• Pourquoi je ne veux pas passer pour un mec ?

     

    Certaines personnes non-binaires qui sont assignées filles à la naissance (comme moi) décident de se présenter comme un mec (trans), par souci de simplicité (il est encore très dur d’exister en tant que non-binaire dans notre société). Leur dysphorie se situe principalement vis-à-vis de leur genre assigné donc ça ne leur pose pas de problème d’adopter un « passing » masculin.

    Comme vous avez pu le constater dans le titre de cet article, ce n’est pas mon cas. Il y a certains jours où j’aimerais effectivement avoir ce « passing » masculin. Mais la plupart du temps, je ne me sens à l’aise qu’en étant considéré comme non-binaire.

    Peu après mon coming-out, j’ai essayé de masculiniser mon passing du mieux que je pouvais. Mon principal but était de fuir la dysphorie causée par le fait d’être genré au féminin. Mais cela me demandait des efforts, du travail d’apparence et comportemental (sachant qu’avec ma petite taille, au mieux j’ai l’air d’un gamin de 12 ans). Finalement, ça me demandait de dépenser presqu’autant d’énergie que de faire des efforts pour avoir l’air d’une meuf bien conforme. Et je me retrouvais coincé mais à l’opposé…

    Que ce soit le genre féminin ou le genre masculin, je me sens à l’étroit dans ces cases, et me conformer à l’un ou l’autre des genres binaires me mobilise trop d’énergie performative. Je ne me sens pas moi-même quand j’essaye de me « mettre dans la peau » d’un genre binaire. J’espère que je suis clair, c’est pas forcément évident à expliquer.

     

    Pourquoi je ne veux pas passer pour un mec ?

    Dessins de Laurier The Fox 

    Texte :

    1. "Quand je surdoué la féminité je ne me ressemble pas"

    2. "Quand je surjoue la masculinité, je ne me ressemble pas"

    3. "Quand je suis moi-même, on me dit que j'ai l'air féminin et on me mégenre"

    "Oh bonjour mademoiselle, c'est vous XXX ? Avec votre prénom je pensais que vous étiez un garçon ! Ahah"

    4. "A ce stade, le pyjama semble être une option tout à fait raisonnable"

     

    Ce vécu vis-à-vis des genres binaires est pour moi indissociable de mon vécu neuroatypique car il y a trop d’attentes et de codes sociaux auxquels je ne comprends rien et qui me demandent des efforts considérables pour être performés. Rien ne me paraît naturel dans l’incarnation d’un genre binaire au regard de ma façon atypique de fonctionner.  

     

    Au delà de ça, si je voulais passer réellement pour un mec, je ne pense pas pouvoir zapper la T à moins de vouloir avoir l’air éternellement d’un gamin de 12 ans (non merci). Or, pour l’instant, je n’ai pas envie de prendre de la T. L’idée d’avoir de la barbe ne me convient pas du tout, ni esthétiquement, ni vis-à-vis de l’entretien que ça peut demander (ça me demanderait des cuillers en plus). J’ai pas envie d’avoir des poils qui poussent partout et encore moins sur la tronche. L’idée d’avoir le clitoris qui pousse ne me plait pas du tout non plus ! En vrai, je voudrais juste une voix grave et un torse plat. Ce qui ne me fera pas plus passer dans tous les cas vu que je ne passe déjà pas avec un binder. En plus j’ai les cheveux longs donc ça n’arrange rien. Je trouve que ça ne me va pas trop les cheveux courts, et les cheveux longs c’est plus facile à entretenir (la coupe n’est pas flinguée au bout d’un mois car ça a repoussé dans tous les sens). Puis moi, mettre les pieds chez le coiffeur ? Nope, nope.   

     

    Bref, tout ça pour dire qu’il n’y a que lorsque je suis reconnu comme non-binaire que je me sens à l’aise. Ca implique de ne pas me mettre dans les cases homme ou femme. D’utiliser un pronom neutre. D’utiliser mon prénom neutre. De ne pas avoir d’attentes liées à un genre binaire. Sans forcément comprendre, on peut juste respecter.

     

    J’espère que ce court article aura pu donner une perspective intéressante, notamment alors que le jour de la visibilité trans approche !

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  • Commentaires

    1
    Val
    Vendredi 30 Mars à 23:33

    Cet article décrit parfaitement mon vécu ! Je pense finir un de ces jours à prendre de la T, mais genre quand j'aurais 30 ans ou pas loin. A la base j'utilisais le pronom neutre "iel" ou masculin "il", maintenant je n'utilise plus que "il", mais ça me demande vachement d'énergie de performer un rôle masculin binaire - notamment dans mes postures.

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