• Transidentité et ressenti d’âge

     

    Note 1 : J’avais écrit un article sur la transidentité et la perception de l’âge. http://uniqueensongenre.eklablog.fr/perception-de-l-age-et-transidentite-a130880916

    Ce précédent article se focalisait plus sur la perception de l’âge des personnes trans par autrui. Cet article-ci, quant à lui, se focalisera plus sur la perception de notre propre âge. Il n’y a pas besoin d’avoir lu l’autre article pour comprendre celui-ci dans l’absolu, si ce n’est que cela peut être intéressant pour avoir une vue plus globale sur le sujet.

     

    Note 2 : Evidemment, il faut bien comprendre qu’ici je ne parle pas d’âge au sens absolu (notre nombre d’année d’existence et le fait que nos corps vieillissent). Je parle en effet de la composante sociale de la notion d’âge : la façon dont l’âge est perçu et vécu. Par exemple, il est fréquent de dire d’une personne qu’elle fait plus jeune ou plus vieille que son âge, soit physiquement, soit émotionnellement/mentalement (par exemple si elle montre des centres d’intérêts qui sont socialement associés à des gens plus jeunes ou plus vieux). C’est parce que l’âge est associé à des marqueurs sociaux.

     

    J’ai entendu certaines personnes trans rapportées qu’elles avaient l’impression d’être plus jeunes qu’elles ne le sont, et c’est aussi mon ressenti – bien entendu cela dépend des gens et je ne dresse pas de généralités. Je pense que ce phénomène est néanmoins assez répandu (tout du moins en début de transition) et peut s’expliquer par plusieurs facteurs.

     

    Tout d’abord, la plupart d’entre nous qui faisons leur coming-out en tant qu’adulte (jeune ou moins jeune) avons passé notre enfance et notre adolescence à nous plier à des standards qui ne nous correspondaient pas, à réprimer nos envies et nos ressentis, à gérer de la dysphorie, etc. ce qui provoque fréquemment le sentiment que notre enfance et notre adolescence nous ont été « volées ». Il se peut même que l’on ait ce sentiment de « trou » dans notre existence avant le coming-out, comme si quelque chose manquait. Notre coming-out fraichement fait et en début de transition, il est alors logique de vouloir « rattraper » le temps perdu, et de se sentir comme un-e ado qui découvre qui iel est, enfin libre d’expérimenter et d’exister. Pour vous donner un exemple concret, j’adore les tee-shirts de super-héros en ce moment. Y’a bien sûr des adultes qui portent des tee-shirts de super-héros mais j’ai ce rapport particulier au sujet spécifique au fait d’être trans car je veux clairement ce que je n’ai pas pu avoir dans ma propre enfance. D’autres adultes en sont à porter des trucs plus sérieux mais moi je veux juste porter des trucs un peu rigolos (en plus les tenues plus sérieuses sont souvent très genrées, c’est très compliqué à naviguer en tant que non-binaire).

     

    A ceci s’ajoute pour beaucoup la seconde puberté associée à la prise d’hormones qui peut rappeler l’adolescence. Le corps se transforme, on se voit changer et vieillir, devenir adulte.

     

    L’adolescence est aussi un moment où l’on cherche son style et ses gouts, avec diverses phases d’essais vestimentaires et capillaires douteux qu’on regrettera probablement ensuite – ou pas. Or, quand on a passé toute son adolescence à essayer d’être quelqu’un d’autre et à faire des choses qui nous rendaient dysphoriques et bien on arrive à l’âge adulte sans avoir de look personnel. On va alors devoir « se chercher ». J’ai notamment entendu parler ce phénomène par des femmes trans parce que la mode « féminine » est très diversifiée et complexe. Déjà, rien que si on veut apprendre à se maquiller selon ses gouts avec tous les produits qui existent, c’est pas évident. Stef Sanjati a aussi expliqué comment son style vestimentaire a beaucoup changé dans les deux ans suivant son coming-out justement parce qu’elle avait besoin de prendre le temps de trouver ce qui lui allait.

     

    Il y a également d’autres facteurs à imputer au fait de se sentir plus jeunes que son âge et pour ce point je vais parler plus précisément d’un point de vue de personne trans assignée fille. Nous sommes fréquemment perçu-e-s plus jeunes par les autres, car les marqueurs sociaux de l’âge masculin sont absents (ouais je viens d’inventer l’expression « âge masculin », car dans l’article précédent j’expliquais comment la perception de l’âge est genrée). Forcément, à force d’être perçu-e comme plus jeunes, on peut être amené-e-s nous mêmes à avoir le sentiment d’être plus jeunes. Si l’on ajoute à cela que je suis vraiment petit et que je regarde tout le monde d’en bas, ça n’arrange pas la situation. Etant neuroatypique, j’ai aussi constamment un sentiment de décalage avec tout le monde, ce qui accentue le sentiment d’être socialement plus jeune.

     

    Voilà, je voulais faire ce petit article en complément du précédent en espérant que cela vous aura intéressé-e-s.

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  • Commentaires

    1
    Alistair
    Jeudi 15 Février à 10:39

    J'ai beaucoup remarque ça aussi ! Personnellement j'ai vraiment eu l'impression d'avoir 13 ans jusqu'à mes 19 ans et là je commence à me dire que J'peux m'imaginer en avoir 14 haha. 

    La question du corps des personnes transmasculines m'affecte beaucoup, comme je 'e veux pas prendre d'hormone mais que j'ai un peu de passing, sous toutes mes vidéo on me demande si je suis un enfant. Et c'est une des choses qui complique mon envie de faire une mammectomie, parce que c'est presque mon seul marqueur de puberté physique, si je n'ai plus de seins, non seulement je n'ai pas un corps d'homme mais plus non plus un corps de femme. J'ai un corps d'enfant, dans mes yeux. 

    Et à cela s'ajoute en plus le fait d'avoir eu (en plus d'une adolescence "volée" à essayer d'avoir une adolescence de femme) une adolescence très compliquée (TCA, TS, addictions etc) qui j'imagine n'est pas sans lien avec la transidentité non plus (même si surtout la neuroatypie). Du coup j'ai l'impression d'avoir raté le coche de l'adolescence à être dans le trou, puis jeune adulte j'ai du rattapper en commençant à aller mieux tous les trucs urgent que j'avais pas appris, genre penser à manger, à dormir, basique mais pas habituel pour moi. Et c'est que à 19 ans, une fois sorti de thérapie et à peu près autonome que j'ai commencé à découvrir vie quoi. Et je venais de faire mon CO, et c'est que là que mon âge ressenti à recommencer à évoluer. 

    Bon, pour l'instant le plus dur à gérer c'est que ma petite soeur ait un âge de 3 ans plus élevé que mon âge ressenti xD

     

     

    2
    alma
    Jeudi 22 Février à 15:52

    Bonjour, 

    j'ai une question, comment peut on qualifier le fait d'une personne du sexe opposée qui a fait son coming out et qui finalement est attirée mais rejeté par une personne trans non op en raison du fait qu'il ou elle soit handicapée ou gros ou plus vieille que la personne? 

      • Mardi 27 Février à 13:21

        Je ne suis pas sur de bien avoir saisi la situation, y'a beaucoup de paramètres dans la même phrase, peux tu reformuler stp ? Si j'ai bien suivi au moins une partie de la question, quelqu'un a été rejeté en raison de son handicap = validisme, ou de son poids = grossophobie ?

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