• Sujets transversaux

  • [Désolé, je dis des gros mots :3 C’est cool les gros mots O :) ]

     

    Bonjour, bonsoir,

     

    Aujourd’hui, je vais parler des étiquettes. Vous savez, ce mot qu’on choisit pour décrire notre identité : gay, bi, trans, agenre, etc.

     

     

    On va se défouler une bonne fois pour toute. Allez, tous en cœur : aaah ! Ce besoin de tout catégoriser ! Comme si nous ne pouvions pas être tout simplement des humains aimant (ou pas) d’autres humains ! Il faut absolument nous catégoriser encore et encore par notre genre, notre orientation sexuelle, notre orientation romantique, la longueur de notre petit doigt de pied divisée par le diamètre au carré de notre gros doigt de pied… Ah, ça, non en fait ^^

    Bon au delà de la catégorisation par les doigts de pieds, les étiquettes, c’est quand même très limité et enfermant comme concept. C’est un mot, un seul mot, statique et figé. Comment un seul petit mot pourrait-il rendre compte de la complexité ou de la fluidité de nos identités ? Et puis, l’étiquette nous colle franchement à la peau comme un tatouage de malabar au milieu de la tronche. Encore pire si c’est un.e petit.e malin.e qui a trouvé intelligent de l’y coller sans vous demander la permission. Oui parce que les gens font tout le temps ça, mettre les étiquettes qui les arrangent sur les autres. Et l’étiquette (soupir) vient avec son lot d’emmerdes. Quand on choisit une étiquette, les clichés frappent assez rapidement à la porte. Bonjour… Ah, vous venez avec vos casseroles bruyantes que je vais devoir m’attacher aux pieds pour le restant de mes jours ?

    Par ailleurs, les étiquettes c’est compliqué et obscur pour les gens non sensibilisés et cela peut rendre la communication difficile et créer une barrière supplémentaire. Et puis, si l’on ramène les genres non-binaires dans l’équation, ça commence sérieusement à être le bordel… Je suis transgenre non-binaire xénogenre-fluid pansexuel et panromantique ! - Oui… Mais encore ? – Ben, j’aime bien le gruyère aussi. (Cette situation est impossible).

    Au fait, comment dit-on : « je suis une personne non binaire qui aime les femmes » ? Je n’ai encore jamais vu de mot pour ça. Pour y palier, certain.es afab utilisent quand même le mot lesbienne. Et ce choix est tout à fait valide. Les étiquettes sont faites pour être appropriées et redéfinies avec des nuances car de toute façon une étiquette « n’est pas nous » mais n’est qu’un mot pour nous décrire au mieux ; elle ne pourra jamais coller à 100%.

     

    Une étiquette est faite pour servir un but ; nous définissons notre étiquette, ce n’est pas elle qui nous définit. Eh, dis donc moi, t’étais pas contre les étiquettes à la base ? Ben, thèse, anti-thèse, synthèse, c’est ça la bââââse…

     

    Après ce très sympathique aparté de moi à moi, je reprend : le but d’utiliser une étiquette peut-être multiple. En effet, elle peut servir à :

     

    • s’identifier: s’identifier aux autres membres de la communauté pour réfléchir ensemble, se soutenir, partager des expériences.
    • communiquer: communiquer ce qu’on ressent aux autres en posant un mot sur ses sentiments.
    • joindre les forces : permettre de sensibiliser les gens à une cause, militer, revendiquer des droits en utilisant un vocabulaire commun.
    • donner une existence dans la sphère sociale : faire exister son identité en lui faisant correspondre un mot ; l’identité préexiste à l’étiquette mais puisque l’étiquette permet de parler de cette identité, elle lui donne une existence dans la sphère sociale. Certaines identités de genre et orientations semblent avoir émergé seulement très récemment mais les personnes ayant cette identité existaient déjà ; seulement, il n’y avait pas de mot pour décrire cette identité, rassembler ces personnes et les faire exister dans la sphère sociale.

     

    Bref, vous comprenez que les étiquettes sont censées nous être utiles, et ne sont pas là pour nous enfermer mais pour nous offrir plus de liberté. Encore faut-il savoir comment les utiliser. Petit guide (dis, dis, c’est la synthèse ? :p) :

     

    • S’identifier à un terme est un choix personnel : s’il y a une étiquette que tu « ne sens pas », qui ne te plaît pas, il n’y a aucune obligation à s’y identifier, même si la définition semble te correspondre a priori. Il faut « le sentir », que le choix de l’étiquette te procure une certaine satisfaction, un certain confort par rapport à toi-même (pas forcément par rapport aux autres car tu n’es pas obligé de révéler cette étiquette, le tout c’est de se sentir en accord avec soi-même).
    • Il est possible de t’identifier à un terme en apportant les nuances nécessaires à la définition: par exemple, s’identifier en tant que lesbienne même si tu es non binaire. D’ailleurs, n’hésite pas à expliquer aux gens ce que tu entends par le terme que tu utilises même si cela peut te paraître ou leur paraître évident. Parfois, il vaut mieux prendre le temps de bien expliquer pour ensuite repartir sur des bases neuves et solides que de se ramasser tout les clichés ^^
    • Ton expérience est unique ; aussi, il est possible d’utiliser une combinaison d’étiquettes pour s’ajuster au mieux à ton identité : si par exemple tu t’identifie au terme demi-girl mais que tu sens qu’il faut y rajouter le terme genderfluid pour vraiment décrire ton expérience, alors n’hésite pas à utiliser les deux termes conjointement !
    • Tu as le droit de changer d’étiquette si celle que tu avais choisie ne te convient plus (soit parce que ton identité a évolué, soit parce que l’étiquette en elle-même ne te convient plus pour x raisons) ! Tu n’as pas signé un contrat à vie avec telle ou telle étiquette.
    • Tu as le droit d’inventer une étiquette si aucune ne te correspond
    • Tu as le droit de ne pas choisir d’étiquette: après tout, si tu ne ressens pas le besoin de te décrire avec un mot, personne ne t’y oblige. Ne pas choisir d’étiquette peut-être aussi un moyen de s’opposer à la catégorisation systématique des être humains par leur genre et leur orientation.
    • Tu as le droit de choisir une étiquette pour toi mais de ne pas la révéler aux autres par souci pratique, par discrétion ou pour tout autre raison : par exemple, je dis souvent que je suis neutre car c’est ce qui me semble le plus simple à communiquer et le plus proche de mon expérience si je ne devais utiliser qu’un seul mot. En réalité, je m’identifie à tout un tas de termes mais cela me prendrait l’après-midi entier à les expliquer… 

     

    Après ce magnifique traité de philosophie cet article n’hésite pas à partager tes étiquettes et le sens que tu leur donnes en commentaire (que tu sois cis ou trans et/ou non binaire) ! :)

     

    Bonne journée/soirée !

    UESG

     

    Documentation sur le sujet :

    Trop de vocabulaire LGBT+ ? (Princ(ess)e)

    Playlist "labels" de OutOfThisBinary

     

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    9 commentaires
  • Bonjour, bonsoir !

    Aujourd’hui, nous allons prendre un scalpel, une pince fine et disséquer la société pour voir un peu comment elle fonctionne. Je parle bien sûr ici de la société dans laquelle je vis moi, c’est à dire la société occidentale. (Néanmoins, certains de ces raisonnements peuvent être valables ailleurs ?).

     

    Donc… de quoi s’agit-il lorsqu’on parle de privilèges et d’oppressions ?

     

    La société est organisée en plusieurs systèmes oppressifs. Un système oppressif fonctionne grâce à l’existence de privilèges dont jouissent un groupe de personnes, dit dominant. Ce groupe dominant partage une « caractéristique » qui est considérée par la société comme étant la norme ou comme étant supérieure (par exemple, le fait d’être une personne blanche). Les personnes ne faisant pas partie du groupe dominant car n’ayant pas la dite « caractéristique » sont dominées et opprimées (par exemple, le fait d’être une personne transgenre). En effet, les privilèges dont jouissent les uns entraînent inévitablement des inégalités et discriminations envers les autres.  L’oppression engendrée par le système oppressif peut même résulter en un rejet total du groupe dominé ou des violences. Ainsi, les personnes privilégiées peuvent développer une haine envers les opprimés, et cela peut couter la vie à celleux-ci.

     

    Prenons un exemple concret (celui que je connais le mieux) : le système oppressif cisnormatif. La cisnormativité décrit un système social dans lequel il est considéré que les identités des personnes cisgenres sont plus valides que celles des personnes transgenres, ou que les personnes cisgenres sont supérieures aux personnes transgenres. La cisnormativité peut même aller jusqu’à nier l’existence des transidentités. Dans un tel système, le groupe dominant est bien évidemment formé par les personnes cisgenres qui jouissent de nombreux privilèges : leur identité est reconnue et respectée par la société, iels ne sont pas psychiatrisées ni discriminées à l’embauche car leur identité de genre ne rentre pas dans la norme, etc. Quant au groupe dominé, il est formé par les personnes transgenres qui souffrent d’oppressions : le cissexisme, se traduisant par un non respect de leur identité de genre, parfois même la négation de leur identité, l’invisibilisation médiatique, les stéréotypes et préjugés, les difficultés administratives pour être reconnues socialement comme leur vrai genre, et j’en passe. Le cissexisme consiste également au fait de toujours présupposer que les gens sont cis. Le fait de dire « les femmes enceintes » dans un cours de biologie est extrêmement cissexiste car les hommes trans et les personnes non-binaires afab peuvent aussi être enceint.es. Mais la plupart du temps, le cissexisme est tellement puissant que la personne parlant des « femmes enceintes » ne sait même pas qu’une personne qui n’est pas une femme peut aussi être enceinte ! C’est un bon exemple de la manière dont le système oppressif parvient complètement à jeter dans les oubliettes cosmiques du néant intergalactique l’existence de certaines personnes !!! D’ailleurs, à ce jour, les identités trans non-binaires n’existent pas dans la tête de la plupart des français.es cisgenres. Quant aux identités trans binaires, elles y existent mais les gens sont tellement mal éduqués sur ces questions et ont tellement de préjugés qu’au final… bof, elles n’existent presque pas en tant que tel, quoi. Tout ces préjugés entraînent un rejet des personnes transgenres, ce qui se traduit par de la transphobie, forme extrême du cissexisme. La transphobie peut aller de propos violents (y compris une soit disant « blague ») qui va blesser profondément une personne transgenre souffrant déjà quotidiennement du système oppressif à un acte de violence. Cette violence peut aller jusqu’au meurtre de personnes trans : ce sont des crimes de haine… Entre 2008 et 2014, 1731 assassinats transphobes ont été reportés (et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg). (Source)

     

    Il est à noter que beaucoup de gens n’ont pas conscience de leurs privilèges. Iels ne se rendent pas compte de leur cissexisme car la société nous a tous.tes conditionné.es depuis l’enfance pour faire partie de ce système oppressif. Même les opprimés ont des préjugés contre eux-mêmes au début. Dans le cas de mon exemple, les personnes trans doivent déconstruire tout ce que le système leur a inculqué pour pouvoir s’accepter elles-mêmes : on dit qu’elles ont de la transphobie internalisée. Nous en avons tous.tes. Une personne qui a réussi a appris à voir au delà du système oppressif est dite déconstruite car elle a déconstruit le conditionnement social et ses –phobies internalisées. Les personnes qui sont encore prisonnières du système dans leur façon de penser sont dites non-déconstruites.

     

    Etre non-déconstruit n’est pas une excuse pour tenir des propos oppressifs. Si vous le faites par ignorance, ne vous offusquez pas que les opprimés vous fassent remarquer que vos propos sont problématiques ou –phobes, excusez-vous simplement, et continuez de vous éduquer pour vous déconstruire. De même, ne demandez pas à une personne opprimée de rester calme lorsque vous venez de l’opprimer, même si vous l’avez fait par ignorance. On appelle cela le tone-policing et ce n’est pas correct car les personnes opprimées se prennent des agressions de la part des privilégiés dans la tronche tout le temps. De plus, les opprimés ne sont ni Wikipédia, ni Google, ni la bibliothèque municipale. Iels ne sont pas là pour vous éduquer surtout quand vous venez de les opprimer. Cependant, si vous souhaitez vous éduquer, il est tout à fait possible de trouver une personne qui souhaite avoir une conversation sympathique pour vous expliquer les choses. Simplement, les personnes opprimées ne sont pas obligées de le faire, c’est tout, donc ne l’exigez pas d’elles et ne faites pas de tone-policing.

     

    En résumé, le système oppressif maintient l’ignorance et la non-éducation des personnes privilégiées, laissant aux personnes opprimées tout l’effort de sensibilisation et d’éducation. Cependant, cette sensibilisation, quand elle est faite par les personnes déjà méprisées par la société, peut s’avérer peu efficace. En effet, les dominants vont accorder peu d’importance et de validité à la parole des dominés. C’est pourquoi, les allié.es faisant partie du groupe privilégié sont d’une aide précieuse car ils permettent d’amplifier la voix des opprimés en créant un espace où iels seront écoutés. Il est important de permettre aux opprimés de parler, pas de parler à leur place, car 1) lorsqu’on ne vit pas une oppression, on sait forcément moins bien de quoi on parle 2) pour une fois que les opprimés peuvent s’exprimer, ne leur prenons pas la parole, pour leur permettre d’exister dans la sphère sociale. De plus, dire aux opprimés comment mener leur lutte ou comment iels devraient se sentir, ce n’est pas correct, car vous n’êtes pas à leur place.

     

    J’ajouterai qu’une oppression existe à une échelle globale et systémique, il s’agit d’un SYSTEME oppressif, sous-tendu de mécanismes oppressifs particuliers. Donc… les oppressions inversées n’existent pas ! Peut-être qu’il existe localement une personne qui n’aime pas les personnes cis, mais en aucun cas un système qui discrimine les personnes cisgenres dans tout les aspects de leur vie, donc la cisphobie n’existe pas !

     

    Bon, maintenant, si vous avez des privilèges, ce n’est pas la fin du monde. Ne culpabilisez pas d’en avoir, ce n’est pas votre faute ! Utilisez-les bien pour aider les opprimés en étant un.e allié.e efficace ;) La première chose à faire est de prendre conscience de ses privilèges. Nous allons donc, ensemble, vérifier nos privilèges. Il est possible d’avoir des privilèges et de subir des oppressions par ailleurs ; il est possible de cumuler les privilèges ou les oppressions. Voici un petit tableau avec certains privilèges et oppressions (il y en a forcément beaucoup d’autres). Il n’y a pas d’ordre hiérarchique spécifique dans ce tableau. (Oui j'ai une obsession pour les tableaux).

     

    Vérifiez vos privilèges

     

    Nous reviendrons sûrement plus en détail sur ce tableau dans un prochain article.

    Hétérosexisme : le fait de considérer qu'être hétéro est la norme.

    Pour plus d’informations sur les termes "validisme", "capacitisme", "psychophobie" et "neuroatypique" : ici.

     

    Donc, mes privilèges à moi sont d’être blanc et de ne pas être en situation de handicap. Par ailleurs, je subi le sexisme, le cissexisme et la transphobie, l’hétérosexisme et la biphobie. Bon, qu’est-ce que je fais de mes privilèges alors ?

     

    1.    1. J’écoute les personnes qui n’ont pas mes privilèges : si ces personnes disent que quelque chose est problématique, il y a sûrement une raison, même si je ne la vois pas au premier abord, alors j’écoute.

    2.    2. Je m’éduque et je me déconstruis : j’ai par exemple suivi un programme de cours sur l’insertion des personnes en situation de handicap en entreprise. [NB : ne pas penser qu’on mérite des cookies, un diplôme du gentil privilégié ou le prix Nobel de lea héro.ïne parce qu’on a fait quelque chose de bien.]

    3.    3. Lorsqu’une personne de mon groupe dominant dit quelque chose de problématique, je le lui dis, et dans la mesure du possible, j’explique pourquoi, et je fourni des ressources pour permettre plus de visibilité du groupe opprimé.

    4.    4. J’essaye de parler de ces sujets pour faire réfléchir les autres sur leurs privilèges (comme au travers de cet article par exemple).

     

    Ne vous découragez pas, la déconstruction est un processus qui peut prendre du temps. Ce n’est pas un processus passif, vous devez y travailler activement ; c’est une sorte de gymnastique cérébrale ! ;)

     

    J’espère que cet article vous aura éclairé.es !

    Des bisous

    UESG

     

    Documentation sur le sujet :

    Planche de la BD Assignée Garçon de Sophie Labelle

    Le tone-policing (et la politique de la respectabilité sur laquelle je reviendrais sûrement dans un prochain article)

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    1 commentaire
  •  

    1.    Qu’est-ce SEXI ?

     

    SEXI est une émission YouTube qui parle d’éducation sexuelle avec une volonté inclusive pour les personnes de tout genres et sexes et de toutes orientations sexuelles, romantiques et relationnelles.

    Le nom SEXI vient d’un jeu de mot avec « sexy » où le « Y » a été remplacé par un « I », pour « inclusif ».

     

    Lien vers la playlist SEXI sur ma chaîne YouTube

     

    2.    Pourquoi ce projet ?

     

    L’éducation sexuelle manque en France (ainsi que dans d’autres pays). Elle manque d’autant plus pour les personnes ayant une vulve. Par ailleurs, l’éducation sexuelle est souvent voire toujours cissexiste, dyadique-sexiste et hétérosexiste (cela veut dire qu’elle invisibilise les personnes transgenres, intersexes, et non-hétéro).

     

    3.    Peut-on être totalement inclusif ?

     

    Je ne pense pas qu’il soit possible d’être inclusif à 100%, malgré que je fasse tout mon possible. C’est pourquoi, vous êtes invité-e-s à me corriger ou à rajouter des informations en commentaires si nécessaire. J

     

    4.    De quoi va-t-on parler dans SEXI concrètement ?

     

    On parlera de plein de choses, et je n’ai pas encore planifié la totalité des épisodes. Ce que je peux vous dire, c’est que les sujets ne manquent pas ! Vulve, clitoris, hymen, vagin, cycle menstruel, consentement, IST, etc. sont des sujets que je compte aborder parmi tant d’autres.

     

    5.    Quand sortiront les épisodes ?

     

    Je ne me fixe pas d’échéance précise même si j’espère pouvoir les sortir régulièrement. Je fais aussi mes études en même temps et une vidéo prend énormément de temps à faire (recherches, montage, enregistrement, mise en ligne…). C’est beaucoup de travail mine de rien !

     

    En tout cas, j’espère de tout cœur que la série vous plaira !

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  • Dans le cadre de la lutte contre les oppressions systémiques, un argument revient souvent. C’est celui que personne n’est responsable, que c’est un système en place et que les individus au sein de ce système ne sont pas fautifs de l’oppression vécue par d’autres, que le principe de base d’une oppression systémique c’est qu’elle n’est pas consciente. Examinons un peu cela.

     

    1.    On n’est pas responsable de son privilège mais de ce qu’on en fait

     

    La première chose c’est qu’une personne privilégiée sur un axe (blanche et/ou ou cis et/ou dyadique* et/ou hétéro, etc.) n’a pas choisi ce qu’elle est et n’a pas choisi d’avoir des privilèges. C’est absolument vrai. Il n’y a pas lieu de culpabiliser quelqu’un d’avoir des privilèges. Aussi, quand on dit à quelqu’un qu’iel a des privilèges, ce n’est pas une insulte, ni une façon de li dénigrer, mais un simple constat.

    En revanche, ce qu’il faut absolument comprendre, c’est qu’on est responsable de la façon dont on utilise son privilège. Par exemple, on peut utiliser son privilège pour être un-e allié-e à la cause et combattre l’oppression systémique. On peut aussi utiliser son privilège pour passer un arrêté anti-burkini et là, voyez, on est largement responsable de l’oppression que l’on vient d’infliger.  

     

    * = non intersexe

     

    2.    L’oppression est bien un phénomène actif et conscient

     

    L’oppression est pourtant bel et bien un phénomène actif et conscient. En effet, à la base elle est instaurée par des êtres humains pour avoir un pouvoir sur d’autres êtres humains qui ne pourront pas jouir des mêmes droits. Par la suite, l’oppression est maintenue activement et consciemment par des membres du système.

    Voyons quelques exemples qui montrent que l’oppression est active à l’échelle du groupe ou institutionnelle :

     

    - La Shoa, l’esclavage, les génocides, la colonisation et autres horreurs, ça se passe de commentaires. L’argument « iels étaient pas conscient-e-s » est juste tellement indécent quoi…

     

    - Obliger les personnes trans à être stérilisées pour pouvoir changer d’état civil, c’est de l’oppression active. La France ayant été condamnée à ce sujet par le Conseil Européen des Droits de l’Homme (CEDH) pour cet état de fait qui ne respectait pas les droits humains des personnes trans, on ne peut plus jouer la carte de l’oppression inconsciente. Une loi est finalement passée récemment n’obligeant plus à se faire stériliser mais le changement d’état civil libre et gratuit n’est toujours pas passé, car certaines personnes s’y sont opposées (donc l’oppression active continue).  (sources ici et ici et ici)

     

    - Pratiquer des interventions chirurgicales non-consenties sur les enfants intersexes, c’est de l’oppression active. Encore une fois, la France a déjà été rappelée à l’ordre par l’ONU et le CEDH.

     

    -  Voter contre une loi qui va à l’encontre de la culture du viol, c’est de l’oppression active (ex ici).

     

    - A l’élection présidentielle US, la majorité des blanc-hes ont voté pour… un président raciste. Oppression active. (source)

     

    - La « Manif pour tous » (une bande d’homophobes qui manifestent contre le mariage gay), c’est de l’oppression active : un groupe de gens manifestent activement contre les droits d’autres personnes. 

     

    - 

     

    Et des exemples, il y en a à n’en plus finir et y’en aussi légion a plus petite échelle, à l’échelle individuelle. Prenons l’exemple de la transidentité : refuser d’utiliser les pronoms d’une personne trans, l’insulter, l’agresser, la tuer, tout ça c’est de l’oppression active. Il y a aussi des comportements oppressifs plus « subtiles », notamment toutes les méthodes discursives des dominant-e-s dans une discussion sur l’oppression. 

    L'oppression est-elle un processus actif ?

    Une autre forme plus subtile d’oppression, c’est le fait de ne pas prendre position en faveur des opprimé-e-s une fois les informations mises à disposition et prétendre être « neutre ». Je vous invite à consulter l’album que j’ai fait récemment à ce propos ici.

     

    L'oppression est-elle un processus actif ?

     

    (Il faut lire la bulle la plus haute en premier donc celle à droite, désolé c'est pas hyper clair ^^)

    En étant "neutre" face à un programme politique ouvertement oppressif, vous banalisez et légitimisez l'expression d'idées oppressives. Vous faites passez le message que c'est acceptable d'avoir un programme contenant de telles idées. Vous participez au maintien de telles idées en ne vous positionnant pas à leur encontre.
    En attendant de "voir" ce qu'il se passe, vous acceptez de mettre en danger les personnes visées par un tel programme. Quand prendrez-vous donc position contre cette personne politique ? A la première discrimination ? A la première agression ? A la première mort ?

    Donc oui, des individus au sein du système oppressent activement les autres, que ce soit à échelle institutionnalisée ou individuelle.

     

    3.    Oui, je sais, « pas touuuustes »

     

    Je vous vois déjà venir en hurlant que « pas touuuustes les dominant-e-s ». Je vous renvoie à l’image ci-dessus, premièrement. Deuxièmement, il n’est évidemment pas question de dire que toutes les personnes privilégiées oppressent les autres en connaissance de cause. Il y a aussi des individus au sein du groupe dominant qui perpétuent l’oppression plus par « naïveté » et ignorance qu’autre chose et une fois sensibilisé-e-s, iels sont capables de se remettre en question et vont entamer le processus de déconstruction. Iels deviendront alors des allié-e-s. Donc oui, « pas touuuuustes les dominant-e-s », il y a aussi des allié-e-s. Et par allié-e, j’entends une personne qui prend activement position en faveur des opprimés.

     

    4.    L’oppression silencieuse

     

    Des individus préfèrent aussi garder leurs œillères et ignorer les informations qui leur ont été mises à disposition. Ceux-là sont en fait responsables aussi de l’oppression. Iels ont choisit d’ignorer les informations et de ne rien faire, autrement dit laisser les oppresseur-ses actif-ves oppresser. 

    On accuse souvent les militant-e-s de critiquer pas mal les mecs cis dyadiques blancs. Mais s’ils avaient tous fait un boulot d’allié - où même les trois quart d’entre eux seulement car il est irréaliste que tous puissent le faire -, cela ferait belle lurette que les droits humains fondamentaux des personnes concernées auraient été obtenus.  

     

    Conclusion :

    L’oppression systémique n’est pas une entité magique qui vit d’elle-même. Beaucoup ont l’air de penser qu’il s’agit de cet espèce d’ombre sans humanité qui plane au dessus de nous, dont personne n’est responsable. Non. Elle a été instaurée par des êtres humains, à leur profit, et est maintenue par des êtres humains, toujours à leur profit. Arrêtons de vider l’oppression systémique de la base humaine qui l’a créée et la maintient, comme si c’était un monstre invisible que nous devions combattre.

    Prenez conscience que l’oppression est un processus actif et que vous l’avez probablement activement alimenté à un moment ou à un autre, en en ayant conscience à divers degrés selon le moment de votre vie. Il ne s’agit pas de dire que vous êtes un monstre d’oppresseur mais de simplement dresser un constat et de prendre activement position en faveur des opprimé-e-s à partir de maintenant, car vous détenez à présent les informations.

     

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  •  

    Les définitions que j’utilise pour comprendre cet article (à passer si vous maîtrisez les concepts) :

    -Cisgenre : une personne dont le genre correspond à son genre assigné à la naissance.

    -Transgenre : une personne dont le genre ne correspond pas exclusivement au genre assigné à la naissance.

    -Non-binaire : une personne ni exclusivement homme, ni exclusivement femme. La non-binarité est un spectre où les personnes peuvent être à la fois homme et femme, entre les deux, fluctuer entre les deux, n’être ni l’un ni l’autre, … La non-binarité fait partie du parapluie des transidentités.

    -Personne de genre fluide : une personne dont le genre fluctue au cours du temps et/ou selon les situations. Ainsi une personne pourra se sentir femme puis homme puis neutre puis de nouveau femme etc. La fréquence avec laquelle le genre de la personne fluctue dépend de chaque personne, les périodes passées à se sentir d’un genre peuvent être courtes comme longues. Les personnes fluides de genre font partie du parapluie des transidentités.

    -Bisexualité : un spectre d’orientations sexuelles et romantiques dans lesquelles les personnes sont attirées par plusieurs genres (deux ou plus, possiblement tous), pas nécessairement de la même façon ni de manière égale.

    -Asexualité : un spectre d’orientations sexuelles dans lesquelles les personnes ne ressentent pas d’attirance sexuelle ou en ressentent de manière rare ou dans certaines conditions précises.

    -Aromantisme : un spectre d’orientations romantiques dans lesquelles les personnes ne ressentent pas d’attirance romantiques ou en ressentent de manière rare ou dans certaines conditions précises.

    -Queer : un terme qui qualifie potentiellement une personne qui n’est pas cisgenre et/ou pas hétéro ; queer est un mot connoté politique car il dénote un refus de s’assimiler au système oppressif.

     

    Introduction :

    La majorité des gens ont un genre fixe ainsi que des attirances sexuelles et romantiques fixes mais certaines personnes sont de genre fluide ou bien ont des attirances fluctuantes. Le genre et les attirances en tant que notions sont fluides et ces paramètres peuvent par conséquent évoluer chez un individu au cours de notre vie. A mon sens, nous sommes donc toustes susceptibles de naturellement changer de genre ou d’attirances* à un moment donné de notre vie, même si cela n’arrive pas dans la plupart des cas. On est donc en droit de se demander si une personne transgenre peut devenir cisgenre et si une personne non-hétéro (gay, bi, asexuelle, aromantique…) peut devenir hétéro. Cette question peut ressembler à de la « branlette intellectuelle » comme on aime si souvent me le rappeler, mais ce blog propose à la fois des réflexions pédagogiques et pratiques ainsi que des réflexions de fond – parce que j’ai envie, voilà tout. Bref, j’invite donc les personnes intéressées à continuer la lecture de cet article dans lequel je vais livrer ma perspective sur le sujet.  

     

    *[en revanche, je précise que la thérapie de conversion, qui consiste à forcer les personnes transgenres ou non-hétéro à devenir cisgenre ou hétéro ne fonctionne absolument pas et consiste en des traitements parfaitement inhumains !]

     

    1 – Une personne bi peut-elle devenir hétéro ?

     

    Commençons avec la question qui me paraît la plus simple et qui servira de porte d’entrée à l’analyse que je souhaite mener. Une personne bi a par définition des attirances envers de multiples genres (au moins deux). Prenons l’exemple fictif d’une femme qui durant trente ans aurait été attirée par tous les genres et se serait donc définie comme bisexuelle. Admettons que ses attirances évoluent et qu’à trente ans, elle se trouve uniquement attirée par les hommes. Est-elle devenue hétéro pour autant, d’un point de vue théorique (en pratique, chacun-e utilise les étiquettes qui lui sied) ? La question n’est pas dénuée d’intérêt à mon sens.

     

    Notons premièrement que ma vision de la bisexualité inclut parfaitement la possibilité d’attirances fluides au cours du temps. Beaucoup de personnes bisexuelles ont des périodes où elles sont plus attirées par un genre que les autres puis ça rechange. Ici, le cas est un peu différent puisque notre femme fictive se retrouve exclusivement attirée par les hommes. On peut quand même argumenter qu’elle a tout de même vécu des attirances pour de multiples genres au cours de sa vie, et que donc ça rentre tout à fait dans la définition d’une bisexualité fluide, d’autant plus qu’on ne sait pas combien de temps elle peut être attirée exclusivement par les hommes.

    En réalité, peu importe que ça dure pour toujours ou que ça soit une période plus courte. Parce qu’une telle personne n’a pas du tout un vécu hétéro. Etre exclusivement attiré-e par un genre aujourd’hui n’efface pas les x années d’attirances pour de multiples genres et les relations passées. Cela n’efface pas non plus la biphobie vécue. Car oui, notons qu’être hétéro ne décrit pas seulement un pattern d’attirances mais aussi une position sociale dominante, position sociale dans laquelle ne se trouvait absolument pas la personne de l’exemple. Et j’ajouterai qu’elle ne s’y trouve toujours pas, même en étant aujourd’hui exclusivement attirée par les hommes. Cela lui confère sans doute un avantage dans le présent mais pas un privilège. En effet, comme je le disais cela n’efface pas du tout la biphobie qu’elle a vécu auparavant, et cette biphobie a même des impacts encore dans le présent et le futur : il suffit que cette personne évoque ses relations et attirances passées par exemple. De plus, la biphobie a un impact sur la santé mentale (anxiété, dépression, etc.) qui peuvent avoir des effets à long terme.

     

    En résumé, refuser à une telle personne une place au sein de la communauté LGBT+ et la forcer à s’identifier hétéro serait 1. un non-sens par rapport à la nature même de la bisexualité qui prend en compte la fluidité 2. un non-sens par rapport au vécu de la personne, exposée à la biphobie. J’estime donc qu’une personne qui avaient des attirances pour de multiples genres et se retrouve à avoir des attirances pour un seul genre est tout à fait légitime à continuer à s’identifier bi (ou pan ou queer, enfin le mot qu’elle veut, vous avez l’idée).

     

    2 – Une personne gay peut-elle devenir hétéro ?

     

    Prenons un second exemple. Je vais finir par leur donner des prénoms ahah. Damien, 25 ans, cheveux blonds (bon ça on s’en fout un peu). Damien a toujours été exclusivement attiré par les hommes. Il se définissait donc jusqu’à lors comme gay. Admettons qu’à 25 ans ses attirances évoluent et il se trouve alors exclusivement attiré par les femmes. Est-il hétéro ? (Vous avez 4 heures). Les questions qu’il faut surtout se poser sont : Damien a-t-il un vécu d’hétéro ? Non. Damien a-t-il une position sociale de privilège par rapport à l’hétérosexualité ? Non. C’est exactement pareil que pour mon exemple donné dans le paragraphe 1 (donnez lui un prénom en commentaire si vous avez lu l’article jusque là) le vécu précédent ne s’efface pas et à même des conséquences après sur le long terme. Ce que je dis vaut évidemment si on considère le cas « inverse » d’une femme qui a été attirée par les femmes mais est maintenant attirée par les hommes (et pour les personnes non-binaires, y’a pas à se poser la question, nous ne rentrons de toute façon pas dans le modèle de l’hétérosexualité de par notre genre). J’ajouterai une particularité masculine quand même à mon exemple : souvent les hommes queer, même s’ils sont bisexuels, sont ramenés à l’appellation gay parce que visiblement pour la société avoir un jour été attiré par un autre homme fais que tu es forcément gay (alors qu’au contraire les femmes bisexuelles sont elles souvent ramenées à l’hétérosexualité, dans les deux cas c’est l’attirance pour les hommes qui semble la plus importante pour la société hétérosexiste mais je m’écarte du sujet initial !)

    Si on prend en compte ces considérations, à mon avis, ça n’a donc pas de sens de parler d’hétérosexualité dans un cas comme celui de mon exemple. On est bien face à une personne qui sort des normes hétérosexuelles. Damien a été attiré par plusieurs genres au cours de sa vie, il peut donc parfaitement se définir queer/bisexuel, etc. Je ne sais pas si ça a du sens si Damien continue à se définir gay, mais pourquoi pas sachant que ce terme est parfois utilisé de manière plus large – en revanche si on applique la définition stricte, ça a moins de sens sachant que ça fait référence à une attirance exclusive pour le même genre. Evidemment, il y a aussi l’attachement à la communauté dans laquelle on a évolué qui participe à la construction identitaire et peut influencer le vocabulaire utilisé (mais encore une fois je m’écarte du sujet de cet article).

     

    3 – Une personne asexuelle et/ou aromantique peut-elle devenir hétéro ?    

     

    Vous vous en doutez, la réponse à cette question sera très similaire aux précédentes. Si Maïssa qui ne ressentait pas d’attirance sexuelle ni d’attirance romantique se met à en ressentir et de surcroit pour le « genre opposé », on ne peut toujours pas considérer qu’elle rentre dans les normes hétérosexuelle de part son vécu asexuel/aromantique et les effets de celui-ci dans le présent et le futur. Je sais que ce paragraphe va sembler plus sujet à débat que les autres, parce que c’est toujours plus compliqué de comprendre un vécu quand on parle de l’absence de quelque chose (ici d’attirance) parce que ce n’est pas tangible et qu’on a du mal à se le représenter. Pourtant le vécu asexuel/aromantique existe et il est concret dans la dimension sociale et mentale. Comme on n’est pas là pour faire un article sur le vécu asexuel/aromantique en particulier (sinon on y est encore demain matin), je vais pas en faire des tartines, mais j’espère que vous avez l’idée.

    Notons que des identités spécifiques sur les spectres asexuels et aromantiques prennent en compte justement la fluidité possible entre pas d’attirances et des attirances : ce sont les termes aceflux et les aroflux.

     

    4 – Une personne transgenre peut-elle devenir cisgenre ?

     

     Disons que Kai a été de genre neutre pendant x années et son genre évolue : iel se ressent à présent femme, ce qui correspond à son genre d’assignation. Kai est-iel devenu-e une femme cisgenre ? Devenue une femme, sans aucun doute, mais cisgenre, là la question mérite d’être développée.

     

    Premièrement, on se doit de différencier femme et femme (non, non, ce n’est pas l’heure tardive qui me fait dire des bêtises, promis). Ce que je veux dire, c’est qu’il y a femme dans le sens exclusivement femme et femme dans le sens partiellement/parfois femme (dans le contexte de la non-binarité). C’est déjà pas pareil car le vécu par rapport à la notion de femme est différente que le genre soit vécu de façon exclusive ou partielle/fluide, je pense. Donc quand on s’est senti-e neutre pendant x années, y’a des chances que le rapport au genre femme soit différent, parce que y’a tout un vécu derrière lié à la neutralité qui ne s’efface pas et qui a aussi un impact présent et futur sur qui nous sommes.

     

    Deuxièmement, on se doit d’être plus attentif-ves aux définitions. Reprenons :

    Non-binaire : une personne qui n’est ni exclusivement femme ni exclusivement homme. à Le vécu de Kai est donc compris dans cette définition, puis que la non-exclusivité à un des deux genres binaires n’est pas nécessairement dans un rapport temporel immédiat, étant donné que la notion de non-binarité inclut celle de la fluidité du genre d’une personne. Plus simplement : si ton genre est fluide, quelque soit la période de temps que tu passes à te sentir ton genre assigné, t’es légitime à te définir non-binaire.

     

    Transgenre : une personne qui n’est pas exclusivement du genre assigné à la naissance. à De la même façon que pour le terme non-binaire, Kai est légitime à s’identifier transgenre.

     

    Cisgenre : une personne dont le genre correspond à la naissance, et a fortiori quand on regarde la définition de transgenre cela signifie que la personne est exclusivement du genre assigné à la naissance. Encore une fois, le rapport temporel n’est pas nécessairement immédiat en prenant en compte la fluidité, donc Kai n’a pas l’obligation de s’identifier cisgenre.

     

    Au delà des définitions, on en revient toujours au vécu et aux privilèges. Kai n’a pas un vécu cis, ni le privilège qui va avec, malgré peut-être un avantage immédiat du fait du genre auquel iel s’identifie présentement – et encore, ça dépend car Kai a peut-être transitionné physiquement, changé son état civil, continue d’utiliser des pronoms autre que elle, ça dépend aussi de ce qu’iel raconte de sa vie aux gens qui peuvent avoir des réactions transphobes etc. Les gens risquent en plus d’invalider la neutralité de genre précédente de Kai et de dire plein d’horreurs transphobes (« c’était une phase », « tu reviens à la raison », blabla). Puis je vous raconte pas les TERF qui vont lui sauter dessus (vous avez de la chance si vous n’avez jamais croisé leur discours « nous accueillons à bras ouverts les femmes qui reviennent à nous après s’être faites lobotomisées par le transactivisme ») - et également les mêmes TERF qui vont accuser Kai de s’être infiltré dans le milieu féministe ou je ne sais quelle autre bêtise dans le cas où Kai aurait été assigné-e garçon.  

     

    En résumé, je dirais donc qu’une personne transgenre ne peut pas devenir cisgenre d’un point de vue théorique si on analyse les rapports de domination en jeu (et ce, malgré un avantage immédiat que pourraient avoir certaines à s’identifier à leur genre assigné).  

     

    Pour conclure cet article, je pense qu’en raison des rapports de domination et des vécus en dehors de la norme hétérocissexiste, on peut dire que : queer un jour, queer toujours.

     

    PS : même si on est toustes susceptibles de voir notre genre et/ou notre orientation évoluer, on n’est pas « toustes un peu queer ». Car si vous avez toujours été cis et hétéro, vous avez un vécu cis et hétéro et le privilège qui va avec. N’utilisez pas le fait qu’on est toustes susceptibles d’évoluer pour vous approprier les identités queer.

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