• Pourquoi dire à une personne trans de « s’accepter telle qu’elle est » est transphobe

    [Avertissement : transphobie]

     

    Bonjour/bonsoir !

     

    Ne l’a-t-on pas tous.tes entendu ce fameux « Mais tu devrais t’accepter tel.le que tu es ! » ? La personne qui dit ça a peut-être l’impression d’être hyper tolérante car visiblement prête à accepter les gens pour ce qu’ils sont. La personne qui dit ça a peut-être également l’impression de donner le conseil ultime qui va changer votre vie. Alors, est-ce que ce fameux conseil révolutionnaire est-il effectivement la clé du bien-être et une belle leçon d’humanisme ? Bon, ben désolé de décevoir les personnes qui tiennent ce genre de discours mais… en fait nan, c’est tout le contraire. Décortiquons c’te histoire, voulez-vous.    

     

    Déjà, quel est le sens exact de cette phrase ? J’en vois deux possibles.

     

    1.    1. « Mais tu peux très bien être une fille masculine, tu devrais t’accepter tel.le que tu es »

     

    J’ai pris l’exemple pour les afab puisque je le suis, mais ça fonctionne aussi pour les amab.

    Je me demande si ce premier point n’est d’ailleurs pas d’autant plus vrai pour les personnes non-binaires puisque la non-binarité est perçu comme le phénomène de mode pour les adolescents en manque de reconnaissance sociale par certain.es.

     

    Dans ce premier cas, on nous dit gentiment qu’on n’a pas besoin de « vouloir être un garçon/non-binaire » et qu’on peut tout simplement être une fille masculine. Est-ce que je dois vraiment expliquer ce qui ne va pas dans ce raisonnement à ce stade du blog ? Bon, ok, mais c’est bien parce que c’est vous ! ^^

    Donc, c’est très gentil de me dire que je peux être une fille masculine, sauf que je ne suis pas une fille. Ce n’est pas que je ne veux pas être une fille, c’est que je ne le suis tout simplement pas (autrement dit : c'est très bien d'être fille et c'est très bien d'être une fille masculine, mais je ne le suis pas). Je rappelle que le genre n’est pas un choix. Et puis vous ne croyez pas qu’on y a réfléchi suffisamment à ça ? Nous savons qui nous sommes. Me dire que je peux être une fille masculine, ça s’appelle du cisplaining. C’est à dire une personne cis qui m’explique (souvent avec un ton condescendant) la transidentité. C’est se foutre de la gueule du monde en résumé. ^^

    Alors, soit il s’agit d’une personne qui n'a pas déconstruit la cisnormativité et dans ce cas le raisonnement dénote une mauvaise compréhension de ce qu’est le genre et une grande confusion entre expression de genre et genre. Soit il s’agit d’une personne qui nie carrément mon identité en connaissance de cause, donc carrément-complètement-ultra-transphobe. Dans les deux cas, le résultat est le même : le propos nie mon identité et est donc transphobe. Si la personne n’est pas déconstruite, je ne dis pas que c’est de la faute de la personne en question, c’est juste que le propos en lui même est transphobe puisque nie l’identité d’une personne trans.

     

    2.    2. « Transitionner physiquement c’est se conformer aux stéréotypes de genres que vous cherchez à combattre, tu devrais t’accepter tel.le que tu es »

     

    Ouch. Cette phrase est un bon paquet de transphobie. Pourtant, comme ça, vu de loin, de très loin, de très très loin, on pourrait presque croire que c’est tolérant.

     

    Il est totalement vrai qu’on peut avoir n’importe quel genre avec n’importe quel corps puisque le genre n’est pas physique.

    Sauf que les personnes qui transitionnent physiquement en ont besoin. C’est parfois et même souvent, une question de vie ou de mort. En effet, nous vivons dans une société extrêmement transphobe et être reconnu pour son vrai genre avec un corps qui ne correspond pas aux standards sociaux de ce à quoi devrait ressembler un homme (resp. une femme) est difficile, voire impossible (entre autres : le changement d’état civil n’est toujours pas libre et gratuit et impose encore une transition physique). Or, ne pas vivre dans son vrai genre est complètement horrible. Donc blâmer les personnes trans qui transitionnent physiquement, c’est juste complètement indécent. Transitionner physiquement est légitime. Tout comme le fait de ne pas transitionner est aussi légitime. Chacun.e fait ce dont iel a besoin pour être bien.  

     

    D’autre part, cette phrase remet en question les personnes trans plutôt que de remettre en question la société cissexiste, car c’est bien elle qui est à l’origine du mal-être vécu par de nombreuses personnes trans. Je ne pense pas que la dysphorie de genre soit une propriété intrinsèque au fait d’être trans, elle est générée en réponse à l’oppression cissexiste/transphobe vécue dans notre société, en réponse à la façon dont cette société genre les corps, associe la féminité à la poitrine et la masculinité à la barbe... La société influe à tous les niveaux, elle frappe à toutes les portes, elle nous dit « coucou, je viens imposer ma loi de normes genrées et toi tu n’y as pas ta place. »

    Finalement dire que « transitionner physiquement c’est se conformer aux stéréotypes de genres » et que donc on devrait « s’accepter tel.le que l’on est », c’est oublier la société dans laquelle on vit, c’est prendre le fait que « physique ≠ genre » et l’enlever complètement de son contexte social. Donc 1) on vire le contexte social cissexiste/transphobe 2) on remet en question les personnes trans plutôt que ce contexte social. Bon, bon, bon. Vous ne voyez toujours pas en quoi c’est transphobe comme raisonnement ? Vous ne comprenez toujours pas que se battre contre le cissexisme est notre combat quotidien ? Que malgré tous les efforts qu’on met dans ce combat pour changer les choses, il est légitime à 2000% de transitionner ? Soyons réalistes, même si les personnes trans sont mieux acceptées d’ici 5 à 10 ans, on n’est pas prêts d’arrêter d’avoir des « standards sociaux de l’homme et de la femme ». On ne défait pas des siècles de cissexisme en une nuit.

     

    C’est trop facile de toujours remettre en question les personnes trans et pas la société oppressive. L’oppression cissexiste est tout le temps, partout, ça ne s’arrête jamais. C’est à chaque coin de rue, à chaque fois que je paye mon pain, à chaque fois que je vois ma carte d’identité, à chaque fois qu’on me parle. Ouais, j’aimerais bien sauter l’étape des hormones, de la mammectomie, et qu’on interagisse avec moi selon mon vrai genre avec le corps que j’ai actuellement, j’aimerais bien arrêter de vivre la dysphorie, mais comment je fais dans ce contexte ? Si vous avez une formule magique, je prends ! XD (Oh, je l’entends venir à 200 km l’argument « ne fais pas attention, fait abstraction, prend de la distance ». Petite note : me dire de ne pas faire attention c’est n’avoir aucune idée de ce que je vis et c’est encore un magnifique exemple de cisplaining.)

    Alors dites-moi, la société cissexiste pourrait-elle arrêter de vouloir absolument balayer devant notre porte quand il y a un gros tas de poussière devant la sienne ? Pourrait-elle enfin désherber son propre jardin au lieu de vouloir virer les roses du nôtre ? Cette obsession à remettre en question les personnes trans plutôt que le contexte social transphobe, c’est de la transphobie. Et oui, la transphobie n’est pas toujours « évidente ». Ici c’est de la transphobie ordinaire : au quotidien, une petite phrase par ci par là, mine de rien, qui en dit long sur la façon dont la société oppressive conditionne les gens…

     

    Sur ce, à la prochaine ! :)

    UESG

     

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