• Pourquoi ne peut-on pas définir la transitude par la transition ?

     

    Introduction

     

    La définition de la transitude, ou transidentité, ou le fait d’être trans, est parfois source de conflit. Je souhaite ici expliquer posément pourquoi je suis contre le fait de définir la transitude par la transition et pourquoi j’utilise une autre définition.

     

    ·      La définition que j’utilise (on va l’appeler la définition 1) :

    Trans : qualifie une personne qui n’est pas exclusivement du genre assigné à la naissance. 

    « Exclusivement » signifie qu’une personne qui est en partie ou alternativement son genre assigné à la naissance est légitime à se revendiquer trans. J’explique dans l’article « peut-on être un peu cis ? » pourquoi.

     

    ·      La définition que d’autres utilisent, avec laquelle je ne suis pas d’accord (on va l’appeler la définition 2) :

    Trans : qualifie une personne qui veut, est en train, ou a transitionné.

    Pour certain-e-s, le sens de « transition » est restreint (seulement la transition physique) pour d’autres, le sens est large et inclus toute forme de transition (sociale et/ou physique). Je vais ici prendre en compte ce second sens car j’ai déjà expliqué ici pourquoi les transitions sociales étaient de vraies transitions. On va aussi admettre que les personnes étant dans l’incapacité de transitionner pour quelque raison que ce soit mais l’auraient voulu sont prises en compte dans la partie « qui veut » de cette définition. 

    Qu’est-ce qui peut rentrer dans une transition au sens large ?

    -       Changer de pronoms et/ou accords

    -       Changer de prénom

    -       Changer de style vestimentaire, de coupe de cheveux, etc., de look en général

    -       Faire des choses qui permettent de réduire sa dysphorie : porter un binder, tucker, etc.

    -       Prendre des hormones

    -       Avoir recours à une ou des chirurgies qui permettent de réduire sa dysphorie

    -       Faire un changement d’état civil

    -       Liste non-exhaustive

     

    A première vue, on se dit que le sens de transition est assez large pour que cette définition de la transitude soit inclusive et que toutes les personnes trans transitionnent ou veulent transitionner d’une manière ou d’une autre, n’est-ce pas ? C’est ce que je pensais aussi au début, mais j’ai réfléchis et changé d’avis (comme quoi…)

     

    1.    Définir la transitude sur la transition est un moyen de décider qui est assez trans ou pas

     

    Les défenseureuses de la définition 2 que j’ai croisé disent que cette définition est mieux car elle permet de savoir clairement qui est trans ou pas, au contraire de la définition 1 qui se base uniquement sur ce que les gens « ont dans la tête ». Finalement, il s’agit d’avoir des preuves de la transitude d’une personne, d’avoir des faits soi-disant objectifs permettant de la classer dans le terme trans ou pas. Ca ressemble plus à un moyen de policer les identités des autres qu’une simple définition de la transitude… On aura donc toujours des gens pour trouver que telle ou telle chose n’est pas « assez une transition » et que donc cette personne n’est « pas assez trans ».

     

     

    2.    La transition n’est pas un fait objectif observable par un tiers

     

    Contrairement à ce que pas mal de personnes pensent, le fait qu’une personne définisse son parcours comme étant une transition n’a rien d’objectif dans les faits. Je donne immédiatement un exemple concret :

     

    Une femme cis qui change de look, que ce soit de manière progressive ou non, par envie, parce qu’elle évolue, etc. Ca arrive souvent. Les personnes cis aussi peuvent explorer leur expression de genre. Pourtant, elle n’est pas en transition.

    Vs.

    Une personne trans agenre afab qui change de look, que ce soit de manière progressive ou non, dans le but d’affirmer son genre et définit cela comme sa transition.

     

    On voit bien ici que le fait « changer de look » PEUT OU PAS être définit comme une transition. Ce qui le définit ou pas comme une transition n’est pas le fait mais le rapport que la personne entretien avec ce fait. La définition de transition se rapporte plus à un ressenti, un vécu personnel, une expérience intrinsèque qu’à des faits objectifs et observables par un tiers. D’ailleurs, une autre personne trans agenre qui change de look peut ne PAS le vivre comme une transition !

     

    Au contraire, certaines personnes, plus rares j’en conviens, pensent être trans et font/commencent une transition physique puis en viennent à la conclusion qu’elles sont leur genre assigné. A titre personnel, je n’ai aucun problème avec le fait que ces personnes continuent à utiliser le terme trans car leur vécu est particulier. Mais quid des personnes qui ne se définissent donc pas trans ? Elles ont fait une transition pourtant. C’est donc qu’avoir ou non fait une transition (ou le vouloir) n’est pas le signe d’une vérité absolue concernant la transitude de quelqu’un.  

     

    3.    Il y a des personnes trans qui ne transitionnent pas

     

    Déjà, on a un premier exemple avec la personne trans (peu importe son genre en fait) qui change de look mais ne vit pas ça comme une transition.

     

    On peut aussi avoir le cas d’une personne trans (peu importe son genre aussi) qui a toujours su qu’elle n’était pas son genre assigné sans avoir les termes adéquat, mais qui finalement est plutôt à l’aise avec son pronom assigné, et a toujours eu une expression de genre lui correspondant. Un exemple pour y voir plus clair : une personne trans agenre afab à l’aise avec le pronom elle, ayant toujours eu une expression de genre plutôt masculine et ayant toujours eu conscience de ne pas avoir de genre. Bon, admettons que cette personne découvre à 20 ans le terme agenre et si dise « ah mais oui, c’est moi ça ». Et puis c’est tout, elle n’éprouve pas le besoin de changer sa façon d’être et par conséquent ne se définit pas comme ayant transitionné (ou voulant transitionner) car ce n’est pas son vécu. Bon, ben on ne peut nier que cette personne est trans agenre pourtant elle n’a pas transitionné.

     

    Aparté : je crois que je vais continuer cette article en déclinant l’exemple de la personne trans agenre fictive, parce que je me sens plutôt agenre aujourd’hui (et je suis afab) et faut avouer que c’est plus simple et moins casse gueule de réfléchir depuis un cas qui nous parle (mais je serais ravi d’entendre d’autres situations dans les commentaires).

     

    4.    Ce n’est pas parce qu’on transitionne pas qu’on ne vit pas la transphobie

     

    Ce n’est pas parce qu’on est afab, qu’on est à l’aise avec le pronom elle et qu’on a une expression de genre qui rentre plutôt dans l’attendu « féminin » et qu’on ne prévoit pas de transitionner qu’on ne vit pas la transphobie. Je pense que beaucoup d’entre nous on vécut des choses pas très drôles quand on était dans le placard et donc dans une situation similaire, donc on peut se projeter et imaginer cette situation.

     

    Toute personne trans vit la transphobie dans le sens où elle est exposée aux messages cissexistes constants de la société, à l’invisiblisation de son identité, etc. De plus, on peut utiliser le pronom « elle » mais ne pas être à l’aise avec le fait de se faire appeler « madame » ou « fille/femme ». Donc il ne faut pas supposer que l’on sait mieux ce que la personne concernée vit. Elle a peut être de la dysphorie sociale et souffre énormément du cissexisme ambiant qui fait qu’on la traite comme une femme partout tout le temps. Aussi, si cette personne parle du fait d’être trans agenre, elle affrontera la négation de son identité, voire des violences verbales et/ou physiques. Peut être même que cela impactera sa vie professionnelle. On peut se faire virer de son boulot quand on est non-binaire (et oui…) Même sans être out, cette personne peut faire face à de l’exclusion et du rejet de la part des personnes cis qui « sentent » une différence. Ca m’est arrivé et pas qu’à moi quand j’étais dans le placard.

     

    Bref, c’est réducteur de définir la transphobie comme étant vécue uniquement par les personnes trans transitionnant et cela loupe beaucoup de l’aspect systémique. La transphobie a plusieurs formes, et elle est partout.

     

    Note : Ce n’est pas parce qu’on reconnaît que toutes les personnes trans sont victimes de transphobie d’une manière ou d’une autre que l’on nie le fait que certaines personnes sont très touchées, et en particuliers certains groupes (je pense notamment aux femmes trans et la transmisogynie). L’un n’empêche pas l’autre et on peut reconnaître le besoin de se concentrer sur les personnes les plus précarisées et leur apporter du soutien et des solutions. Donc svp, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

     

    5.    Définir la transitude sur la transition rend l’expérience de la transitude fixe

     

    Quid de la personne qui n’éprouve pas le besoin de transitionner (de quelque manière que ce soit) pendant 10 ans puis décide de transitionner ? N’était-elle pas trans pendant 10 ans puis pouf ! magie, elle devient trans ? La définition 2 ne prend décidemment pas en compte le fait que les besoins d’une personne par rapport à la transition peuvent évoluer au cours du temps.

     

    Sortons un moment des cas fictionnels et prenons l’exemple de Ruby Rose (genderfluid, pronom elle). Plus jeune, elle voulait faire une transition « classique » (source). Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Et pourtant, elle n’est pas redevenue cis. Ses besoins par rapport à une transition ont simplement changé. Dans cette vidéo, elle dit « je n’ai pas transitionné et ce n’est pas quelque chose que je vais faire ». Pour certain-e-s son petit film « break free » pourrait dépeindre une transition sociale mais ce n’est pas de cette manière qu’elle semble le définir pour elle-même. De plus, son expression de genre n’est pas toujours masculine.

     

    Et oui, car la définition de la transitude se basant sur la transition n’omet pas uniquement l’évolution des besoins des personnes, mais aussi la fluidité à la fois dans l’expression de genre et/ou le genre lui même (on peut avoir une expression de genre fluide sans être de genre fluide et inversement).

     

    6.    Définir la transitude sur la transition impose une expression de genre en fonction du genre

     

    La transition concerne l’expression de genre au sens large (tout ce qui touche à l’apparence – y compris corporelle - et au langage). Or, si on implique qu’une personne trans doit forcément changer l’une de ces choses pour être trans, on impose d’abandonner certaines choses de son expression de genre comme preuve de la transitude.

     

    Pourtant, on se bat pour faire comprendre que l’expression de genre ne détermine pas le genre, que l’apparence ne détermine pas le genre, que notre corps ne détermine pas notre genre. La définition 2 me semble donc particulièrement contradictoire avec notre combat.  

     

     

    7.    Définir la transitude sur la transition nie l’auto-détermination

     

    On n’en revient au point 1, où la définition de la transitude basée sur la transition est une manière extérieure à la personne de juger si elle est trans ou non avec soi-disant des faits observables et objectifs. On nie donc l’auto-détermination des personnes. Or ça me semble très contradictoire avec notre lutte. On essaye de déconstruire un système où on nous impose nos identités mais par ailleurs, on voudrait définir ce qu’est être trans pour autrui.

     

    Je suis pour l’auto-détermination des personnes. Si une personne se sent trans, alors c’est tout ce qui lui faut pour l’être. La définition se basant sur le genre et non sur la transition prend en compte cette auto-détermination. Seule la personne concernée peut savoir si elle est ou non exclusivement son genre assigné à la naissance. Il n’y a pas de preuves matérielles, pas de fait observables et objectifs, c’est la personne qui sait ce qu’elle vit et qui se définit.  

      

    Conclusion :

     

    - La transition se rapporte à un vécu et non pas à des faits objectifs observables.

    - Toutes les personnes trans ne transitionnent pas ; cela ne veut pas dire qu’elles ne vivent pas une forme de transphobie.

    - Une définition de la transitude doit absolument inclure la possibilité des personnes de s’auto-déterminer.

    -  Les définitions des mots évoluent : on peut utiliser une définition plus inclusive même si ce n’était pas la définition originelle car on peut évoluer en tant que communauté vers plus d’inclusivité. Par ailleurs, ça ne dévalorise pas le travail des ancien-e-s militant-e-s, c’est juste que l’on continue à construire. Nous ne sommes pas une communauté figé avec des concepts et des idées incrustées dans le marbre, nous pouvons évoluer.

     

    Note finale : j’ai l’impression qu’il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce sujet, mais j’ai « épuisé » ce que je pouvais dire depuis ma perspective. C’est pourquoi je vous invite bien entendu à ajouter des choses en commentaires. Je sais que le sujet soulève des débats très houleux donc seuls les commentaires constructifs seront pris en compte. Je me suis donné la peine d’écrire tout ça et d’expliquer posément mon point de vue donc tout commentaire agressif ou trollesque sera supprimé. Merci de votre compréhension.

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  • Commentaires

    1
    Lundi 3 Octobre 2016 à 14:28

    Wouah, je t'aime tellement pour avoir écris cet article! <3 J'suis 100% d'accord, j'ai le souvenir d'avoir vu nulle part un point de désaccord avec toi dans l'article, et merci, c'était nécessaire! (D'ailleurs j'ai peur de savoir pourquoi tu l'écris)

      • Lundi 3 Octobre 2016 à 15:14

        Merci <3

    2
    boustiflox
    Lundi 3 Octobre 2016 à 19:49

    merci pour cette approche singulière de la définition de ce que c'est d'être trans

    3
    Joao G
    Mardi 4 Octobre 2016 à 12:54

    Je ne sais pas si ce commentaire sera diffusé car vous n'avez pas l'air d'aimer la contradiction, mais je tente... Tant que vous rangez toutes ces réflexions sur le mode individualiste du "bien être" du moi moi moi je me sens ceci cela, je n'ai aucun problème avec ce que vous dites. Oui, chacunE est unique. Mais bon on s'en fiche un peut pour ce qui est de définir une lutte politique. Donc c'est quand vous pensez que c'est ça qui peut être la base d'une lutte POLITIQUE, que là on sera en désaccord. De toutes les façons, l'expression des luttes prouvent les choses : tout ceci ne vit que sur internet, et les luttes politiques exprimées sont en rapport avec une définition bien stricte de la condition trans, même si vous n'aimez pas ça. Où avez vous vu par exemple des luttes "agenres", des luttes "NB", des "luttes xénogenres" autres que sur internet...?  Cela consisterait en quoi toutes ces "luttes", concrètement, en dehors du net, et qui ne serait pas la lutte contre le système qui fabrique la transphobie via un féroce contrôle des corps des gens que beaucoup dans votre mouvance qualifient de "binaires" ? 

    4
    Joao G
    Mardi 4 Octobre 2016 à 12:58

    Dernier truc : j'ajoute que moi de plus en plus je songe à arrêter d'utiliser le terme trans quand on voit son appropriation pour tout et n'importe quoi (car du coup politiquement ça ne veut plus rien dire) et me contenterai d'une idée claire et non appropriable (a priori...) : "personne qui a changé de sexe". C'est relou d'en arriver là, mais à force, je préfère, car considérer que quand on doit passer par la violence du parcours médical/légal ça revient à être mis sous la même bannière que n'importe qui qui décide qu'il se sent "poisson" , ou "ni homme ni femme" alors qu'il ou elle est perçuE par son genre d'assignation et est traitéE comme tel (donc comme une personne cis), non merci quoi. 

    5
    Mardi 4 Octobre 2016 à 13:25

    Joao :

    Ce n'est pas que je n'aime pas la contradiction mais les commentaires insultants non constructifs. 

    Autrement, vous n'avez pas l'air de bien comprendre qu'on ne va pas pouvoir déconstruire la binarité sans nommer et parler des différents genres non-binaires un moment donné. De toute façon, ce n'est pas le sujet de l'article, je parle ici de la définition de trans, pas des différents genres.

    Par ailleurs, nous faisons des choses en dehors d'Internet, il existe des luttes non-binaires (qu'il n'est pas la peine de mettre entre guillemet au passage). Il ne s'agit pas de faire une lutte à part pour chaque genre, les personnes non-binaires se réunissent en général sous une même bannière. (Note à part : la lutte sur Internet est aussi importante quand on sait à quel point on peut atteindre un public large par ce biais et ainsi éduquer les gens, or l'éducation est quand même une chose très importante dans la déconstruction d'une oppression.) 

    Comme je l'ai déjà expliqué longuement dans cet article, il ne suffit pas de faire une transition sociale et/ou physique (et encore moins "changer de sexe" comme vous le dites dans le 2e commentaire) pour subir de la transphobie. Par ailleurs, les personnes non-binaires peuvent tout à fait transitionner.  

    Bref, vous êtes bien loin des réalités des vécus des personnes non-binaires. Mais vous semblez avoir un avis bien tranché, donc on ne va pas rentrer dans un débat stérile...

    Bonne continuation.

    6
    Relysis
    Mardi 4 Octobre 2016 à 13:48
    Joao, tu sembles oublier qu'être non-binaire ce n'est pas qu'une affaire de ressenti intérieur. Je me permets de faire l'analogie entre l'utilisation d'un binder et la liste des genres : oui ce n'est pas politique en soi et ça aide à se sentir mieux. C'est un outil comme un autre pour appréhender notre non-binarité, et ça ne signifie pas qu'il n'y a aucune lutte politique derrière . de plus tu sembles penser qu'aucun NB ne fait de transition d'aucune sorte, ce qui est faux. Il y a autant de parcours qu'il y a de NB, et les NB aussi se heurtent à la violence de l'Etat vis à vis de leur transition ou bien de leur genre.
    Enfin, nous n'avons jamais dit qu'une personne NB (ou un mec ou une meuf tans d'ailleurs) qui choisit de ne pas transitionner vit exactement la même transphobie que celleux qui transitionnent. Mais va ne veut pas dire que ces personnes sont totalement protégées de la transphobie non plus. (exemple : je ressemble à une femme, et quand je dis que je n'en suis pas une je prends le risque à chaque fois qu'on se moque de moi, voire qu'on m'insulte ou pire. En aucun cas je ne subis la violence de la transmisogynie, c'est évident que je peux sortir dans la rue sans avoir peur d'être agressé ou d'être tué en raison de ma trans'identité, il n'empêche que celle-ci m'expose quand même à une forme de transphobie, Probablement moins visible, mais également légitime à être dénoncée, sans pour autant renier les autres formes de transphobie pour lesquelles je ne suis pas concerné.
    Donc merci de ne pas englober toutes les personnes NB sous le même vécu "identitaire" et que nous aussi on essaie d'exister en dehors d'internet. (je rappelle qu'il existe un cortège NB à l'Existrans d'ailleurs).
      • Mardi 4 Octobre 2016 à 13:53

        +1 ! :)

    7
    Mardi 4 Octobre 2016 à 14:24
    Joao : Tu iras dire ça à mon ami (agenre) qui s'est fait harceler toute sa scolarité du primaire au lycée, par les autres élèves, par des profs et des surveillants (les autres adultes ne faisant rien), qui a été rejeté par son frère et son père, et à qui on a balancé des cailloux sur la tronche entre autres. Et oui, même si il ne savait pas qu'il était agenre à l'époque, tout le monde voyait bien et sentait bien qu'il était pas un mec et lui faisait payer... Et depuis le lycée, ça a continué pour lui, exclusion sociale à la fac puis en BTS, profs qui le discriminent (dans la notation et le choix d'orientation), licenciement abusif... Donc, désolé d'être brutal, mais tu connais rien à nos vies. Pour beaucoup on n'est pas "perçus comme cis", ou du moins, pas DU TOUT de la même manière que le sont les véritables cis. Et puis tu crois vraiment que la violence d'Etat nous épargne, nous ? Tu imagines que si des NB (assignés hommes) sont mis en prison ou en GAV en section hommes, tout le monde va pas leur tomber dessus et en faire les victimes favorites ? Et qui nous oblige à aller dans les mauvais toilettes, vestiaires, dortoirs, équipes de sport (notamment en cours)... ? L’ÉTAT (ou d'autres institutions). Tu sais, tous ces endroits où les autres nous feront payer notre différence (harcèlement, coups...) et où parfois des adultes s'y mettront aussi. La violence directe, mais aussi par procuration (oui, mettre un élève vulnérable dans la fosse aux lions c'est de la maltraitance par procuration) de l'Etat on la subit aussi. Et puis je rappelle aussi que si la plupart des NB ne suivent pas le parcours légal, c'est aussi parce qu'on ne PEUT PAS. Le CeC non-binaire, eh ben il existe pas. Du tout. D'ailleurs, nos chiottes, elles existent pas non plus. Du tout. Voilà.
      • Mardi 4 Octobre 2016 à 14:44

        Entièrement d'accord, "perçu comme cis ou pas" ça n'inclut pas uniquement "ce que l'on voit en un regard/le visuel" mais tout un tas de codes sociaux complexes... On est souvent exclu-e-s même en ayant une apparence qui est a priori "conforme" aux attentes de notre genre assigné, justement parce que tous ces codes sociaux autour de la notion de genre qui n'englobent pas l'apparence sont différents chez nous et cette différence elle se remarque (même si les personnes cis ne savent pas toujours quel mot poser là dessus, elles nous le font quand même payer). Les femmes cis et hommes cis sont socialisés d'une certaine manière et adoptent certains comportement et tous ces codes sociaux complexes, et nous on est pas conforme à ça, c'est bien pour ça qu'on est NB. Ca va beaucoup plus loin que la seule expression de genre apparente.   

      • Philiberthe
        Mardi 4 Octobre 2016 à 15:08

        Peut-être pourrait-on émettre l'hypothèse, certes particulièrement sophistiquée, que le harcèlement décrit n'a rien à voir avec l'agenritude de tel ou tel ? Le fait est que le harcèlement, au cours de l'enfance et de l'adolescence, et les éventuelles violences et discriminations qui peuvent toucher des garçons et des hommes (cis jusqu'à preuve du contraire) qui transgressent, fût-ce sans en avoir conscience, quelques unes des nombreuses règles édictées quant à ce que doit être un comportement viril, n'a rien d'exceptionnel. Cela ne devient pas de la transphobie magiquement parce que, dix ou quinze ans plus tard, la même personne change de définition de soi, voire entame une transition.

        Enfin c'est ce qu'il semble la probablement un peu stupide lesbienne-qui-a-été-un-garçon que je suis : je n'ai aucun doute sur les raisons pour lesquelles j'ai été une des cibles privilégiées des attaques de mes congénères lorsque j'étais plus jeune, mais il me paraîtrait tout à fait aberrant de les présenter comme des attaques transphobes au prétexte que, dix ans plus tard, je me suis lancée tant bien que mal dans une transition. C'est qu'étant un peu bornée, j'ai quelques difficultés à imaginer que des gens soient réellement capables de lire l'avenir (je ne doute pas qu'il s'agisse d'une forme probablement extrême de bêtise sournoise de ma part).

      • Mardi 4 Octobre 2016 à 15:21

        Ce n'est pas une question de lire l'avenir mais de sentir que là tout de suite dans le présent la personne est non-conforme dans le genre. Il peut y avoir d'autres raisons de harcèlement certes, mais je crois que les personnes concernées sont les plus à même d'analyser leur vécu. En ce qui me concerne il était clair que le harcèlement que j'ai subi était lié au fait que je sois trans et je crois les autres personnes qui racontent des histoires similaires car elles connaissent leur vécu.  

        Par ailleurs, on réalise qu'on est trans à un temps T mais on était trans avant, donc ça n'a rien à voir avec le fait de décider d'entamer une transition ou de s'être collé une étiquette. On était nous-même avant, et ça, les gens sont capables de remarquer la différence car la société est très codée par le genre en un réseau social complexe.

      • Philiberthe
        Mardi 4 Octobre 2016 à 15:36

        J'ai assez précisément parlé de non-conformité aux normes de masculinité ce me semble. Le fait est que de par le monde, il se trouve un nombre raisonnable de personnes qui transgressent peu ou prou les comportements stéréotypés assignés à leur sexe social, sans pour autant être trans (sauf à se mettre à considérer, par exemple, que toute personne non-hétérosexuelle est trans).

        En l'espèce, il est hautement probable que le fait de déroger, consciemment ou non, aux règles associées à son sexe social au cours de l'enfance et de l'adolescence soit bien plus courant chez de futures personnes trans que chez les autres. Mais cela ne suffit pas : sur l'ensemble des garçons efféminés au cours de l'enfance ou de l'adolescence, tous ne deviendront pas des personnes trans, et pourtant tous, ou presque tous en tout cas, subiront vraisemblablement brimades et harcèlement.

        Pour ce qui est d'avoir toujours été ce que l'on est devenuE, je n'adhère pas à cette métaphysique fixiste et essentialiste ; mais je conviens que c'est un choix personnel, et qu'elle a ses séductions toujours difficiles à résister. Et j'admets ne pas croire non plus aux hypothèses de transparence à soi-même : je pense que personne ne connaît bien son vécu (et que c'est précisément pour cela que le travail scientifique d'objectivation, et dans une moindre mesure le travail politique de prise de conscience, ont leur valeur). Je reconnais une fois de plus que ne pas croire à la connaissance donnée immédiatement, ou à la métaphysique fixiste de l'âme, est une option aujourd'hui de plus en plus rare, et que c'est un problème indécidable sur des bases purement logiques.

      • Mardi 4 Octobre 2016 à 16:11

        Oh mais quand je dis que l'on était trans avant sa transition ou sa prise de conscience, je ne dis nullement qu'on est "né-e trans" ou avec "l'essence d'un genre". Je pense au contraire que le genre est une construction identitaire dépendant de divers facteurs sociaux complexes et du vécu. Certains enfants affirment leur genre dès 3/4 ans, pour d'autres cela vient plus tard. A l'adolescence, lorsque commence généralement le harcèlement, l'identité de genre est souvent déjà formée.

         

        En ce qui concerne les explications alternatives au harcèlement, je ne pense pas qu'on tombe d'accord, mais outre cela : une personne qui est d'un genre différent que celui qui lui a été assigné mais n'a pas transitionné vit quand même une forme de transphobie : déni d'identité, invisibilisation, cissexisme à gogo, dysphorie bonjour bonsoir en conséquence... Etre pris pour un genre que l'on est pas n'est pas un privilège cis... Sans compter que si elle parle de son genre, la personne s'expose à des violences verbales ou pire, le rejet de sa famille etc. Cela peut avoir un impact très fort sur sa santé mentale...

        (Et cela va sans dire que ce n'est pas parce qu'on reconnaît ça qu'on ne reconnaît pas AUSSI le fait que certains groupes sont touchés très violemment par la transphobie comme les femmes trans par exemple).

      • Philiberthe
        Mardi 4 Octobre 2016 à 17:02

        Je ne crois malheureusement pas à l'identité de genre, mais je suppose que si l'on adhère à cette façon de concevoir le monde, défendre de tels arguments fait sens. Il me semble cependant que cela passe par une rhétorique de la révélation à soi-même de ce que l'on est déjà depuis, si ce n'est toujours, du moins longtemps, qui me laisse pour le moins perplexe quant au type de métaphysique que cela charrie. A fortiori dans la mesure où du temps où j'étais un jeune garçon efféminé et victime de harcèlement, il ne me serait jamais venu à l'idée de me concevoir ni comme trans, ni comme une femme : il me paraît alors difficile de prétendre que l'on "connais[se] [son] vécu" de façon systématique, sans entrer dans d'inextricables contradictions.

        Pour ce qui est de l'inconfort ressenti, n'ayant au long de ma relativement courte vie pas été quelqu'unE d'autre que moi-même, j'admets avoir du mal à penser qu'il soit possible de comparer les sentiments de deux personnes différentes. Néanmoins, j'ai développé avec le temps des thèses universalistes et féministes qui me laissent croire que personne (cis ou trans, homme ou femme) n'est très confortable avec les exigences contradictoires qui sont le propre du rapport social de sexe ; j'aurais même tendance à défendre l'hypothèse selon laquelle c'est cet inconfort universel qui explique que les minorités sexuelles et les minorités de genre se trouvent de façon si régulière en position de bouc émissaire.

        Pour le reste, je reconnais que la question de savoir qui est trans ou qui ne l'est pas m'indiffère relativement, ou en tout cas en tant qu'elle se présente comme une question isolée. La seule chose qui me préoccupe, mais qui en l'état me préoccupe réellement, c'est celle de la possibilité pour les personnes qui s'engagent ou souhaitent s'engager dans un parcours de transition de s'organiser sur ces bases-là contre les violences qui sont le fond des parcours tels qu'ils existent aujourd'hui, et contre les freins aux transitions d'une classe de sexe à l'autre, sans pour cela être embêtée par des personnes qui ne souhaitent pas s'engager dans de tels parcours, que ce soit au prétexte que ces parcours sont en soi un mal, ou que cette auto-organisation n'est pas respectueuse de leurs sentiments.

        Le fait est que le terme trans a été (au prix de longues batailles sémantiques au demeurant, notamment entre celleux qui préféraient se dire transsexuelLEs et celleux qui se prononçaient en faveur de transgenre) depuis maintenant quelques années, celui sous lequel ce sont regroupées ces personnes. Peut-être est-il mal choisi, je n'en sais en l'état trop rien. Toujours est-il que c'est sous cette bannière-là que le ou les mouvements (et non la ou les communautés, car de communauté trans il n'y en a pas à mon sens) des personnes qui s'engagent ou souhaitent s'engager dans une transition s'est constitué, et s'est engagé dans un certain nombre de luttes, notamment dans le champ de la santé publique, que ce soit contre la tutelle psychiatrique en matière de parcours médicaux de transition (qui jusque très récemment était particulièrement lourde) ou contre les ravages de l'épidémie de VIH-sida. Une fois de plus, je n'ai pas d'avis sur la pertinence de ce choix sémantique en tant que tel. Je crois en revanche qu'avant de chercher à le vider de sa substance et de sa référence aux transitions, il est de bon ton de réfléchir aux difficultés pratiques qui se posent concrètement dans la confrontation politique (au sens très strict, et non au sens où tout (et rien) est politique en soi : je parle d'organisation collective destinée à agir sur les pouvoirs publics) aux verrous qui entravent les parcours de transitions et aux violences qui entourent ces parcours. C'est à ce jour le seul intérêt politique que je vois au terme trans pour désigner ce lien aux transitions (je pense que c'est aussi ce lien qui en fait aussi une description adéquate du monde social).

        Pour ce qui est de son confort personnel dans la façon de se désigner, que chacunE fasse ce qu'il lui semble bon ; mais cela me paraît sans réelle importance (tout comme Joao, j'abandonne volontiers mon autodéfinition comme trans à qui lui donnera plus grand prix que moi, parce que me désigner comme ceci ou comme cela me semble en réalité assez secondaire : la vraie chose qui m'importe est la possibilité de m'appuyer sur des structures collectives dans ma transition et les difficultés qui l'entourent à l'occasion, et je crois, bon an mal an, qu'à l'heure actuelle ces structures collectives sont du côté de mes comparses qui comme moi s'engagent ou souhaitent s'engager dans une transition d'une classe de sexe à une autre).

      • Mardi 4 Octobre 2016 à 17:11

        La définition 1 de trans n'empêche absolument pas de travailler aussi sur la question de l'accès aux transitions. Sur le reste, je n'ai pas grand chose à dire, je pense que nos vues divergent trop pour que l'on tombe un jour d'accord...

      • Philiberthe
        Mardi 4 Octobre 2016 à 18:12

        Pour avoir vu un nombre raisonnable de personnes revenir à des conceptions raisonnables du monde après avoir défendu des thèses pour le moins étonnantes, je ne désespère pas que cela soit possible.

    8
    Mardi 4 Octobre 2016 à 14:49
    Et puis pour revenir sur les NB qui seraient présents que sur Internet, je rappelle qu'il y a eu des NB (assigné.e.s filles ou garçon) dans le mouvement féministe, les mouvements homo et bi (il y en a beaucoup à Bi'Cause), le mouvement trans... depuis le début de ces mouvements.

    Même si en général tout le monde les invisibilise ou les présente comme des meufs ou des mecs.

    Le seul endroit (avec les Existrans et les Prides, où nous avons NOS PROPRES CORTÈGES) où on est clairement visibles comme NB c'est Internet, oui. Cela ne veut pas dire qu'on ne milite pas ailleurs (en grand nombre et depuis longtemps).
    9
    Mardi 4 Octobre 2016 à 16:07

    Au passage, homme et femme sont aussi des étiquettes de genres ; nos étiquettes de genres devraient être considérées au même titre mais non, elles "servent à rien" d'après vous. J'ai bien compris que dans vos idées matérialistes il n'y a que celles là qui comptent car reflètent une "réalité sociale" mais c'est clairement méconnaître les réalités sociales des personnes non-binaires. Oui, nos genres couvrent des réalités sociales AUSSI, le genre est social par définition. Vous n'arrivez peut être pas à le concevoir, mais c'est parce que vous n'êtes pas dans NOS vies, alors arrêtez de supposer que vous savez ce que NOUS vivons.

    10
    Snake
    Mercredi 5 Octobre 2016 à 16:01

    "Même si en général tout le monde les invisibilise ou les présente comme des meufs ou des mecs. "

    Je suis assez contente que tu dises ça, parce que je trouve ça assez fatigant le fait que dès que tu critiques le nouveau dogme non-binaire on t'explique que t'es binaire (passe encore ma foi) ou que "t'es une femme et toi ton genre il est reconnu", quand bien même tu t'identifies pas des masses des masses au mot "femme" et que tu préfères d'autres qualificatifs pour te définir, même si tu passes assez de temps à te branler la nouille sur ton identité profonde pour savoir si fondamentalement tu t'"identtifies" comme "non-binaire" ou pas. Mais bref...

    11
    Kris
    Jeudi 6 Octobre 2016 à 19:45

     

    Je rappelle, que le "trans" de "transgenre" (et autre mots du style) ne signifie pas transition. La racine "trans" est comprise dans transition comme dans d'autres mots qui n'ont aucun rapport avec le fait d'être trans, comme "transport". La racine indique que c'est au-delà, sous-entendu de la norme du système genre. Une personne trans n'est pas conforme à la norme que je qualifie de sexiste (ce qui n'est évidemment pas un tort, une pathologie ou un mal !).

     

    12
    Kris
    Jeudi 6 Octobre 2016 à 19:53

    Et puis les luttes trans, ce n'est pas QUE vis-à-vis de la transition.

    Le problème des vestiaires/toilettes, ne concerne pas spécifiquement la transition, par exemple. Le harcèlement ne concerne pas que les personnes en transition, etc.

      • Jeudi 6 Octobre 2016 à 23:47

        +1

    13
    Mercredi 12 Octobre 2016 à 23:00

    Un article dans le même ordre d'idée mais sur la dysphorie (traduction partielle) :

    TOUTES LES PERSONNES TRANS N’ONT PAS DE DYSPHORIE ET VOICI POURQUOI C’EST IMPORTANT

    Traduction presqu’entière de l’article : http://everydayfeminism.com/2015/08...
     
    L’auteurice de l’article explique qu’iel parlait avec san ami Kai et que cellui-ci lui a dit ne pas avoir dysphorie et qu’iel avait peur d’être jugé-e pour cela. L’auteurice dit « mon 1er instinct a été de protéger ma transidentité. L’idée que la dysphorie n’était pas requise, et que n’importe qui pouvait s’identifier trans s’iel voulait semblait minimiser l’importance de mon identité et des difficultés de ma communauté. Non – SA communauté. NOTRE communauté. Je devenais possessife, essayant de nier l’identité de Kai. (…)
    Pourquoi essayerais-je de dire à quelqu’un ce que son genre est ou n’est pas, alors que l’on m’a dit la même chose toute ma vie ? (…)
    J’ai eu la chance d’apprendre d’euxe [les personnes trans ne vivant pas de dysphorie] et de comprendre que ma réaction instinctive – de les exclure – était si problématique.
    Donc, pourquoi ne devrions-nous pas définir la transidentité sur la base de la dysphorie ?
    1 – Cela suggère que l’identité de genre peut être décidée par une personne extérieure
    C’est bizarre que certaines personnes trans soient si promptes à faire un livre de règles de la transidentité au lieu d’encourager l’auto-identification et que les gens déclarent leur genre pour eux-mêmes.
    Lorsqu’on autorise d’autres personnes à faire des règles, on nie les droits des personnes trans à s’auto-identifier. Si on dit on personnes trans que leurs identités ne leur appartiennent pas, on maintient une culture où nommer l’identité de genre appartient aux personnes extérieures plutôt que nous-mêmes. (…)
    Les personnes trans doivent constamment résister au fait qu’on leur impose un genre assigné. Est-ce qu’on veut vraiment assigner et imposer un genre aux autres personnes trans ?
     
    2 – Cela médicalise l’expérience de la transidentité
    (…)
    Quand vous suggérez que la dysphorie de genre est le seul moyen de déterminer si quelqu’un est trans ou pas, vous vous appuyez sur un modèle médical qui n’a pas été créé par les personnes trans mais plutôt par la profession « médicale » Occidentale qui voyait la transidentité comme un trouble et non une identité. (…)
    3 – C’est une définition euro-centrée de la transidentité
    Beaucoup de personnes trans insistent sur le fait qu’être transgenre c’est être dysphorique sans reconnaître que c’est une compréhension très occidentale de ce qu’est être trans. Cela ne reconnaît pas le fait que la transidentité peut exister en dehors de l’occident et a existé en dehors de l’occident bien avant qu’on arrive – avec ses propres définitions, langage, idées et vécus. (…)
    C’est casse-gueule (et parfois très problématique) d’appliquer la compréhension individuelle du genre à TOUTES les personnes.
    « Transgenre » est un terme parapluie si divers et complexe qu’il est mieux d’éviter les généralisations et permettre aux personnes de nommer leurs propres expériences.
    4 – Cela rend la transidentité synonyme de détresse et dysfonctionnement
    (…)
    En tant que personne trans qui VIT la dysphorie, je peux vous dire que la dysphorie n’est pas la seule chose qui me rend trans. Ce n’est même pas l’essentiel de mon expérience en tant que trans.
    C’est à propos du voyage qu’il a fallu pour écarter les attentes que l’on avait de moi et me trouver. C’est à propos des couches que j’ai dû éplucher pour réaliser qui je suis. C’est à propos de la fierté et l’euphorie que j’ai ressenties quand j’ai trouvé les mots pour décrire mon identité. C’est à propos du sentiment de communauté dans laquelle j’ai trouvé d’autres personnes comme moi. C’est la façon dont je comprends le genre et dont je navigue à travers le monde.
    Le genre est complexe. La transidentité encore plus.
    La chose que Kai et moi avons en commun c’est que nous avons vécu un processus pour nous comprendre nous-mêmes et nos genres, nous détachant de ce que la société voulait de nous, et ce que nous voulions pour nous-mêmes. On a toustes les deux découvert grâce à ce processus que nous ne nous identifions pas à notre genre assigné à la naissance. La différence dans cette réalisation c’est qu’elle ne cause pas de détresse à Kai de la même manière qu’à moi.
    Et si c’est la seule différence, alors quoi ? Si la détresse est la caractéristique déterminante, qu’est-ce que nous disons à propos du fait d’être trans ? (…)
    Je veux vivre dans un monde où être transgenre n’est pas synonyme de douleur et de souffrance. Parce qu’enfin de compte, ce n’est pas notre peine qui nous uni. C’est l’identité que l’on réclame et le voyage unique que nous avons toustes suivi pour la trouver.
    Je ne veux qu’aucune personne trans pense qu’être trans veut dire être blessé-e. Cela ne revient qu’à dire au monde : « si tu veux souffrir, soit trans. Si tu veux être heureuxe, soit cis ».
    Nous sommes bien plus que ça, nos vies et nos expériences sont, bien bien plus que ça.
    5 – On privilégie certaines histoires sur d’autres
    (…) Quand allons-nous arrêter de nous déchirer et commencer à nous tirer les un-e-s les autres vers le haut ? (…)
    Je ne suis pas intéressé-e pour créer une dynamique dans laquelle certaines personnes trans sont meilleures, plus méritantes, plus trans, ou plus importantes que d’autres personnes trans. Ca pour moi, ce n’est pas ce à quoi ressemble la justice sociale.
    Utiliser la dysphorie comme la mesure suprême de la transidentité signifie que pour toute personne trans qui n’éprouve pas de dysphorie, qui n’aime pas utiliser ce langage, ou pour qui la dysphorie n’est pas prédominante, leur expérience est soudainement illégitime. Cela dit : « Ces personnes trans sont les vraies personnes trans, et toutes les autres devraient se taire ».
    Notre communauté à une histoire dans laquelle elle fait ça. Par exemple, la résistance initiale de la communauté trans à inclure les personnes non-binaires.
    Oh attendez, ce n’est pas de l’histoire, ça arrive encore.
    J’en ai ras-le-bol de la dynamique de pouvoir dans notre communauté et je ne vois absolument aucun besoin d’en créer plus ; on galère encore jours après jours pour démanteler les hiérarchies qui existent déjà. (…)
    On devrait proclamer que la communauté trans est diverse, complexe et unique – pas monolithique et homogène.
    6 – Cela nourrit la transphobie
    Il y a cette idée envahissante que si on laisse les personnes s’auto-identifier trans, le terme perdra de son sens à cause des gens qui s’y identifient pour les mauvaises raisons. Mais cela est bizarrement un miroir de beaucoup d’attitudes oppressives utilisées contre TOUTES les personnes trans. Par exemple, prenez le débat sur les toilettes. Il y a cette idée répandue que des personnes cis vont prétendre être trans juste pour aller dans les autres toilettes et violer des gens. Hum, quand vous êtes du côté de Fox News, il est peut-être temps de réévaluer vos positions.
    Si des personnes trans interrogent d’autres personnes trans de manière suspicieuse, nous donnons la permission au reste du monde de le faire. Si on harcèle d’autres personnes trans et on dit qu’elles trompent les autres ou suivent une mode, on dit aux personnes cis qu’elles peuvent nous accuser nous aussi d’être des imposteurices.
    On nie le droit à l’auto-identification et on donne au reste du monde la permission de nous mégenrer s’iels aussi décident qu’on est « pas assez trans ». On dit au reste du monde qu’ils n’ont pas à nous croire parce que nous ne croyions pas en les un-e-s les autres. Si vous ne croyiez pas une personne trans qui vous dit qu’elle est trans, pourquoi une personne cis devrait vous croire ? (…)
    Je crois qu’il y a des conséquences plus graves lorsqu’on exclut des personnes trans en se basant sur le fait qu’elles aient des vécus différents des nôtres. On devient la « police du genre » qu’on a passé des décennies à critiquer. On devient la chose même qui nous a oppressé-e-s pendant tellement d’années.
    Si le genre est quelque chose que personne ne peut décider pour vous alors sa réalité revient aux individus, il n’y a pas de mauvaise réponse. Ce n’est pas un débat que des personnes extérieures peuvent avoir – c’est personnel et ça l’a toujours été.
    Laisser tomber le besoin de contrôler qui fait partie ou non de la communauté et au lieu de ça, se concentrer notre énergie pour nous affirmer et tirer vers le haut les autres dans notre communauté semble être un effort qui en vaut bien plus la peine.
    Donc qui est transgenre ? Gardons cela simple : n’importe qui qui s’identifie différemment du genre qui lui a été assigné à la naissance. Point barre.
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