• S'identifier ou ne pas s'identifier : telle est la question - une réflexion sur les étiquettes

    [Désolé, je dis des gros mots :3 C’est cool les gros mots O :) ]

     

    Bonjour, bonsoir,

     

    Aujourd’hui, je vais parler des étiquettes. Vous savez, ce mot qu’on choisit pour décrire notre identité : gay, bi, trans, agenre, etc.

     

     

    On va se défouler une bonne fois pour toute. Allez, tous en cœur : aaah ! Ce besoin de tout catégoriser ! Comme si nous ne pouvions pas être tout simplement des humains aimant (ou pas) d’autres humains ! Il faut absolument nous catégoriser encore et encore par notre genre, notre orientation sexuelle, notre orientation romantique, la longueur de notre petit doigt de pied divisée par le diamètre au carré de notre gros doigt de pied… Ah, ça, non en fait ^^

    Bon au delà de la catégorisation par les doigts de pieds, les étiquettes, c’est quand même très limité et enfermant comme concept. C’est un mot, un seul mot, statique et figé. Comment un seul petit mot pourrait-il rendre compte de la complexité ou de la fluidité de nos identités ? Et puis, l’étiquette nous colle franchement à la peau comme un tatouage de malabar au milieu de la tronche. Encore pire si c’est un.e petit.e malin.e qui a trouvé intelligent de l’y coller sans vous demander la permission. Oui parce que les gens font tout le temps ça, mettre les étiquettes qui les arrangent sur les autres. Et l’étiquette (soupir) vient avec son lot d’emmerdes. Quand on choisit une étiquette, les clichés frappent assez rapidement à la porte. Bonjour… Ah, vous venez avec vos casseroles bruyantes que je vais devoir m’attacher aux pieds pour le restant de mes jours ?

    Par ailleurs, les étiquettes c’est compliqué et obscur pour les gens non sensibilisés et cela peut rendre la communication difficile et créer une barrière supplémentaire. Et puis, si l’on ramène les genres non-binaires dans l’équation, ça commence sérieusement à être le bordel… Je suis transgenre non-binaire xénogenre-fluid pansexuel et panromantique ! - Oui… Mais encore ? – Ben, j’aime bien le gruyère aussi. (Cette situation est impossible).

    Au fait, comment dit-on : « je suis une personne non binaire qui aime les femmes » ? Je n’ai encore jamais vu de mot pour ça. Pour y palier, certain.es afab utilisent quand même le mot lesbienne. Et ce choix est tout à fait valide. Les étiquettes sont faites pour être appropriées et redéfinies avec des nuances car de toute façon une étiquette « n’est pas nous » mais n’est qu’un mot pour nous décrire au mieux ; elle ne pourra jamais coller à 100%.

     

    Une étiquette est faite pour servir un but ; nous définissons notre étiquette, ce n’est pas elle qui nous définit. Eh, dis donc moi, t’étais pas contre les étiquettes à la base ? Ben, thèse, anti-thèse, synthèse, c’est ça la bââââse…

     

    Après ce très sympathique aparté de moi à moi, je reprend : le but d’utiliser une étiquette peut-être multiple. En effet, elle peut servir à :

     

    • s’identifier: s’identifier aux autres membres de la communauté pour réfléchir ensemble, se soutenir, partager des expériences.
    • communiquer: communiquer ce qu’on ressent aux autres en posant un mot sur ses sentiments.
    • joindre les forces : permettre de sensibiliser les gens à une cause, militer, revendiquer des droits en utilisant un vocabulaire commun.
    • donner une existence dans la sphère sociale : faire exister son identité en lui faisant correspondre un mot ; l’identité préexiste à l’étiquette mais puisque l’étiquette permet de parler de cette identité, elle lui donne une existence dans la sphère sociale. Certaines identités de genre et orientations semblent avoir émergé seulement très récemment mais les personnes ayant cette identité existaient déjà ; seulement, il n’y avait pas de mot pour décrire cette identité, rassembler ces personnes et les faire exister dans la sphère sociale.

     

    Bref, vous comprenez que les étiquettes sont censées nous être utiles, et ne sont pas là pour nous enfermer mais pour nous offrir plus de liberté. Encore faut-il savoir comment les utiliser. Petit guide (dis, dis, c’est la synthèse ? :p) :

     

    • S’identifier à un terme est un choix personnel : s’il y a une étiquette que tu « ne sens pas », qui ne te plaît pas, il n’y a aucune obligation à s’y identifier, même si la définition semble te correspondre a priori. Il faut « le sentir », que le choix de l’étiquette te procure une certaine satisfaction, un certain confort par rapport à toi-même (pas forcément par rapport aux autres car tu n’es pas obligé de révéler cette étiquette, le tout c’est de se sentir en accord avec soi-même).
    • Il est possible de t’identifier à un terme en apportant les nuances nécessaires à la définition: par exemple, s’identifier en tant que lesbienne même si tu es non binaire. D’ailleurs, n’hésite pas à expliquer aux gens ce que tu entends par le terme que tu utilises même si cela peut te paraître ou leur paraître évident. Parfois, il vaut mieux prendre le temps de bien expliquer pour ensuite repartir sur des bases neuves et solides que de se ramasser tout les clichés ^^
    • Ton expérience est unique ; aussi, il est possible d’utiliser une combinaison d’étiquettes pour s’ajuster au mieux à ton identité : si par exemple tu t’identifie au terme demi-girl mais que tu sens qu’il faut y rajouter le terme genderfluid pour vraiment décrire ton expérience, alors n’hésite pas à utiliser les deux termes conjointement !
    • Tu as le droit de changer d’étiquette si celle que tu avais choisie ne te convient plus (soit parce que ton identité a évolué, soit parce que l’étiquette en elle-même ne te convient plus pour x raisons) ! Tu n’as pas signé un contrat à vie avec telle ou telle étiquette.
    • Tu as le droit d’inventer une étiquette si aucune ne te correspond
    • Tu as le droit de ne pas choisir d’étiquette: après tout, si tu ne ressens pas le besoin de te décrire avec un mot, personne ne t’y oblige. Ne pas choisir d’étiquette peut-être aussi un moyen de s’opposer à la catégorisation systématique des être humains par leur genre et leur orientation.
    • Tu as le droit de choisir une étiquette pour toi mais de ne pas la révéler aux autres par souci pratique, par discrétion ou pour tout autre raison : par exemple, je dis souvent que je suis neutre car c’est ce qui me semble le plus simple à communiquer et le plus proche de mon expérience si je ne devais utiliser qu’un seul mot. En réalité, je m’identifie à tout un tas de termes mais cela me prendrait l’après-midi entier à les expliquer… 

     

    Après ce magnifique traité de philosophie cet article n’hésite pas à partager tes étiquettes et le sens que tu leur donnes en commentaire (que tu sois cis ou trans et/ou non binaire) ! :)

     

    Bonne journée/soirée !

    UESG

     

    Documentation sur le sujet :

    Trop de vocabulaire LGBT+ ? (Princ(ess)e)

    Playlist "labels" de OutOfThisBinary

     

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  • Commentaires

    1
    Darkmichou
    Jeudi 22 Octobre 2015 à 21:27

    Très chouette traité de philosophie ;-)

      • Jeudi 22 Octobre 2015 à 23:22

        Merci :) Tu es officiellement le premier à me laisser un commentaire : FELICITATIONS ! :D Et avec un pseudo pareil, je peux pas me tromper de personne, ça ne peut que être toi ;)

    2
    Kris
    Mardi 21 Juin 2016 à 13:46

    Un monde sans étiquettes serait merveilleux... mais dans notre monde plein de catégorisation et d'étiquetage, refuser les étiquettes me semble contre-productif. Il me semble au contraire qu'il faut les multiplier, pour montrer la diversité et subtilité, par opposition en particulier à la binarité sexiste (c'est forcément le comble de réduire à 2 !).

    Donc je suis trans non-binaire agenre, neutre et autonome d'expression, aromantique pansexuelh (90% autre / 80% F / 50% M), non-intersexe (à man connaissance), assignéh garçon depuis la naissance, socialement assimiléh masculin (mais +/- androgyne / efféminée / tapette)... euh... gray-travestih moustachue chevelue. Bon je vois rien d'autre comme étiquettes sur le plan (anti)sexiste (ça fait quand même + de 2 lignes).

      • Mardi 21 Juin 2016 à 13:50

        :D oui je suis tout à fait d'accord (non-intersexe = dyadique)

    3
    Kris
    Mardi 21 Juin 2016 à 14:25

    Biologiquement dyadique (pas psycho-socialement !) ou génitalement (c'est à dire vis-à-vis de la reproduction) spermatique... et tout ça, toujours, jusqu'à preuve du contraire : fécondité spermatique inconnue, organes internes inconnus (utérus ? prostate ? euh ça en fait je sais), hormones mal-connues, caryotype inconnu (sans parler du génotype)... bref comme la plupart.

     

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