Anonyme, 21 ans, xénogenre, panromantique :

    « Pour moi la PMA est extrêmement importante, car elle bénéficie à des personnes qui, pour diverses raisons ne peuvent pas avoir d'enfant, alors qu'elles en veulent. Que ce soit une femme célibataire ne trouvant personne ou ne voulant personne, un couple deux de femmes/hommes ou un couple dont l'un des partenaires est infertile… tout être humain désirant un enfant devrait pouvoir avoir la chance d'en avoir et l'accès à la PMA ne devrait pas être sélectif ou restrictif.

    La PMA est susceptible de me concerner car mon partenaire actuel a le syndrome de Klinefelter* et qu'il y a de grande chance qu'il ne puisse pas avoir d'enfant par voie "normale" (les résultats ne sont pas encore tombés) et lui veut un enfant, peu importe la personne avec qui il l’a. Moi je ne veux un enfant que de lui. Alors c'est pas pour tout de suite mais si on décide d'en avoir on sera obligé-e-s de passer par la PMA. »

     

    *Lorsqu’une personne a des chromosomes XXY :

     https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_Klinefelter

     

     

    Oshean, 16 ans, genderfluid, panromantique et demisexuel :

    « Je ne souhaite pas avoir d'enfants, mais je milite pour la cause quand même. Pour moi, la PMA est importante pour tout le monde : pour les cishet comme pour les membres de la communauté LGBT+ (infertilité, personnes afab [assignées filles à la naissance] seules...)

    Les personnes trans/non-binaires peuvent aussi avoir envie d'un enfant, comme tout le monde. Les personnes ace sont également très  concernées; avoir un enfant venant des deux parents sans rapport sexuel est impossible sans la PMA. Comme quoi, la PMA n'est pas réservé qu'aux lesbiennes.

    En bref, tout le monde est concerné, les personnes afab, cis het ou non, seules ou accompagnées, et tout-es les conjoint-es aussi ! La science nous permet de le faire, alors pourquoi s'en priver ?

    Par rapport à l'adoption, je pense qu'elle peut être un bon moyen d'avoir un enfant également, mais beaucoup de personnes peuvent avoir envie de porter un enfant. Et puis, sans se leurrer, même en étant cishet il est très compliqué d'adopter.

     

    Sur le sujet du cissexisme et de la transphobie, je trouve dommage que la PMA soit une source de haine. J'ai déjà entendu quelqu'un déclarer qu'un homme trans souhaitant porter un enfant n'était pas vraiment trans, et qu'il y aurait des séquelles sur l'enfant...

    Le souci avec la PMA, c'est que les gens sont non-informés ou mal informés (et même dans notre propre communauté !), et de ce fait une incertitude se crée sur le sujet, et les personnes contre la PMA en profitent pour avoir la majorité.

    En bref, je suis pour la PMA, car elle peut aider de nombreuses personnes, les rendre heureuses; c'est une chose beaucoup plus importante qu'on ne le croit. J'aimerais vraiment qu'il y existe des campagnes d'informations sur la PMA, par exemple. De plus, cela pourrait vraiment aider à l'évolution des mentalités. »

     

    Je clos cet article avec ce dernier témoignage. Merci à toutes les personnes qui ont apporté leur pierre à l’édifice en m’écrivant. C’est toujours une bonne chose que d’entendre diverses histoires pour avoir une meilleure représentation J

     

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