• Vous exposez déjà vos enfants à des sujets LGBT+

    LGBT+ : Lesbienne, gay, bi, transgenre

    Queer : terme parapluie englobant potentiellement toute personne non-hétero et non-cis (trans)

     

    Vous connaissez sûrement l'éternelle plainte à l'encontre de la communauté LGBT+ : "un personnage gay dans un Disney ? Mais ça va perturber les enfants !" et autres variantes accusant le "lobby gay" de vouloir faire un lavage de cerveau aux gosses. Le truc, cher-e-s LGBT-phobes, c'est que vos enfants sont déjà exposé-e-s à des sujets queer dans les médias que vous leur proposez.



    1. Des métaphores queer dans les films pour enfants 

    Pour commencer, désolé de vous apprendre que de nombreux films pour enfants ont du sous-texte queer. Il y en a en effet beaucoup qui sont des métaphores queer plus ou moins explicites. Par exemple, Howard Ashman était un parolier travaillant chez Disney et un homme gay atteint du SIDA. Il a vu en la bête une métaphore pour sa situation dans le Disney La Belle et la Bête et a laissé un sous-texte queer dans ce film.

    Vous exposer déjà vos enfants à des sujets LGBT+

    source

     

    Il a aussi travaillé sur la petite sirène dont la méchante Ursula est basée sur une véritable drag queen (appelée Divine). L'histoire de la petite sirène en elle même est interprétable assez facilement comme une métaphore de la transidentité : elle veut avoir des jambes parce qu'elle se sent femme plutôt que sirène en gros. J'ai déjà entendu plusieurs femme trans se reconnaître dans cette histoire.

    Stef Sanjati, une femme trans, parle de Mulan et de la petite sirène. A 3:01 : "La petite sirène correspond beaucoup avec l'état d'esprit et la dysphorie des enfants trans. La petite sirène s'est battue corps et âme pour devenir ce qu'elle savait qu'elle était destinée à être. Elle voulait des jambes mais tout le monde autour d'elle lui a dit non. Mais elle ne s'est pas arrêtée, elle a continué, et a trouvé un moyen d'y arriver seule (...) et elle était finalement à l'aise et capable de faire ce qu'elle voulait et s'exprimer en tant qu'humaine plutôt que sirène." 



    On a également Mulan qui se déguise en homme pour sauver son père. C'est un film qui parle au minimum de travestissement ou de non-conformité de genre. J'ai aussi entendu beaucoup de personnes transgenres rapporter que ce film résonnaient avec elles étant enfants. Même si ça ne parle pas directement de transidentité, ça peut facilement s'interpréter ainsi ou parler au vécu des personnes trans. Notamment la chanson "reflection" est très éloquente (je traduis de la version anglaise car les paroles en français changent un peu cela) : 

    "Regarde moi, je ne passerai jamais pour une mariée parfaite, ou une fille parfaite. Se peut-il que je ne sois pas fait-e pour jouer ce rôle ? Maintenant je vois que si j'étais vraiment moi-même je briserai le coeur de ma famille. Quelle est cette fille que je vois, qui me regarde en retour ? Pourquoi mon reflet est-il quelqu'un que je ne connais pas ? Je ne peux pas cacher qui je suis même si j'ai essayé. Quand mon reflet montrera qui je suis à l'intérieur ?"

    Puis Chang tombe amoureux d'elle avant de savoir qu'elle a été assignée fille a la naissance. On peut facilement comprendre que le genre n'est pas un facteur essentiel dans ses attirances. 


    Dans la reine des neiges (Frozen), Elsa à un secret à cacher et finit par s'enfuir pour vivre librement. La chanson "Let it go" = "Lâche prise" et non pas l'horrible "libérée délivrée" (la version française perd pas mal le sens original de la chanson...) est aussi très parlante comme métaphore queer... "(...) Le vent hurle comme une tempête tourbillonnante à l'intérieur de moi, je n'ai pas pu le garder à l'intérieur de moi, Dieu sait que j'ai essayé ! Ne les laisse pas savoir, ne les laisse pas voir, sois la bonne fille que tu dois toujours être. Dissimule, ne ressens pas, ne les laisse pas savoir. Et bien maintenant iels savent ! Lâche prise, lâche prise, je ne peux plus me retenir, lâche prise, lâche prise, je me retourne et claque la porte ! Je m'en fiche de ce qu'iels vont dire, laisse la tempête faire rage. Le froid ne m'a jamais dérangée de toute façon. (...) La peur qui me contrôlait autrefois ne peut plus du tout m'atteindre. Il est temps de savoir de quoi je suis capable, de tester les limites et de percer. Pas de bien, pas de mal, pas de règles pour moi, je suis libre ! (...) Je n'y retournerai jamais, le passé appartient au passé ! Lâche prise, lâche prise, et je m'élèverai comme l'aurore, lâche prise, lâche prise, la fille parfaite n'est plus. (...)"


    Cela fait donc longtemps qu'il y a du sous texte queer dans Disney et d'autres films pour enfants. Si vous voulez avoir plus de détail sur ce sujet, Dylan Marron a fait une vidéo intitulée "Les films Disney sont gay depuis un moment". La vidéo n'est malheureusement pas sous-titrée en français pas contre (mais il y a des sous-titres en anglais).



    2. Le codage queer

    On remarquera aussi un phénomène appelé codage queer ou queer coding en anglais. C'est le fait d'attribuer à un personnage des traits associés en général aux personnes queer comme par exemple représenter un homme efféminé. Ainsi, le personnage sera implicitement queer. Le problème c'est que ce sont généralement les méchants, et en particulier les méchants de Disney et d'autres films pour enfants, qui sont codés queer. Par exemple Hades (Hercule), Scar (Le roi lion) et Jaffar (Aladin) sont tous effeminés. Cela associe donc le fait d'être queer à quelque chose de mal dans la tête des enfants à force de ne voir que des méchant-e-s codés queer et jamais (ou presque) des gentil-les codés queer.

    Je vous laisse en compagnie de Riley qui explique tout cela en détail (la vidéo est sous-titrée en français) :



    3. Les blagues LGBT-phobes 

    Nombreuses sont aussi les blagues LGBT-phobes dans les films pour enfants. Combien de fois a-t-on eu le droit à la blague de "l'homme en robe" ? Voire carrément des blagues transmisogynes explicites !! Dans Madame Doubfire par exemple, tout l'humour du film est basé sur le fait qu'il est déguisé en femme et il y a notamment une scène où un des enfants le surprend à pisser debout. Un moment donné il dit aussi : "Je n'aime pas trop travailler avec les garçons, avant j'en étais un". Hilarant... (sarcasme) 

    La fameuse scène de Madame Doubfire où le gosse le surprend pisser debout...


    Entre les blagues queerphobes et le codage queer dont je ne vois aucun queerphobes se plaindre, ce n'est pas tant parler de sujets queer qui vous dérange mais en parler sous un jour neutre ou positif. Vous pouvez parler de sujet queer aux enfants de manière implicite ou explicite tant que nous sommes représentés de manière négative, que nous sommes les méchants, ou les victimes de blagues et moqueries, histoire que les enfants comprennent bien que c'est interdit d'être queer et que c'est quelque chose de mal et à exclure. Vous faites non seulement du mal aux enfants queer mais apprenez aussi aux enfants cishet à être queerphobes. Si vous ne vouliez vraiment pas exposer les enfants à des sujets queer, il n'y aurait rien de tout ça, ça serait complètement invisible. Mais la société sait que les enfants sauront tôt ou tard l'existence des personnes LGBT+ et qu'elle ne peut pas empêcher les personnes LGBT+ d'exister, donc autant avoir bien mis le système hétérosexiste et transphobe dans la tête des enfants très tôt. L'endoctrinement n'est donc certainement pas du côté de la communauté LGBT+.

    Et comme dirait Dylan Marron aux queerphobes, "un jour, si vous avez de la chance, peut-être qu'un méchant dans un film de Disney sera basé sur vous."

     

    PS : n'hésitez pas à donner d'autres exemples de films pour enfants avec une métaphore queer, des blagues queerphobes ou du codage queer, j'en ai sûrement oublié des tonnes !

     

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  • Commentaires

    1
    cris
    Jeudi 27 Juillet à 23:48

    Dans le dessin animé Mia et moi (Mia and me), le méchant de la saison 2, Rixel, est un mélange d'Elton John et de Liberace, avec beaucoup moins de goût. Et bien sûr c'est le méchant :

    google image : Rixel mia and me

    Bon, au moins ce n'est pas caché et ce n'est pas subtil. Ce qui permet d'en discuter.

    Avant qu'on en parle mon fils (6 ans) était persuadé que Rixel était une femme. Ma fille (8 ans) savait que c'était un homme habillé en femme.

      • Vendredi 28 Juillet à 14:29

        Je ne connais pas, merci pour l'info!

    2
    MadameWilliam
    Vendredi 11 Août à 04:22

    Des années plus tard, quand j'ai revu le film Mulan, je me suis identifié(e) à elle.

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