• Vivre dans un monde binaire

  • [Avertissement : je parle brièvement de la « galère mensuelle » et j'utilise une fois le mot dysphorie mais ne m'étale pas sur le sujet]

    [Note - je prends quelques pincettes pour éviter que cet article soit mal compris :

    c'est un article qui se base sur MON ressenti personnel, si vous vous y retrouvez tant mieux, mais sinon, sachez que vous avez totalement le droit de ne pas ressentir la même chose, et de ne trouver aucun points positifs à votre expérience.

    De plus, cet article n'est pas fait pour nier les difficultés, bien réelles de la réalité trans. Ne l'utilisez pas pour invalider les souffrances des personnes trans, moi y compris ! Ce que j'essaye de dire, c'est que c'est pas parce que j'ai réfléchi et trouvé quelques points positifs que ça efface tous les aspects super durs à vivre. J'avais juste envie d'écrire cet article comme une sorte d'auto-remonte moral.]

     

    Bonjour, bonsoir J

     

    J’étais assez triste et puis j’ai regardé cette vidéo : Good things about being trans/Nonbinary (Gavin Gender)

     

    Concrètement, il s’agit d’une petite liste des points positifs à être trans/non binaire. Ca m’a redonné le sourire et de la fierté alors j’ai décidé de faire ma propre liste ! C'est parti !

     

    ü  Avoir une perspective unique sur le monde

    -       - Un sens exacerbé de mon propre genre et de ce qu’est le genre en général

    -       - Une meilleure appréhension de l’être humain dans sa diversité

    -       - Une meilleure compréhension des mécanismes sociaux hétérocisnormatifs pour mieux les combattre

    -       - Etre genderfluid : expérimenter une palette de genres

     

    ü  Etre un.e meilleur.e allié.e pour les autres

    -       - Plus de tolérance envers les autres et les choses que je ne comprends pas (quoique ça devrait être un acquis pour tout le monde, on peut toujours rêver ! ^^)

    -       - Plus d’ouverture d’esprit

    -      - Avoir une meilleure compréhension du genre dans lequel j'ai été socialisé.e : par exemple, j’ai été socialisé.e comme une femme, je comprend donc bien les femmes ; je comprends leurs façons d’être et leur problèmes, cela me permet d’être un.e meilleur.e féministe que si je n’avais pas été socialisé.e avec elles

     

    ü  Avoir énormément de courage

    -       - Le voyage de la transidentité demande énormément d’introspection : j’ai visité même les recoins de moi-même

    -       - Le voyage de la transidentité demande énormément de courage et de bravoure : la force est en moi ! (Vous entendez la musique de Star Wars ? Moi oui ! Ecoutez bien ;) )

    -       - Etre une femme et avoir ses règles, c’est déjà la merde ; alors être trans et avoir ses règles : je suis un warrior !

     

    ü  Expérimenter l’euphorie de genre :

    En gros, c’est le contraire de la dysphorie de genre ; par exemple, lorsque l’on met un vêtement dans lequel on se sent bien et qu’on voit une personne qui nous plait vachement dans la glace, qu’on se dit « c’est ça ! ». Concrètement, chez moi, c’est un peu comme si David Guetta faisait une soirée dans ma tête. ^^

     

    ü  Faire partie d’une révolution transgenre :

    Nous gagnons en visibilité chaque jour et les gens sont de mieux en mieux éduqués et de plus en plus tolérants. Alors, continuons à militer !  

     

    Bonne soirée/journée !

    UESG

     

    Documentation complémentaire sur le sujet :

    Chase Ross - Positive Side of being trans ??

    (Avertissement pour la vidéo : "si j'avais été cis")

    « Let’s say I was born cis and I was a guy. (…) I don’t know if I were raised diferently what would happen. All these things would have not existed if I wasn’t trans. It’s not a curse that I’m trans, for me personally, don't get mad at me, it's about me. (…) Being able to deal with something so hard has made me who I am today. It’s not a curse to be trans and I’m very grateful for the experiences that I have had. They have made me a better person. »

    «  Disons que sois né cis et que je sois un mec. (…) Je ne sais pas ce qui serait arrivé si j’avais été élevé différemment. Toutes ces choses n’auraient pas existé si je n’avais pas été trans. Ce n’est pas une malédiction d’être trans, pour moi, personnellement ; ne vous fâchez pas, c'est à propos de moi uniquement (…) Etre capable de traverser quelque chose d’aussi dur a fait que je suis moi aujourd’hui. Ce n’est pas une malédiction d’être trans et je suis très reconnaissant pour les expériences que j’ai eu. Elles ont fait de moi une personne meilleure. »

     

    Fin de la vidéo de Jo sur Out of this binary (Vidéo sur les TERFs à la base)

    « The power of the trans movement and the beauty of being trans people together and having whatever genders we have is that it takes whatever division and gender oppression that was existing in the 2 gender-system and it like… pfouit… blows it up I guess… because now, like… we have power over our gender, which mean we have power over our entire lives [] and that means oppression for everybody will be getting better, is getting better because there is more options that 1 or 2 and that is because trans people exist. [] Trans people are liberating everybody. [] The beautiful part we have to play in the gender movement, in finding a way beyond gender oppression. » - Jo

    Traduction française : « Le pouvoir du mouvement trans et la beauté d’être des personnes trans tous ensemble et d’avoir tout les genres que nous avons réside dans le fait de… pfouit… faire voler en éclat la division et l’oppression du genre qui existait dans le système de genre binaire. Parce que maintenant, nous avons le pouvoir sur notre genre ce qui signifie que que nous avons le contrôle de nos vies entières et cela signifie aussi que l’oppression va s’améliorer pour tout le monde, et s’améliore déjà. Parce qu’il y a plus d’options que 1 ou 2 et cela c’est parce que les personnes trans existent. Les personnes trans libèrent tout le monde. Nous avons un rôle magnifique à jouer dans le mouvement du genre et la quête au delà de l’oppression du genre. » - Jo

     

    J’ai trouvé ce discours tellement beau <3 

     

    Lessons I've learned during transition - FTM (Benton)

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  •  

    (Avertissement : cissexisme/transphobie, lesbophobie, sexisme)

     

    Je précise que je ne vais parler que de mon vécu. Mais je suis sûr qu’on est un paquet de gens à vivre la même chose donc c’est pas inutile.

     

    Je suis donc assigné fille à la naissance et suis non-binaire polygenre/fluide. Dans la vie quotidienne, les personnes qui ne sont pas au courant me prennent pour une fille. Même avec mon style vestimentaire masculin, ils n’ont aucun problème à me ranger dans cette case : 1m54, voix aigue, traits fins, formes... on ne m’a tout simplement jamais pris pour un mec (et encore moins pour une personne non-binaire, vous vous en doutez !) A la boulangerie, on me dit « Bonjour, madame. », au restaurant on me dit « Qu’est-ce que vous buvez mademoiselle ? », on me genre spontanément au féminin, etc. et ce même quand je parle de moi au masculin de manière évidente (à croire que les gens ont une oreille sélective). En plus, manque de pot, je suis avec un mec cis ce qui donne de quoi confirmer mon statut de femme aux yeux du monde (#hétérocisnormativité).

     

    Le fait de passer pour une fille entraîne des avantages certes, mais pas que. Passons tout cela en revue.

     

    1.    1. Pas de transphobie frontale

     

    Le fait de passer pour une fille, que personne ne doute une seule seconde de mon genre et que cela soit en accord avec mes papiers d’identité est un avantage. En effet, je ne risque pas de vivre ce que j’appellerais de la transphobie « frontale » ou « directe » comme des insultes ou une agression dans la rue ou dans une situation quotidienne. De fait, ma sécurité se trouve beaucoup moins menacée que celle d’autres personnes trans, en particulier les femmes trans.

     

    Mais cela ne me donne pas pour autant le privilège cis.

     

    2.    2. Mais pas de privilège cis pour autant

     

    En effet, étant invisibilisé, je suis constamment mégenré ce qui déclenche chez moi beaucoup d’anxiété. Chaque fois où je suis mégenré, cela constitue une micro-agression. Selon les jours et mon moral, ça se passe plus ou moins bien. Y’a des jours où le « bonjour madame » à la boulangerie me laisse de marbre, d’autres jours où ça me fait l’effet d’une craie qui crisse sur le tableau (donc c’est vraiment désagréable), et enfin des jours où cela me déclenche des crises de paniques surtout si les micro-agressions se sont accumulées dans la journée.

    Sans compter toutes les autres micro-agressions qui ne sont pas du mégenrage direct mais des propos bien cissexistes voire transphobes. Ce qui arrive très très souvent. Je fais des études de biologie et les profs désignent vingt fois par jour un individu humain ayant deux chromosomes X par le mot « femme ». Si je fais une remarque, elle ne sera probablement jamais prise en compte (surtout que les intervenants sont toujours différents) et de plus cela revient à m’outer d’une certaine manière. Je subis donc en silence.

     

    Tout cela contribue à créer un climat non-safe autour de moi, très anxiogène. A tel point que je préfèrerais avoir un passing de mec pour au moins être mégenré avec un genre qui ne m’a pas été assigné (et donc pas autant oppressif pour moi).

     

    3.    3. Cissexisme + lesbophobie + sexisme

     

    Je crois donc qu’il serait vraiment inapproprié de dire que j’ai le privilège cis. D’autant plus, que malgré mon « passing de fille », mon expérience en terme de socialisation n’a rien à voir avec celle d’une fille cis. Très tôt, les gens ont senti que j’étais différent. Dès la 6e, je recevais des insultes lesbophobes. Mon surnom officiel en 4e et 3e était « la gouine ». Alors même que je me définissais hétéro à l’époque (pan maintenant) et que je n’étais pas en couple : donc en fait aucun moyen d’affirmer que j’étais lesbienne… et franchement je me demandais d’où ils sortaient cette idée. Le truc c’est que lorsque les gens sentent que tu es différent-e, ils veulent te coller une étiquette sur la tronche car ça les « rassure » et ça leur permet de t’opprimer tranquillement ; comme ils n'y connaissent rien en transidentité, ils se disent que tu dois être gay. Et je peux vous assurer que cela n’avait rien à voir avec mon style « garçon manqué » car même après, en fin de lycée/début de fac, quand j’ai tenté d’être « féminin », les gens supposaient que j’étais lesbienne. Certain-es tombaient des nues en apprenant que j’avais un copain. Autant vous dire que même au « top de ma féminité », je ne donnais pas le change. Aujourd’hui, j’ai de nouveau un style plutôt neutre/masculin. Je ne reçois plus frontalement des insultes lesbophobes mais je vois bien que les gens n’en pensent pas moins.

    En outre, cela se croise avec le sexisme. D’ailleurs, en ce moment c’est un peu la fête du slip niveau sexisme. Je suis dans une classe avec beaucoup de mecs cis et ça sent le parfum du patriarcat jusque dans le couloir. J’ai jamais réussi à avoir une vrai conversation à double sens d’égal à égal, parce qu’en plus d’avoir "l’air d’une meuf", j’ai franchement "l’air d’une lesbienne" pour eux alors autant vous dire que je suis considéré comme une sous-merde sociale. Je ne pense même pas qu’il s’agisse de comportements volontairement méchants de leur part : ce sont des motifs internalisés et conditionnés qui sont reproduits inconsciemment.

     

    En conclusion :

     

    Si le fait de passer pour une fille cis me donne un avantage non négligeable en matière de sécurité, je n’ai pas pour autant le privilège cis. D’une part, du fait d’être constamment mégenré, invisiblisé et micro-aggressé. D’autre part, du fait que mon rapport aux autres n’a jamais été celui d’une fille cis : iels le sentaient et me le faisaient sentir (sans pour autant qu’iels sachent pourquoi) ce qui a donné un croisement entre cissexisme, lesbophobie et sexisme (un peu comme une recette de sorcière verte et gluante qui pue).

     

     

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    4 commentaires
  •  

    Ceci est une réflexion en cours sur laquelle j’aimerais bien entendre vos avis aussi. Evidemment vous êtes libres de vous identifier comme vous le souhaitez, je parle plutôt du fait de parler de manière générale des hommes trans et femmes trans en tant que "trans binaires" par opposition aux personnes non-binaires.

     

    Par oppositions aux personnes trans non-binaires, on entend souvent l’expression « trans binaire » (= les meufs trans et les mecs trans, dont le genre existe donc dans le système binaire homme/femme). Ca peut sembler logique vous allez me dire. Sauf que je trouve que cette expression est quelque part problématique sur plusieurs aspects. Essayons de décortiquer tout ça.

     

     

    1.    Ca veut dire quoi « binaire » ?

     

    Avant toute chose, il faut se demander ce que veut dire « binaire ». « Binaire » est à la base un mot qui caractérise quelque chose comportant deux éléments (bi = 2). Quand on parle de transidentité, binaire caractérise donc notre système de genre qui ne reconnaît que les genres homme et femme alors qu’il en existe beaucoup d’autres.

    A côté de ça, on a le cissexisme, qui consiste à associer un type d’organe génital à un genre et à imposer le fait d’être cisgenre comme la norme. Le cissexisme n’est pas forcément binaire, parce qu’on pourrait avoir un système de genre trinaire cissexiste. Par exemple, on pourrait imaginer une société qui assigne aussi un genre neutre sur la base d’un critère lambda – peu importe en fait pour l’exemple – et qui place le fait d’être cis (homme cis, femme cis ou neutre cis du coup) comme la norme.

    En revanche, la binarité est forcément cissexiste car on ne peut maintenir un système binaire si on n’a pas une norme stricte confinant les possibles. Une binarité sans cissexisme s’effondrerait rapidement, ce n’est pas un système oppressif stable, car les gens seraient libres d’être ce qu’iels sont étant donné qu’il n’y aurait pas de critère de beauté cisnormé, pas de vêtements genrés, pas de rôles de genres, pas de mention de genre sur la carte d’identité, etc. C’est impossible qu’un tel système reste binaire car la non-binarité serait libre d’être là sans rien pour la restreindre.

     

    Donc, si vous m’avez suivi jusque là : le cissexisme n’est pas forcément binaire mais la binarité du genre repose sur le cissexisme. Quand on parle de binarité, on se réfère donc à un système cissexiste oppressif. La binarité vient avec un package complet : stéréotypes et rôles de genres, standards de beauté cisnormés, etc. Si vous lisez l’expression « binarité du genre » ou « gender binary » en anglais, c’est tout cela que ça traduit à la fois.

     

    Note : critères de beautés cisnormés = le fait d’associer un type de physique à un genre et d’en faire la norme.

     

     

    2.    Non-binaire est-il le contraire de binaire ?

     

    Quand on dit « non-binaire » on fait référence à des genres qui ne sont ni homme ni femme, ou des personnes dont le genre n’est ni complètement et uniquement homme, ni complètement et uniquement femme. On dit non-binaire parce que ces genres et ces personnes ne sont pas reconnus dans le système binaire homme/femme. En revanche, quand on emploie le terme « binaire », comme on l’a vu, on ne fait pas uniquement référence aux genres homme/femme mais à tout un système d’oppression. Même si non-binaire est le contraire de binaire en terme d’étymologie, en réalité ce n’est pas le cas sémantiquement. Les mots peuvent certes avoir plusieurs sens, mais lorsqu’on parle d’un système d’oppression, c’est vraiment problématique d’utiliser le terme qui le désigne pour autre chose. Quand on dit « trans binaire » :

    -       soit on retire le sens oppressif du mot binaire et c’est problématique car ça retire les mots qui permettent de parler d’une oppression ; or, pour démanteler une oppression, il faut pouvoir la nommer ;

    -       soit on implique que les hommes et femmes trans font partie de l’oppression parce que le mot binaire est chargé de ce sens oppressif (ce qui serait totalement indécent et un non-sens).

     

     

    3.    Les personnes « trans binaires » sont-elles effectivement binaires ?

     

    Au delà de ces considérations sémantiques, dire « trans binaire », ça implique aussi que les hommes et femmes trans ne sortent pas de la binarité de part leur genre. C’est FAUX. Les femmes et hommes trans défient le système binaire (qui est par essence cissexiste) rien que par leur existence ! Iels n’entrent pas dans les critères de beauté cisnormés ni dans les stéréotypes de genres. Et c’est même le cas des personnes trans qui passent pour cis : déjà parce qu’à un moment donné elles ne passaient pas pour cis, et ensuite parce qu’elles ont de toute façon défié le cissexisme rien qu’en étant trans (même si évidemment ce n'est pas voulu, on ne choisit pas d'être trans !)

     

    Note : je rappelle qu’accuser une personne trans de perpétuer les stéréotypes de genres en transitionnant alors que c’est un moyen de survie et qu’on accuse pas les cis de s’y conformer est transphobe.

     

    Je voudrais à présent développer un exemple, parce que déjà j’adore cette personne, et ensuite l’exemple est très parlant pour faire passer mon message : Ryan Cassata est un chanteur trans qui a décidé de ne pas prendre de testostérone car il s’aime ainsi. Il a écrit une chanson qui s’appelle « gender binary (fuck you) » = « la binarité du genre (je t’emmerde) » dont vous pouvez trouver la traduction sur la page des Vilains petit canards. Le refrain dit notamment « je t’emmerde de me dire de me conformer à ta binarité du genre ». Certaines personnes ont cru que Ryan était non-binaire au vu du titre et des paroles. Mais non, c’est un homme trans, et de par son existence même il défie la binarité ! Combattre la binarité du genre n’est pas uniquement le cheval de guerre des personnes non-binaires. Que ce soit les personnes non-binaires, les hommes trans ou les femmes trans, nous sommes toustes affecté-e-s par la binarité et nous la défions toustes.  

     

    A propos de l'expression "trans binaire"

     

    4.    Dire « trans binaire » est-ce que c’est enbyphobe ?

     

    Enfin de compte, l’expression « trans binaire » est souvent utilisée par opposition à « non binaire ». En plus du fait que « trans binaire » soit problématique pour les raisons évoquées ci-dessus, son utilisation est faite pour cliver la communauté trans en deux : les binaires d’un côté et les non-binaires de l’autre. Il n’y a pas pire dichotomie artificielle pour consacrer la binarité que celle-ci. C’est à cause de même type de mécanismes que les personnes non-binaires ne se sentent pas légitimes à s’identifier trans. Il y a évidemment des mécanismes oppressifs spécifiques (enbyphobie) qui font qu’il est pertinent de mentionner la non-binarité dans nos discours militants (et aussi pour la visibiliser) mais pas si c’est fait en clivant la communauté trans en deux. Je crois qu’il vaut mieux dire tout simplement « les personnes trans non-binaires, les hommes trans et les femmes trans » par exemple.

     

    Conclusion :

     

    J’ai la forte impression que l’expression « trans binaire » est problématique à plusieurs niveaux :

    -       parce que binaire n’est pas le contraire de non-binaire en terme sémantique et que ce mot désigne un système d’oppression ;

    -       parce qu’elle sous-entend que les hommes trans et femmes trans ne défient pas la binarité du genre ;

    -       parce qu’elle clive la communauté trans en mettant les personnes non-binaires de côté.

     

    Qu’en pensez-vous ?

     

    - UESG

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  • C’est pas tous les jours facile d’être une personne trans dans un monde cisnormatif. On a pas d’autre choix que de développer des mécanismes d’adaptation pour surmonter les difficultés et la marginalisation qui nous sont imposés. C’est pourquoi j’écris, en me basant sur ma propre expérience, un petit guide de techniques de survies à Cisland, tout en essayant d’y distiller un peu d’humour pour que ça soit un peu moins dramatique. Attention, cisphobie garantie !

    Note : Ce ne sont que des conseils, pas des injonctions. Ce qui marche pour moi peut ne pas marcher pour vous.

    Note 2 : Je rappelle que la cisphobie n'existe pas en tant qu'oppression systémique et que le terme est utilisé de façon humoristique.

     

     

     

    I -         Entourez vous des bonnes personnes

     

    La première chose à faire, c’est s’entourer des bonnes personnes. Celles qui vous respecteront, vous donneront confiance en vous et vous feront vous sentir en sécurité.

     

     

    1)   Faites vous un réseau trans

     

    Premièrement, il va être indispensable de vous faire un réseau d’ami•e•s trans. En effet, ce seront les seules personnes qui pourront vraiment vous comprendre, puisqu’elles vivent la même chose. Elles vous aideront dans votre déconstruction, vous donneront des conseils, vous écouteront, vous donneront une épaule sur laquelle pleurer dans les moments difficiles. Bref, elles vous apporteront un soutien qu’une personne cis ne sera pas en mesure de vous donner. Vous pourrez leur raconter combien les cis sont méchant•e•s et vous vous plaindrez ensemble des cisperles que vous aurez récolté en chemin. ^^

     

    Alors comment faire son réseau trans quand on ne connaît personne dans la vraie vie ? Ce n’est pas bien compliqué à vrai dire. Facebook est le repère de toute personne trans digne de ce nom ; de tout militant•e digne de ce nom, je dirais même plus ! :p Bref, il y a des groupes en tout genre (au sens premier du terme d’ailleurs) qui fleurissent sur Facebook et qui vous permettront de rencontrer des personnes qui vivent la même chose que vous. Au début, vous allez rentrer dans un groupe, puis vous ajouterez en ami•e les personnes avec qui vous vous entendrez bien dans les commentaires des posts.  

     

     

    2)   Choisissez bien vos cis de compagnie

     

    Pour prouver qu’on est pas trop cisphobes, il va quand même falloir garder quelques ami•e•s cis dans son entourage. Les cis sont partout donc ça va pas être trop compliqué. Je suis sûr que vous avez même déjà quelques cis de compagnie sous le coude. Ceuxe que vous devez garder sont ceuxe qui vous respectent et vous acceptent tel•le que vous êtes. Le minimum est qu’iels vous genrent et vous nomment correctement (sinon, au cachot !) Mais ça ne fait pas tout. Encore faut-il qu’iels s’abstiennent de faire des cisplications, des larmes de cis, de la police du ton, du « pas toustes les cis » et autres mécanismes oppressifs. S’iels ne sont pas encore tellement déconstruit•e•s, il est presque sûr qu’iels vont tomber dans ces écueils au début. Vous pouvez alors les rediriger vers des ressources éducatives. S’iels sont de bonne volonté, la déconstruction devrait se faire en douceur et vos cis de compagnie ne devraient pas trop vous poser de problèmes par la suite.

     

     

    3)   Sachez reconnaître vos ami•e•s problématiques

     

    Bon, soyons honnêtes, personne n’atteindra jamais le niveau de déconstruction 100% dans une société qui nous a conditionné•e depuis la naissance à être cisnormatifves. Iels auront toujours une part de problématique en euxe, mais certain•e•s plus que d’autres. Certain•e•s ont plus de mal à déconstruire les principes normatifs que les autres et vont continuer de s’engluer dans le problématique. Là, c’est à vous de voir vos propres limites.

     

    On peut tout à fait être ami•e avec quelqu’un de problématique tant qu’on en a conscience et que cette personne ne dépasse pas nos limites. Je veux dire, si vous arrivez à apprécier Jean-Michel Cis malgré qu’il vous fasse une séance de cisplication bien relou une fois par semaine (c’est comme le sport, faut pas perdre la forme), libre à vous. Ce qu’il faut savoir reconnaître, c’est quand la situation devient toxique. J’y viens tout de suite.

     

     

    4)   Sachez vous éloigner des gens toxiques

     

    Il y a des gens qui, malgré vos rappels à l’ordre et les ressources éducatives que vous leur enverrez, ne changeront pas et resteront diablement problématiques. C’est ce genre de personnes qui vous vident de votre énergie parce qu’en plus de vous prendre une bonne dose d’oppression dans la tronche à chaque fois, vous vous battez contre des moulins à vents, tel un Don Quichotte. Là c’est toxique. Là je conseille de vous éloigner de cette personne sinon vous ne tiendrez pas. Vous ne devez rien à personne et vous protéger est la priorité.

     

    S’il y a de l’affectif en jeu, ça peut être vraiment compliqué de couper les ponts, mais vous pouvez choisir de mettre dans un premier temps une distance émotionnelle : moins voir cette personne, moins lui parler, vous laissez plus d’espace à vous et autoriser à souffler, à respirer.  

     

     

    5)   Sachez avec qui vous pouvez parler de sujets trans

     

    Sachez aussi qu’il y a des gens avec qui vous ne pouvez pas parler de ce genre de sujet car ça va dériver en cisplication à tous les coups. Quand vous vous serez fait•e avoir deux ou trois fois par votre coloc’ qui est malheureusement Jean-Michel Cis (encore lui !), vous ne ferez plus l’erreur d’en parler à cette personne. Au lieu de ça, vous préférerez lui parler du temps qu’il fait en le croisant dans la cuisine pour essayer de meubler la conversation et l’empêcher de dériver sur les sujets qui fâchent. Conversation ô combien inutile et superficielle mais qui vous épargnera un fort mauvais moment. « Oh dis-donc, c’est qu’il pleut beaucoup beaucoup… Merde alors… »

      

     

    II -         Sachez doser le militantisme

     

    1)   Arrêtez de vouloir éduquer tout le monde

     

    Au début de ma transition, je voulais éduquer tout le monde, répandre mon savoir sur le genre à travers les commentaires Facebook transphobes, les conversations problématiques, la Voie Lactée et même une galaxie lointaine très lointaine. Sauf que c’est épuisant. C’est comme ramer seul dans une barque à contre-courant au milieu de l’océan. On sue en avançant à peine et en plus, on se prend des vagues froides dans la tronche.

     

    Un moment donné, j’ai décidé de me concentrer sur une seule chose, mais que je savais être efficace : ce blog. J’y fais de la pédagogie quand je veux, de la manière dont je veux, je sais que les gens qui le lisent sont désireuxes de m’écouter et que les commentaires insultants, je peux les supprimer à ma guise. Je touche bien plus de personnes ainsi, et j’investis mon énergie dans quelque chose de vraiment efficace. Alors pour vous ce n’est pas obligé de passer par un blog, il y a dix milles façons de militer différentes, ou de ne pas militer d’ailleurs. Par exemple, vous pouvez juste partager des articles éducatifs si vous êtes safe sur votre compte Facebook, ça les rend visibles à une plus large audience.

     

     

    2)   La pédagogie n’est jamais une obligation

     

    Y’a toujours des petit•e•s malin•e•s cis qui vous feront de l’injonction à la pédagogie. Mais sachez que vous ne leur devez rien. Iels ont la responsabilité de s’éduquer par iel même. Iels savent utiliser Google. Oh, iels vous diront bien que c’est pas pareil d’avoir une vraie conversation (certes) et que si vous voulez vous faire accepter il faudra bien que vous en parliez (injonction, injonction !) Mais ce qu’iels ne savent pas, c’est que vous avez déjà dû expliquer exactement la même chose à Jean-Michel Cis (oui celui-là, le relou) la semaine dernière et qu’il vous a répliqué de bons arguments de cis en pleine séance de cisplication (c’est toujours les mêmes, on finit par les connaître par cœur, c’est tellement prévisible…) Puis que vous avez dû expliquer aussi la même chose à Marie-Jeanne Cisperle il y a trois jour, et à Mat Cisplication avant-hier, et puis aussi à Irène Tonepolicing, Antoinette OuinOuin, Jacqueline MoiMoiMoi, Jean-Jacques JYConnaisRienMaisJeLOuvreQuandMême, etc. et que merde quoi ! Ca aussi ça nous vide de notre énergie.

     

    On aimerait bien allez à une soirée tranquilles sans avoir à faire un cours de genre non plus quoi. Sentez vous donc libre de venir avec un panneau « la boutique est fermée » et d’envoyer paître les relous. Si vous voulez les envoyer paître gentiment, dites-leur que vous leur expliquerez plus tard, que pour le moment vous n’avez pas le temps et que vous êtes fatigué•e, et ne le leur expliquez jamais niark niark niark. Vous savez, comme ces gens qui disent « on s’appelle hein » et qui vous appellent jamais.

     

     

    3)   Sachez faire abstraction

     

    Sachez faire abstraction des relous. C’est pas facile mais on y arrive. Quand vous aurez reçu votre énième cisplication, la même rengaine, vous aurez compris le truc. Ca sert à rien d’écouter, on sait déjà ce qu’iels vont dire, on sait déjà ce qu’iels vont répondre si on les contredit, on sait déjà qu’on va y perdre toute notre énergie parce qu’il y a un rapport de force entre euxe et nous et que ça va gâcher notre journée pour rien. C’est vain.

     

    Dans ces cas-là, je vous conseille d’appliquer ma fameuse technique de la mouette : quand vous sentez venir une cisplication, vous pouvez vous exclamez en regardant le ciel « oh regarde des mouettes, elles sont chouettes ! » pour changer de sujet. Si la cisplication a déjà commencé et que lae cis est inarrêtable, il vous reste la technique de la plante : prenez la plante la plus proche et occupez vous à compter les feuilles en attendant que ça passe. Le pire, c’est que ce n’est même pas une blague !

     

     

    4)   Accordez vous des pauses

     

    Le dernier conseil que je peux vous donner, c’est de vous accorder des pauses. On ne peut pas tenir le coup si on a le cerveau H24 branché sur le canal militantisme. « AgenreAPaillettes à CisphobeNumberOne, AgenreAPaillettes à CisphobeNumberOne, vous me recevez ? On a une mission pour vous. Les cis ont encore sévi sous un post Facebook. » Sérieusement, y’a des jours, coupez la radio. Vous pouvez même regarder une de ces comédies romantiques archi stéréotypées qui ramolli le cerveau sans faire une liste mentale de tous ses aspects problématiques (ouais, je sais, c’est dur...), on vous en voudra pas promis.

     

    [Aparté à propos des médias problématiques : je pense qu’on peut apprécier quelque chose ayant des aspects problématiques tant qu’on en a conscience et qu’on reste critique par rapport à ces aspects (et qu’on respecte le choix des autres ne de pas apprécier ledit média à cause de ces aspects problématiques).]

     

    Bref, j’espère qu’avec toutes ces techniques testées et approuvées vous serez mieux armé•e•s pour survivre à Cisland. Rappelez-vous que vous avancerez par essai-erreur et apprendrez à vous adapter petit à petit et à mettre en place vos propres stratégies.

     

    - UESG

     

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  •             Pour certaines personnes, la cissitude existe sur un spectre, et on peut donc être « un peu cis » ou « presque cis ». Je m’explique : une personne demi-fille assigné’e fille à la naissance serait donc « à moitié cis » dans cette vision des choses. Ashley Mardell a fait une vidéo sur le sujet très récemment et c’est à cette occasion que j’y ai réfléchit et que j’écris donc mes réflexions (pas besoin d’avoir vu la vidéo pour continuer à lire cet article).

    La première chose que je tiens à dire, c’est que chacun-e se définit comme iel le sent et si vous voulez vous définir « un peu cis », je n’ai pas à vous dire de faire le contraire. Je veux juste ici en analyser les implications à échelle systémique.

     

     

    1.    A échelle systémique, peut-on être « un peu cis » ?

     

    Lorsqu’on analyse tout ça d’un point de vue global, en terme d’oppressions systémiques, il y a une norme. Cette norme, c’est le fait d’être cis. Pas un peu cis, pas presque cis, juste cis. Comme c’est la norme, tout le reste est invisibilisé et n’a pas le droit d’exister. C’est ça le cissexisme. La norme cis, c’est avoir un genre qui correspond à celui qui a été assigné à la naissance et dès qu’on s’écarte de cette norme, on est victime du cissexisme. Etre une femme cis, c’est être une femme complètement et uniquement, pas partiellement ni alternativement. Etre un homme cis, c’est être un homme complètement et uniquement, pas partiellement ni alternativement. Toute personne qui ne se conforme pas au « complètement et uniquement » est hors-norme et invisibilisée.

    Un système d’oppression ne peut pas se maintenir si on a des limites floues telles que « un peu cis », « parfois cis », « presque cis » etc. Le système d’oppression doit avoir des limites fixes et claires pour déterminer qui est dans la norme et qui ne l’est pas, et surtout empêcher l’auto-détermination des individus au sein du système. Il y a la norme et les « autres » que l’on opprime. C’est ce qu’on observe dans tous les systèmes d’oppression finalement : par exemple, on a les hétéros et les non-hétéros et toute personne non-hétéro (homo, bi, pan, poly, ace, aro) subit une oppression car elle ne se conforme pas à la norme hétérosexiste. On reviendra sur cet exemple d’ailleurs.

    Donc la réponse est : non, à l’échelle d’une oppression systémique, on ne peut pas être « un peu cis » car dès qu’on s’écarte de la norme cis, on est dans ce paquet des « autres », ceuxe qui n’ont pas le droit d’exister.

     

     

    2.    L’expression « un peu cis » permet-elle d’identifier les privilèges et oppressions correctement ?

     

    En terme de militantisme, le mot « cis » permet de désigner le groupe qui possède des privilèges, puisqu’on a l’a dit juste avant, toute personne n’étant pas complètement dans la norme subit le cissexisme. Une personne « un peu cis », continuons sur mon exemple de demi-fille assigné’e fille à la naissance, d’un point de vue systémique est malgré tout groupée dans les « autres » qui n’ont pas le droit d’exister puisque le système ne tolère pas de limite floue. Cette personne n’a donc pas de privilège cis. Elle peut avoir éventuellement un avantage, comme celui de ne pas être dysphorique si on l’appelle fille (et encore ça dépendra énormément de la personne car je connais des demi-filles pour qui ce n’est pas le cas !!!), mais on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un privilège. En effet, une telle personne subit comme toute personne non-binaire/trans le cissexisme et la transphobie :

    -       sont identité est invisibilisée donc personne ne sait de quoi il s’agit

    -       iel doit faire un coming-out

    -       son identité sera invalidée

    -       iel s’expose à des violences

    -       etc.

     

    C’est là où « un peu cis » est une expression trompeuse car cela sous-entend que cette personne aurait « un peu de privilège cis », alors que non. Comme on vient de le voir, il ne faut pas confondre avantage et privilège. Donc à mon avis, en terme de militantisme, toute expression du style « un peu cis » / « presque cis » échoue à reconnaître le système d’oppression tel qu’il est et donc à le déconstruire.

     

     

    3.    Peut-on classer les personnes non-binaires sur des degrés de cissitude ?

     

    Dans ce paragraphe, je vais parler du rapport au monde des personnes non-binaires. Ce rapport, il dépend forcément de la personne. Donc j’imagine que certaines se sentent effectivement un peu cis. Je ne remets pas cela en cause et c’est leur droit de s’auto-définir.

    En revanche, je pense qu’il faut bien avoir compris la différence entre avantage et privilège et savoir qu’on est légitime à s’identifier non-binaire et/ou trans même quand on est partiellement ou parfois son genre assigné, sans quoi cette identité un peu cis risque de résulter d’une désinformation et finalement d’enbyphobie intériorisée (comme le fait de penser que les non-binaires ne sont pas « assez trans » ou ne subissent pas d’oppression etc.)

     

    Peut-on être un peu cis ?

     

     

    Parmi les personnes non-binaires partiellement ou alternativement leur genre assigné à la naissance (certain-e-s demi-genres, genre-fluides, bigenres, polygenres, etc.) qui s’identifient trans, je pense que l’expression « un peu cis » ne leur parle pas dans le sens où leur rapport au monde est différent d’une personne cis. Déjà iels subissent le cissexisme comme toute personne qui n’est pas exclusivement son genre assigné. Etre victime d’une oppression, ça façonne quand même pas mal ton rapport au monde. De plus, une personne assignée fille dont le genre est fluide entre femme et neutre par exemple a une expérience du monde sensiblement différente à celle d’une femme cis, car elle vit aussi un autre genre. Si cette personne se définit trans, ça serait vraiment oppressif de la définir « un peu cis » ou de considérer qu’elle n’est « pas assez trans » juste parce qu’elle est parfois une fille. Déjà, c’est hyper enbyphobe car ça minimise son genre neutre comme si finalement ce n’était pas si important (« c’est une meuf en gros »). Ca oculte toute une partie du genre de cette personne. Voyez, si les genres étaient des couleurs : être vert’e et blanc’he, c’est différent d’être vert’e tout court. Et ça serait franchement oppressif de dire à cette personne «t’es ‘ un peu vert’e ’ ou ‘ presque vert’e ’ ». Ca revient à dire « ta partie blanche on s’en fout au fond, tu es défini’e pas ton vert uniquement ». Finalement, dire à cette personne fluide femme/neutre qu’elle est « un peu cis » c’est juste réduire son identité à femme et effacer sa non-binarité. Cette personne ne devient pas magiquement cis en étant dans une période femme, ça n’efface en rien son expérience de neutralité et de fluidité. Car oui, ce n’est pas seulement le fait de ressentir le blanc qui est important mais aussi la fluidité entre vert et blanc.

    Donc si une personne s’auto-définit un peu cis, c’est sa libertié d’auto-détermination, mais commencer à classer les personnes non-binaires sur des niveaux de cissitude en fonction de si elles sont partiellements ou alternativement leur genre assigné, c’est transphobe/enbyphobe au possible car ça nie leur genre et efface leur non-binarité en les réduisant à leur genre assigné.

     

     

    4.    Aller plus loin : l’exemple de la bisexualité/biromantisme

     

    Je reviens sur le cas de l’hétérosexisme dans lequel on observe sensiblement les mêmes mécanismes. Une personne bi n’est pas « un peu hétéro », elle est bi. Elle a beau être aussi attirée par les personnes d’un genre différent du sien, elle subit quand même la biphobie parce qu’elle ne rentre pas dans la norme hétéro. Etre bi ce n’est pas être « à moitié hétéro et à moitié gay ». Non, c’est une orientation à part entière et une personne bi n’a pas les mêmes expériences qu’une personne hétéro ou homo et encore moins « la moitié des expériences hétéro et la moitié des expériences homo ». Là où ça devient encore plus problématique, c’est que c’est exactement cette vision des choses qui est utilisée comme argument de biphobie ! Ce qui est même parfois voire souvent relayé dans la communauté gay. Ainsi, certaines personnes gays considèrent que les bi ne sont « pas assez queer » et ont « la moitié du privilège hétéro » voire carrément tout le privilège hétéro selon certaines versions, ce qui n’est pas le cas. Certain-e-s bi ont un avantage en passant pour hétéro dans certaines de leurs relations, mais ce n’est pas un privilège. Avantage qui est d’ailleurs très conditionnel car être dans le placard ou être constamment invisibilisé, c’est loin d’être amusant. (Cf. cette vidéo en anglais pour aller plus loin).

    Bref, vous voyez qu’en terme d’oppression systémique, on peut trouver des exemples similaires à cette histoire de « un peu cis » dans d’autres oppressions.

     

     

    Conclusion :

     

    Je pense donc que si une personne veut s’auto-définir un peu cis,  presque cis, etc., c’est son droit.

    Cependant, il faut faire attention à ne pas commencer à classer les personnes non-binaires sur ce critère. Classer les gens par « degré de cissitude » revient forcément à les classer en « degrés de transitude » par effet miroir et ça génère de la transphobie à coup de « toi t’es pas assez trans ». De plus, en terme d’oppression systémique, l’expression « un peu cis » échoue à identifier correctement les privilèges et oppressions et résulte en une confusion entre avantage et privilèges.

    Si vous utilisez cette expression, je pense qu’il est également important de rappeler que toutes les personnes non-binaires ne s’identifient pas ainsi et qu’elles sont totalement légitimes à s’identifier trans.

     

    Addendum 1

    J'ai discuté avec une personne qui m'a dit "je suis fluide entre femme et masculin, et je suis afab donc quand je suis une femme, je considère que je suis cis car j'ai alors le privilège cis : je ne suis pas mégenré'e, je n'ai pas besoin de m'expliquer, etc."

    Je lui ai donc répondu que :

    1. Le fait d'être parfois femme n'efface pas son expérience la fluidité ou de la masculinité ni le fait d'avoir parfois un genre différent de celui assigné à la naissance, ce qui rend sont expérience bien différente de celle d'une femme cis.

    2. Même dans ses périodes femme, iel n'a pas de privilège cis à mon avis. Iel a l'avantage de ne pas être mégenré ou de ne pas avoir besoin de s'expliquer certes, mais pas un véritable privilège cis. En effet, s'iel disait, même en étant dans une période femme "je suis de genre fluide, parfois je suis masculin", iel se prendrait de la transphobie dans la tronche. On lui répondrait sûrement "ça n'existe pas, t'es folle..." Ce qui fait qu'iel ne peut certainement pas mentionner sa fluidité libre de toute oppression. Et je rappelle qu'être invisible n'est pas un privilège (même si la personne n'éprouve pas spécialement besoin d'en parler). On supposera automatiquement qu'iel est une femme tout le temps et uniquement. 

    Conclusion : la personne se définit comme iel le sent évidemment, mais pour moi, iel est 100% légitime à ne pas se considérer cis même dans ses périodes femme, car iel n'a pas de privilège cis et c'est très clair.

     

    ---

          Parenthèse : De même, les enbyphobes aiment bien sortir de leur chapeau magique l'exemple de la personne afab qui serait homme une fois par mois et femme le reste du temps et qui serait donc, soit disant, pas oppressée. 

          Déjà je demande à voir un humain dont la fluidité est aussi réglée pour avoir 1 jour par mois homme tous les mois de toutes les années de toute sa vie (même mon cycle menstruel est pas aussi bien réglé !!!)

           Ensuite, ben pour moi cette personne serait quand même légitime. On peut dire qu'elle a un avantage à être plus souvent femme et afab mais pas un privilège. Vous l'imaginez dire aux gens "je suis un homme une fois par mois" ? Ben les gens lui balancent de la transphobie quand même à coup de "c'est pas possible, ça existe pas, tu t'inventes des trucs, tu racontes n'importe quoi, t'es tarée..." (Et probablement que personne ne respectera ses pronoms ce jour du mois si jamais la personne veut utiliser "il"). De plus, cette personne à une expérience de la fluidité et de l'homme malgré tout qui est différente de celle d'une personne toujours uniquement et complètement femme.

    ---

     

              La personne dont je parlais précédemment m'a alors répondu qu'iel était d'accord avec ce que je disais. Iel a ajouté qu'iel aimait quand même dire cis dans ses périodes femmes car s'iel disait trans, les gens supposent automatiquement qu'iel n'est jamais une femme et que ça lui permettait de casser un peu cette idée. Ce à quoi j'ai répondu que je pense que ce n'est pas à iel de s'exclure par obligation mais à la communauté trans d'être plus inclusive. La communauté trans a clairement des efforts à faire de ce côté là pour définir correctement la transidentité et être inclusive de TOUTES les personnes non-binaires.

     

    Addendum 2 : Je recopie ici une partie d'un commentaire de Kris que j'ai trouvé très pertinent :

    "J'ai même l'impression qu'une personne "un peu cis" est d'autant plus invalidée parce que moins éloignée de son genre assigné. On va moins dire à la personne qu'elle "bataille pour rien" si elle est trans femme ou homme, ou même si non-binaire mais avec une construction de genre bien différente de son genre assigné, soit plus proche de l'autre genre binaire, soit hors du spectre binaire. Bon après c'est délicat d'évoquer ça sans risquer de revenir à des sous-catégorisations, etc.

     

    Note : niveau de cissitude (ou plutôt cisitude, non ?) revient à niveau de transitude : on prend l'échelle par l'autre bout, mais la même échelle sur laquelle on évalue le niveau. Hors, on connaît que trop bien la discrimination inter-trans, en particulier enbyphobe à propos des "vraies" personnes trans, celles qui le seraient plus que d'autres par rapport aux autres (non-binaires) qui ne le seraient pas autant, pas vraiment, pas réellement... En prenant l'échelle par la "cisitude" plutôt que par la "transitude", on ne change rien sinon l'apparence du procédé, mais c'est le même : on classe toujours les personnes trans entre elles. (édit : je précise que j'ai écrit cette remarque avant d'avoir lu ta conclusion. Du coup j'insiste plus que j'ajoute à ce que tu exprime.)" 

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