• Vérifiez vos privilèges - les systèmes oppressifs

    Bonjour, bonsoir !

    Aujourd’hui, nous allons prendre un scalpel, une pince fine et disséquer la société pour voir un peu comment elle fonctionne. Je parle bien sûr ici de la société dans laquelle je vis moi, c’est à dire la société occidentale. (Néanmoins, certains de ces raisonnements peuvent être valables ailleurs ?).

     

    Donc… de quoi s’agit-il lorsqu’on parle de privilèges et d’oppressions ?

     

    La société est organisée en plusieurs systèmes oppressifs. Un système oppressif fonctionne grâce à l’existence de privilèges dont jouissent un groupe de personnes, dit dominant. Ce groupe dominant partage une « caractéristique » qui est considérée par la société comme étant la norme ou comme étant supérieure (par exemple, le fait d’être une personne blanche). Les personnes ne faisant pas partie du groupe dominant car n’ayant pas la dite « caractéristique » sont dominées et opprimées (par exemple, le fait d’être une personne transgenre). En effet, les privilèges dont jouissent les uns entraînent inévitablement des inégalités et discriminations envers les autres.  L’oppression engendrée par le système oppressif peut même résulter en un rejet total du groupe dominé ou des violences. Ainsi, les personnes privilégiées peuvent développer une haine envers les opprimés, et cela peut couter la vie à celleux-ci.

     

    Prenons un exemple concret (celui que je connais le mieux) : le système oppressif cisnormatif. La cisnormativité décrit un système social dans lequel il est considéré que les identités des personnes cisgenres sont plus valides que celles des personnes transgenres, ou que les personnes cisgenres sont supérieures aux personnes transgenres. La cisnormativité peut même aller jusqu’à nier l’existence des transidentités. Dans un tel système, le groupe dominant est bien évidemment formé par les personnes cisgenres qui jouissent de nombreux privilèges : leur identité est reconnue et respectée par la société, iels ne sont pas psychiatrisées ni discriminées à l’embauche car leur identité de genre ne rentre pas dans la norme, etc. Quant au groupe dominé, il est formé par les personnes transgenres qui souffrent d’oppressions : le cissexisme, se traduisant par un non respect de leur identité de genre, parfois même la négation de leur identité, l’invisibilisation médiatique, les stéréotypes et préjugés, les difficultés administratives pour être reconnues socialement comme leur vrai genre, et j’en passe. Le cissexisme consiste également au fait de toujours présupposer que les gens sont cis. Le fait de dire « les femmes enceintes » dans un cours de biologie est extrêmement cissexiste car les hommes trans et les personnes non-binaires afab peuvent aussi être enceint.es. Mais la plupart du temps, le cissexisme est tellement puissant que la personne parlant des « femmes enceintes » ne sait même pas qu’une personne qui n’est pas une femme peut aussi être enceinte ! C’est un bon exemple de la manière dont le système oppressif parvient complètement à jeter dans les oubliettes cosmiques du néant intergalactique l’existence de certaines personnes !!! D’ailleurs, à ce jour, les identités trans non-binaires n’existent pas dans la tête de la plupart des français.es cisgenres. Quant aux identités trans binaires, elles y existent mais les gens sont tellement mal éduqués sur ces questions et ont tellement de préjugés qu’au final… bof, elles n’existent presque pas en tant que tel, quoi. Tout ces préjugés entraînent un rejet des personnes transgenres, ce qui se traduit par de la transphobie, forme extrême du cissexisme. La transphobie peut aller de propos violents (y compris une soit disant « blague ») qui va blesser profondément une personne transgenre souffrant déjà quotidiennement du système oppressif à un acte de violence. Cette violence peut aller jusqu’au meurtre de personnes trans : ce sont des crimes de haine… Entre 2008 et 2014, 1731 assassinats transphobes ont été reportés (et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg). (Source)

     

    Il est à noter que beaucoup de gens n’ont pas conscience de leurs privilèges. Iels ne se rendent pas compte de leur cissexisme car la société nous a tous.tes conditionné.es depuis l’enfance pour faire partie de ce système oppressif. Même les opprimés ont des préjugés contre eux-mêmes au début. Dans le cas de mon exemple, les personnes trans doivent déconstruire tout ce que le système leur a inculqué pour pouvoir s’accepter elles-mêmes : on dit qu’elles ont de la transphobie internalisée. Nous en avons tous.tes. Une personne qui a réussi a appris à voir au delà du système oppressif est dite déconstruite car elle a déconstruit le conditionnement social et ses –phobies internalisées. Les personnes qui sont encore prisonnières du système dans leur façon de penser sont dites non-déconstruites.

     

    Etre non-déconstruit n’est pas une excuse pour tenir des propos oppressifs. Si vous le faites par ignorance, ne vous offusquez pas que les opprimés vous fassent remarquer que vos propos sont problématiques ou –phobes, excusez-vous simplement, et continuez de vous éduquer pour vous déconstruire. De même, ne demandez pas à une personne opprimée de rester calme lorsque vous venez de l’opprimer, même si vous l’avez fait par ignorance. On appelle cela le tone-policing et ce n’est pas correct car les personnes opprimées se prennent des agressions de la part des privilégiés dans la tronche tout le temps. De plus, les opprimés ne sont ni Wikipédia, ni Google, ni la bibliothèque municipale. Iels ne sont pas là pour vous éduquer surtout quand vous venez de les opprimer. Cependant, si vous souhaitez vous éduquer, il est tout à fait possible de trouver une personne qui souhaite avoir une conversation sympathique pour vous expliquer les choses. Simplement, les personnes opprimées ne sont pas obligées de le faire, c’est tout, donc ne l’exigez pas d’elles et ne faites pas de tone-policing.

     

    En résumé, le système oppressif maintient l’ignorance et la non-éducation des personnes privilégiées, laissant aux personnes opprimées tout l’effort de sensibilisation et d’éducation. Cependant, cette sensibilisation, quand elle est faite par les personnes déjà méprisées par la société, peut s’avérer peu efficace. En effet, les dominants vont accorder peu d’importance et de validité à la parole des dominés. C’est pourquoi, les allié.es faisant partie du groupe privilégié sont d’une aide précieuse car ils permettent d’amplifier la voix des opprimés en créant un espace où iels seront écoutés. Il est important de permettre aux opprimés de parler, pas de parler à leur place, car 1) lorsqu’on ne vit pas une oppression, on sait forcément moins bien de quoi on parle 2) pour une fois que les opprimés peuvent s’exprimer, ne leur prenons pas la parole, pour leur permettre d’exister dans la sphère sociale. De plus, dire aux opprimés comment mener leur lutte ou comment iels devraient se sentir, ce n’est pas correct, car vous n’êtes pas à leur place.

     

    J’ajouterai qu’une oppression existe à une échelle globale et systémique, il s’agit d’un SYSTEME oppressif, sous-tendu de mécanismes oppressifs particuliers. Donc… les oppressions inversées n’existent pas ! Peut-être qu’il existe localement une personne qui n’aime pas les personnes cis, mais en aucun cas un système qui discrimine les personnes cisgenres dans tout les aspects de leur vie, donc la cisphobie n’existe pas !

     

    Bon, maintenant, si vous avez des privilèges, ce n’est pas la fin du monde. Ne culpabilisez pas d’en avoir, ce n’est pas votre faute ! Utilisez-les bien pour aider les opprimés en étant un.e allié.e efficace ;) La première chose à faire est de prendre conscience de ses privilèges. Nous allons donc, ensemble, vérifier nos privilèges. Il est possible d’avoir des privilèges et de subir des oppressions par ailleurs ; il est possible de cumuler les privilèges ou les oppressions. Voici un petit tableau avec certains privilèges et oppressions (il y en a forcément beaucoup d’autres). Il n’y a pas d’ordre hiérarchique spécifique dans ce tableau. (Oui j'ai une obsession pour les tableaux).

     

    Vérifiez vos privilèges

     

    Nous reviendrons sûrement plus en détail sur ce tableau dans un prochain article.

    Hétérosexisme : le fait de considérer qu'être hétéro est la norme.

    Pour plus d’informations sur les termes "validisme", "capacitisme", "psychophobie" et "neuroatypique" : ici.

     

    Donc, mes privilèges à moi sont d’être blanc et de ne pas être en situation de handicap. Par ailleurs, je subi le sexisme, le cissexisme et la transphobie, l’hétérosexisme et la biphobie. Bon, qu’est-ce que je fais de mes privilèges alors ?

     

    1.    1. J’écoute les personnes qui n’ont pas mes privilèges : si ces personnes disent que quelque chose est problématique, il y a sûrement une raison, même si je ne la vois pas au premier abord, alors j’écoute.

    2.    2. Je m’éduque et je me déconstruis : j’ai par exemple suivi un programme de cours sur l’insertion des personnes en situation de handicap en entreprise. [NB : ne pas penser qu’on mérite des cookies, un diplôme du gentil privilégié ou le prix Nobel de lea héro.ïne parce qu’on a fait quelque chose de bien.]

    3.    3. Lorsqu’une personne de mon groupe dominant dit quelque chose de problématique, je le lui dis, et dans la mesure du possible, j’explique pourquoi, et je fourni des ressources pour permettre plus de visibilité du groupe opprimé.

    4.    4. J’essaye de parler de ces sujets pour faire réfléchir les autres sur leurs privilèges (comme au travers de cet article par exemple).

     

    Ne vous découragez pas, la déconstruction est un processus qui peut prendre du temps. Ce n’est pas un processus passif, vous devez y travailler activement ; c’est une sorte de gymnastique cérébrale ! ;)

     

    J’espère que cet article vous aura éclairé.es !

    Des bisous

    UESG

     

    Documentation sur le sujet :

    Planche de la BD Assignée Garçon de Sophie Labelle

    Le tone-policing (et la politique de la respectabilité sur laquelle je reviendrais sûrement dans un prochain article)

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  • Commentaires

    1
    lag
    Mardi 8 Août à 06:13
    Alors un ptit comm long sur un sujet [s]de détail[/s] spécifique ^^…

    Sans développer sur autre chose qui me concerne pas ou qui partirait avec certitudes sur des divergences durables, c’juste pour noter qu’ya dans cette analyse un poil de hiérarchisation (mais au sens d’inclusion arborescente plutôt que d’ordre linéaire hein) puisqu’après tout elle analyse l’aspect hiérarchique d’une société hiérarchisée, dans le rapport fait entre les systèmes de domination (perso j’ai vu « système de domination » utilisé plus souvent que et avant « système oppressif/d’oppression », et je préfère dès que possible parler de « domination » (ou plus spécifiquement d’« exploitation » ou alors de « marginalisation ») plutôt que d’« oppression » du fait des moralisation et individualisation répandues de ce dernier terme, et vu que les autres sont plus clairs et spécifiques donc plus neutres, moins moralisables).

    Par exemple pour parler surtout de ce qui me concerne le plus je considère que (en utilisant les opérateurs logiques (« ⊂ » signifie « inclue (strictement, càd “entre autres”) », « ⊆ » signifie « inclue (pas strictement, càd exclusivement, càd que ça peut n’inclure que ça et donc être une équivalence) », « ∪ » signifie « union » (ou « et »/« ou » dans ce contexte), « ⇔ » signifie « est équivalent à » ou « = ») : +Capitalisme ⊆ ((-Travail ⊂ ?Prolophobie) ∪ !Chômage ∪ !Précarité ∪ ((!Validisme ⊂ ?Handiphobie) ⇔ ((!Physiotypisme ⊂ ?Physiophobie) ∪ (!Neurotypisme ⊂ ?Neurophobie) ∪ (!Psychotypisme ⊂ ?Psychophobie))))

    Avec « + » qui précède un Système de domination, « - » qui précède une Exploitation, « ! » qui concerne une Marginalisation, « ? » qui concerne une aversion/Rejet ; et où les classes dominantes/dominées (càd soit Exploitées soit Marginalisées) sont respectivement (Rejets exclus évidemment puisqu’ils concernent évidemment la Domination dont ils font partie) : Bourges/Prols, Patrons (càd Bourges)/Travailleuseurs, Activefs/Chômeuseurs, Stables (ou… « aisé·e » j’aime pas… autre chose je sais pas…)/Précaires, Valides/Handicapé·e·s (ou *Atypiques), Physiotypiques/Physioatypiques, Neurotypiques/Neuroatypiques, Psychotypiques/Psychoatypiques (bon ce classement parle pas non plus de capacitisme (que je distingue du validisme en le considérant suffisamment large pour que ce ne soit pas une domination)), et enfin où les classes (au sens large, politique) sont la « Classe » (au sens restreint, économique) pour l’Exploitation et le « Handicap » pour la marginalisation.

    Ou encore (histoire de pas en faire qu’un), plus simple (moins développé surtout, pour en rester là où ça me concerne), avec l’Hétérosexisme comme Marginalisation des LGBTIA (et LGBTIA-phobie (même si c’est bancal, mais moins que « allophobie » utilisé par les personnes qui utilisent « allosexuel » dans le sens de « non-hétéro ») comme Rejet), que les féministes que je connais incluent dans le système de domination Patriarcal avec le Sexisme comme Exploitation (du coup les classes ici sont le « Genre » pour le patriarcat et l’« Orientation (sexuelle, relationelle/romantique, etc.) » pour une de ses marginalisations)…

    Ça a entre autre l’intérêt par exemple d’abolir les mots en -normatifs (qui sont souvent utilisés de façon équivalente à leurs analogues en -ismes en plus d’être plus longs, complexes et pompeux), au défaut d’ajouter plus de mots en -ismes (pompeux et parfois généralistes ou communément flous), et en -phobie (communément flous en plus d’être étymologiquement incorrects et psychophobes)…

    Mais surtout, déjà de ne pas faire l’amalgame entre Exploitation (domination où une minorité prend le pouvoir et où c’est la classe majoritaire qui est du coup dominée) et Marginalisation (où du coup c’est une minorité que la minorité dominante marginalise de la majorité dominée notamment, par exemple pour la détourner d’une éventuelle rébellion et lui donner un intérêt à court terme à participer à perpétuer sa propre domination) qui fonctionnent assez différemment du coup, et ensuite de structurer et simplifier/unir les analyses : c’est notamment compatible avec la « théorie des trois systèmes de domination », telle que populaire dans le milieu militant (’fin marxien surtout je pense, donc communiste/anarchiste surtout), qui réduit la Politique à l’analyse des trois « Patriarcat / Capitalisme / Racisme (ou Impérialisme [qui colle mieux à mon modèle]) » (qui matchent avec le trinarisme assez répandu à travers les cultures humaines, et conséquemment le trinitarisme de l’idéologie chrétienne qui a participé à bonne part de la constitution de ces systèmes, correspondant logiquement et respectivement à la division « Corps / Âme / Esprit » de celle-ci)…

    Bon dans mon cas ya aussi plus de précision aussi (par exemple la séparation Physio/Neuro/Psycho-atypie est récente et pas répandue, et la distinction entre domination et rejet est rare), ainsi que de relier des oppressions qui sont liées, voire (inter)dépendantes ou même causées les unes par les autres. Ça évite — typiquement (tudum tsss… !) — de sortir l’autisme et TOC et autres neuro- et psychoatypies du handicap en excluant les autres handicaps du radicalisme, de reprendre les termes pompeux dominants (sans trop complexifier) ou de comparer des choses qui sont de nature différentes voire sur des plans différents, tout en visualisant les intersections plus naturellement…

    Voilà, voilà… bon après c’mon modèle perso, il est compliqué et pas compatible avec tout et puis au final j’ai non seulement fait long mais plus long que je le pensais mais bon… voilà voilà… ^^'
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